Philosophie contemporaine

  • Depuis la terrible expérience du confinement, les États comme les individus cherchent tous comment se déconfiner, en espérant revenir aussi vite que possible au « monde d'avant » grâce à une « reprise » aussi rapide que possible. Mais il y a une autre façon de tirer les leçons de cette épreuve, en tout cas pour le bénéfice de ceux que l'on pourrait appeler les terrestres. Ceux-là se doutent qu'ils ne se déconfineront pas, d'autant que la crise sanitaire s'encastre dans une autre crise bien plus grave, celle imposée par le Nouveau Régime Climatique. Si nous en étions capables, l'apprentissage du confinement serait une chance à saisir : celle de comprendre enfin où nous habitons, dans quelle terre nous allons pouvoir enfin nous envelopper - à défaut de nous développer à l'ancienne ! Où suis-je ? fait assez logiquement suite au livre précédent, Où atterrir ?Comment s'orienter en politique. Après avoir atterri, parfois violemment, il faut bien que les terrestres explorent le sol où ils vont désormais habiter et retrouvent le goût de la liberté et de l'émancipation mais autrement situées. Tel est l'objet de cet essai sous forme de courts chapitres dont chacun explore une figure possible de cette métaphysique du déconfinement à laquelle nous oblige l'étrange époque où nous vivons.

  • La honte est un sentiment révolutionnaire Nouv.

    « La honte est l'affect majeur de notre temps. On ne crie plus à l'injustice, à l'arbitraire, à l'inégalité. On hurle à la honte. » Frédéric Gros.

    On peut avoir honte du monde tel qu'il est, honte de ses propres richesses face à ceux qui n'ont rien, honte de la fortune des puissants lorsqu'elle devient indécente, honte de l'état d'une planète que l'humanité asphyxie, honte des comportements sexistes ou des relents racistes.
    Ce sentiment témoigne de notre responsabilité. Il n'est pas seulement tristesse et repli sur soi, il porte en lui de la colère, une énergie transformatrice. C'est pourquoi Marx proclame que la honte est révolutionnaire.
    Dans cet essai qui prolonge la réflexion de son livre Désobéir, Frédéric Gros, convoquant notamment Primo Levi et Annie Ernaux, Virgine Despentes et James Baldwin, explore les profondeurs d'un sentiment trop oublié de la philosophie morale et politique.

  • «Les vieillards sont-ils des hommes ? À voir la manière dont notre société les traite, il est permis d'en douter. Elle admet qu'ils n'ont ni les mêmes besoins ni les mêmes droits que les autres membres de la collectivité puisqu'elle leur refuse le minimum que ceux-ci jugent nécessaire ; elle les condamne délibérément à la misère, aux taudis, aux infirmités, à la solitude, au désespoir. Pour apaiser sa conscience, ses idéologues ont forgé des mythes, d'ailleurs contradictoires, qui incitent l'adulte à voir dans le vieillard non pas son semblable mais un autre. Il est le Sage vénérable qui domine de très haut ce monde terrestre. Il est un vieux fou qui radote et extravague. Qu'on le situe au-dessus ou en dessous de notre espèce, en tout cas on l'en exile. Mais plutôt que de déguiser la réalité, on estime encore préférable de radicalement l'ignorer : la vieillesse est un secret honteux et un sujet interdit. Quand j'ai dit que j'y consacrais un livre, on s'est le plus souvent exclamé : "Quelle idée ! C'est triste ! C'est morbide !" C'est justement pourquoi j'ai écrit ces pages. J'ai voulu décrire en vérité la condition de ces parias et la manière dont ils la vivent, j'ai voulu faire entendre leur voix ; on sera obligé de reconnaître que c'est une voix humaine. On comprendra alors que leur malheureux sort dénonce l'échec de toute notre civilisation : impossible de le concilier avec la morale humaniste que professe la classe dominante. Celle-ci n'est pas seulement responsable d'une "politique de la vieillesse" qui confine à la barbarie. Elle a préfabriquée ces fins de vie désolées ; elles sont l'inéluctable conséquence de l'exploitation des travailleurs, de l'atomisation de la société, de la misère d'une culture réservée à un mandarinat. Elles prouvent que tout est à reprendre dès le départ : le système mutilant qui est le nôtre doit être radicalement bouleversé. C'est pourquoi on évite si soigneusement d'aborder la question du dernier âge. C'est pourquoi il faut briser la conspiration du silence : je demande à mes lecteurs de m'y aider.» Simone de Beauvoir.

