• Moins par moins

    L. L. de Mars

    Ceux qui l'ont fait, savent que traverser des continents ne garantit pas la rencontre avec l'altérité : au bout du chemin, vous avez toutes les chances de ne rencontrer que vous-mêmes, vos certitudes, vos aprioris, vos limites. Mais traversez votre jardin, votre palier, et allez voir votre voisin : votre monde vacille, vos certitudes morales s'écrasent contre un mur, tout ce que vous teniez pour évident se fissure.
    Dans une bande dessinée, on considère ce qu'on voit comme porteur d'une double évidence : l'image ne laisserait rien échapper à notre regard, elle serait l'affirmation d'elle-même rendue plus évidente encore par le récit, dont elle ne serait que le contexte. Et si le fait même de regarder devenait l'objet d'un récit ? S'il n'y était question que de rapports entre différentes façons de regarder, angles de vues, moments du regard ? Et si cette question prenait son sens dans la sphère politique, où un monde, une nation, une cité se construisent en ne donnant à voir que certains points de vue appelés "réalité" ? Dans le chaos apparent des images de "Moins par moins" se dessine une forme d'éducation au regard, une conscience rénovée de la puissance politique des images.

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    L. L. de Mars

    On considère ce qu'on voit, dans une bande dessinée, dans une double évidence : l'image ne laisserait rien échapper à notre regard, elle serait toute entière affirmation d'elle-même ; et l'image serait rendue plus évidente encore par le récit, dont elle ne serait que le contexte. Mais si le fait même de regarder devenait l'objet d'un récit ? S'il n'y était question que des rapports entre différents moments du regards, différentes façons de regarder, différents angles de vues ? et si cette question prenait son sens dans des questions politiques, celles par lesquelles un monde, une nation, une cité, se construit précisément en donnant à voir uniquement certains points de vue et en les appelant "réalité" ? Dans le chaos apparent des images de ce livre se dessine une forme d'éducation au regard, au discernement, à la conscience rénovée de la puissance politique des images.

  • Présentées sous forme de strips aux couleurs bistres - et qui rompent avec l'usage traditionnel du récit court à chute -, les scènes de Vies de la mort agissent par petites touches pointillistes. Peu importe leur ordre de lecture, on suit pas à pas une approche singulière de la question « inordinairement ordinaire » de la mort.
    Très loin d'un simpliste « recueil de gags », le récit insiste, avec acidité, sur le travail de la mort comme un accompagnement quotidien de la vie et non plus comme une simple clôture de celle-ci, dont elle serait l'accident.
    Les situations des vivants résonnent en nous tandis qu'elles parcourent le spectre de notre réalité. L'humour allié au tragique semblent le lien inéluctable qui nous guide à la rencontre de l'ombre funeste.
    Drôle et révoltant, explicite et rêveur, l'auteur nous berce dans nos peurs profondes avec ce livre irradié par l'absurdité des choses.

  • L.L. de Mars mobilise l'utilisation du lieu-commun de "grand public" comme révélateur d'une perspective idéologique capitaliste, en ce qu'elle sous-entend par avance les attentes prétendument nécessaires à toute création pour atteindre - en la flattant - l'audience la plus étendue possible

  • Dans ce 2e opus pamphlétaire de L.L. de Mars, après Bande dessinée et grand public, l'auteur s'attaque avec l'intensité qu'on lui connaît à démonter par le menu les vaines tendances majoritaires de l'exposition DE bande dessinée (scénographies réalisant en volume « l'univers » d'un album, fétichisation de la planche...), pour déployer ici par un texte critique les possibles de l'exposition EN bande dessinée.

  • Communes du livre

    L. L. de Mars

    • Adverse
    • 10 February 2017

    Dans le cadre des réflexions menées par le Syndicat des éditeurs alternatifs (association créée en 2014 regroupant aujourd'hui plus de quarante éditeurs de bande dessinée), L.L. de Mars a élaboré un système de circulation et de commercialisation du livre avec la volonté farouche de s'abstraire enfin des rouages écrasants d'une distribution industrielle autodévorante. Reposant sur des principes de fonctionnement communaux, voire communistes, ce modèle prétend assumer d'offrir enfin visibilité et accessibilité aux innombrables merveilles émergeant d'une production fragile, précieuse et souterraine. Derrière ses atours utopiques, se révèle un projet aussi concret que réaliste, abordant avec une force d'imagination inédite la question du politique et de l'engagement dans le champ de la production éditoriale autant que dans celui de la diffusion de l'art et des savoirs.

