• Zhalie est née du mariage entre une prostituée et un voleur qu'un rêve a réunis : celui de faire de ce village pauvre et déshérité une grandiose Babylone semblable aux immenses métropoles du monde. Chroniques d'une conquête, d'une ambition et d'une folie, c'est aussi l'histoire en accéléré de la construction d'une ville planétaire - parabole d'une Chine moderne tournée en dérision. Un monde bouleversé par les puissances conjuguées du pouvoir et de l'argent. Et, comme si la nature se mettait au diapason de l'extravagance humaine, voici que les arbres reverdissent et que le temps est bouleversé. Il fallait cet humour magique et l'écriture flamboyante de Yan Lianke pour nous donner à lire cette épopée poétique née du mensonge et du vice.

  • Une terrible sécheresse contraint la population d'un petit village de montagne à fuir vers des contrées plus clémentes. Incapable de marcher des jours durant, un vieil homme demeure, en compagnie d'un chien aveugle, à veiller sur un unique pied de maïs. Dès lors, pour l'aïeul comme pour la bête, chaque jour vécu sera une victoire sur la mort.Ce livre est d'une force et d'une beauté à la mesure du paysage aride, de cette plaine couronnée de montagnes dénudées où flamboie un soleil omniprésent. Le roman de Yan Lianke est un hymne à la vie.

  • You Sipo, qui était arrivée au village des monts Balou en chantant un air d'opéra, est désormais silencieuse, elle a trop à faire pour élever seule ses enfants malheureusement idiots de naissance. Alors qu'elle est à la recherche d'un « gens-complet » pour marier sa troisième fille, elle apprend que seule une décoction d'os humains venant d'un proche parent serait susceptible de guérir ses enfants. You Sipo fouille la tombe de son défunt époux, le médicament est efficace, mais le squelette du père ne suffit pas. You Sipo se décide au sacrifice suprême. Une dernière fois elle se promène dans le village endormi et retrouve sa voix, arrachant à leurs rêves tous ces gens qui au fil des ans l'ont tant méprisée et lui en ont tant voulu d'avoir fait de leur village celui des « quatre idiots ».

  • Ecrivain iconoclaste, régulièrement interdit de parole et de publication dans son pays, Yan Lianke signe ici un roman où la puissance de l'imaginaire se pare d'une langue étincelante, magnifique d'invention et de drôlerie jubilatoire. Perdu dans les montagnes du Henan, un village est devenu le refuge de tous les infirmes et éclopés de la région, qui y coulent des jours paisibles en marge de l'Histoire. Tout change lorsque le chef de district décide d'unir ses habitants dans une incroyable troupe de cirque, dont le but est de réunir assez d'argent pour acheter aux Russes la momie de Lénine et attirer grâce à elle des foules de touristes. Ainsi ce microcosme isolé du monde rejoindra-t-il la nouvelle opulence capitaliste en terre de Chine. Pour moi, c'est mon meilleur roman, dit Yan Lianke, un drame noir mais avec beaucoup d'humour, sexuellement débridé, joyeux, heureux... une réflexion profonde sur la société chinoise. Et il dit vrai : ce roman flamboyant, insolent est habité d'une joie de vivre et d'écrire qui laisse le lecteur ébloui.

  • Ce livre sensuel et flamboyant s'ouvre sur la mort et se clôt par la naissance.Fondé sur des faits réels de la terre natale de l'auteur, le Henan, il possède la violente beauté d'un mythe sur l'origine et la fin des temps.Depuis toujours, les habitants d'un village perdu au coeur des montagnes luttent pour survivre à une maladie qui les emporte avant quarante ans.Depuis toujours Sima Lan, le chef du village, aime d'un amour fou la douce Sishi.Aujourd'hui Sima Lan se meurt et le cours du temps s'inverse pour remonter vers les causes premières, en un cheminement qui est celui des combats opiniâtres qu'ont depuis toujours livrés les hommes pour assurer leur maîtrise sur le monde et leur propre survie.Car ce que célèbre Yan Lianke en ce livre, ce n'est pas la victoire impossible de l'homme sur la mort, mais le courage, l'obstination avec lesquels ces villageois, portés par une immense force collective, entreprennent, à chaque génération, de titanesques travaux pour conjurer le mal qui empoisonne leur terre et leur eau, leur capacité à puiser au plus profond d'eux-mêmes aux sources de la vie, et de l'amour, dans l'espoir de continuer à entendre bruire la lumière et respirer l'odeur verte de la sève au printemps

  • Dans un petit village des monts Funiu, Li Niannian, un adolescent un peu stupide et grand lecteur des romans de son voisin Yan Lianke, supplie les esprits de lui venir en aide : en plein été, les hommes ont en effet sombré dans une épidémie de somnambulisme. C'est un cauchemar que raconte Li Niannian, une nuit carnavalesque oubliée du temps. - les veilles se succèdent mais le jour se refuse à poindre -, une nuit durant laquelle les hommes transgressent tout : la morale, le bon sens, les codes, l'histoire. Le somnambulisme collectif débride les désirs et les obsessions enfouis. C'est une nuit de chaos. Si le père de Li Niannian lutte courageusement pour le salut de son village, c'est qu'il se sent redevable, coupable d'avoir autrefois dénoncé des inhumations clandestines alors que la crémation est de rigueur. Quant au directeur du crématorium, oncle de Lia Niannian, il en profite pour recueillir l'huile des cadavres à des fins lucratives....