  • Marcher, une philosophie Nouv.

    Si mettre un pied devant l'autre est un jeu d'enfant, la marche est bien plus que la répétition machinale d'un geste anodin : une expérience de la liberté, un apprentissage de la lenteur, un goût de la solitude et de la rêverie.
    Frédéric Gros, dans cette version entièrement nouvelle, revue, corrigée, augmentée, et agrémentée d'illustrations d'Alain Boyer de Marcher, une philosophie, explore, en compagnie d'illustres penseurs en semelles, les mille et une façons de marcher.
    Nietzsche, Rimbaud, Rousseau, Thoreau, Kierkegaard, Nerval, Hölderlin, Kant, Gandhi et bien d'autres, chacun à leur façon nous le disent : marcher n'est pas un sport, pas même un loisir, encore moins un divertissement : marcher est un art, marcher est un exercice spirituel, une ascèse.
    Marcher, une philosophie : un livre merveilleux qui ravira autant les randonneurs compulsifs que les incurables sédentaires, ceux que Nietzsche appelait les « culs-de-plomb ».

  • Peut-être avons-nous honte aujourd'hui de nos prisons. Le XIXe siècle, lui, était fier des forteresses qu'il construisait aux limites et parfois au coeur des villes. Elles figuraient toute une entreprise d'orthopédie sociale.
    Ceux qui volent, on les emprisonne ; ceux qui violent, on les emprisonne ; ceux qui tuent, également. D'où vient cette étrange pratique et le curieux projet d'enfermer pour redresser? Un vieil héritage des cachots du Moyen Âge? Plutôt une technologie nouvelle : la mise au point, du XVIe au XIXe siècle, de tout un ensemble de procédures pour quadriller, contrôler, mesurer, dresser les individus, les rendre à la fois «dociles et utiles». Surveillance, exercices, manoeuvres, notations, rangs et places, classements, examens, enregistrements, toute une manière d'assujettir les corps, de maîtriser les multiplicités humaines et de manipuler leurs forces s'est développée au cours des siècles classiques, dans les hôpitaux, à l'armée, dans les écoles, les collèges ou les ateliers : la discipline.
    Penser les relations de pouvoir aujourd'hui ne peut se faire sans prendre en compte l'ouvrage de Michel Foucault (1926-1984), devenu aussi indispensable à notre époque que le Léviathan de Hobbes le fut à l'époque moderne.

  • "Penser, c'est exister au plus haut niveau d'existence possible."C'est dans cette élévation de la pensée que nous entraîne Charles Pépin. Ce petit livre introductif s'adresse aux lycéens, à leurs parents, mais aussi à tous ceux qui s'interrogent sur le sens de leur vie. À travers sept sujets de dissertation, l'auteur nous propose une découverte de la philosophie en sept jours. Un programme savoureux et une réflexion originale portée par des exemples tirés de l'actualité. Une invitation à s'engager et à penser par soi-même pendant un peu plus d'une semaine...

  • Cet essai voudrait relier trois phénomènes que les commentateurs ont déjà repérés mais dont ils ne voient pas toujours le lien - et par conséquent dont ils ne voient pas l'immense énergie politique qu'on pourrait tirer de leur rapprochement.
    D'abord la « dérégulation » qui va donner au mot de « globalisation » un sens de plus en plus péjoratif ; ensuite, l'explosion de plus en plus vertigineuse des inégalités ; enfin, l'entreprise systématique pour nier l'existence de la mutation climatique.
    L'hypothèse est qu'on ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante ans, si l'on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à sa dénégation. Tout se passe en effet comme si une partie importante des classes dirigeantes était arrivée à la conclusion qu'il n'y aurait plus assez de place sur terre pour elles et pour le reste de ses habitants. C'est ce qui expliquerait l'explosion des inégalités, l'étendue des dérégulations, la critique de la mondialisation, et, surtout, le désir panique de revenir aux anciennes protections de l'État national.
    Pour contrer une telle politique, il va falloir atterrir quelque part. D'où l'importance de savoir comment s'orienter. Et donc dessiner quelque chose comme une carte des positions imposées par ce nouveau paysage au sein duquel se redéfinissent non seulement les affects de la vie publique mais aussi ses enjeux.