  • Henri, le lapin à grosses couilles est un faux vrai livre pour enfants (et non l'inverse).
    Hilarante fable sur un petit lapin à lunettes - qui se fait moquer par tous les animaux de la forêt du fait de sa paire de testicules totalement disproportionnée - et deviendra un héros dans sa petite communauté animalière en sauvant Heliette, petite lapine handicapée suite à un accident. On pourra y voir, comme souvent dans les fables, une parabole dont le thème est, on s'en serait douté, un plaidoyer pour le respect des différences. Dans un pur style «il était une fois», Henri le lapin à grosses couilles sait faire rire les grands (parents ou pas) par le pastiche qu'il propose sur la sage littérature enfantine, et bidonne de rire les marmots par l'approche originale de la thématique qu'il propose.
    Initialement paru en 2004, l'auteur, LL de Mars, l'a conçu pour son propre fils.

  • Voici un livre abondamment, savamment documenté qui lève le voile pour la première fois sur le monde mal connu, à la fois si proche et si lointain, de la bande dessinée dite indépendante. Établi sur des faits réels et une connaissance intime de ses rouages, il le traverse avec une foule de détails et d'anecdotes surprenantes.

    Faisons le pari que si elle vous guérit à jamais de l'envie de créer, d'éditer ou de vendre des bandes dessinées, cette promenade dans les mondes du dessin, de l'édition, de la critique, de la diffusion, de la librairie, de l'exposition, des salons, éclairera d'une lumière nouvelle votre plaisir à en lire.

  • Critique et création

    L. L. de Mars

    • Adverse
    • 6 March 2020

    Quatrième texte de L.L. de Mars pour la partie critique et théorique de la maison Adverse, ici une reprise augmentée d'un texte initialement abouti à l'occasion des 20 ans du site du9.org. Encore un texte à "sujet" (après la librairie, le grand public et l'exposition) à destination de tout amateur de bande dessinée et plus généralement de questions critiques appliquées.

  • Après un premier texte critique consacré à la question des expositions DE bandes dessinées, essai qui revenait essentiellement sur les diverses approches majoritaires pour mieux les invalider, L.L. de Mars prolonge son sujet en glissant cette fois vers la prospective de l'exposition EN bandes dessinées. S'appuyant largement sur ses propres recherches et enrichi d'une iconographie généreuse, "Bandes dessinées exposées" s'affirme alors en manifeste pour l'invention.

  • Chronique émotionnelle de l'écroulement d'un monde, Sous les bombes sans la guerre évoque les derniers moments de la vie d'un homme, accompagné de son fils. Ce dernier est représenté sous les traits de Pif le chien, personnage créé en 1948 par José Cabrero Arnal pour le quotidien L'Humanité. Le père a l'apparence de Top, précurseur de Pif, né en 1935. Submergés par un déluge de larmes, de sang et de bombes métastasiques, nos deux animaux aux traits ronds se retrouvent confrontés à l'abîme d'une aventure inéluctable. L'écoulement du temps se fait erratique, le lecteur est embarqué dans des allers retours incessants entre le présent à l'hôpital et les réminiscences altérées d'un passé enfoui à jamais, mettant par exemple en scène Top chevauchant sa fameuse fusée, attaqué par des moustiques géants ou encore prisonnier d'un camp d'internement pendant la guerre d'Espagne. Cet univers instable se déploie dans un livre au format ample où se croisent tableaux inspirés de la peinture chrétienne et planches de BD classique, communisme et religion, souvenirs du père et du fils.
    Réalisé en tirage limité du fait de son façonnage artisanal, Sous les bombes sans la guerre est un objet bâtard mettant en regard expérience intime et culture populaire.

