• Le courage de la nuance

    Jean Birnbaum

    • Seuil
    • 11 March 2021

    « Nous étouffons parmi des gens qui pensent avoir absolument raison », disait Albert Camus, et nous sommes nombreux à ressentir la même chose aujourd'hui, tant l'air devient proprement irrespirable. Les réseaux sociaux sont un théâtre d'ombres où le débat est souvent remplacé par l'invective : chacun, craignant d'y rencontrer un contradicteur, préfère traquer cent ennemis. Au-delà même de Twitter ou de Facebook, le champ intellectuel et politique se confond avec un champ de bataille où tous les coups sont permis. Partout de féroces prêcheurs préfèrent attiser les haines plutôt qu'éclairer les esprits.

    Avec ce livre, Jean Birnbaum veut apporter du réconfort à toutes les femmes, tous les hommes qui refusent la «brutalisation» de notre débat public et qui veulent préserver l'espace d'une discussion aussi franche qu'argumentée. Pour cela, il relit les textes de quelques intellectuels et écrivains qui ne se sont jamais contentés d'opposer l'idéologie à l'idéologie, les slogans aux slogans. Renouer avec Albert Camus, George Orwell, Hannah Arendt, Raymond Aron, Georges Bernanos, Germaine Tillion ou encore Roland Barthes, ce n'est pas seulement trouver refuge auprès de figures aimées, qui permettent de tenir bon, de se tenir bien. C'est surtout retrouver l'espoir et la capacité de proclamer ceci : dans le brouhaha des évidences, il n'y a pas plus radical que la nuance.

  • « Le croyant est le miroir du croyant », affirme le djihadiste. Par ces mots, il adresse à l'Occident un défi. Alors, faisons face. Saisissons le miroir. Observons l'image qu'il nous renvoie, nous qui sommes si réticents à dire « nous », parce que ce serait délimiter une frontière avec « eux ». Mais le djihadiste nous y contraint. Il dévoile l'arrogance qui nous désarme : nous sommes convaincus d'être le centre du monde, le seul avenir possible, l'unique culture désirable.

    Or le djihadisme sème le doute. Sa puissance de séduction révèle la fragilité de « notre » universalisme. Nous voici donc obligés d'envisager autrement les rapports de force passés (l'histoire des colonialismes) et présents (depuis l'affaire Rushdie jusqu'à Charlie). Nous voici également contraints de porter un regard neuf sur la conquête des libertés qui distinguent l'Europe comme civilisation.

    Au miroir du djihadisme, cette croyance conquérante, nous découvrons ce qu'est devenue la nôtre : la religion des faibles.

  • La pensée occidentale a longtemps défini l'animal par ce qui lui manque : la raison, la pudeur, le rire. Aujourd'hui, notre imaginaire reste dominé par la conception cartésienne de «l'animal-machine», incapable d'accéder au langage, dépourvu de subjectivité, donc privé de tout droit.
    Or l'actualité vient régulièrement nous rappeler l'étrange proximité qui nous lie aux animaux : crise de la «vache folle», grippes «aviaire» ou «porcine»... Surtout, les avancées de la recherche remettent en question la frontière entre l'Homme et l'Animal. Ainsi, les travaux des paléoanthropologues ou des éthologues soumettent la foi humaniste dans le «propre de l'homme» à rude épreuve.
    Mais, alors, comment relativiser l'exception humaine sans sombrer dans la confusion entre tous les vivants? Comment l'homme peut-il prendre ses responsabilités envers l'animal, voire reconnaître avec lui une communauté de destin, sans se comporter lui-même comme une bête?

  • Alors que la violence exercée au nom de Dieu occupe sans cesse le devant de l'actualité, la gauche semble désarmée pour affronter ce phénomène.

    Incapable de prendre la religion au sérieux, comment la gauche comprendrait-elle l'expansion de l'islamisme ? Comment pourrait-elle admettre que le djihadisme constitue aujourd'hui la seule cause pour laquelle un si grand nombre de jeunes Européens sont prêts à aller mourir à des milliers de kilomètres de chez eux ? Et comment accepterait-elle que ces jeunes sont loin d'être tous des déshérités ?

    Éclairant quelques épisodes de cet aveuglement (de la guerre d'Algérie à l'offensive de Daech en passant par la révolution islamique d'Iran), ce livre analyse le sens d'un silence qu'il est urgent de briser.

