Langue française

  • "J'ai eu le sida pendant trois mois. Plus exactement, j'ai cru pendant trois mois que j'étais condamné par cette maladie mortelle qu'on appelle le sida. Or je ne me faisais pas d'idées, j'étais réellement atteint, le test qui s'était avéré positif en témoignait, ainsi que des analyses qui avaient démontré que mon sang amorçait un processus de faillite. Mais, au bout de trois mois, un hasard extraordinaire me fit croire, et me donna quasiment l'assurance que je pourrais échapper à cette maladie que tout le monde donnait encore pour incurable. De même que je n'avais avoué à personne, sauf aux amis qui se comptent sur les doigts d'une main, que j'étais condamné, je n'avouai à personne, sauf à ces quelques amis, que j'allais m'en tirer, que je serais, par ce hasard extraordinaire, un des premiers survivants au monde de cette maladie inexorable."

  • "C'est tout bonnement la suite de À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie : exactement ce que j'avais dit que je ne ferais jamais. Un an et demi a séparé ces deux livres. Le temps de la renonciation à l'écriture, celui de l'expérience. On retrouve les mêmes personnages : Hervé Guibert, écrivain malade du sida, ses proches, la communauté des malades et de leurs soignants. Claudette Dumouchel, jeune médecin de vingt-huit ans, entre en scène. Une étrange relation va s'inventer à chaque examen entre cette femme très belle et le narrateur. Une relation peut-être proche de l'amour, on ne sait jamais.
    Un nouveau médicament, aussi, est apparu, très difficile à obtenir et incertain, encore au stade de l'expérimentation, le DDI. Aux États-Unis, il a déjà tué trois cents personnes qui se l'étaient procuré au marché noir et l'avaient utilisé sans connaître les doses, sans surveillance médicale, aveuglément, désespérément. En France, pour l'instant, on le délivre aux malades qui sont à la dernière extrémité, dans un protocole qualifié de "compassionnel" par les médecins.
    C'est ce nouveau médicament qui m'a permis de surmonter mon épuisement, et d'écrire."
    Hervé Guibert

  • Fou de vincent

    Hervé Guibert

    • Minuit
    • 19 May 2016

    Dans la nuit du 25 au 26 novembre, Vincent tombait d'un troisième étage en jouant au parachute avec un peignoir de bain. Il a bu un litre de téquila, fumé une herbe congolaise, sniffé de la cocaïne. Le retrouvant inanimé, ses camarades appellent les pompiers. Vincent se redressa brusquement, marcha jusqu'à sa voiture, démarra. Les pompiers le coursent, s'engouffrent dans son immeuble, montent avec lui dans l'ascenseur, pénètrent dans sa chambre, Vincent les injurie. Il dit « Laissez-moi me reposer », eux : « Andouille, tu risques de ne jamais te réveiller. » Dans la chambre d'à côté, ses parents continuent de dormir. Vincent a foutu les pompiers dehors. Il s'est endormi comme un charme. À neuf heures moins le quart, sa mère le secoue pour l'envoyer au travail, il ne peut plus bouger d'un pouce, elle le transporte à l'hôpital. Le 27 novembre, prévenu par Pierre, je rendis visite à Vincent à Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours. Deux jours plus tard il mourait des suites d'un éclatement de la rate.

    Ce livre est paru en 1989.

  • "Le personnage principal a entre vingt-deux et trente-cinq ans. Il est journaliste, il aspire à l'écriture, il n'en finit pas de mettre en forme un roman raté avec un personnage à la troisième personne. Le roman s'appelle Le récit de la mesquinerie, il ne voit pas le jour. Et il glisse : il devient un récit d'amour.
    Le personnage principal du livre n'est-il pas en effet, plus que le narrateur, l'amour qu'il porte à un autre garçon, T, qui le fait écrire ? D'autres garçons apparaissent (Pierre, Paul, Jacques) mais disparaissent pour laisser la place à celui dont on ne livre le nom que sous forme de secret, d'initiale. Ensemble ils voyagent (Berlin, New York, Varsovie, Prague, Barcelone...) mais reviennent toujours à un lieu de prédilection (l'île d'Elbe).
    On repère, dans la trame de ce livre, plusieurs livres en un, et aussi plusieurs refus de livres : un livre qui s'appellerait Roman posthume, un autre qui s'appellerait Mes parents, encore un autre qui s'appellerait Autobus et métro, une suite des Aventures singulières, un Journal de travail, mais c'est le Récit d'amour qui l'emporte : bâti comme un mausolée pour le corps des amants. Apparaît alors, par-dessus tout, le refus de ficeler un roman pour en livrer la matière brute, la vive continuité de la vie, des rêves, des rencontres, des aventures..."
    Hervé Guibert.

