• Alfred North Whitehead (1861-1947), mathématicien et logicien de formation, est l'auteur d'une oeuvre très originale au croisement des sciences et de la philosophie, sur la nature du monde qui nous entoure, et son flux temporel.
    Convaincu que les termes de la vie courante déformaient la réalité, Whitehead a inventé ou emprunté des termes plus appropriés à son projet. Le terme «?Process?», qui donne son titre à son ouvrage le plus célèbre Procès et réalité (1929) est central dans sa pensée. Il introduit à sa vision de la nature comme une succession de cristallisations dont chacune apporte une poussière de temps finie?: l'instant n'existe pas. Il implique aussi une confrontation avec la théorie de la relativité et la physique quantique. Enfin, il permet la survenue de nouveautés créatives, signe pour Whitehead d'une déité inter-agissante avec le monde, dont le rôle est examiné dans le dernier chapitre.
    Rémy Lestienne mêle ici éléments biographiques et avancées intellectuelles, du logicisme vers une philosophie de la nature. Son livre constitue une introduction à une oeuvre exigeante et singulière qui a inspiré scientifiques, philosophes et théologiens.

  • Le temps est là, nous vivons en lui, nous le consommons en quelque sorte. Mais existe-t-il en dehors de nous, de nos perceptions, de nos mesures ? La question est certes ancienne mais sans cesse réexaminée. S'appuyant sur les acquis récents de l'astronomie et de la physique des particules mais aussi sur les recherches relatives à l'ontogenèse des êtres vivants et au fonctionnement du système central de l'homme, Rémy Lestienne décrit la révolution épistémologique en cours et nous donne des clés de compréhension et d'appréhension du temps.

    « Du temps causal au temps devenir pour aboutir enfin au temps vivant, le chemin sur lequel Rémy Lestienne nous entraîne est un véritable parcours initiatique. » Jean-Didier Vincent, neurobiologiste.

  • Le cerveau cognitif

    Rémy Lestienne

    • Cnrs
    • 8 September 2016

    Malgré sa modeste taille, le cerveau de l'Homme est un organe d'une redoutable complexité. Les sciences cognitives qui l'étudient sont récentes : à peine plus d'un siècle nous sépare de l'adoption du mot de « neurone », la cellule élémentaire du système nerveux central, qui en contient 100 milliards ! Aujourd'hui, cette science se transforme, à une rapidité vertigineuse. De nouvelles technologies permettent l'observation et le contrôle de réseaux neuronaux avec une précision naguère inatteignable, et de nouvelles théories générales du fonctionnement du cerveau voient le jour. Pourtant, nous ne connaissons toujours pas précisément la manière dont le système nerveux central transporte l'information fournie par les récepteurs sensoriels jusqu'au cerveau et élabore les réponses motrices pertinentes. Le « code » neuronal reste un mystère, et la question de l'intervention de la conscience dans la décision l'objet d'âpres débats.

    Ce que nous avons déjà appris au cours des dernières décennies n'en est pas moins fascinant, car les travaux des neuroscientifiques ont permis des découvertes considérables, notamment dans le domaine médical. Avec les médecins et les psychiatres, les neurosciences actuelles se penchent entre autres sur les maladies du système nerveux central, afin de mieux connaître, comprendre, et prévenir ces maladies de l'âme.

  • J'aime, je me souviens... Que sait-on de nos sentiments ? Comment réagit notre cerveau lorsque nous communiquons ?
    La perception du temps joue un rôle essentiel dans l'échange entre notre cerveau et ce qui l'entoure.
    Notre vision, nos affects, notre capacité à aimer, dépendent largement de notre construction du temps liée elle-même à notre mémoire.
    Plus encore, nos émotions positives et notre vie affective jouent un rôle essentiel dans notre mémorisation.
    Temps et mémoire, mémoire et affectivité. Comment notre cerveau entretient-il, à chaque seconde qui passe, ce subtil dosage entre le nouveau et le connu, entre l'ancien et l'anticipation ? Pourquoi sommes-nous faits pour une vie sociale ?
    Les neurosciences permettent désormais une investigation presque sans limite. Rémy Lestienne nous convie ici à un voyage dans l'intime de nos pensées.

  • Comment expliquer l'apparition de nouveautés radicales dans la nature, telles que la forme des cristaux, la vie ou la conscience ? Les scientifiques sont-ils condamnés à toujours expliquer l'inconnu par le déjà connu ? Ou bien est-il nécessaire, pour eux, de dépasser la science traditionnelle pour fonder une nouvelle approche ?
    Pour affronter ces redoutables questions, rassemblées sous le nom d'émergence, Rémy Lestienne a choisi de faire revivre les trois protagonistes du célèbre livre de Galilée, Dialogue sur les grands systèmes du monde, mais actualisés : Sagredo, Simplicio et Salviata (Salviati féminisé, le monde a changé !). Chaque jour d'un certain printemps, ils se rendent à Saint Germain des Près, au musée du CNAM, etc. Ils y retrouvent d'illustres scientifiques, tels James Clerk Maxwell, Charles Darwin ou Ilya Prigogine. Avec eux, ils discutent d'émergence dans leurs disciplines respectives. Ainsi la thèse selon laquelle le tout dépasse la somme des parties est-elle examinée avec un salutaire entrain :
    Observe-t-on, en particulier, une action de ce tout sur les parties, à l'exemple du cerveau conscient qui semble rétroagir sur l'activité de ses neurones ?
    En les écoutant, on découvre les enjeux formidables de cette nouvelle querelle scientifique et philosophique qui invite à gravir les échelles de la complexité, depuis la particule élémentaire jusqu'aux galaxies, depuis l'amibe jusqu'à l'Homme, et qui éclaire des phénomènes aussi étonnants que l'envol en formation d'une colonie d'étourneaux ou la nature du temps.

  • Notre raison est sollicitée par deux abîmes qu'elle répudie tour à tour : ne sommes-nous que des marionnettes impuissantes, vivant dans un monde marqué par un implacable déterminisme ? Ou bien, le monde réel est-il gouverné par le seul hasard, qui ferait de nous, au mieux, des matelots ivres ? Pour Rémy Lestienne, face à cette double désespérance, la question clé est celle de la réalité ou de la subjectivité du hasard. Accompagnant un mouvement encore minoritaire mais croissant de réflexion épistémologique, il s'adresse à la science pour découvrir des indices nouveaux pour ou contre la réalité du hasard.

    En refermant ce livre, on sait quel est son choix : celui de la réalité du hasard, qu'il lie à la réalité du devenir, selon une tradition initiée en 1859 en physique par James Clerk Maxwell et en biologie par Charles Darwin. Depuis les travaux de ces deux pionniers, il montre que bien d'autres découvertes sont venues apporter de l'eau au moulin des partisans d'un hasard objectif, venues d'horizons aussi divers que l'exploration du système immunitaire et celle du système nerveux, l'observation de l'Univers et l'étude des phénomènes microscopiques régis par la mécanique quantique.

    Cs indices ne nous poussent pas pour autant à abandonner le programme scientifique : l'idéal scientifique consiste à repousser toujours plus loin les frontières du hasard, et non point d'affirmer dogmatiquement qu'il n'existe pas.

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