  • Cette collection rassemble en 20 volumes les écrits des plus grands rebelles de tous les temps : de Victor Hugo à Léon Blum, de Jean Moulin à François Mauriac, en passant par Jaurès, Clemenceau, Voltaire ou encore Charles Péguy... tous sont des hommes d'action, des écrivains, des penseurs ou des artistes, qui ont un jour rompu avec les accommodements, les mensonges ou les préjugés de leur temps pour faire de leur vie un combat. S'ils se sont également battus avec la plume, c'est qu'ils étaient convaincus du formidable pouvoir des mots pour éveiller les consciences, résister à l'oppression et transformer le monde. Leurs écrits n'ont rien perdu de leur force ni de leur justesse, et restent des manuels d'insoumission pour les temps présents.

    Éditée par Le Monde, la collection est dirigée par Jean-Noël Jeanneney, historien et homme politique, président du jury du Prix du Sénat du livre d'histoire.

  • Les maoccidents

    Jean Birnbaum

    • Stock
    • 9 September 2009

    A la fois marginale et spectaculaire, une anecdote résume bien les choses.
    Le 15 avril 2009, l'ancien maoïste André Glucksmann se voyait remettre la Légion d'honneur par Nicolas Sarkozy. Ce jour-là, dans les salons de l'Elysée, le président de la République rendait hommage au « nouveau philosophe », le patron de la droite libérale honorait l'intellectuel formé à l'école de la révolution. Il le tutoyait publiquement. Il se félicitait de leur amitié. Il soulignait lui-même la qualité toute particulière d'une complicité apparemment paradoxale : « Franchement, c'était pas écrit...
    », ironisait Sarkozy. Ce faisant, il délimitait l'espace de notre tâche : écrire le récit de cette souterraine camaraderie. Plus largement : comprendre comment les maoïstes français sont passés du culte de l'Orient rouge à la défense de l'Occident. En un mot, raconter l'aventure des Maoccidents.

  • Voici une expérience singulière : à quatorze ans, vouloir changer le monde. À quatorze ans, se mouiller pour ses idées, monter à l'assaut du ciel, endurer l'angoisse du militant. À entendre certains « soixante-huitards » revenus de tout, et qui prétendent avoir été les ultimes représentants de la jeunesse révolutionnaire, cette expérience serait désormais impensable : « Après nous, le désert politique », affirment-ils.
    À mille lieux de cette nostalgie stérile, Jean Birnbaum a voulu savoir comment l'espérance révolutionnaire se transmet entre les générations. Et si cette « enquête en filiation » est menée au miroir du mouvement trotskiste, c'est que ce courant singulier a maintenu vivante, tout au long du XXe siècle, une tradition minoritaire mais opiniâtre d'émancipation. En France plus qu'ailleurs, les traits spécifiques de cette tradition (l'écoute des aînés, la passion des textes.) en ont fait l'une des plus grandes écoles politiques et intellectuelles.
    Entre la génération des années 1930, isolée, pourchassée, affrontant à la fois le stalinisme et le fascisme, et celle des années 1960, solidaire des peuples colonisés, la continuité fut tant bien que mal assurée. De cette mémoire fraternelle, entre révolte et mélancolie, que reste-t-il maintenant ? Des jeunesses de jadis et d'hier à celles d'aujourd'hui, inventant, avec l'« altermondialisme », de nouvelles radicalités sans frontières, quelles sont les filiations oe
    À partir d'entretiens approfondis avec des militants, actuels ou anciens, célèbres ou inconnus, Jean Birnbaum restitue avec force des figures et des destins hors du commun, mais repère aussi la trace des déceptions et des déchirures intimes : sur la question juive, par exemple, ou encore sur les dérives sectaires. Au fil de ce parcours critique et au coeur de ces propos, n'en vibre pas moins l'exigence qui anime toute « génération » digne de ce nom : celle d'une justice à venir, par-delà le monde présent.

  • « Mais c'est de la contestation systématique ! », fulmine le principal.

    La scène se passe, comme toujours, au conseil de clash. Représentant des parents, je n'ai quand même pas été élu pour dire « amen » à la politique bien souvent contestable du collège, n'en déplaise au principal - ou aux parents béni-oui-oui - qui me freinent !

    Au fait, qu'arrive-t-il quand des parents-délégués contestataires affrontent, et la frilosité de l'Éducation Nationale, et l'animosité de leurs pairs ? Quels sont en effet les origines et les enjeux de la zizanie - mais aussi de la complicité cachée - entre acteurs de l'école et parents élus aux conseils ? Comment insuffler au système scolaire français plus d'intérêt pour « le bonheur d'apprendre », sans tomber dans le « lycée light » ?