  • "Attention, lecture addictive ! On n'envoie pas impunément la balle de l'actualité à une philo-sophe véloce comme Adèle Van Reeth. Elle vous la renvoie avec une puissance et une érudition jamais dénuée de fantaisie, qui chaque fois vous emportent et vous emplissent de gratitude autant que de gai savoir. On n'imaginait pas - même si on s'en doutait un peu, à la longue... - qu'en la mettant au défi de philosopher sur, dans le désordre, le sport, les jeunes, les femmes, le pétrole, l'opinion ou encore ces fous d'Anglais ou cette étrange madame Merkel, qu'elle nous saisirait chaque fois par tant de profondeur [...
    ] Maintenant, bon voyage, Adèle Van Reeth a de bonnes nouvelles pour nous. Avant que d'apprendre à mourir, les philosophes nous aident à vivre." Eric Fottorino Directeur de l'hebdomadaire Le 1 Productrice et animatrice des Chemins de la philosophie sur France Culture, Adèle Van Reeth est philosophe. Elle anime également D'Art d'Art sur France 2. Elle est notamment l'auteure de La vie ordinaire (Gallimard, 2020).

  • « Depuis plus de quarante ans, je m'intéresse aux quêtes spirituelles et aux sagesses si diverses du monde. La réalisation d'une collection documentaire pour Arte m'a permis de voyager à travers les cinq continents sur les traces du sacré. De l'Australie à l'Éthiopie, du Pérou au Japon - en passant par la France, la Turquie, le Guatemala, les États-Unis, le Canada, l'Inde ou le Népal -, j'ai traversé des paysages sublimes et j'ai rencontré des femmes, des hommes et des enfants dont la ferveur spirituelle et l'humanité m'ont bouleversé. Je les ai photographiés et j'ai mis par écrit le récit de ces voyages afin de partager ces moments uniques. Ainsi est né ce livre. » F. L.

  • Le mythe de la virilité

    Olivia Gazalé

    Et si, comme les femmes, les hommes étaient depuis toujours victimes du mythe de la virilité ? Pour asseoir sa domination sur le sexe féminin, l'homme a, dès les origines de la civilisation, théorisé sa supériorité en construisant le mythe de la virilité. Un discours fondateur qui n'a pas seulement postulé l'infériorité essentielle de la femme, mais aussi celle de l'autre homme (l'étranger, le « sous-homme », le « pédéraste »...). Historiquement, ce mythe a ainsi légitimé la minoration de la femme et l'oppression de l'homme par l'homme.
    Depuis un siècle, ce modèle de la toute-puissance guerrière, politique et sexuelle est en pleine déconstruction, au point que certains esprits nostalgiques déplorent une « crise de la virilité ».

    Si la virilité est aujourd'hui un mythe crépusculaire, il ne faut pas s'en alarmer, mais s'en réjouir. Car la réinvention actuelle des masculinités n'est pas seulement un progrès pour la cause des hommes, elle est l'avenir du féminisme.

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  • Votre vie est encombrée d'une ou plusieurs créatures malfaisantes ? Vous désirez vous en défaire ?
    Avec humour et sagesse, Maxime Rovere démontre la capacité de la philosophie à affronter le quotidien et l'ordinaire, embrassant la vulgarité pour l'empêcher de nous envahir. Loin des grincheux qui dénoncent leurs contemporains, il examine nos interactions malheureuses et indique plusieurs issues possibles à nos conflits en tous genres.
    Sans prétention ni complaisance, ce livre propose une nouvelle éthique afin de penser et soigner ce fléau de notre temps, maladie du collectif et poison de nos vies individuelles.

  • Dans cet ouvrage qui rassemble des cours donnés à Columbia University, le Chomsky d'abord linguiste et chercheur en sciences cognitives explore les thèmes fondamentaux qui définissent notre humanité. Dans un langage clair, simple et concis, il résume un demi-siècle d'étude du langage et explique les origines du langage, les liens qui l'unissent à la pensée et ses possibles fondements biologiques. Il se penche aussi sur la portée et les limites des capacités cognitives de l'être humain.
    Passant du langage et de l'esprit à la société et la politique, il conclut ce passionnant exposé avec un plaidoyer pour ce qu'il appelle le "socialisme libertaire" qu'il lie à l'anarchisme et aux idées de John Dewey, ainsi qu'à certaines des convictions de Marx et de Mill.

