• Roman postmoderne subversif, philoso- phique, poétique, Sang et stupre au lycée relate les aventures tragi-comiques de la jeune Janey Smith, punkette à l'érudition débridée.

    Sang et stupre au lycée est un conte philoso- phique voltairien, un roman d'apprentissage intertextuel qui retrace avec facétie les mésa- ventures de Janey Smith à la façon d'un journal intime.
    Janey, dix ans, vit à Mérida, au Mexique avec Johnny, son père, qu'elle considère comme «un petit ami, un frère, une soeur, des revenus, une distraction et un père» (décrivant leur liaison incestueuse sur le mode du vaudeville blasé) jusqu'à ce qu'il la quitte. Elle rejoint New York, où elle découvre le punk rock et le Lower East Side, donnant à voir ce Manhattan aujourd'hui mythique (le roman prend alors des accents sociaux et anticapitalistes). Elle s'adonne à l'écriture de poèmes, subit plusieurs avortements, vend des muffins, attrape une MST, rejoint un gang... Enlevée, puis vic- time de la traite des Blanches, elle réécrit La Lettre écarlate, traduit Properce, apprend la langue et la calligraphie persanes. Libérée, elle rencontre Jean Genet à Tanger, avec qui elle entretient une liaison torride, avant de partir pour Alexandrie.
    Sang et stupre au lycée - roman de jeunesse de Kathy Acker - opère comme un manifeste qui contient en germe toute son oeuvre. C'est le laboratoire où elle met au point le protocole des expérimentations stylistiques, des jeux avec le canon littéraire, et des thèmes qui lui resteront chers. Le foisonnement formel (collage, plagiat, diatribes sophistiques, farce, contes, saynètes drolatiques, poèmes, dessins, cartes des rêves...) offre une ode au langage et au pouvoir de la littérature. Les thématiques abordées deviendront fétiches (le désir, le sentiment amoureux vécu comme souffrance, l'invention de soi, la révolte contre la brutalité sociale, le refus de toute assignation identitaire et genrée, l'émancipation par la puissance de l'imaginaire, la fantaisie et la poésie...) Le fil conducteur de ce roman pulvérisé, traversé par un humour noir ravageur, réside dans la fraîcheur survoltée de la voix narrative, d'une juvénilité revigorante, irrévérencieuse et érudite, onirique et autobiographique, pillarde et surdouée.

  • Don Quichotte

    Kathy Acker

    Chez Kathy Acker, Don Quichotte est une femme qui, devenue folle après avoir subi un avortement, se lance dans une formidable aventure : se faire chevalier errant et combattre les enchanteurs malins de l'Amérique moderne en poursuivant « l'idée la plus insensée que jamais femme pût concevoir. C'est-à-dire, aimer ».
    Accompagnée dans sa quête d'amour par le chien saint Siméon, son Sancho Panza, elle erre dans un monde de mensonges et de faux-semblants, marqué par la brutalité des rapports entre sexes, la violence sociale, l'irrationnel religieux, l'oppression. Elle parcourt les rues de New York, de Londres, d'un Saint-Pétersbourg désolé, guerroyant contre son époque, les figures masculines historiques, mythiques, et littéraires (le Christ, Machiavel, Richard Nixon, Thomas Hobbes...). Au cours de cette errance, elle cherche à découvrir son identité, à nouer des liens émotionnels et sexuels, et ce malgré les enchanteurs malins, ennemis de la libre expression, qui rendent l'amour impossible et sont ici le capitalisme ravageur, le matérialisme, la pauvreté, l'aliénation, la servilité.
    Comme chez Cervantès, le roman de Kathy Acker est traversé d'autres textes. L'on y rencontre des romans d'amour courtois revus et corrigés par Acker (Lulu, Pygmalion, Les Hauts de Hurlevent, mais aussi Le Guépard, L'Histoire de Juliette...). Dans une folle explosion poétique et polyphonique, Kathy Acker pulvérise les frontières du genre littéraire (l'autobiographie devient fiction, le théâtre essai philosophique, le récit se fait poésie), travestit les canons de la littérature et emprunte à la culture populaire (Prince, Godzilla...), s'en prenant aux institutions sociales (famille, identité sexuelle, normes...) et littéraires (l'auteur, le récit, le plagiat, la fiction...).
    Dans ce somptueux et magistral roman - dont nous proposons une nouvelle traduction -, qui est sans doute celui de Kathy Acker qui pose plus que tout autre la question du genre, du féminisme, et de la liberté féminine (préfigurant les problématiques queer) l'auteur, dans sa volonté rimbaldienne de briser « l'infini servage de la femme » par la poésie nous offre un texte visionnaire, drôle, fou, insolent, savant, reconnu comme un de ses livres majeurs, qui véhicule une énergie, une vivacité époustouflantes et corrosives.

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