• L'objet a de Lacan est aussi célèbre qu'ignoré dans sa teneur. D'où vient-il ? Guy Le Gaufey suit d'abord les conditions textuelles et conceptuelles de son émergence au fil des séminaires. Le mystère n'est pas pour autant levé.Relique, zéro algébrique, point de fuite perspectif, objet de l'hypnose... sont appelés à la rescousse. Tel l'objet a, chacun participe d'un ordre qu'il subvertit, en bouleversant la consistance de l'ensemble où il opère. Cette stratégie indirecte tout à la fois respecte et éclaire l'impossibilité d'une définition canonique de cet objet que Lacan a pu présenter comme son invention.

  • La toute-puissance a mauvaise presse : on l'envisage soit comme pur mirage, soit comme dévoiement d'une surpuissance, alors qu'elle a d'abord été une façon d'affirmer une altérité irréductible.Théologique, elle a contribué à établir la liberté de Dieu au-delà de l'ordre dont il était le garant. Politique, elle a été au fondement de l'absolutisme royal à la française. Juridique, elle s'est immiscée dans l'état d'exception, en plein coeur des systèmes démocratiques. Dans tous les cas, elle repose sur l'existence d'une volonté tenue pour insondable, et donc : toute Autre.En destituant l'Autre d'une quelconque qualité subjective, Jacques Lacan a creusé l'espace d'une question inédite au regard de cette tradition : et si le monde de la toute-puissance ne recelait aucun agent ? Ne serait-ce point là le véritable athéisme ?

  • Alors qu'il entend dire l'essentiel de l'homme en tant qu'animal rationnel, le mot sujet sert aussi bien à désigner un cadavre en anatomie. De la liberté à la servitude, son spectre sémantique est si large qu'il frise l'homonymie. Le droit, la politique, la médecine, les lettres, les arts ne sauraient s'en passer. Sa carrière philosophique ? Prestigieuse ! Jacques Lacan en a fait d'emblée un leitmotiv de son enseignement. En lançant par la suite sa formule nouvelle d'un sujet représenté par un signifiant pour un autre signifiant, il ne lui a plus accordé identité ni réflexivité. Cette subversion, dont les étapes constitutives sont ici examinées, l'a placé dans de curieuses compagnies, tantôt avouées (Maine de Biran), tantôt inaperçues (averroïsme latin), parfois de circonstance (Foucault). En recoupant ces références disparates, le présent essai redonne à la trouvaille de Lacan son espace épistémique singulier. Et sa puissance d'appel.

  • L'évidence de la différence sexuelle présente quelque chose de révoltant pour l'esprit : comment deux êtres si semblables peuvent-ils être si dissemblables ? Et la conjonction occasionnelle de ces deux-là dans l'acte qui les fait tout à la fois s'unir et se heurter n'annule pas l'écart.Une fois bien ou mal effectué ledit rapprochement, chacun des partenaires peut ressentir comme un lointain écho de la forte parole de Maxime le Confesseur : « Car l'union, en écartant la séparation, n'a point porté atteinte à la différence ». À quoi revient alors de voir dans cette différence, non plus le gond qui ferait l'un porte, l'autre chambranle, mais un hiatus irréductible, un bâillement sans commissures, une solution de continuité sans appel : « Il n'y a pas de rapport sexuel » ?

  • « L'analyste ne s'autorise que de lui-même », cette formule fut reçue comme un verdict de Lacan sur la délicate question de la formation du psychanalyste. Scandale et incompréhension garantis. Pourtant, dans l'écart grammatical discret entre « analyste » et « lui-même », gît la source du transfert ainsi relié, par la vertu de l'« autorisation », à la détermination centrale de la personne fictive chez Hobbes. D'où l'idée d'aller enquêter sur la troisième personne, aussi bien au niveau de la constitution de l'État moderne, que dans l'« irréductible ambiguïté » (Lacan dixit) du transfert. Psychanalyste et pouvoir d'État développent des stratégies incompatibles, qui les rendent sourds l'un à l'autre. Pourquoi ?

  • Le projet cartésien d'une langue pour la science d'où toute équivoque serait chassée a débouché sur une découverte de taille : il manquera toujours à un tel système symbolique la capacité de prouver qu'il ne recèle aucune contradiction potentielle. En étudiant le questionnement du symbolique inauguré par Freud, Lacan devait déboucher sur une série d'énoncés négatifs (il n'y a pas de métalangage, il n'y a pas de rapport sexuel), signe d'une incomplétude du symbolique reconnue comme décisive dans le procès subjectivant. Comment situer l'événement de cette étrange convergence entre étude formaliste et psychanalytique ?

  • L'effet de sens

    Guy Le Gaufey

    Pour avoir porte l'accent sur le signifiant, Lacan a-t-il du meme pas fonde une nouvelle acception du signe ?
    On le saura en elucidant le concept d'« effet de sens », present ici et la dans quelques seminaires, puis en le faisant jouer au travers d'espaces discursifs parfois fort eloignes de l'analyse.
    Cela, Freud l'a rendu possible, car l'association d'idees va bien au-dela de la relation therapeutique ou elle est censee s'exercer.
    Guy Le Gaufey poursuit ici son exploration de cette question pour lui premiere : Freud et Lacan ont-ils en partage le meme « objet » ?

    Guy Le Gaufey exerce la psychanalyse à Paris. Co-fondateur de la revue Littoral, il est également traducteur.

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    Guy Le Gaufey exerce la psychanalyse à Paris. Il a récemment publié aux éditions Epel L'Effet de sens. Essai de sémiotique lacanienne (2018).

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