• Fou de vincent

    Hervé Guibert

    • Minuit
    • 19 May 2016

    Dans la nuit du 25 au 26 novembre, Vincent tombait d'un troisième étage en jouant au parachute avec un peignoir de bain. Il a bu un litre de téquila, fumé une herbe congolaise, sniffé de la cocaïne. Le retrouvant inanimé, ses camarades appellent les pompiers. Vincent se redressa brusquement, marcha jusqu'à sa voiture, démarra. Les pompiers le coursent, s'engouffrent dans son immeuble, montent avec lui dans l'ascenseur, pénètrent dans sa chambre, Vincent les injurie. Il dit « Laissez-moi me reposer », eux : « Andouille, tu risques de ne jamais te réveiller. » Dans la chambre d'à côté, ses parents continuent de dormir. Vincent a foutu les pompiers dehors. Il s'est endormi comme un charme. À neuf heures moins le quart, sa mère le secoue pour l'envoyer au travail, il ne peut plus bouger d'un pouce, elle le transporte à l'hôpital. Le 27 novembre, prévenu par Pierre, je rendis visite à Vincent à Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours. Deux jours plus tard il mourait des suites d'un éclatement de la rate. Ce livre est paru en 1989.

  • L'image fantome

    Hervé Guibert

    Ceux qui se livrent à l'écriture, sans doute, ne peuvent plus écrire comme autrefois, du temps d'avant l'image photographique, télévisuelle, cinématographique. Comme les peintres, les premiers touchés par ces météorites sidérants, ils ont dû les prendre en compte, car l'écriture aussi est une production d'images. Voilà que la photographie est non seulement prise en compte, dans un livre sans photographies, mais emballée, charriée, elle devient un support, un fait d'écriture.
    Critique de photo au journal Le Monde depuis 1977, Hervé Guibert raconte ses antécédents photographiques : ses premières images érotiques, une séance de photo avec sa mère dont l'image ne devait jamais être révélée, la lente dégradation de la photo d'un ami condamné, des images fantômes ou cancéreuses, intimes au point d'en devenir invisibles. Il ne s'agit pas d'un texte théorique sur la photographie, mais d'une suite de récits qui explorent, à travers des aventures personnelles, les différents types de photographies : la photo de famille, la photo de voyage, le Photomaton, le Polaroïd, la photo porno, la photo policière, la photo divinatoire. Le récit oscille sans cesse entre l'image familiale et l'image amoureuse, les deux pôles nécessaires, ce qui explique la double dédicace du livre, aux parents, et à l'ami, T. Des personnages, en effet, apparaissent autour du narrateur, T., I., F., P., seulement initialés, mais qui pourraient être ceux d'un roman.

    L'Image fantôme est paru en 1981.

  • Ce pourrait être un roman, finalement, puisqu'il n'y a qu'un seul personnage, tout au long, qui en rencontre d'autres. Des errances, des effusions, des voyages, des coups de coeur. Mais il y a aussi des interstices, des sautes de temps entre les histoires, et ce sont plutôt les épisodes d'une vie arrachés à la longue trame du journal intime. Tout ce qui a fait exception au quotidien, dans un laps de trois ans, et qui l'a déséquilibré, menacé... (H. G.)

  • Ce journal retrace trois semaines de la vie du romancier, atteint du sida. À lhôpital, il sinterroge : comment rester digne lorsque lon assiste à la lente dégradation de son corps ? Écrire contre la souffrance, bien sûr. Mais aussi contre la logique hospitalière : refusant dêtre à demi-nu sous une blouse transparente, cest en costume de ville que lécrivain se rend au bloc opératoire.

    Hervé Guibert, né à Paris en 1955, est mort du sida en 1991. Photographe, journaliste, scénariste et écrivain, il laisse derrière lui une trentaine douvrages. Il réalisa un film sur ses derniers jours, La Pudeur ou lImpudeur, diffusé peu après son décès.

  • Étude du corps jouissant, souffrant, agonisant, puis mort, La mort propagande trace en douze brefs chapitres un troublant autoportrait de son auteur.
    D'une violence et d'une force de provocation inouïes, La mort propagande fut le premier livre publié d'Hervé Guibert, alors âgé de vingt et un ans.

  • Les chiens

    Hervé Guibert

    • Minuit
    • 16 August 2018

    Ce récit a été écrit en août 1981, dans des jours mauvais, dans l'éloignement de l'être aimé à qui il est dédié. Manière d'imploration, et élaboration d'une proposition future. Car cette écriture n'est pas l'effet d'une projection unique, elle prend aussi en charge le fond commun des fantasmes, le catalogue des figures, comme une introspection, une assimilation du désir de l'autre.

    Ce texte est paru en 1982.

  • 'Il marchait dans la rue. Il voulut tout à coup être transplanté dans un bain de vice (décors et actes). Il était prêt à payer pour pénétrer dans une ambiance vicieuse, mais le cinéma porno lui semblait indigent...' Ce livre, imaginé et écrit entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, a été publié juste avant la disparition de l'auteur. Il est réédité ici avec les vingt et une photographies qui accompagnaient la version originale.