  • Dans le premier cours qu'il a professé au Collège de France, en 1970-1971, Michel Foucault inaugure le projet d'une histoire de la vérité qu'il déploiera treize années durant. Il commence ici avec la Grèce ancienne, articulant figures de la vérité et institutions qui les autorisent, depuis l'invention de la monnaie jusqu'à la naissance des pratiques judiciaires de l'enquête. Convoquant les figures de Solon, oedipe, Aristote, il construit une véritable généalogie du discours philosophique et de la figure du sage, qui ne peuvent prétendre à la contemplation du vrai objective, universelle, éternelle qu'en occultant les luttes politiques et les partages économiques qui ont permis leur émergence. Au-delà de l'irénisme d'Aristote qui enracinait la volonté de vérité dans un pur désir de connaissance, Foucault approfondit la vision tragique de la vérité inaugurée par Nietzsche, dans un dialogue souterrain avec des sources plus contemporaines : Gilles Deleuze, Martin Heidegger, Marcel Detienne.

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  • Vous avez tort mais refusez de l'admettre ? Avec humour et perspicacité, ce petit précis recense et analyse les stratagèmes et les ruses pour sortir vainqueur de tout débat, dispute ou joute verbale. Schopenhauer se livre à une savoureuse réflexion sur le langage et la dialectique, pour le plus grand plaisir des amoureux de la contradiction.
    Ces conseils, aussi précieux que sarcastiques, sont suivis de deux essais incisifs sur la pensée et la lecture : les livres nourrissent-ils notre réflexion, ou nous empêchent-ils de penser par nous-mêmes ?

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  • L'intellectuel ne peut plus aujourd'hui s'arrêter au stade de la conscience malheureuse - idéalisme, inefficacité - mais doit s'attaquer à son problème : nier le moment intellectuel pour tenter de trouver un nouveau statut populaire. Jean-Paul Sartre pose trois questions essentielles lors de conférences prononcées au Japon en 1965, qui valent toujours : qu'est-ce qu'un intellectuel ? quelle est sa fonction ? l'écrivain est-il un intellectuel ?

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  • Les mots et les choses

    Michel Foucault

    Les sciences humaines d'aujourd'hui sont plus que du domaine du savoir : déjà des pratiques, déjà des institutions. Michel Foucault analyse leur apparition, leurs liens réciproques et la philosophie qui les supporte. C'est tout récemment que l'« homme » a fait son apparition dans notre savoir. Erreur de croire qu'il était objet de curiosité depuis des millénaires : il est né d'une mutation de notre culture. Cette mutation, Michel Foucault l'étudie, à partir du XVIIe siècle, dans les trois domaines où le langage classique - qui s'identifiait au Discours - avait le privilège de pouvoir représenter l'ordre des choses : grammaire générale, analyse des richesses, histoire naturelle. Au début du XIXe siècle, une philologie se constitue, une biologie également, une économie politique. Les choses y obéissent aux lois de leur propre devenir et non plus à celles de la représentation. Le règne du Discours s'achève et, à la place qu'il laisse vide, l'« homme » apparaît - un homme qui parle, vit, travaille, et devient ainsi objet d'un savoir possible.
    Il ne s'agit pas là d'une « histoire » des sciences humaines, mais d'une archéologie de ce qui nous est contemporain. Et d'une conscience critique : car le jour, prochain peut-être, où ces conditions changeront derechef, l'« homme » disparaîtra, libérant la possibilité d'une pensée nouvelle.

  • Comment défendre les Lumières aujourd'hui ? Leur idéal d'émancipation a-t-il encore un sens ?

    On ne saurait se borner à invoquer un esprit des Lumières immuable dans un contexte marqué par le réveil du nationalisme, les crises environnementales et sanitaires et l'augmentation des inégalités. Faire face au danger d'effondrement de notre civilisation sans renoncer à la rationalité philosophico-scientifique, mais en tenant compte de notre dépendance à l'égard de la nature et des autres vivants : telle est la démarche qui fonde ce livre. Pour combattre les anti-Lumières qui souhaitent rétablir une société hiérarchique ou théocratique et répondre aux accusations des postmodernes qui suspectent tout universalisme d'être hégémonique, il faut donc proposer de nouvelles Lumières. Celles-ci supposent de revisiter l'histoire des Lumières, mais aussi de lutter contre l'amputation de la raison qui a été réduite à un instrument de calcul et d'exploitation.

    L'objectif des Lumières à l'âge du vivant et de leur projet d'une société démocratique et écologique est bien de destituer le principe de la domination - une domination des autres et de la nature à l'intérieur et à l'extérieur de soi qui traduit un mépris du corps et de la vulnérabilité.

