• Qu'est-ce qui fait courir Zohair - Don Juan de vingt ans, que Lancelot, son père d'élection, nomme tantôt "petit archer", tantôt "petit pirate", tantôt "petit prophète" ? Aucune femme ne lui résiste, à Casablanca comme ailleurs. Mais alors pourquoi entretenir avec sa jeune soeur des relations qui semblent faire fi des dernières pudeurs ? C'est que, sous l'épiderme de l'héroïque petit ivrogne, se cache un coeur d'or : Samira, naguère, a été séquestrée et violée. Patiemment, il s'efforce de lui rendre le goût des caresses élémentaires, c'est-à-dire de la vie, en s'interdisant toute espèce de jouissance. De même il se sacrifiera pour rendre à sa mère et ses frères une partie de la fortune aliénée par son vrai père dans le giron d'une maîtresse dont lui-même, Zohair, deviendra l'amant, c'est-à-dire le rival insoupçonné de son père. De même encore, il affrontera l'émeute à travers Casablanca en flammes, afin de transporter dans une charrette délabrée, jusqu'au sanctuaire de Sidi Abderrahmane, sur l'Océan, sa mère mourante. Ce qui permettra à celle-ci de survivre. Ce "petit pirate", finalement, se double d'un "petit prophète" : peut-être sa vraie dimension est-elle celle d'un mystique conduit par la vision de l'Étoile au bout du chemin. Dans ce roman, Jean-Pierre Millecam poursuit, à travers un Maroc des profondeurs, jamais touristique, mais prodigieux dans sa chaleur quotidienne, la Quête amorcée ailleurs dans le passé de Lancelot - double légendaire de l'auteur.

  • Paul-Emmanuel est un célibataire attardé qui coule une existence sans heurt au Maroc, où ses occupations sont celles d'un haut fonctionnaire du Royaume Chérifien. Sa vie, un peu plate, se partage entre le souvenir de Marlène Dietrich, grand amour de ses vingt ans, dont il ne cesse de passer les chansons sur son électrophone, et de courtes randonnées à bord de son Impala, monstrueuse limousine que l'ami Lancelot a baptisée « la Mort sur les 40 CV ». Et voici que, un jour de pluie, entre Kénitra et Rabat, une auto-stoppeuse se présente : n'est-elle pas une version inédite, renouvelée, de Marlène ? À la suite de cet événement, les péripéties vont succéder aux péripéties, plus inattendues, plus incohérentes les unes que les autres. Paul-Emmanuel a beau faire appel à l'ami Lancelot pour résoudre le mystère (et Lancelot à Mme Aspro, voyante extralucide), l'énigme ne fait que s'accroître, jusqu'au jour où la vérité éclate - à peine croyable. Dans ce livre d'un humour délirant, dans cette farce dont l'énormité est accentuée par le pince-sans-rire du narrateur, J.-P. Millecam mêle à la parodie du roman policier (doublé du roman d'espionnage) la parodie du roman à la Millecam.

  • Dans l'Algérie exsangue de l'immédiat après-guerre, une vieille originale, Prudence Deschaussayes, confie à Lancelot - le narrateur - le manuscrit d'une tragédie, Trois Enfants perdus, « autobiographique », précise-t-elle. Fasciné par la démesure de la pièce, Lancelot se met en devoir de la faire représenter au théâtre municipal d'Oran. Le soir de la première, la vieille fille disparaît, emmenée par des inconnus qui sont peut-être les héros mêmes de l'histoire. Tel est le point de départ du roman, autrement dit de cette « enquête » que va dès lors entreprendre Lancelot, aidé par son ami Salah Eddine, pour retrouver l'auteur et ses personnages, les véritables modèles de ces « enfants perdus ». Étrange enquête, coupée de rappels, de confessions, et de réminiscences, dont les rebondissements imprévus, les multiples épisodes entraînent le lecteur au coeur du drame algérien, de la conquête à l'indépendance. Une étonnante remontée dans le Temps et la Mémoire de deux communautés unies malgré elles, déchirées par une guerre fratricide dont nous revivons les péripéties à travers le destin maudit d'une famille. Jamais sans doute Jean-Pierre Millecam ne nous avait fait sentir avec une telle intensité la nature mystérieuse d'un conflit où l'honneur de chacun se dévoile, unique et double à la fois, partagé entre l'amour et la haine, le sang et les larmes, la terreur et la pitié.

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