• Après.

    Pierre Larrouy

    « Le pire n'est pas toujours sûr. » Pour un esprit raisonnablement optimiste, de surcroît de fibre républicaine et sociale, cette profession de foi de Paul Claudel aura cruellement sonné en ce début d'année 2019. Séismes. Entre l'angoisse de la fin de mois révélée par « les gilets jaunes » et l'effroi de la fin du monde, entre la vague grandissante des régimes autoritaires partout dans le monde, y compris en Europe, et l'impuissance des politiques réformistes à proposer un autre modèle, les branches sont rares auxquelles s'accrocher. Si l'on ajoute la place grandissante des algorithmes dans les objets de notre vie quotidienne et une course folle vers un isolement des individus dans le grand tout digitalisé d'une époque sans conscience, c'est vers un sentiment d'étouffement que nous conduit la description de Pierre Larrouy.
    Mais ce livre, Après., est d'abord un appel à la mobilisation. Au grand large des idées nouvelles. Oui, un acte de foi. La réforme comme projet politique est possible dans le cadre de l'économie de marché. Séismes, certes, mais nouveau contrat social en vue aussi, pour peu que le pouvoir politique reprenne les choses en main à bonne distance du territoire, que les entreprises et « les forces vives » comprennent que l'économie cohésive est le seul modèle durable et que les individus se lient pour faire société. Pas d'incantation ni de voeux pieux. Après. se veut une réponse concrète aux dérèglements du monde...et à tous les partisans du tout ou rien.
    Gérard Desportes.
    Journaliste et écrivain, ancien rédacteur en chef de Libération et co-fondateur de Mediapart.

  • La crise innovante

    Pierre Larrouy

    • Uppr
    • 12 December 2016

    Notre société, après avoir déstabilisé toutes les autorités, ne sait plus à qui se confier. Elle est en perte de repères et de cohésion sociale. Elle affiche pourtant l'utopie de l'économie du partage dans la ligne des thèses de Rifkin. De toute manière, il n'y a pas de choix. Finie l'époque tranquille des ajustements à la marge. Il faut un changement de paradigme et donc accepter des remises en cause pour bâtir un nouvel équilibre.
    Comme le disait Nietzsche, "il faut porter encore en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante". Voilà pourquoi la crise ne peut qu'être innovante. Cette période a accompagné l'avènement du numérique, du temps réel, du web. Les réseaux sociaux créent des amis partout mais de la chair, de la substance, nulle part. Pas de causalité simpliste, retenons la concomitance. L'homme libéral a des soucis à se faire.
    C'est pourtant à ce moment que le déploiement de ces nouveaux marchés économiques, en particulier autour des applications du numérique, se met en quête d'un nouveau citoyen plus réconcilié avec le collectif, moins individualiste et narcissique. On peut rêver. Période faste pour les prophètes. Mais qu'ils prennent vite leurs marges car tout cela ne peut pas durer. A côté de ces prophètes, se positionnent des visionnaires, souvent plus honnêtes, parfois naïfs, peut être aussi chevaux de Troie d'enjeux économiques.
    Gardons la générosité pour ne pas désespérer La Défense ! Survient la république des co-, la société du partage, etc. Ne boudons pas l'espoir. Mais, instruits par les illusions de l'utopie de la communication qui nous poursuit depuis les années cinquante, ne relâchons pas notre attention devant ce qui pourrait devenir un déterminisme prédictif inédit dont nous serions collectivement complices, co-constructeurs.
    Subsidiarité, territoires, cet essai va à contre-courant en soutenant que les citoyens ont tout intérêt à ne pas rejeter la politique, mais en exigeant qu'une relation nouvelle passe à la fois par une méfiance qui n'empêche pas une implication loyale. La République a besoin d'un congé sabbatique de reconstruction. Donnons-lui ce temps et cette confiance. Cet essai construit une proposition simple, ou de bon sens, autour de deux notions, le pacte d'économie cohésive et l'horizontalisme.

