• À la fin du XIXe siècle - conséquence directe de la révolution industrielle -, la pollution s'attaque aux hommes, aux animaux, aux paysages. Pour lutter contre la suffocation, les vapeurs d'acide sulfurique, les pneumocoques, le bacille de Koch et autres microbes, les médecins hygiénistes inventent la microbiologie et promeuvent de grands travaux d'hygiène publique. Leur combat porte alors sur trois fronts : l'air, l'eau et les vecteurs microbiens. Ils seront les premiers écologistes !
    Aujourd'hui, la pollution qui nous menace est autre. Moins spectaculaire, elle est peutêtre plus dangereuse. La perception de ses effets n'est pas immédiate. Dans sa dimension planétaire, elle émousse les angoisses, frappe dans le long terme, dilue les responsabilités.
    Et pourtant elle s'inscrit dans le sillage de l'ancienne, les réponses apportées à celle-ci - ironie du sort ! - exacerbant parfois celle-là. C'est dire si la connaissance de la pollution microbienne du passé doit nous inciter à regarder les problèmes de notre planète d'un oeil plus lucide, à plus forte raison après la crise sanitaire mondiale due à la covid-19.

  • Lorsque les Français débarquent en 1830 à Sidi-Ferruch, ils sont loin de se douter que cette terre inconnue va soulever des tourbillons de passions et devenir l'un des enjeux majeurs de la politique nationale. Et d'abord, que faire d'un pays conquis sur un coup de tête, où, jusqu'en 1850, la maladie et les guerres dévorent des milliers d'hommes ? Il faut attendre 1870 pour que la formule " l'Algérie c'est la France " s'impose avec force. Les Arabo-Berbères, eux, ont longtemps attendu, dans un silence brisé par des révoltes sporadiques. On les considérait comme de grands enfants assoupis. En 1954, le réveil n'en sera que plus brutal. Mais dès 1940, l'Algérie française est morte : un pays vaincu ne peut plus, désormais, être une puissance coloniale.
    L'auteur a croisé les sources, multiplié les points de vue, allié l'analyse de fond au déroulement des événements et aux récits des hommes. Au fil des pages se dessinent ainsi tous les aspects d'une Algérie ardente et violente, injuste et séduisante, déchirée par les passions mais porteuse d'espérance, de mythes et d'amour.

  • Qu'est-ce que la femme ? Un animal étrange né de la vase des bords du Nil, comme le croyaient les Égyptiens ? Ou formé sur le fumier exposé au soleil d'Arabie, comme le pensaient les Grecs ? Ou un sous-produit de la côte d'Adam, comme le veut la Genèse - c'est pourquoi elle a l'esprit tordu ? Ou encore, plus scientifique, selon Aristote : «La femme est une erreur de la nature. Dans un ordre parfait n'existeraient que des mâles».
    En 1617, un certain Jacques Olivier publie un livre intitulé Alphabet de l'imperfection et malice des femmes. Dès l'entrée, le ton est donné : «Femme, si ton esprit altier pouvoit connoître le sort de ta misère et la vanité de ta condition, tu fuirois la lumière du soleil, tu chercherois les ténèbres, tu entrerois dans les grottes, tu regretterois ta naissance et tu aurois horreur de toi-même.» Dans la stigmatisation de la femme, Jacques Olivier n'est pas seul. Il est épaulé par une école de misogynes qui jonglent avec les exégèse bibliques, le discours patrologique ou traditionnel, la grivoiserie proverbiale et manient l'invective avec un naturel déconcertant.
    Ainsi prend corps la «querelle des femmes».
    Car face aux misogynes se dressent de fougueux féministes. Ils reçoivent de leurs adversaires les qualificatifs de «damarets», «muguets», «effeminez». Ils s'appellent Vigoureux, Meynier, chevalier de l'Escale et, par dessus tout, Poullain de la Barre, esprit des Lumières égaré au coeur du XVIIe siècle et féministe si audacieux qu'on a du mal à le surpasser dans ses idées, même aujourd'hui.
    Tout au long des XVIIe et d'une partie du XVIIIe siècle, la «guerre des sexes» se poursuit, orchestrée par les stratèges du refoulement autour du thème de la «descouverture des seins» ou des dangers incarnés par l'Amazone.
    Au XIXe siècle le discours se fait plus subtil. Il est laïcisé par les médecins qui se penchent avec paternalisme sur la femme, être fragile qui implore la protection de l'homme fort. En somme, la nouvelle stratégie se résume en peu de mots : protéger pour mieux soumettre.
    C'est cette histoire de la mysogynie, depuis la plus virulente, la plus violente et la plus paillarde, jusqu'à la plus subtile, la plus paternaliste et la plus féministe d'apparence, que Pierre Darmon retrace dans ce livre.

