• La phénoménologie est née d'une interrogation critique sur la notion de " phénomène " et d'un effort pour recentrer l'analyse philosophique sur la description des formes d'apparaître de ces phénomènes. Tout questionnement relatif au statut ontologique de la matière semblait par conséquent mis de côté.

    Or, contre toute attente, la question de la matière a occupé une place très importante au sein de cette tradition philosophique, moins peut-être comme thème directeur que comme problème autour duquel elle s'est structurée et diversifiée. En dépit des divergences qui opposent les perspectives de Husserl et de Heidegger, de Scheler, Patocˇka, Sartre, Levinas ou Henry, la matière s'est imposée à chaque fois comme pierre de touche de la phénoménologie et de ses prétentions descriptives, lui imposant de ne pas arracher la description des vécus aux conditions concrètes et matérielles d'effectuation de l'expérience.

    Le statut équivoque de la matière en fait ainsi le lieu privilégié d'une analyse des tensions constitutives de la méthode et de l'objet de la phénoménologie. Les contributions réunies dans ce volume, soucieuses de restituer la complexité des différents niveaux d'implication de la notion de matière, la prennent comme fil conducteur d'une relecture critique des moments essentiels de la pensée phénoménologique.

  • La phénoménologie est née d'une interrogation critique sur la notion de « phénomène » et d'un effort pour recentrer l'analyse philosophique sur la description des formes d'apparaître de ces phénomènes. Tout questionnement relatif au statut ontologique de la matière semblait par conséquent mis de côté.
    Or, contre toute attente, la question de la matière a occupé une place très importante au sein de cette tradition philosophique, moins peut-être comme thème directeur que comme problème autour duquel elle s'est structurée et diversifiée. En dépit des divergences qui opposent les perspectives de Husserl et de Heidegger, de Scheler, Patoc?ka, Sartre, Levinas ou Henry, la matière s'est imposée à chaque fois comme pierre de touche de la phénoménologie et de ses prétentions descriptives, lui imposant de ne pas arracher la description des vécus aux conditions concrètes et matérielles d'effectuation de l'expérience.
    Le statut équivoque de la matière en fait ainsi le lieu privilégié d'une analyse des tensions constitutives de la méthode et de l'objet de la phénoménologie. Les contributions réunies dans ce volume, soucieuses de restituer la complexité des différents niveaux d'implication de la notion de matière, la prennent comme fil conducteur d'une relecture critique des moments essentiels de la pensée phénoménologique.

  • Cet essai propose de contribuer au développement d'une cosmologie phénoménologique, dans la voie ouverte par Fink, Pato ka ou Renaud Barbaras. Au regard de cette approche, il faut combattre le naturalisme, car les choses (les phénomènes) ne sont pas des systèmes matériels réductibles en dernière instance à leurs constituants élémentaires. Mais face au subjectivisme, les phénomènes ne sont pas non plus assimilables à leur sens constitué dans la conscience. Celle-ci, comme toute chose, est située dans le monde, lequel seul fait apparaître tout ce qui est. Apparaître signifie entrer en présence, accéder à l'individuation par un mouvement qui a pour fond producteur le monde lui-même, mouvement dont on soutient dans ce travail qu'il est une structure essentielle de l'apparaître, ou ce que Husserl aurait nommé un a priori matériel. Reste à comprendre comment la conscience peut accéder à de telles structures, si elle est elle-même limitée par la constitution finie des facultés anthropologiques qui médiatisent son ouverture. La cosmologie phénoménologique d'inspiration réaliste doit-elle réinvestir l'opposition kantienne entre choses en soi et phénomènes?? Il faut surtout montrer comment la conscience, en dépit de sa finitude, a accès à l'absolu en tant qu'il se montre, et envisager ainsi la phénoménologie comme voie méthodologique vers une forme renouvelée de métaphysique.

  • Cet ouvrage met en oeuvre une confrontation philosophique entre Heidegger et Patocka, deux figures majeures de la tradition phénoménologique, en prenant pour fil conducteur leurs interprétations respectives des concepts fondamentaux de la Physique d'Aristote. Mais tout d'abord, le point d'accord : l'herméneutique de l'aristotélisme représente aux yeux de Heidegger et de Patocka une première entrée pensante dans l'affaire même de la pensée, où le mouvement (????s??/µetaß???), irréductible au déplacement d'un étant dans l'espace, désigne le procès d'advenue au paraître qui sous-tend l'éclosion à l'être des choses. Aristote met au jour la différence ontologique entre l'être et l'étant, en sorte que la Physique constitue de ce point de vue pour Heidegger et Patocka le véritable Grundbuch de la philosophie occidentale. Cependant, Heidegger et Patocka ne comprennent pas de la même manière le sens de ce mouvement ontologique au coeur de l'être (f?s??). À travers l'examen de ces différences, l'enjeu de cet ouvrage est de mettre en évidence un point de tension au sein de la phénoménologie qui n'a pas encore été suffisamment remarqué, entre d'une part l'approche heideggérienne qui soumet l'être au sens (?????), et s'expose de la sorte au risque d'un anthropocentrisme ontologique larvé. Et d'autre part, la tentative d'un réalisme phénoménologique, dont Patocka fut l'un des représentants, dans la double mesure où il brise l'identité classique de l'être et de l'intelligibilité, et où il pense l'homme comme radicalement décentré, prétendant en finir ainsi avec le sujet et tous ses avatars (c'est là le sens de la fameuse « phénoménologie asubjective ») ; réalisme radical dont on peut toutefois se demander s'il ne met pas à mal le paradigme phénoménologique de l'a priori de la corrélation entre l'apparaître et ses modes subjectifs de donnée, et s'il ne remet pas en cause ainsi la possibilité même de la phénoménologie en la poussant au-delà de sa propre limite.

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