• Ce livre regroupe tous les recueils de Michel Deguy publiés de 1960 à 1980 et remplace les deux volumes précédemment parus en Poésie/Gallimard sous les titres Ouï dire et Poèmes II. Une préface inédite, en forme de manifeste, offre une analyse saisissante du fait poétique tel que l'auteur le perçoit désormais. C'est que le parcours en poésie de Michel Deguy s'est développé d'abord comme un passage du simple au complexe pour aboutir à une forme de maîtrise de la complexité. Aux paysages de la terre qu'il faut arpenter et repérer s'adjoignent les sites, les strates, les agencements du langage qu'il faut d'un même mouvement explorer et comprendre afin de signifier autrement.
    Ce défi ne vise nullement à la fin de la langue, qui s'apparenterait à la fin d'un monde, il cherche au contraire la résurgence, le retour de l'urgence initiale, le rythme capable de susciter avec les premiers mots un seuil de reconnaissance et de résistance au non-dire du bavardage ambiant.
    C'est un périple obstiné qui s'apparente à une opération de survie : exploration érudite qui place tout son élan dans un questionnement sans repos, dans un vertige en quête d'espace et de sens. À quoi concourent les mots d'un vocable donné ? Pour qui vont-ils sonner ou chanter ? Et qu'en est-il des bruits de la tribu oe
    S'interrogeant sur les destinations possibles du poème, Michel Deguy ouvre le champ à l'infini plutôt que de le baliser. Le destin de la poésie lui apparaît errance inéluctable, course sans illusion, passage de l'ère des prophéties, des envoûtements, aux temps de dépossession. La responsabilité des poètes est néanmois engagée, et quasi absolue : proies de l'éphémère, ils ont pouvoir, ni plus ni moins, d'éveiller en l'homme jusqu'aux forces contraires qui fabriquèrent les dieux.

  • Un recueil de dix poésies en hommage au génie créatif du poète contemporain décédé.

  • Pourquoi écologie et poésie ? L'écologie politique et la poétique ? Voici deux choses dont l'affinité n'a pas été pensée jusqu'à présent. La poésie est un mode du penser : voir et montrer le non encore visible et le peu-visible. L'écologie est une clairvoyance à longue portée, météoro-logique, qu'alertent les voyants rouges de toute part. Comment envisager l'affinité de ces deux disciplines qui sont des enjeux brûlants pour nos sociétés contemporaines? Leur conjonction et leur articulation s'avèrent indispensables et urgentes. Le présent essai analyse donc la poétique et l'écologie pour mettre en valeur leur inclination, leur réciprocité de preuves échangées, leur mutualisation, leur relation privilégiée, voire leur indivision programmable. Et il traite du problème à partir d'aujourd'hui car c'est d'aujourd'hui qu'il s'agit : poétique pour aujourd'hui ; écologie pour aujourd'hui ; écologie politique et poéthique pour aujourd'hui. « Le XXI e siècle sera poétique... ou rien. » Rien n'est plus urgent que cet « ou rien ».

  • Shoah (1985), film de Claude Lanzmann, fut et demeure réponse à la question qu'Adorno formulait pour ses contemporains : « Pouvons-nous, encore. ? ». Mais qui protégera la Shoah et Shoah, maintenant que Claude Lanzmann est mort ? Protéger de quoi ? De l'inéluctable devenir culturel touristique, souvenir de voyage, produits dérivés d'Auschwitz. Sous le déluge du fake et de la trumperie mondiale, quelle arche alors transportera le témoignage jusqu'à quelle colombe ?
    Dans ce livre, qui atteste d'une longue amitié, il est moins question du salut pour les Juifs que d'un salut par les Juifs, universel et profane, dont le marranisme moderne ferait l'exemplarité - modèle, mais comment ? - pour un salut des Nations, au seuil d'un chaos destructeur, à quoi il faut que succède une trêve infinie qui remplace le projet du XVIIIème siècle d'une « paix perpétuelle ».