  • Mes parents

    Hervé Guibert

    Pourquoi la grande-tante Louise saccage-t-elle l'appartement de sa soeur Suzanne ? Quels sont ces documents qu'elle cherche, et que contiennent ces liasses de papiers qu'elle brûle finalement dans la cuisinière ? Concernent-ils vraiment, comme le prétend Suzanne, une infamie qu'aurait commise la mère, trente ans plus tôt ? Comment se fait-il qu'au même moment le père ait dû précipitamment quitter Nice, abandonnant un cabinet de vétérinaire, un voilier, une Ford verte, une fiancée et deux chevaux, pour se retrouver à Paris sans chaussettes de rechange ? Quel est ce chantage que mettent en train les parents du petit Hervé pour extorquer l'argent de la famille ? Et où est caché cet or qu'on n'en finit pas d'enterrer et de déterrer, dont on n'a jamais pu se servir, sinon pour se plaindre qu'il soit encrassé ? D'ailleurs ce trésor trop tard obtenu n'a-t-il pas un rapport avec le cancer de la mère, qui suit de peu l'héritage ? N'y a-t-il donc rien de pire au monde, pour des parents, que d'avoir un fils soucieux de la vérité ?

  • L'image fantome

    Hervé Guibert

    Ceux qui se livrent à l'écriture, sans doute, ne peuvent plus écrire comme autrefois, du temps d'avant l'image photographique, télévisuelle, cinématographique. Comme les peintres, les premiers touchés par ces météorites sidérants, ils ont dû les prendre en compte, car l'écriture aussi est une production d'images. Voilà que la photographie est non seulement prise en compte, dans un livre sans photographies, mais emballée, charriée, elle devient un support, un fait d'écriture.
    Critique de photo au journal Le Monde depuis 1977, Hervé Guibert raconte ses antécédents photographiques : ses premières images érotiques, une séance de photo avec sa mère dont l'image ne devait jamais être révélée, la lente dégradation de la photo d'un ami condamné, des images fantômes ou cancéreuses, intimes au point d'en devenir invisibles. Il ne s'agit pas d'un texte théorique sur la photographie, mais d'une suite de récits qui explorent, à travers des aventures personnelles, les différents types de photographies : la photo de famille, la photo de voyage, le Photomaton, le Polaroïd, la photo porno, la photo policière, la photo divinatoire. Le récit oscille sans cesse entre l'image familiale et l'image amoureuse, les deux pôles nécessaires, ce qui explique la double dédicace du livre, aux parents, et à l'ami, T. Des personnages, en effet, apparaissent autour du narrateur, T., I., F., P., seulement initialés, mais qui pourraient être ceux d'un roman.

    L'Image fantôme est paru en 1981.

  • Des aveugles

    Hervé Guibert

    Trois aveugles : la femme, le mari, l'amant. Comment ils se rencontrent, comment ils s'aiment, comment ils s'entre-tuent. Un récit d'épouvante, puisque c'est le mode de lecture préféré des aveugles.
    Dans ce livre sans pitié, à la fois documentaire et fantasmagorique, les visions de l'obscurité définissent un nouveau système de voluptés et de frayeurs.