    Faut-il voir ce monde insensé comme une allégorie de la réalité ? Un monde plongé dans une obscurité telle que l'humanité en perd ses repères fondamentaux et que l'unique forme de parole possible semble désormais l'imploration ? Couronné en 2016 par le prix Hongloumeng, ce roman a été annoncé par Yan Lianke comme un tournant dans son oeuvre, une nouvelle forme d'écriture libérée de la narration historique.

    Né en 1958 dans une famille de paysans illettrés du Henan, Yan Lianke a d'abord été écrivain officiel de l'armée, avant de composer des oeuvres puissantes et empreintes de liberté, souvent mises à l'index par la censure. « Je ne veux me rendre ni au pouvoir politique ni au marché. Je préfère garder ma dignité, même si cela signifie mourir de faim. J'ai cette conviction dans le sang. » Yan Lianke a reçu en 2014 le prix Franz Kafka pour l'ensemble de son oeuvre.

  • Lorsque Yan Lianke s'empare du célèbre slogan de la Révolution culturelle, c'est pour piétiner au passage les tabous les plus sacrés de l'armée, de la révolution, de la sexualité et de la bienséance politique. Son court roman est aussi iconoclaste que jubilatoire. Ou comment Servir le peuple devient, pour l'ordonnance d'un colonel de l'Armée populaire de libération, l'injonction de satisfaire aux besoins sexuels de la femme de son supérieur. Le mari s'étant absenté pour deux mois, les deux amants passent leurs journées cloîtrés dans la maison, où ils découvrent par hasard, en brisant une petite statue en plâtre de Mao, que ce geste sacrilège décuple leur désir. Dès lors, c'est à qui se montrera le plus « contre-révolutionnaire » en détruisant le maximum d'objets liés au Grand Timonier. Un amour fétichiste et une variation insolente de l'Histoire officielle qui ont valu au livre d'être saisi et interdit en Chine dès sa publication.

  • Sous les rayons du soleil couchant, la plaine du Henan est rouge, rouge comme le sang que vendent les habitants du Village des Ding pour connaître une vie meilleure. Mais, quelques années plus tard, atteints de « la fièvre », ils se flétrissent et quittent ce monde. Seul le fils du vieux Ding continue de s'enrichir en vendant des cercueils et en organisant des « mariages dans l'au-delà » pour unir ceux que la mort a séparés. Le Rêve du Village des Ding est un roman bouleversant. Bouleversant par la tragédie qu'il raconte, bouleversant parce qu'il n'est que la fiction d'une réalité plus terrible encore. C'est l'histoire de centaines de milliers de paysans du Henan contaminés par le sida que l'auteur évoque dans ce roman d'une émotion poignante.

  • Les Quatre Livres - dont le titre évoque à la fois les quatre « canons » du confucianisme et les quatre Évangiles - est une oeuvre forte, violente, bouleversante, pour dire à voix alternées le récit de la création d'un monde, ce cauchemar que furent, de 1959 à 1961, les trois années du « Grand Bond en avant » imaginé par Mao et qui coûta la vie à plus de trente-six millions de personnes. Quatre manières de dire la folie des hommes, quatre tonalités dans lesquelles on reconnaît la voix de Yan Lianke, sa langue poétique qui a la puissance d'un chant d'amour et de confiance en l'humanité. On comprend que ce roman ne sera sans doute jamais publié en Chine continentale.

  • La question fondamentale du rôle de l'écrivain, et du pouvoir de la fiction, est au coeur de cet essai, qui s'interroge sur la capacité de la littérature à rendre compte du réel qui nous entoure. Yan Lianke retrace l'évolution d'un système de causalité absolue, à ce qu'il appelle le « mythoréalisme », la seule forme littéraire qui aille « à la recherche de ces noyaux atomiques enfouis qui font exploser la vie et la réalité » pour en découvrir les causes cachées et invisibles.

    Si le mythoréalisme a toujours existé (la Bible, l'Iliade, l'Odyssée en sont de parfaites illustrations), il est aussi l'avenir nécessaire de la littérature chinoise, car il a la faculté de nous faire toucher du doigt la raison profonde « des éléments les plus chaotiques et incompréhensibles du passé et du présent ».

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