    Seul pamphlet paru sur une association de parents d'élèves, Au conseil de clash répond à ces questions.

  • L'origine est plus qu'un point de départ, c'est une histoire, un récit sans cesse à refondre. Le 20e forum Le Monde-Le Mans a exploré de nombreuses pistes sur ce thème, qu'il s'agisse de l'histoire de l'univers, des expériences artistiques de la filiation et de l'origine, des polémiques contemporaines sur le « droit à l'origine » pour les enfants nés par insémination artificielle, ou encore des querelles brûlantes autour du facteur « ethnique » dans les violences sociales.

  • Parmi Les grandes représentations qui fondent notre façon d'organiser le monde, La "différence des sexes" constitue sans doute la plus originelle. Ancrée dans un substrat corporel, la polarité masculin/féminin apparaît comme un alphabet universel, comme un "butoir ultime pour la pensée", selon la formule de l'anthropologue Françoise Héritier. Mais cette évidence "naturelle" n'a jamais cessé d'être contestée. Mieux: depuis quelques années, sa remise en cause revêt une intensité particulière. D'une part, on a vu émerger un champ d'études inédit (études de "genre", théorie "queer"...), dont l'objectif est d'examiner à nouveaux frais cette vieille articulation entre masculin et féminin. D'autre part, on assiste à une politisation croissante des questions sexuelles: pensons seulement aux débats sur "L'homoparentalité" ou les mères porteuses. De cette actualité polémique, de cette urgence théorique, le 19e Forum Le Monde/Le Mans a pleinement témoigné, en donnant La parole à des philosophes, des scientifiques ou des artistes. Les contributions rassemblées dans ce volume en attestent: penser la différence des sexes, ce n'est pas seulement s'interroger sur Le passé et le présent des rapports entre hommes et femmes; c'est aussi et peut-être surtout explorer les conditions de toute démocratie à venir.

  • Dans un grenier à Stockholm, Daniel Birnbaum trouve un classeur abandonné portant la mention « Papiers laissés par Imm ». Les documents ainsi conservés ont appartenu à son grand-père Immanuel et dévoilent l'incroyable histoire de ce journaliste, connu par son nom de plume « Dr B. », qui arrive en Suède comme réfugié au début de la Guerre. Fils du cantor de la synagogue de Königsberg, converti au protestantisme, condisciple de Walter Benjamin, Immanuel Birnbaum a fui le nazisme en 1933 pour être correspondant de journaux de langue allemande en Europe.
    À l'automne 1939, la capitale suédoise est au centre des négociations diplomatiques intenses, et Immanuel est aspiré dans un monde de double jeu. D'un côté, il travaille pour la maison d'édition Fischer repliée à Stockholm, et aide des espions britanniques à diffuser de la propagande en Allemagne. Mais, d'un autre côté, dans une lettre rédigée à l'encre sympathique, il dévoile à de mystérieux correspondants allemands le plan anglais de faire sauter le port d'Öxelösund par lequel transite une partie du minerai de fer nécessaire aux industries de guerre allemandes. Cette action devait forcer la Suède neutre à entrer en guerre. La lettre est interceptée et Immanuel est arrêté par les autorités suédoises.
    Dans Dr B., Daniel Birnbaum raconte ainsi sous forme romanesque ce qu'a vécu son grand-père en Suède à une période chaotique et éprouvante. Est-il un espion, un résistant, ou un journaliste manipulé ? Mais où commence la fiction ? Car le personnage principal du Joueur d'échecs de Stefan Zweig s'appelle lui aussi « Dr B. ». Il ne s'agit sûrement pas d'une coïncidence.

  • Parce qu'on l'associe spontanément, aujourd'hui, à une série d'inquiétudes portant sur la culture, les traditions, les manières de vivre, et parce qu'elle peut nourrir une rhétorique d'exclusion, voire de violente intolérance, la notion d'identité est parfois réduite à ses enjeux les plus périlleux. Or elle dépasse de loin ces seuls débats. Avant même de toucher à la politique, la question de l'identité s'impose à tout individu conscient, sous la forme de ce mystère que Francis Wolff résumait ainsi : « Je suis toujours le même comme une chose et pourtant je suis, comme les événements, cause de certains événements, mes actes. Je change sans cesse et pourtant je suis toujours celui que j'ai toujours été. Mystère de l'identité : qui suis-je ? » Cette interrogation, qui engage la façon dont une vie peut faire continuité, concerne chacune et chacun. Evacuer « l'identité », en faire un mot maudit, un mot moisi, sous prétexte qu'il provoquerait une dérive « essentialiste », ce serait passer à côté de l'essentiel. Ce serait ignorer que, pour déconstruire l'identité, il faut d'abord en affirmer l'épaisseur humaine, et même, peut-être, en revendiquer la puissance émancipatrice.