  • L'homme au chapeau rouge représente le troisième volet de cette histoire personnelle du sida amorcée par À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie, et poursuivie dans Le protocole compassionnel. Cette fois le narrateur, identique, ose à peine prononcer le nom de sa maladie. Pour la tromper, ou l'oublier, il se lance à corps perdu dans la recherche, le marchandage et l'acquisition de tableaux.
    Il va se trouver emporté - et l'enchevêtrement de son récit avec lui - dans une double histoire de faux, dont est victime le peintre grec Yannis, et de kidnapping d'un expert arménien, Vigo, qui dénonçait justement les faux dans les grandes ventes de Sotheby's ou de Christie's à Londres ou à New York.
    /> Dès qu'on commence à vouloir parler ou se mêler de peinture, on est inévitablement confronté à ce problème du vrai ou du faux, qui est peut-être au coeur de tous les livres d'Hervé Guibert. Deux couples hantent ce nouveau livre : le peintre Yannis et sa femme Gertrud, que l'écrivain va poursuivre jusqu'à Corfou, le marchand de tableaux Vigo et sa soeur Lena, avec laquelle Guibert va aller à Moscou, sur les traces de son frère mystérieusement disparu.
    Car cet "homme au chapeau rouge" est aussi un chasseur de peintres. Depuis quinze ans, il pourchasse Bacon et Balthus, jusqu'en Suisse ou à Venise ; pour leur arracher quels secrets ?

  • Ce pourrait être un roman, finalement, puisqu'il n'y a qu'un seul personnage, tout au long, qui en rencontre d'autres. Des errances, des effusions, des voyages, des coups de coeur. Mais il y a aussi des interstices, des sautes de temps entre les histoires, et ce sont plutôt les épisodes d'une vie arrachés à la longue trame du journal intime. Tout ce qui a fait exception au quotidien, dans un laps de trois ans, et qui l'a déséquilibré, menacé... (H. G.)

  • Les chiens

    Hervé Guibert

    • Minuit
    • 16 August 2018

    Ce récit a été écrit en août 1981, dans des jours mauvais, dans l'éloignement de l'être aimé à qui il est dédié. Manière d'imploration, et élaboration d'une proposition future. Car cette écriture n'est pas l'effet d'une projection unique, elle prend aussi en charge le fond commun des fantasmes, le catalogue des figures, comme une introspection, une assimilation du désir de l'autre.

    Ce texte est paru en 1982.

  • Cytomégalovirus. Depuis deux jours, j'avais du mal à lire, de plus en plus de mal. Soudain je fermai mon oeil gauche : les caractères d'imprimerie au-dessous de la ligne gondolée que je déchiffrais avec difficulté étaient effacés, tout le bas de la page était vierge.
    H.G.

  • Étude du corps jouissant, souffrant, agonisant, puis mort, La mort propagande trace en douze brefs chapitres un troublant autoportrait de son auteur.
    D'une violence et d'une force de provocation inouïes, La mort propagande fut le premier livre publié d'Hervé Guibert, alors âgé de vingt et un ans.

  • "Il marchait dans la rue. Il voulut tout à coup être transplanté dans un bain de vice (décors et actes). Il était prêt à payer pour pénétrer dans une ambiance vicieuse, mais le cinéma porno lui semblait indigent..."
    Ce livre, imaginé et écrit entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, a été publié juste avant la disparition de l'auteur. Il est réédité ici avec les vingt et une photographies qui accompagnaient la version originale.

  • Un an, deux ans avant l'écriture de ce livre, une femme, une amie, demandait à son auteur, alors qu'il exposait la noirceur de perspective de sa vie : « mais qu'est-ce qui pourrait te sauver ? », il pensa : « toucher le corps d'un enfant », cela lui vint comme ça, et la réponse lui semblait juste, il n'y avait jamais pensé auparavant, il n'osa le dire, le soir il le nota dans son journal, et il ajouta : « mais ce n'est que par rapport à l'horreur que m'inspire mon propre corps ». Deux ans plus tard, donc, un ami lui fait la proposition d'un voyage, entre la mer et le désert, avec deux enfants. Et cette proposition n'est pas tant celle du voyage lui-même que d'un livre, inattendu, un bolide. Et ce n'est pas tant vers l'Afrique du Nord, qu'il ne connaît pas, que vers cette nouvelle contrée, l'amour et la compagnie des enfants, qu'il s'engage. Le livre se fera en deux parties : un journal prospectif, prémonitoire, qui s'approche le plus du rêve qu'il se fait du roman, et la retranscription brute du vrai séjour.
    Comme il avait joué à se mettre dans la peau d'un photographe (ou d'un biographe : L'Image fantôme), puis dans la double peau inversée d'un corps tantôt sadique, tantôt masochiste (Les Chiens, mais déjà le sado-masochisme n'apparaissait que comme nouvelle forme de langage, comme l'éventualité d'un salut dans une sexualité usée), cet homme, ce célibataire joue, par l'écriture, à se mettre dans la peau d'un pédophile. Les possibilités de tendresse qui adviennent ne sont pas très éloignées, sans doute, de l'amour paternel. (H. G.)