  • Dessiner un Tarzan. Se replonger dans le premier récit : naissance de Tarzan, mort de ses parents, substitution par une guenon du petit humain au bébé qu'elle a perdu, ceci jusqu'à la mort du singe dominant que Tarzan remplacera. Travailler avec l'arrière-plan de Johnny Weissmuller cognant des crocodiles et des lions, avec les bandes dessinées furieuses de Hogarth, mais aussi avec les médiocres adaptations surnuméraires de Sagedition... Le Tarzan de L. L. de Mars retrace autant la genèse de Tarzan que la découverte d'une vieille adaptation, muette, à moitié détruite, parcellaire, de cette genèse. En parallèle, dans une constellation de commentaires en strips, se déroule l'histoire éditoriale d'une nouvelle version de Tarzan qui fait un scandale miteux. Il fallait au moins autant de voix pour revenir au monde la BD, à ses lecteurs, ses auteurs, se déchirant sur des questions aussi stupides que BD populaire / BD pas populaire, avant-garde / ringardise, sérieux du message / nécessité de la distraction etc. De bien inutiles et inféconds couples d'opposition pour penser quoi que ce soit...
    Tout en conduisant - sans soucis de savoir si son Tarzan est un récit populaire ou pas - un récit classique muet, pour cette histoire mille fois racontée, L. L. de Mars déroule une autre histoire en regard, qui l'éclaire de façon bavarde et agitée, sur un mode burlesque ; il joue entre le mode explicatif et sa singerie, entre le sérieux et le ridicule, le profane et le sacré.

  • Hanté par l'absurdité de la finitude humaine, ce livre de L.L. de Mars consiste en un recueil de strips peints selon de délicats camaïeux ocre, orange et bruns.
    Le principe est des plus élémentaires : chacun d'entre eux met en scène un personnage incarnant la Mort qui médite et commente sa fonction et sa position, la manière dont elle est perçue et perçoit le monde en retour.Hanté par l'absurdité de la finitude humaine, ce livre de L.L. de Mars consiste en un recueil de strips peints selon de délicats camaïeux ocre, orange et bruns.
    Le principe est des plus élémentaires : chacun d'entre eux met en scène un personnage incarnant la Mort qui médite et commente sa fonction et sa position, la manière dont elle est perçue et perçoit le monde en retour.

  • Le secret

    L. L. de Mars

    Tout le monde veut connaître le Secret. La méfiance règne. Accéder au Secret relève de l'ascension sociale. Changer de condition sociale donne accès au Secret, le Secret conforte ce changement de condition sociale. Conserver le Secret assoit le pouvoir de son détenteur et le maintient dans sa position de domination. Gilles, nouvellement coopté dans la confrérie des détenteurs du Secret, fait son apprentissage dans la sphère très fermée de ce club de privilégiés, inaccessible au commun des mortels. Il découvre les mécanismes qui sous-tendent la violence dans les rapports sociaux. L'un des membres de cette corporation d'élus l'exprime simplement : Il n'y a pas de fortune sur Terre qui pousse sur autre chose que des corps d'infortunés.
    Le Secret incarne la part ésotérique de la lutte des classes. Le coopté est transfiguré, s'animalise, devient irreconnaissable aux yeux de ses anciens congénères de basse extraction. Le secret est une drogue qui ne drogue que les autres. Se pourrait-il que nous, pauvres diables de lecteur, nous puissions avoir accès au Secret grâce à ce livre ?
    L.L. de Mars signe ici une fable/farce politico-sociale féroce, et fait la part belle à l'expressivité picturale de son dessin en tirant parti de toutes les possibilités expressives de sa discipline pour rendre la violence et la cruauté de son récit : collages, encres, crayons, pastels dans une explosion de couleurs, de matières et une mise en page décomplexée. Les cases se décloisonnent, les visages s'estompent, la couleur et les figures circulent librement dans les planches et se contaminent.
    Les cases se décloisonnent, les visages s'estompent, la couleur et les figures circulent librement dans les planches et se contaminent.

  • Le terme « hapax » désigne en littérature les mots ou expressions qui sont d'occurrences rares ou uniques. Ici, Hapax désigne l'oeuvre originale, « l'indéfinissable façon de gribouiller une toile ». Hapax est donc un essai dessiné d'esthétique portant notamment sur l'authentique et le plagiat, l'original et son simulacre à vocation mercantile, dans lequel L.L. de Mars nous amène à réfléchir aux conditions de la création, à la perpétuation de l'idée artistique à travers le temps et à la corruption de cette idée par la récupération à peu de frais (et peu d'efforts).