  • Au début, on pouvait croire à une mode passagère. Et puis la vogue est devenue lame de fond : aujourd'hui, l'amour de la philosophie constitue une passion partagée. Comme si notre société renouait avec une promesse des Lumières, que Diderot résumait ainsi : « Hâtons- nous de rendre la philosophie populaire ! » On lira ici une réflexion critique puisque l'espérance de la « philo pour tous » menace sans cesse de nourrir le marketing démagogique du « développement personnel ».
    Une réflexion politique attentive au genre, car bien que la pensée n'ait pas de sexe, le masculine l'emporte dans l'image commune que l'on se fait du « philosophe ».
    Une réflexion pédagogique et paradoxale : si philosopher c'est « penser par soi-même », ce geste autonome peut-il s'en remettre à une parole enseignante ? En France, le pays de Voltaire et de Sartre, celui de la philo en terminale aussi, nous sommes nombreux à répondre positivement, et à garder en tête la voix de l'enseignant(e) qui nous a ouvert l'esprit en nous mettant dans les pas d'Aristote ou de Pascal.
    Une réflexion historique et culturelle, enfin : alors que maints penseurs classiques ont affirmé que la philosophie ne se rencontre « que chez les Grecs », selon la célèbre formule de Hegel, il faut se demander ce qu'il en est de la philosophie ailleurs qu'en Occident, par exemple en Afrique, en Chine ou en Iran.
    La pratique de la philosophie nous amène à défaire nos certitudes et à nous bricoler une éthique en actes, qui nous permet de tenir bon, de nous tenir bien : apprendre à philosopher, c'est apprendre à être libre. En ces temps de désarroi et parfois de terreur, voilà une urgence collective, un impératif pour tous.

  • Pierre Birnbaum, le théoricien de l'État fort à la française dont il a dessiné l'idéal-type, universaliste et protecteur des minorités, est né en juillet 1940, à Lourdes, quelques jours après l'instauration du régime de Vichy, de parents juifs et étrangers, dans une famille persécutée puis traquée par « l'État français » et par l'Occupant. À l'âge de deux ans, il est confié à une famille de fermiers des Hautes-Pyrénées avec sa soeur à peine plus âgée. Enfant caché, il doit sa survie à des Justes alors que les hauts fonctionnaires du régime de Vichy collaborent à la chasse aux Juifs.

    Par un étrange déni, il ne s'était jusqu'ici jamais interrogé dans son travail sur cet « État français » qui a mobilisé tous les moyens pour les traquer, lui et sa famille. Il retrace, dans ce livre émouvant, les années de persécution de son enfance à partir d'archives saisissantes, tant locales que nationales, et se fait l'historien de sa propre histoire. Il pose surtout en des termes nouveaux, depuis le coeur de sa théorie, la question de la continuité entre la République et Vichy. L'État devenu « français » sous la houlette des droites extrêmes, est-ce encore l'État ?

    Cet ouvrage d'une force singulière ne manquera pas de susciter le débat sur un pan de notre histoire toujours disputé. Car, conclut Pierre Birnbaum, le fait que les hauts fonctionnaires passés au service de Vichy aient été si peu sanctionnés pour leurs responsabilités dans la persécution et la déportation des Juifs de France reste un héritage lourd à porter. Toutes les conséquences de la leçon de Vichy n'ont pas été tirées.

  • Il y a quelques années encore, la chose aurait été impensable. Pourtant, lorsque cette idée a été suggérée par une lycéenne du Mans, la réaction a été unanime : ce qui aurait naguère suscité une réticence relevait maintenant de l'urgence, de l'évidence.
    Est-ce un effet des attentats djihadistes ? Le résultat de la précarité sociale, des nouvelles tensions géopolitiques ou des multiples dérèglements climatiques ? Quoi qu'il en soit, la peur semble là, à la fois multiforme et solide. Et plutôt que de l'écarter d'un revers de la main, en affirmant qu'elle est en fait sans objet ou, ce qui revient au même, qu'elle relève d'une orchestration politique (le fameux « gouvernement de la peur »), il convient d'en affronter le réel. L'enjeu importe. En effet, si la crainte est classiquement envisagée comme le ressort du despotisme, la communauté de la peur ne saurait tenir lieu de communauté politique. D'où la nécessité de la surmonter, ou du moins de la déconstruire.