  • Le thrène et un chant funèbre accompagné de danses.
    Te survivre ne va pas de soi.
    Je ne crois à aucune survie hors celle qui est la mienne pour aujourd'hui et qui reprend la peine au réveil.
    Je ne crois à aucun commerce avec les morts hormis celui que j'entretiens avec ton empreinte en moi.
    Je ne crois à aucune vie éternelle, nous ne nous retrouverons jamais nulle part, et c'est précisément ce défoncement du futur qu'aucun travail de deuil ne remblaiera en quoi consiste la tristesse, cette tristesse qui disparaîtra à son tour avec « moi ».
    Il y a un mois mourait ma femme. Je ne peux dire tu mourais, d'un tu affolant, sans destinataire ; et je dis bien « mourait », non pas dépérissait ou lisait ou voyageait ou dormait ou riait, mais « mourait », comme si c'était un verbe, comme s'il y avait un sujet à ce verbe parmi d'autres.
    Le livre sera non paginé parce que chaque page, ou presque, pourrait être la première, ou la nième. Tout recommence à chaque page ; tout finit à chaque page.

    Nouvelle édition revue et augmentée.

  • «N'est-ce rien que d'être un autre ? » demande la pupille pubère de La Dispute. De toutes les différences - d'âge, de sexe, de qualité, d'identité - traversées par le désir, la comédie, l'entremetteuse, compose le drame de manière à en machiner la bonne fin, selon son genre, sans un esprit d'arrangement : mariage des rivaux, ou marivaudage.
    Le théâtre de Marivaux n'a pas fini de nous faire jouer. Le présent essai en administre une preuve, habile à suivre le fil des trente pièces (et plus !) données à la langue française par Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, pour y apprendre, gaiement, les règles du jeu non hasardeux de l'amour et du hasard.

  • « La pensée sera radicale ou ne jouera plus de rôle. » Michel Deguy

    En ce début de XXIe siècle, LÉtat de la désunion. Que dire à lUNESCO ? est une réflexion habitée par lurgence sur le pouvoir émancipateur de la culture.

    À la veille du 65e anniversaire de lOrganisation des Nations Unies pour léducation, la science et la culture (UNESCO), Michel Deguy oppose le projet de ses pères fondateurs à lobsession actuelle du « tout-culturel », imagine comment rénover radicalement notre approche des notions didentité et de diversité et prône une pensée qui accepte labsolue « inconvertibilité » de lautre.

    Polémique, visionnaire et lumineux, ce court texte est à la fois un antimanuel de réalisme politique et un appel pour la renaissance de la pensée radicale.




  • Michel Deguy amplifie ici la leçon donnée au Collège de France en 2012 : il nous livre " son " Baudelaire, où se condensent une lecture et un usage constants de l'oeuvre de Charles Baudelaire, qui furent ponctués par Choses de la poésie et affaire culturelle (Hachette, 1987) et L'impair (Farrago, 2001).
    De " l'admirable faculté de poésie " qui, disait le poète à sa mère en 1855, le douait de sa " netteté d'idées " et de sa " puissance d'espérance ", que nous revient-il de transporter et de transposer dans une poétique pour notre temps, après deux siècles de modernités successives qui ont transformé les matières, les moyens, les ambitions et la réception des oeuvres poétiques, jusqu'à peut-être en assourdir les fins ?
    La lecture de Michel Deguy, ni historienne, ni critique, choisit de répondre à la question que se pose le centième sonnet des Fleurs du Mal : " Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse ? " La poétique, nullement apitoyée ni pitoyable, recueille les reliques dont peut-être le terme baudelairien de mystique fait entendre à la fois la provenance et la déposition moderne.

  • " La poésie est l'hôte (du poème) de la circonstance. Quelle circonstance ? Mais telle est l'essence de l'hôte : on ne sait pas qui c'est. Sait-il lui-même qui il est, qu'il n'apprendra qu'à la faveur de l'hospitalité ? Ce à quoi va se rapporter un dire-en-poème, il n'est pas possible de le déterminer univoquement. Dans cette mesure, c'est toujours l'inconnu.¡" Table des matières Malgré les apparences : L'émotion commande -- Fuir à la cape -- Tant qu'il y aura de la lune sur la terre -- Qu'est-ce qui vient qu'on puisse voir ?, -- « Dans les plis de l'obéissance au vent », -- Le petit pan de mur jaune, -- Même pour Hanovre-Loccum, -- La terre se rétracte, -- Ce qu'on nomme ici poésie, -- On ramasse tout, on recommence, -- Sur ses échasses de 33 000 pieds, -- Comment rendre compatible, -- En 1967 une expédition poétique, -- Il est plus aisé de parler de « la vie », -- Le don n'est pas arbitraire, -- L'essai récent, -- Ce n'est pas la première fois, -- Nous, spectateurs ou lecteurs, -- Recommençons, -- J'ai assis la beauté sur tes genoux, -- Le Prométhée de Kafka, -- Conserver ?, -- La source, -- Échec de cela, -- L'égalité se conclut, -- La difficulté, maintenant