  • Ubérisation de la politique, ubérisation de l'économie, ubérisation, même, de la santé et des sciences... Qu'est-ce qui se joue ici et comment expliquer le succès de cette formule qui se prête à toutes les conjugaisons ? Pierre Larrouy met ici en lumière les causes profondes historiques, sociétales, technologiques, comportementales et psychiques de ce changement de paradigme tellement révolutionnaire, qu'il engendre un malaise inédit dans la civilisation. Et le malaise est tel, que, même ressenti par tous, il résiste aux tentatives d'explication objective du moins jusqu'à ce livre, posé devant nous comme un miroir. L'enjeu premier n'est pas, ici, de combattre l'ubérisation au nom de ses conséquences potentielles, mais d'en bien cerner les principes pour qu'elle ne devienne pas un dispositif tyrannique. Car connaître les causes, c'est se donner les moyens d'anticiper les conséquences. Que comprend-ton, dès lors ? Que l'ubérisation accompagne une attente collective de dérégulation, qu'elle est le signe d'un changement radical et global de la société rupture que les décideurs, en plus, semblent totalement ignorer. Que l'ubérisation correspond à un état d'esprit, à un imaginaire révolutionnaire, à l'exigence d'un nouvel art de vivre, qui trouve ses racines dans la contestation des élites et que les politiques manqueraient l'essentiel en ne se préoccupant que des problèmes relatifs à sa régulation. Que ce système apparemment libérateur peut prendre en otages ses promoteurs, mais aussi que ces derniers sont condamnés à le soutenir, dupes d'un véritable syndrome de Stockholm... Enfin, Pierre Larrouy ne se contente pas d'analyses magistrales : il fait aussi des propositions concrètes, propres à maintenir rien de moins que la cohésion sociale car ce qui se joue sans doute dans l'ubérisation, c'est le passage à la limite de la modernité, qui se retrouve ainsi sur le fil du rasoir. Toute la question est de savoir comment faire de la lame un tremplin authentiquement humaniste.

  • Face à la défiance de l'opinion, discours politique et communication publique s'interrogent sur un manque. Ce manque prend souvent le nom de Jacques Pilhan, conseiller de François Mitterrand puis de Jacques Chirac. Tantôt pour se demander ce qu'il aurait fait et dit, tantôt pour juger que le terreau d'analyse qui était le sien se voit aujourd'hui dépassé par les réseaux sociaux, lesquels ont radicalement changé la donne. Alors, de quoi cette référence est-elle le nom ? Répondre à cette question implique une explication, une mise au jour de l'impensé et, pourquoi pas, une stratégie pour les temps actuels. A moins que persiste un point d'interrogation peu rassurant ? Car, en arrière-plan, c'est bien de la recherche d'explications et de réponses que ces approches participent, face à ce que Freud, à son époque, nommait "le malaise dans la civilisation". Or, c'est dans la place du symbolique, de la sublimation ou du ressentiment que Pierre Larrouy propose de trouver des pistes de réflexion et de propositions, concluant son analyse par trois portraits-robots qui correspondent à des réponses possibles à la crise de confiance de l'opinion, au ressentiment et au sentiment de déclassement...

  • Republique sans curseur

    Larrouy Pierre

    • Uppr
    • 15 February 2017

    République sans curseur... Etrange formule ! De quoi Pierre Larrouy nous parle-t-il ? Du manque de symbolique de la société numérique, voire de la société tout court. De cette société habitée de valeurs-slogans devenues impuissantes, parce qu'elles veulent assumer une contradiction insoluble : des libertés tous azimuts et un besoin viscéral de collectif ou, lâchons le mot, d'autorité. Dans ce contexte, le curseur est précisément ce qui fait défaut aujourd'hui. Le curseur, Pierre Larrouy le définit comme "quelque chose qui permet de moduler, de s'ébrouer sans prendre le risque d'une rupture des relations collectives ou d'un égarement individuel, et qui voit la limite comme un champ des possibles et non comme un catalogue d'interdits, à l'opposé, donc, de la norme". Seul ce curseur, sans doute, est capable de donner le sens de la limite et de ce que peut être la liberté exercée au sein de cette limite ; et cela, sans tomber dans le piège autoritaire de la normalisation et de l'interdit. En lui, la confusion et l'extrémisme actuels trouvent leur résolution symbolique, à partir de laquelle la société peut actualiser une véritable cohésion.

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