• Le rapport de Bourdieu à la phénoménologie peut sembler, à première vue, de pure critique. Mais sa sociologie des pratiques doit aussi quelque chose à la phénoménologie, à Husserl, à Schütz ou encore à Merleau-Ponty. La première intention de cette enquête est ainsi d'examiner les conséquences de la reconversion des concepts et des analyses phénoménologiques dans la théorie et la pratique de la sociologie. La seconde intention qui anime cette étude est de rectifier certaines présentations purement déterministes ou objectivistes de l'oeuvre de Bourdieu, en montrant qu'il élabore progressivement une conception renouvelée du « sujet ». Le rapport à la phénoménologie fonctionne comme une matrice de questionnements : ainsi en va-t-il des réflexions relatives à la normativité (sous la rubrique de l'habitus), à la temporalité et enfin à la réflexivité, qui sont ici méthodiquement examinées et composent une véritable théorie du sujet social.

  • Cette étude est consacrée à l'examen de la théorie du monde social qui se découvre dans la phénoménologie d'Edmund Husserl : est-elle à même de dire les phénomènes sociaux, sur quel mode et avec quels résultats ?Dans un premier moment, nous reconstituons le propos des deux « ontologies sociales » qui pensent le monde social en son essence et en ses essences : d'une part, l'ontologie de la région « monde social », subordonnée à la région de l'« esprit » et élaborée à partir d'une phénoménologie de la communication ; d'autre part, l'ontologie morphologique et eidétique des formes essentielles de communautés sociales. Dans un second moment, nous suivons l'élaboration d'une « sociologie transcendantale » qui reconsidère le rapport de la subjectivité transcendantale au monde social. Nous montrons comment les développements de la théorie de la personne dans la perspective de la phénoménologie génétique, qui semblent nous détourner de la considération de sa socialité, précisent en réalité le rapport du sujet personnel au monde social sous l'angle de sa « mienneté », de l'habitualité et de la familiarité d'une part, et dans la perspective d'une éthique sociale d'autre part. On établit enfin comment, autour de la Krisis, la théorie du monde de la vie fournit le cadre théorique d'une « sociologie transcendantale » qui se développe, sur le fond d'une anthropologie du monde commun, comme théorie de la générativité. De l'ontologie sociale à la sociologie transcendantale, cette recherche est conçue comme une investigation des ressources et des difficultés de la voie par l'ontologie d'accès à la réduction transcendantale, relativement à la question du « social ».Remarquable enquête menée sur l'expérience sociale du sujet, la phénoménologie husserlienne du monde social est susceptible d'intéresser le sociologue comme le philosophe qui s'interroge sur la nature du « social » en général.

  • Edmund Husserl (1859-1938) a fondé une discipline nouvelle, la phénoménologie, où il développe une analyse descriptive des actes de la conscience intentionnelle (perception, imagination, souvenir, conscience d'autrui, etc.).
    Avec le premier livre des Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie phénoménologique (1913), Husserl définit la phénoménologie transcendantale comme " science des phénomènes ". Il expose la méthodologie de la pratique phénoménologique et conçoit un ambitieux programme de recherche : la description des actes de conscience doit permettre de révéler les structures essentielles de la subjectivité transcendantale. Ce faisant, Husserl ne crée pas seulement une nouvelle discipline philosophique. Il ouvre aussi la voie à une ambitieuse " refondation " des sciences empiriques et réaffirme la nécessité d'un certain rationalisme, tout à la fois théorique et éthique.
    Cet ouvrage explicite et interroge ce projet d'une " science des phénomènes ", en examinant un à un chacun des paragraphes des Idées directrices. Commentaire de cette oeuvre majeure, il constitue aussi une introduction à l'oeuvre d'Edmund Husserl et à la phénoménologie elle-même.

  • Le phénomène

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    Le présent ouvrage se propose de contribuer à l'intelligence du concept de phénomène, en revenant sur quelques-uns des moments les plus marquants de son histoire. L'ouvrage s'inaugure par deux études de philosophie antique. La première restitue tout d'abord la problématique séminale du phénomène, telle qu'elle s'élabore chez les présocratiques et chez Platon. La deuxième étudie ensuite la question du phénomène dans l'école stoïcienne. Suivent deux contributions dont l'une expose la philosophie cartésienne des phénomènes tandis que l'autre examine les principes et les difficultés du phénoménisme de Berkeley. Deux articles attestent du renouvellement de l'approche philosophique des phénomènes dans l'idéalisme allemand (Kant et Hegel). Concernant la période contemporaine, une étude examine la redéfinition du concept de phénomène opérée par la phénoménologie husserlienne. Enfin, une autre contribution est consacrée à la philosophie de G. Bachelard.

    Avec les contributions de D. Bellis, B. Bondu, V. Bontems, F. Calori, A. Macé, L. Perreau, L. Peterschmitt et O. Tinland.

  • Le nom d'Erwing Goffman (1922-1982) reste attaché à l'enquête sur l'ordre de l'interaction. En déplaçant le regard vers les situations les plus ordinaires de la vie sociale et en montrant comment elles constituent un ordre de plein droit, Goffman a ouvert un nouveau continent aux sciences sociales. Les contributions rassemblées dans cet ouvrage - qui inclut la traduction de deux textes de Goffman - rendent compte de ce projet. Elles restituent ses filiations à l'héritage de la sociologie de Chicago et mettent en perspective son rapport à l'ethnométhodologie. Elles en explorent les métaphores du théâtre et du cinéma et engagent un dialogue avec la philosophie. En mettant à l'épreuve certaines perspectives, comme l'analyse de cadres, en les en interrogent la pertinence politique pour la compréhension des rassemblements ou des mobilisations et pour les études de classe ou de genre. L'oeuvre de Goffman est ainsi éclairée d'un jour nouveau.

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