  • Dans ce portrait passionné et souvent inattendu, Pierre Birnbaum redonne pleinement vie à Léon Blum : le dreyfusard, l'homme de Juin 36 et de ses immenses conquêtes sociales, mais aussi le jeune dandy aux goûts littéraires d'avant-garde, l'homme d'action doté d'un réel courage physique, l'avocat de l'émancipation sexuelle des femmes, l'amoureux aux multiples vies. Il relit aussi ses engagements à la lumière de l'histoire de ces Juifs d'État, « fous de la République », auxquels il a consacré un livre qui a fait date. Figure accomplie de la citoyenneté républicaine, Blum ne renia jamais sa judéité.

  • En clôture du précédent forum du Monde au Mans, consacré à la promesse, un ancien ministre souligna un paradoxe. Les femmes et les hommes de pouvoir font sans cesse l'objet d'une demande impossible : tout se passe comme si les citoyens exigeaient d'eux qu'ils fassent des promesses dont tout le monde sait parfaitement qu'elles ne pourront être tenues...D'une certaine manière, le 27e Forum Philo prolongera ce paradoxe d'une exigence à la fois impérieuse et impossible, en posant la question« Où est le pouvoir ? ».
    Dans nos démocraties contemporaines, en effet, le pouvoir passe souvent pour être introuvable, et les gouvernants se voient régulièrement soupçonnés de n'être que les pantins des « vrais » puissants, les marionnettes de forces situées en dehors de tout contrôle populaire. En même temps, chacun a plus ou moins conscience que le propre de la démocratie, c'est de faire en sorte que le pouvoir soit partout et nulle part, qu'on ne puisse mettre la main dessus, qu'il n'appartienne à personne, et surtout pas à ceux qui l'exercent - bref qu'il soit un « lieu vide ».
    Le philosophe expliquait que la démocratie moderne est le seul régime à signifier l'écart du symbolique et du réel avec la notion d'un pouvoir dont nul, prince ou petit nombre, ne saurait s'emparer. Si le pouvoir est un lieu vide, il n'y a pas de conjonction possible entre le pouvoir, la loi et le savoir; pas de pnarque absolu, de Fuhrer ni de Duce, moins encore de Secrétaire général omniscients.
    En sorte que la question du pouvoir donne lieu à un questionnement interminable, sur sa nature, sa source, son efficace.
    Parce qu'il n'est jamais là où l'on croit, le pouvoir déçoit forcément. Mais pour demeurer démocratique, il lui faut échapper à tous...Ce paradoxe concentre beaucoup des questions qui enflamment nos débats politiques les plus contemporains.
    Il nourrit les réflexions de ce forum.

    Contributions de A. Bensa, L. Boltanski, M. Canto-Sperber, D. Dulong, N. Heinich, M. Foeessel, K. Grévain-Lemrcier, B. Latour, J.-C. Monod, M. POtte-Bonneville, M. Revault d'Allones, E. de Turckheim, A. Zeniter.

  • Les sons, les notes, l'intensité, la durée, la hauteur, la phrase musicale, le rythme, la mélodie, l'accord... 16 notions très simples pour découvrir la musique en douceur : des compositions tout en nuances de Coralie Fayolle et des illustrations drôles et tendres d'Anouk Ricard.

  • L'Égalité radicale n'est pas une monographie de plus consacrée à Jacques Rancière, ni même une monographie tout court, affligée des tares habituelles de ce type d'exercice - paraphrase, servilité, héroïsation de son sujet, etc. Ce livre remarquablement riche propose de repenser l'égalité dans la conjoncture présente, à partir du philosophe qui, dans Le Maître ignorant, en a proposé la formulation contemporaine la plus forte avec le postulat de l'égalité des intelligences.
    Durant la période qui s'ouvre avec la publication de La Leçon d'Althusser (1974) et se clôt avec La Mésentente (1995), Rancière n'a en effet cessé de critiquer les discours intellectuels, de gauche ou de droite, qui expliquent, aux prolétaires en particulier, les raisons de l'impuissance et l'impossibilité d'en sortir. De la même façon, il a insisté sur l'émancipation comme désidentification, c'est-à-dire arrachement aux places sociales assignées, et sur le fait que la politique est non pas consensus, maître-mot d'une époque « post-idéologique », mais litige entre positions irréconciliables.
    C'est sur ces idées qu'Antonia Birnbaum s'appuie pour penser avec Rancière, en dehors de lui et aussi contre lui :
    Elle le confronte à Lacan, d'une part, et, d'autre part, à ses propres objets, Gauny et Jacotot, elle expose les distorsions qu'il fait subir à la pensée de Marx, révèle ses impensés (la violence, l'organisation politique), montre ce que les luttes des femmes font à sa pensée, souligne les apories d'une focalisation sur l'émancipation individuelle, croise le fer avec la « politique des identités »... Le but ? Refaire de la politique, avec « nos petits moyens ».