  • Docilités

    L. L. de Mars

    En 44 pages d'un noir et blanc implacable et saisissant, L.L. de Mars nous relate la plus terrible des Histoires, la plus juste aussi, celle qui vit l'émergence du pouvoir qui nous submerge aujourd'hui. Pour ce faire, Docilités entrecroise les récits en une exigeante et subtile conjonction :
    Une histoire de la famille Waltz, dont les générations se succèdent aux fourneaux Mesilor en autant de rituels meurtriers ; une histoire des images, par lesquelles nous aurions pu nous croire payés de profondeur dans les fresques du Palazzo Pubblico de Sienne, mais dont le vrai sacre triomphe au XXIe siècle à Disneyland ; une histoire des consciences, qui s'ouvre sur un choix tutélaire désastreux dont nous ne finissons pas de subir les conséquences ; une histoire des corps enfin, représentés, analysés, dressés et saignés. Au coeur d'un désarroi si profond que même nos morts en sont la proie, réside néanmoins une parcelle d'espoir :
    Que chacun reprenne sur le champ possession de sa vie. Mais cela nous est-il, aujourd'hui, encore possible ?

  • Museo infinito

    L. L. de Mars

    • Ion
    • 23 February 2017

    L.L. de Mars est un créateur singulier, qui tord la bande dessinée, la musique ou les films par des contraintes étonnantes.

    Son travail s'ancre dans une étude très approfondie de l'Art ancien, notamment celui de la Renaissance italienne, vers lequel il ne cesse de revenir. La complexité de ces oeuvres mêlant les problèmes picturaux et théologiques le passionne.
    Il parcourt les musées en noircissant des montagnes de carnets, et Museo Infinito propose d'en découvrir des extraits. Il montre des dessins où l'on sent l'oeil et la main de L.L. de Mars dépasser ce qu'il a en face de lui pour le prolonger, l'interpréter...
    Le musée comme base de travail, comme gisement et comme tremplin.

  • Hors sujet

    L. L. de Mars

    Tout récit fait d'une inconnue son épine dorsale : le meurtrier du récit policier, le gâchis ou le vertige du récit amoureux, le victorieux du récit guerrier.
    Imaginons une inconnue amorphe, plastique, changeante, une inconnue qui ne soit pas seulement l'ossature ni l'objet d'un récit, mais son virus, sa méiose ou son clinamen. Traversant les discours, les classes sociales, les milieux - en un mot : les mondes - elle effrite les langages, les relations humaines, elle fait branler les certitudes et affecte jusqu'au dessin lui-même. Tout ce qui est approché est altéré d'avoir été approché.
    "Hors-sujet" observe le récit par le prisme d'une optique mutante, croisement improbable entre un microscope et un kaléidoscope et le cours de l'histoire en est d' autant plus incertain que son objet est, contre toute attente, le lieu commun.

  • Ce sont 32 pages appelées Judex. Judex comme matrice, comme matrice à faire des choses dites « choses de Judex ». De la machinerie Judex, faire des Judex.
    L.L de Mars a dessiné 32 pages muettes, et invité plusieurs auteurs à ré-agencer ces planches et à combler les phylac-tères vides pour constituer un récit. Cette démarche s'inscrit dans les pratiques poétiques à contrainte, comme celles qui animent l'OuBaPo ou qui adviennent dans le cadre du festi-val Pierre Feuille Ciseaux auquel L.L de Mars a participé plusieurs fois. Les propositions des contributeurs qui ont accepté de jouer le jeu relèvent du récit purement narratif, du discours poétique, du détournement ou de la parodie.
    Toutes les histoires nées de la matrice Judex sont auto-nomes, et peuvent être présentées séparément ou concerter en pialant.

  • «Ses poèmes de la faillite, outre d'un sens de l'échec, témoignent d'une culture littéraire assez rare chez un jeune auteur. Il a lu les Anciens (les Grecs sûrement), il fréquente les Américains (de Pound, aux Beatniks et à la New York School). Il écrit parfois tordu et souvent brisé, parce que ça ne lui coule pas de cette source où tant de Narcisse s'épanchent. Il ne cède pas davantage à l'un de ces petits formalismes systématiques qui, loin de tirer la langue, aident surtout à tirer à la ligne. La différence, est que ce type ressent l'histoire (la réelle, pas la symbolique ou imaginaire) et qu'il a plus d'expérience que de discours. Il y a dans son livre de l'épique sans y croire, du lyrisme qui se réfrène, mais qui sont là tous les deux à s'agiter. Enfin !»
    Jacques Demarcq

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