  • Présentant un tableau fort complet de la vie à Paris pendant la Première Guerre mondiale, cet ouvrage souligne les contradictions d'une capitale qui passe de la mobilisation patriotique à une fièvre de plaisirs destinée à faire oublier la guerre. Cette légèreté cristallisera bientôt l'image de l'insouciance de l'arrière. Mais la réalité est tout autre : angoisse pour les mobilisés, bombardements, travail des femmes, misère, maladies (tuberculose, syphilis), difficultés de ravitaillement, froid. Dans cette atmosphère crépusculaire, de sourdes haines traversent les esprits : haine de l'embusqué ou supposé tel, haine de l'étranger, haine de l'homme politique, haine du militaire envers le civil.
    D'une plume alerte, l'auteur décrit le quotidien des Parisiens, mais remet aussi en perspective les grands événements qui scandent le déroulement de la guerre, en soulignant leur impact psychologique et matériel sur le pays tout entier.
    Une contribution majeure à l'historiographie de la Grande Guerre.

    1 autre édition :

  • Lorsque les Français débarquent à Sidi-Ferruch, en 1830, ils sont loin de se douter que cette terre inconnue à l'assaut de laquelle ils s'élancent va soulever des tourbillons de passions et devenir, 130 ans durant, l'un des enjeux majeurs de la politique nationale. Et d'abord, que faire d'un pays conquis sur un coup de tête et de dés ? D'un pays où, jusqu'en 1850, la maladie et les guerres dévorent des milliers d'hommes ? Il faut attendre 1870 pour que la formule " l'Algérie c'est la France " s'impose avec force. Les passions françaises y trouvent dès lors un écho exacerbé. Les Français y seront plus français que ceux de métropole, plus patriotes, plus généreux de leur sang ou, le cas échéant, plus antisémites qu'eux. Quant aux Arabo-Berbères, ils ont longtemps attendu, dans un silence brisé par des révoltes sporadiques. On les considérait comme de " grands enfants " assoupis, dominés par le fatalisme et incapables de " s'en sortir " à l'écart de la " mission civilisatrice " de la France. En 1954, le réveil n'en sera que plus brutal. Mais dès 1940, l'Algérie française est morte. Un pays vaincu ne peut plus être une puissance coloniale dans un monde balayé par un mouvement général d'émancipation. Pierre Darmon a croisé les sources, multiplié les points de vue, allié l'analyse de fond économique et sociale au déroulement des événements et au récit des hommes et de la vie quotidienne avec ses bruits, ses couleurs et son atmosphère si particulière. Au fil des pages se dessinent ainsi tous les aspects d'une Algérie ardente et violente, injuste et séduisante, déchirée par les passions mais porteuse d'espérance, de mythes et d'amour.

  • Le professeur à la faculté de médecine de Paris François Rouveyre n'a qu'une idée en tête : recueillir la pensée, en isoler les idées vicieuses et mettre au point un vaccin qui protègerait l'humanité contre cette imbécilité épidémique dont il déplore chaque jour les nouveaux progrès. Or, en cette année de 1885, un serial killer collectionneur de têtes sévit à Paris, mettant le quai des Orfèvres en ébullition.
    Tour à tour mondain, beau parleur, charmeur et amoureux transi, Rouveyre s'est, de surcroît, rendu célèbre par son Traité de testicologie appliquée et en mettant au point un « suc testiculaire » qui stimule les sens et fait des ravages dans les salons. Mais ce diable d'homme est dévoré par ses passions, ses recherches inquiétantes et la quête d'une enfance égarée. Il ne se contente pas de semer le désarroi dans son entourage. Le tourbillon de ses fantasmes met l'université sens dessus dessous, provoque la chute d'un ministère et ébranle la République.
    Avec, pour toile de fond, le Paris de la fin du XIXe siècle reconstitué avec précision, Un homme de têtes n'est pas seulement un livre hilarant et pathétique où se mêlent suspense, intrigue policière, grand amour et poésie. Aux frontières de l'histoire, du rêve et du fantastique, c'est aussi une satire grinçante et toujours actuelle de la société de la Belle Époque, du monde médical, des milieux intellectuels, judiciaires et politiques, et même des moeurs universitaires. En 1986, ce livre a fait partie de la sélection pour le prix Renaudot.

