• Dans Trente ans de frousse ou Les mémoires d'un tueur, l'auteur s'attaque avec humour, et une verve sans cesse rebondissante, à l'auréole de gloire si indûment décernée par les romans noirs aux « durs de dur » et aux « vrais de vrai ». En effet, si Little-Cæsar est tueur professionnel, c'est tout simplement parce que son cerveau est réduit « aux proportions ridicules d'une petite éponge imbibée de whisky ». Si La Rafale joue facilement de la mitraillette, il vit par contre dans une telle peur des représailles, qu'il en a contracté une maladie de coeur et des tics nerveux. De même Hot-Dog, gros et gras, passant son temps à confectionner avec de vieux réveille-matin des machines infernales qui éclatent toujours ou trop tôt, ou trop tard, ne cesse de déplorer d'être « par sa superficie peu commune » une cible facile à atteindre, même de loin et par un maladroit ! Quant à Romeo Romani, le chef de la bande, qui, du fond d'une geôle de Sing-Sing, rédige ces Mémoires, il reconnaît bien volontiers qu'il est avant tout un timide et un tendre. Aussi malchanceux dans ses expéditions contre les coffres-forts que dans ses aventures avec Su, la secrétaire du Sénateur, ou avec Jessie, la femme-panthère, il n'a d'autre consolation que d'évoquer la Première Communion de sa fille Claudia et le repas de famille au cours duquel il dégusta son dernier spaghetti d'homme libre, puis, sans l'avoir fait exprès, abattit Eugenia, sa redoutable belle-maman. Farfelus et pourtant troublants de vérité, couards et bornés mais cependant sympathiques, les héros de Jean Giltène nous font rire aux éclats tout en nous laissant bonne conscience. Pour une fois le rieur est du bon côté !

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