  • Le recrutement des nouvelles élites de l'État semble évoluer de manière accélérée. Les hauts fonctionnaires sont de plus en plus souvent passés par HEC ou l'ESSEC, avant ou après l'ENA. Certains d'entre eux quittent provisoirement le service de l'État pour rejoindre des grandes entreprises, des banques ou des cabinets de conseil, comme l'illustrent le parcours d'Emmanuel Macron lui-même et celui de plusieurs des membres de son cabinet. Les députés de la nouvelle Assemblée sont, eux aussi, en grand partie issus du monde de l'économie (plutôt qu'enseignants, journalistes ou avocats comme par le passé). Dès lors pèse le soupçon d'une collusion croissante entre ces diverses élites. Une « oligarchie » a-t-elle pris en main la direction de l'État, comme le soutiennent divers populismes ?
    Données quantitatives à l'appui, Pierre Birnbaum, sociologue et historien de l'État, propose une enquête d'une grande précision qui révèle une réelle transformation des élites du pouvoir dans les années 2000. Mais, loin des caricatures, il montre que l'État à la française acquis aux méthodes de gestion du privé n'en résiste pas moins, et que la majorité de ses serviteurs, grands ou petits, lui reste fidèle.

  • Tout commence par un aphorisme de René Char extrait des Feuillets d'Hypnos, texte écrit depuis le maquis : « Notre héritage n'est précédé d'aucun testament. » Il ne constitue pas « une donnée » identifiable ou « un donné » calculable, même s'il nous a bien été offert. Ce dont nous héritons n'est souvent ni nommable ni saisissable une fois pour toutes. Pourquoi cela ? Déjà parce que nous héritons d'oublis autant que de souvenirs. Souvent nous ne savons pas qui furent nos donateurs et comment se nomment nos trésors. Les contemporains n'ont pas conscience de la tradition dont ils pourraient, s'ils l'assumaient, se constituer en héritiers.
    L'aphorisme de René Char nous demande de repenser ensemble l'autrefois, le maintenant et l'après de toute transmission. C'est que toute transmission est à constamment retravailler. Le passé refoulé finit toujours par faire retour à travers symptômes, crises ou séismes de notre présent. Comment donc se constitue une tradition lorsque son contenu, héritage du passé, nous vient de grands-parents trop mystérieux ou de trésors incompréhensibles qui se retrouvent, sans qu'on les ait choisis, entre nos mains, au fond de notre coeur ou juste sous nos pieds ?
    Après avoir reconnu et nommé notre héritage, voici donc qu'il nous échoit de le partager, de le transmettre. Mais de quelle façon penser un tel partage ?
    Telles sont quelques-unes de squestions que posent tour à tour Mark Alizart, Karol Beffa, Anne Cheng, Michel Deguy, Chantal Delsol Georges Didi-Huberman, Mona Ozouf, Maël Renouard, Olivier Rolin, Pierre Rosanvallon, Isabelle Stengers, Cécilia Suzzoni.
    Cet ouvrage reprend certaines contributions au 28e Forum Philo Le Monde / Le Mans, rencontres philosophiques organisées du 4 au 6 novembre 2016 par la Ville du Mans et le journal Le Monde sous la direction de Jean Birnbaum.

  • Cette nouvelle édition considérablement augmentée et mise à jour du Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques couvre deux domaines distincts, la théorie politique (ses concepts, ses méthodes), et la pratique, inscrite dans les institutions politiques et dans l´exercice du pouvoir.  Ce dictionnaire traite en priorité de la France et des pays francophones, tout en s´efforçant d´élargir le champ de la comparaison à la dimension européenne et même mondiale.  Cette 8e édition s'enrichit de nouvelles entrées : Kleptocratie, Théorie Queer, Gentry, Organisations internationales, Empowerment...

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