  • Découvrez Ecologiques, le livre de Michel Deguy. " Tout exposé en " moi-je " a quelque chose d'indécent " écrit Michel Deguy. Et il ajoute un peu plus loin : " Quand il n'y a plus de choses, il n'y a plus de monde ". Par Ecologiques, il faut donc entendre ce que Michel Deguy nomme une vision, la vision elle-même ne pouvant être qu'écologique, car entièrement vouée à transporter le phénomène par l'imagination. De transport en transport, la fable se constitue. Elle se fait tour à tour poème, fragment, discours, philosophème et biographème. Il y va à chaque fois du monde, habitable et habité, de l'humanité, d'une mutation anthropologique qui interroge le penseur, le poète et la politique. Retour à l'existence humaine, à notre triple finitude : subsolaire, mortelle et langagière. L'écologie n'est pas un humanisme. Il ne s'agit plus aujourd'hui principalement de l'homme défini comme centre de l'univers, ou valeur absolue, ou vie-nue à préserver à n'importe quel prix, ou propriétaire, ou méritant la richesse, ou but ultime de la science, télos récurrent à chaque étape de progrès scientifico-technique. La politique ne suffit pas, ne se fonde pas sur elle-même, n'est pas autonome. Peut-être ne pouvons-nous plus parler de ce qui nous sépare dans le leurre du dialogue. Beaucoup plus de même ET beaucoup plus d'altérité ! " Tolérance " !

  • Ouï dire

    Michel Deguy

  • Du Bellay, éternel second, étape sacrifiée de la scolarité, est en vérité l'un des tout premiers poètes modernes : déchiré à la jointure d'un monde du Symbole qui décline (il le salue d'Olive) et d'un monde de l'oisiveté affairée où le poète, déserté de muse, appartient à son absence d'état, il découvre l'étendue de la perte : regret.
    Ce tombeau qui n'est pas une étude, se souvient de Du Bellay, et écrit en poèmes sur les faces de son mémorial un lien tendu à se rompre avec le regret ; ébauche fébrilement une « Défense » de poésie en période critique ; se demande quelle déception prolongeant la rupture avec la lyrique, avatar ultime de l'imitation qui permet de dériver, nous laisse dire encore les choses sous un dernier jour.

  • La vie subite

    Michel Deguy

    Une autofiction ? Non. Une auto-bio-graphie ? Fatalement.
    Bio ? C'est « ma vie » ; mais pas dans les grandes lignes, celles de la nécrologie ; plutôt dans la circonstance, jour par jour, où l'intense, l'énigme, se murmure en oracles interprétables.
    Graphique ? C'est le poème. Auto ? Pas autiste ; plutôt par homologies des choses :
    Trouvant ce même qui est cet autre comme quoi elles sont ou peuvent être ; qui a à voir avec son autre « rapproché ». À ne pas confondre avec ce qui n'a rien à voir : dans le différend de la différence. Le poème rend la justesse. La vraie vie est présente, mais dans le peu visible qu'aucune scopie ne peut retenir : mais que le dire peut faire voir.
    Comment c'est ? C'est comme ça. À portée de pensée : choses justes.
    Autant de choses, autant de monde.

  • Le sens de la visite

    Michel Deguy

    • Stock
    • 27 September 2006

    Le poète Michel Deguy revient sur sa vie, c'est-à-dire son passé, mais aussi sur ses rêves, ses histoires secrètes, ses apprentissages, ses rencontres fulgurantes. Il le fait en revisitant l'alphabet, comme Deleuze mais à sa manière à lui, poétique. De Ange à Zone, de Livre à Visite, il se glisse dans l'étoffe des mots qui ont le plus marqué sa vie, il s'étonne à chaque pas et nous enchante. Ces mots qu'il nous ouvre jalonnent à la fois une histoire privée et un enseignement publique, un regard intime et engagement politique. C'est une autobiographie poétique en somme, où chaque mot nous propose un détour et nous offre une découverte. Suivez le guide...

empty