  • Décadence

    Michel Onfray

    Les pyramides égyptiennes, les temples grecs, le forum romain : autant de traces de civilisations mortes prouvant... qu'elles sont mortelles! La nôtre, vieille de deux mille ans, n'échappe pas à cette loi.
    On y trouve : des moines fous du désert, des empereurs chrétiens sanguinaires, des musulmans construisant leur «paradis à l'ombre des épées», de grands inquisiteurs, des procès d'animaux, la résurrection de Lucrèce, une révolution jacobine qui tue deux rois, des dictatures de gauche puis de droite, des camps de la mort bruns et rouges, sans parler de mille autres choses...
    Ce livre n'est ni optimiste ni pessimiste, mais tragique, car il ne s'agit plus de rire ou de pleurer, mais de comprendre.

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  • En 1685, le Code noir défendait « aux esclaves de porter aucune arme offensive ni de gros bâtons » sous peine de fouet. Au XIXe siècle, en Algérie, l'État colonial interdisait les armes aux indigènes, tout en accordant aux colons le droit de s'armer. Aujourd'hui, certaines vies comptent si peu que l'on peut tirer dans le dos d'un adolescent noir au prétexte qu'il était « menaçant ».
    Une ligne de partage oppose historiquement les corps « dignes d'être défendus » à ceux qui, désarmés ou rendus indéfendables, sont laissés sans défense. Ce « désarmement » organisé des subalternes pose directement, pour tout élan de libération, la question du recours à la violence pour sa propre défense.
    Des résistances esclaves au ju-jitsu des suffragistes, de l'insurrection du ghetto de Varsovie aux Black Panthers ou aux patrouilles queer, Elsa Dorlin retrace une généalogie de l'autodéfense politique. Sous l'histoire officielle de la légitime défense affleurent des « éthiques martiales de soi », pratiques ensevelies où le fait de se défendre en attaquant apparaît comme la condition de possibilité de sa survie comme de son devenir politique. Cette histoire de la violence éclaire la définition même de la subjectivité moderne, telle qu'elle est pensée dans et par les politiques de sécurité contemporaines, et implique une relecture critique de la philosophie politique, où Hobbes et Locke côtoient Frantz Fanon, Michel Foucault, Malcolm X, June Jordan ou Judith Butler.

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  • «Nous devons prendre une décision. Elle doit avoir deux effets?: nous mettre en mesure de combattre les maux actuels et prochains, non plus dans le désordre et la confusion, mais de façon cohérente, et introduire le moment positif de ce que nous voulons. Car nous ne serons cohérents que si notre action découle d'une décision, et cette décision ne sera opérante que si nous luttons en premier lieu, non plus contre tout ce que nous ne voulons pas, mais pour ce que nous voulons. En quoi cette décision positive consistera-t-elle?? Elle sera un acte, non de la volonté, mais de l'intellection. Elle sera la reconnaissance de notre besoin et désir le plus fondamental, qui est de devenir sujets.» L'auteur a mis à profit le confinement pour revenir à des questions de fond. «Nous n'avons plus de repères, écrit-il, ou nous en avons trop, ce qui revient au même. Comment trouver quelque part un point sûr, ne serait-ce que pour moi?? Le trouverai-je dans l'histoire?? Non, car plus le temps passe, plus il y a d'histoire. Il y en a trop désormais. Ce point sûr ne peut résulter que de l'observation de ce que nous sommes, non dans ce qui nous différencie les uns des autres, mais dans ce que nous avons en commun?: le fait d'être chacun un sujet qui dit je».
    Il faut pour cela une observation d'un genre nouveau, à laquelle les philosophes n'ont pas songé jusqu'ici. Menée avec rigueur, elle conduit à une idée juste du sujet dont nous avons le plus grand besoin aujourd'hui. C'est de cette idée nouvelle­­­­­ que traite principalement ce bref essai, dense mais écrit dans un langage simple.

  • L'être et le néant est un des textes majeurs de la deuxième moitié du XXe siècle. Jean-Paul Sartre (1905-1980) y pose les fondations de l'existentialisme : si Dieu n'existe pas, l'homme ne trouve ni en lui, ni hors de lui, des excuses ou des valeurs auxquelles s'accrocher; dès lors que l'existence précède l'essence, nul ne peut se réfugier derrière une nature humaine donné et figée. Où qu'il regarde, l'homme est seul, sans excuses, condamné à être libre.
    «L'être ne saurait engendrer que l'être et, si l'homme est englobé dans ce processus de génération, il ne sortira de lui que de l'être. S'il doit pouvoir interroger sur ce processus, c'est-à-dire le mettre en question, il faut qu'il puisse le tenir sous sa vue comme un ensemble, c'est-à-dire se mettre lui-même en dehors de l'être et du même coup affaiblir la structure d'être de l'être. Toutefois il n'est pas donné à la "réalité humaine" d'anéantir, même provisoirement, la masse d'être qui est posée en face d'elle. Ce qu'elle peut modifier, c'est son rapport avec cet être. Pour elle, mettre hors de circuit un existant particulier, c'est se mettre elle-même hors de circuit par rapport à cet existant. En ce cas elle lui échappe, elle est hors d'atteinte, il ne saurait agir sur elle, elle s'est retirée par-delà un néant. Cette possibilité pour la réalité humaine de sécréter un néant qui l'isole, Descartes, après les Stoïciens, lui a donné un nom : c'est la liberté.»