  • Gangsters

    Hervé Guibert

    • Minuit
    • 25 February 2016

    Rentrant de vacances, Hervé Guibert trouve ses grand-tantes aux prises avec huit gangsters qui, les terrorisant depuis une semaine, leur ont déjà extorqué une fortune et ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin. Ses réflexes mettent le gang en échec. Bien sûr, le choc a altéré la personnalité des deux femmes de quatre-vingt-un et quatre-vingt-onze ans. Mais il va peut-être bouleverser davantage leur neveu : les gangsters ne tardent pas à faire peser sur lui des menaces de mort ; pour les policiers, il devient le suspect numéro un. Le suspense se double d'une réflexion sur la souffrance morale et physique, le racisme, la vieillesse, la perversité de l'argent, la sensation du manque, la peur : n'y-a-t-il pas en définitive beaucoup de points communs entre le romancier et le paranoïaque ?

    Les Gangsters est paru en 1988.

  • Hervé Guibert avait réuni dans un dossier intitulé La piqûre d'amour vingt-six petits récits (vingt-trois nouvelles et trois textes critiques sur son travail), la plupart entièrement inédits et datés de 1979 à 1984. Il avait souhaité les voir publiés mais l'organisation définitive du recueil ne fut pas sa priorité pendant les semaines précédant sa mort.
    Ce livre regroupe aussi bien des intrigues rocambolesques que des aventures intimes. On retrouve dans une écriture pas encore marquée par la maladie ce ton tour à tour grave ou léger, cet humour du dérisoire, cette poésie du fantasme.

  • Le paradis

    Hervé Guibert

    "Et le mot Paradis a claqué comme une chose fabuleuse. Ce n'était pas lié à la religion, parce que nos parents ne nous avaient pas donné d'éducation de ce côté-là, et pour moi le Paradis n'était pas moins chinois que l'enfer, je ne connaissais rien de ces mythes, mais d'un seul coup, passant par la bouche d'Irwin, le Paradis devenait le fin du fin, le rêve absolu, le sommet, le Paradis quoi et moi le Paradis, je veux connaître."

  • Tous les valets n'ont pas été acteurs de cinéma. Lui, si. Mais ce valet-là est une parodie, un tyran qui congédie le personnel de son maître à coups de couteau, dort dans son lit, lui interdit les émissions de variétés et l'habille en Nike et blouson de cuir. Méchant mensonge ou vrai journal ? Le maître, asservi aux volontés de son valet, laisse planer le doute...
    Hervé Guibert est l'auteur d'une douzaine de livres, parmi lesquels À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie, Le Protocole compassionnel ou Cytomégalovirus, qui ont rencontré un succès critique et populaire exceptionnel. Il est mort en décembre 1991 des suites du sida.
    " Guibert réussit à faire de son lecteur le complice de son intimité et de celle des autres, à le piéger en flagrant délit de voyeurisme. "
    Livres Hebdo

  • En 1977, Hervé Guibert découvre le premier roman d'Eugène Savitzkaya, Mentir, et lui envoie La mort propagande qui vient de paraître. Ils échangent leurs livres pendant les années suivantes, se lisent, s'apprécient. Ils se voient rarement : l'un habite Liège, l'autre Paris.
    Un tournant s'opère en 1982, quand Hervé publie "Lettre à un frère d'écriture", où il déclare à Eugène : "Je t'aime à travers ce que tu écris." Le ton a changé, Hervé, obsédé par son correspondant, lui écrit des lettres de plus en plus incandescentes. L'année 1984 verra néanmoins l'épuisement soudain de cette passion. Une profonde amitié la remplace, qui trouvera dans l'aventure de L'Autre Journal et dans la Villa Médicis, où ils seront tous deux pensionnaires, d'autres terrains d'exploration.
    Ces près de quatre-vingts lettres, échangées entre 1977 et 1987, forment un témoignage d'autant plus unique qu'elles sont les seules dont Hervé Guibert ait autorisé l'édition. Point de rencontre unique entre la vie et l'écriture, entre soi et l'autre, entre réalité et fiction, leur divulgation renouvelle la lecture de l'oeuvre d'Hervé Guibert.

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