  • Gangsters

    Hervé Guibert

    • Minuit
    • 25 February 2016

    Rentrant de vacances, Hervé Guibert trouve ses grand-tantes aux prises avec huit gangsters qui, les terrorisant depuis une semaine, leur ont déjà extorqué une fortune et ne comptent pas s'arrêter en si bon chemin. Ses réflexes mettent le gang en échec. Bien sûr, le choc a altéré la personnalité des deux femmes de quatre-vingt-un et quatre-vingt-onze ans. Mais il va peut-être bouleverser davantage leur neveu : les gangsters ne tardent pas à faire peser sur lui des menaces de mort ; pour les policiers, il devient le suspect numéro un. Le suspense se double d'une réflexion sur la souffrance morale et physique, le racisme, la vieillesse, la perversité de l'argent, la sensation du manque, la peur : n'y-a-t-il pas en définitive beaucoup de points communs entre le romancier et le paranoïaque ? Les Gangsters est paru en 1988.

  • Tous les valets n'ont pas été acteurs de cinéma. Lui, si. Mais ce valet-là est une parodie, un tyran qui congédie le personnel de son maître à coups de couteau, dort dans son lit, lui interdit les émissions de variétés et l'habille en Nike et blouson de cuir. Méchant mensonge ou vrai journal ? Le maître, asservi aux volontés de son valet, laisse planer le doute... Hervé Guibert est l'auteur d'une douzaine de livres, parmi lesquels À l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie, Le Protocole compassionnel ou Cytomégalovirus, qui ont rencontré un succès critique et populaire exceptionnel. Il est mort en décembre 1991 des suites du sida. « Guibert réussit à faire de son lecteur le complice de son intimité et de celle des autres, à le piéger en flagrant délit de voyeurisme. » Livres Hebdo

  • Un an, deux ans avant l'écriture de ce livre, une femme, une amie, demandait à son auteur, alors qu'il exposait la noirceur de perspective de sa vie : « mais qu'est-ce qui pourrait te sauver ? », il pensa : « toucher le corps d'un enfant », cela lui vint comme ça, et la réponse lui semblait juste, il n'y avait jamais pensé auparavant, il n'osa le dire, le soir il le nota dans son journal, et il ajouta : « mais ce n'est que par rapport à l'horreur que m'inspire mon propre corps ». Deux ans plus tard, donc, un ami lui fait la proposition d'un voyage, entre la mer et le désert, avec deux enfants. Et cette proposition n'est pas tant celle du voyage lui-même que d'un livre, inattendu, un bolide. Et ce n'est pas tant vers l'Afrique du Nord, qu'il ne connaît pas, que vers cette nouvelle contrée, l'amour et la compagnie des enfants, qu'il s'engage. Le livre se fera en deux parties : un journal prospectif, prémonitoire, qui s'approche le plus du rêve qu'il se fait du roman, et la retranscription brute du vrai séjour.
    Comme il avait joué à se mettre dans la peau d'un photographe (ou d'un biographe : L'Image fantôme), puis dans la double peau inversée d'un corps tantôt sadique, tantôt masochiste (Les Chiens, mais déjà le sado-masochisme n'apparaissait que comme nouvelle forme de langage, comme l'éventualité d'un salut dans une sexualité usée), cet homme, ce célibataire joue, par l'écriture, à se mettre dans la peau d'un pédophile. Les possibilités de tendresse qui adviennent ne sont pas très éloignées, sans doute, de l'amour paternel. (H. G.)

  • En 1977, Hervé Guibert découvre le premier roman dEugcne Savitzkaya, Mentir, et lui envoie La mort propagande qui vient de paraître. Ils échangent leurs livres pendant les années suivantes, se lisent, sapprécient. Ils se voient rarement : l'un habite Licge, l'autre Paris.Un tournant s'opcre en 1982, quand Hervé publie 'Lettre ´r un frcre décriture', ou il déclare ´r Eugcne : 'Je taime ´r travers ce que tu écris.' Le ton a changé, Hervé, obsédé par son correspondant, lui écrit des lettres de plus en plus incandescentes. Lannée 1984 verra néanmoins l'épuisement soudain de cette passion. Une profonde amitié la remplace, qui trouvera dans l'aventure de L'Autre Journal et dans la Villa Médicis, ou ils seront tous deux pensionnaires, d'autres terrains d'exploration.
    Ces prcs de quatre-vingts lettres, échangées entre 1977 et 1987, forment un témoignage dautant plus unique quelles sont les seules dont Hervé Guibert ait autorisé lédition. Point de rencontre unique entre la vie et lécriture, entre soi et l'autre, entre réalité et fiction, leur divulgation renouvelle la lecture de l'uvre d'Hervé Guibert.

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