  • Comment se fait-il que les arbres ne nous parlent plus ? Que le soleil et la lune se bornent à décrire en aveugle un arc à travers le ciel ? Et que les voix de la forêt ne nous enseignent plus rien ? À de telles questions répondent souvent des récits qui font de nous, « enfants de la raison », ceux qui ont su prendre conscience que les humains étaient seuls au sein d'un monde vide et silencieux.
    Les peuples de tradition orale savent qu'il n'en est rien et l'enquête passionnante de David Abram leur donne raison. Plutôt qu'une prise de conscience, ce qui nous est arrivé est une brutale mutation écologique, qui a interrompu la symbiose entre nos sens et le monde.
    Toutefois, ce n'est pas l'ancien pouvoir d'animation des choses qui s'est tari. Ne sommes-nous pas témoins de scènes étranges ? N'avons-nous pas des visions ? Ne faisons-nous pas l'expérience d'autres vies... lorsque nous lisons ? Et si la magie vivifiante de nos sens avait été capturée par les mots écrits ? Les mots de David Abram possèdent cette magie, et surtout, ils réactivent l'expérience d'un monde au présent. Ce monde alentour qui, en sourdine, continue à nourrir nos manières de penser et de parler, de sentir et de vivre.
    Parce que la terre parle...

  • Dans les épreuves et les violences du monde contemporain. l'invivable est la pointe extrême de la souffrance, de l'injustice, et du soin qui peut et doit y répondre. Mais qu'est-ce qui est invivable ? Puisqu'il exige immédiatement une action et un soin, comment s'en prémunir et le réparer? Judith Butler critique les normes qui rendent des vies « précaires » et « invivables » (depuis Trouble dans le genre ), mais sans pour autant la lier à une philosophie de « la vie » ou du « soin ». Frédéric Worms, de son côté revendique un « vitalisme critique », pour lequel tout ce qui cause la mort relève de la vie, mais d'une manière différenciée selon les vivants, de sorte que « l'invivable » qui tue quelque chose en nous, reste littéralement vital et révèle la spécificité des vivants humains.
    Mais tous les deux voient dans la différence entre le vivable et l'invivable le fondement critique pour une pratique contemporaine du soin. Pour l'un et pour l'autre, le soin complet rendra la vie humaine vivable, « plus que vivante ». Il faut s'appuyer pour cela sur les pratiques concrètes des humains confrontés à l'invivable, les réfugiés dans le monde contemporain, les témoins et les écrivains des violations du passé. Ce sont eux qui nous apprennent et nous transmettent ce qui dans l'invivable est insoutenable, mais aussi indubitable, et ce qui permet d'y résister.
    Un dialogue transcrit et traduit d'une séance tenue à l'Ecole normale supérieure.

  • La nature : cours du Collège de France (1956-1960) Nouv.

    De 1956 à 1960, Maurice Merleau-Ponty, alors professeur au Collège de France, a consacré trois années de ses cours à explorer et interroger l'histoire du concept de Nature depuis l'Antiquité d'Aristote au xxe siècle de Freud, en passant par les sciences du vivant. Cet ouvrage, issu de la retranscription de notes prises par ses auditeurs, restitue sa pensée - et sa parole - à l'oeuvre.

    « Peut-on valablement étudier la notion de Nature ? N'est-elle pas autre chose que le produit de l'histoire au cours de laquelle elle a acquis une série d'acceptions qui ont fini par la rendre inintelligible ? ». Il s'agit, pour Merleau-Ponty, non seulement de comprendre pourquoi l'idée de Nature a été délaissée par ses contemporains, fascinés par l'Histoire - et en écho, pour nous, pourquoi cette même Nature est devenue omniprésente aujourd'hui -, mais aussi de rompre radicalement avec une tradition philosophique qui la réduit à une puissance extérieure et transcendante à l'homme.

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