• Liévin, 27 décembre 1974, 42 morts. L'une des catastrophes minières les plus meurtrières de l'après-guerre vient de se produire, l'une des dernières aussi. Les vieux mythes du mineur-martyr et de la mine infernale ressurgissent. L'événement n'est pas seulement ce rappel au XIXe siècle, il porte la trace des « années 68 » finissantes ; il donne lieu à des mobilisations d'un nouveau type. Entrent en scène de nouvelles figures appelées à un bel avenir : celles de la victime ou du « petit juge » luttant contre les élites minières. La catastrophe s'inscrit dans ce moment de basculement, entre la fin des « Trente Glorieuses » et l'entrée dans la « crise ». Pour cerner quelques aspects de ce basculement, l'auteur interroge sous l'angle de l'histoire sociale et politique le processus de désindustrialisation ; elle tente de percer à jour cet instant où le mythe ouvrier, autant que la classe ouvrière perdent de leur évidence et où la société industrielle, dans les faits et dans les images qui s'y attachent, amorce une mutation sans précédent.

  • Jaurès pacifiste, dreyfusard, père du socialisme réconcilié avec la République. Toutes ces images bien sûr recouvrent une certaine réalité, mais elles n´épuisent pas les questions entourant le personnage. Comment, en particulier, Jaurès a-t-il perçu le monde nouveau qui s´annonce durant ces années où le xixe siècle bascule vers le xxe ?
    L´oeuvre de Jaurès ne porte pas seulement la marque d´un siècle qui s´attarde. À l´inverse de préjugés largement répandus, plus Jaurès vieillit, plus il se montre ouvert à la compréhension d´un monde internationalisé et pluriel, qu´il observe avec un enthousiasme interrogateur. Cette quête jaurésienne du pluralisme culturel se lit aussi bien dans sa critique de l´ordre colonial que dans sa découverte de l´Amérique, autant dans son interrogation sur les formes de la culture scolaire, dans sa lutte contre la peine de mort que dans sa définition du socialisme comme culture. Il se penche de la même manière sur les premiers mouvements qui s´érigent contre l´omnipotence européenne, en Asie ou encore au Maghreb. Lui qui avait été un temps un soutien déterminé de la colonisation, le voici qui s´ouvre, notamment à propos du Maroc, à sa critique progressive, voire à une hostilité manifeste. Il cherche en général à comprendre avec une force renouvelée la rencontre des cultures locales, nationales ou internationales, avec la volonté qu´elle soit le signe, non de la fermeture et de la barbarie, mais de la construction d´une nouvelle humanité. C´est ce Jaurès original et attentif aux questions du nouveau siècle que ce volume invite à découvrir. L´édition, la présentation et l´annotation de ce volume sont dues à Jean-Numa Ducange, maître de conférences à l´université de Rouen, spécialiste des gauches en France et en Allemagne, et à Marion Fontaine, maître de conférences à l´université d´Avignon, spécialiste des mondes ouvriers. Tous deux sont membres de la Société d´études jaurésiennes.

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