  • Avec ses airs de chérubin où se lisait toute la candeur de son âme, Guillaume, puîné des Tonon-Laroche, ressemblait à l'Amour. Hélas ! les frasques libertines de ses frères soulevaient l'indignation des honnêtes gens et faisaient le désespoir de son père. Dépositaire de l'honneur familial, Guillaume fut donc placé sous la protection d'un cousin de haut lignage, Charles-Henri d'Aiglemont, président du parlement de Lorraine. Or, nommé sous-lieutenant des dragons à Metz, le jeune homme se retrouve, bien malgré lui, au coeur de toutes les convoitises féminines et de la rivalité qui oppose deux femmes prestigieuses : la vertueuse Anne-Sophie d'Aiglemont, épouse du président, et Blanche de Saint-Clair, qui se pique de bel esprit. A travers une parodie tendre et picaresque des romans libertins du XVIIIe siècle, {l'Apprenti libertin} brosse en fait un tableau corrosif des moeurs aristocratiques à la veille du grand bouleversement de 1789.

  • Gabrielle Perreau, héroïne infortunée de la plus célèbre affaire d'adultère du siècle de Louis XIV : mariée par son père - et les astres - à un épicier apothicaire sinistre, la belle et sage Gabrielle est devenue, presque malgré elle, la maîtresse d'un grand banquier du roi. Et à cette époque, la loi, misogyne, est intraitable pour les pécheresses. A travers la triste mais authentique histoire de Gabrielle Perreau, Pierre Darmon fait revivre de façon tour à tour cocasse et poignante le Paris de la fin du XVIIe siècle, en nous menant du cabinet d'un astrologue extravagant à l'officine d'un apothicaire charlatan, du comptoir grouillant d'un grand banquier à la prison du Châtelet, de la Cour rutilante du Roi Soleil à la Conciergerie, puis à l'Hôpital général, véritable cour des miracles où Gabrielle Perreau mourra à l'âge de vingt-huit ans. {Gabrielle Perreau, femme adultère} est une extraordinaire histoire vraie contée comme un roman.

  • Du cimetière du Père-Lachaise à la morgue du Châtelet, des abattoirs de La Villette à l'amphithéâtre de dissection, le professeur François Rouveyre poursuit une folle chimère : prouver la survie de la pensée chez les décapités. Or, en cette année 1885, une série de meurtres par décapitation intrigue la police et défraie la chronique. Mégalomane dévoré par la recherche de son passé perdu, François Rouveyre ne se contente pas de semer l'angoisse dans son entourage. Le tourbillon de ses fantasmes et de ses obsessions ébranle bientôt les milieux médicaux et l'université, provoque la chute du ministère Jules Ferry et fait chanceler la République. Pierre Darmon donne ici un relief saisissant au mythe du savant fou. Roman d'aventures et de suspense, {la Veuve sanglante} se lit autant pour le plaisir de frémir que pour le bonheur de découvrir les aspects les plus insolites du XIXe siècle.

  • L'Algérie de Pétain

    Pierre Darmon

    • Perrin
    • 17 April 2014

    L'Algérie de Pétain a légué à la postérité l'image d'un pays où, sous l'étendard d'un patriarche de cité thermale vénéré comme un dieu, il ferait bon vivre loin de l'occupant, du rationnement et de la violence.
    Mais que se passe-t-il en réalité dans la tête des populations et que chuchotent-elles ? Dans un régime policier, un reporter ne peut pas interroger les passants sur l'air du temps. Et pourtant, il est possible de reconstituer leurs propos, les Etats muselés étant ceux qui laissent le plus de traces indiscrètes : informateurs, écoutes téléphoniques et contrôle postal travaillent à plein. Le fonds de la délation, écrite ou orale, regorge de richesses consternantes. Cet ensemble documentaire, en partie inédit, prend à rebours bien des schémas traditionnels.
    L'ordre pétainiste ? Une anarchie institutionnalisée fondée sur le règne des petits chefs, d'administrateurs incompétents et de la délation. Hitler ? Une sorte de messie envoyé par Allah pour délivrer les colonisés. Le gaullisme et l'anglophilie sont plus répandus qu'on ne le croit. La résistance algérienne s'organise au jour le jour. L'antisémitisme est répandu, certes, mais avec des exceptions souvent inattendues. Tombées des lèvres des acteurs ou sous leur plume, la misère ou les persécutions acquièrent une densité tragique dont le discours savant peut difficilement rendre compte.
    Au croisement des mémoires, fellahs, bourgeois petits et grands, colons miséreux ou richissimes, observateurs locaux ou étrangers, fonctionnaires militaires et civils racontent l'Algérie véritable de Pétain, telle qu'ils l'ont vue et vécue.

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