Collection XIX

  • La petite Fadette

    George Sand

    Le père Barbeau de la Cosse n'était pas mal dans ses affaires, à preuve qu'il était du conseil municipal de sa commune. Il avait deux champs qui lui donnaient la nourriture de sa.famille, et du profit par-dessus le marché. Il cueillait dans ses prés du foin à pleins charrois, et, sauf celui qui était au bord du ruisseau, et qui était un peu ennuyé par le jonc, c'était du fourrage connu dans l'endroit pour être de première qualité.
    La maison du père Barbeau était bien bâtie, couverte en tuile, établie en bon air sur la côte, avec un jardin de bon rapport et une vigne de six journaux.
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • La question est de savoir s'il y a des fées, ou s'il n'y en a pas. Tu es dans l'âge où l'on aime le merveilleux et je voudrais bien que le merveilleux fût dans la nature, que tu n'aimes pas moins.Moi, je pense qu'il y est ; sans cela je ne pourrais pas t'en donner.Reste à savoir où sont ces êtres, dits surnaturels, les génies et les fées ; d'où ils viennent et où ils vont, quel empire ils exercent sur nous et où ils nous conduisent.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Elle et Lui

    George Sand

    Thérèse comprit fort bien, à première vue, le dépit et la jalousie qui avaient dicté cette lettre.
    - Et pourtant, se dit-elle, il n'est pas amoureux de moi. Oh ! non, certes, il ne sera jamais amoureux de personne, et de moi moins que de toute autre.
    Et, tout en relisant et rêvant, Thérèse craignit de se mentir à elle-même en cherchant à se persuader que Laurent ne courait aucun danger auprès d'elle.
    - Mais quoi ? quel danger ?
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Je ne suis point né d'hier, disait, en 1828, le père Étienne. Je suis venu en ce monde, autant que je peux croire, l'année 54 ou 55 du siècle passé. Mais, n'ayant pas grande souvenance de mes premiers ans, je ne vous parlerai de moi qu'à partir du temps de ma première communion, qui eut lieu en 70, à la paroisse de Saint-Chartier, pour lors desservie par monsieur l'abbé Montpérou, lequel est aujourd'hui bien sourd et bien cassé.
    Ce n'est pas que notre paroisse de Nohant fût supprimée dans ce temps-là ; mais notre curé étant mort, il y eut, pour un bout de temps, réunion des deux églises sous la conduite du prêtre de Saint-Chartier, et nous allions tous les jours à son catéchisme ; moi, ma petite cousine, un gars appelé Joseph, qui demeurait en la même maison que mon oncle, et une douzaine d'autres enfants de chez nous.
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Aix en Savoie, 1er juin 1861.Eh bien, oui, père, j'ai du chagrin, tu l'as deviné, tu l'as senti. Elle ne m'aime pas !.Qui, elle ?... Tu voyais bien, tu comprenais bien, au désordre de mes lettres, et tu sais bien qu'à. mon âge, et de l'humeur dont tu m'as fait, il n'y a qu'un rêve : être aimé, et qu'une souffrance : aimer sans espoir.Surtout ne t'afflige pas : je ne suis pas faible, ni lâche, ni fou, ni ingrat. Je sais que, si je me laissais abattre, je te briserais le coeur.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Les Dames vertes

    George Sand

    Chargé par mon père d'une mission très-délicate, je me rendis, vers la fin de mai 1788, au château d'Ionis, situé à une dizaine de lieues dans les terres, entre Angers et SaumurJ'avais vingt-deux ans, et j'exerçais déjà la profession d'avocat, pour laquelle je me sentais peu de goût, bien que ni l'étude des affaires ni celle de la parole ne m'eussent présenté de difficultés sérieuses. Eu égard à mon âge, on ne me trouvait pas sans talents ; et le talent de mon père, avocat renommé dans sa localité, m'assurait, pour l'avenir, une brillante clientèle, pour peu que je fisse d'efforts pour n'être pas trop indigne de le remplacer.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Je n'ai point à dire ici sous l'empire de quelles idées littéraires j'ai écrit ce roman, puisqu'il est accompagné d'une préface qui résume mes opinions d'alors, et que ces opinions n'ont pas changé. Mais je tiens à bien dire ce que j'ai seulement indiqué dans cette préface à l'égard des productions contemporaines dont j'ai critiqué la forme et rejeté l'exemple.Ce n'est point par fausse modestie, encore moins par pusillanimité de caractère, que je déclare aimer beaucoup les événements romanesques, l'imprévu, l'intrigue, l'action dans le roman.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Horace

    George Sand

    Les êtres qui nous inspirent le plus d'affection ne sont pas toujours ceux que nous estimons le plus. La tendresse du coeur n'a pas besoin d'admiration et d'enthousiasme : elle est fondée sur un sentiment d'égalité qui nous fait chercher dans un ami un semblable, un homme sujet aux mêmes passions, aux mêmes faiblesses que nous. La vénération commande une autre sorte d'affection que cette intimité expansive de tous les instants qu'on appelle l'amitié.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Valvèdre

    George Sand

    Des motifs faciles à apprécier m'obligeant à déguiser tous les noms propres qui figureront dans ce récit, le lecteur voudra bien n'exiger de moi aucune précision géographique. Il y a plusieurs manières de raconter une histoire. Celle qui consiste à vous faire parcourir une contrée attentivement explorée et fidèlement décrite est, sous un rapport, la meilleure : c'est un des côtés par lesquels le roman, cette chose si longtemps réputée frivole, peut devenir une lecture utile, et mon avis est que, quand on nomme une localité réellement existante, on ne saurait la peindre trop consciencieusement ; mais l'autre manière, qui, sans être de pure fantaisie, s'abstient de préciser un itinéraire et de nommer le vrai lieu des scènes principales, est parfois préférable pour communiquer certaines impressions reçues.
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • La Daniela

    George Sand

    Ce que nous allons transcrire sera, pour le lecteur, un roman et un voyage, soit un voyage pendant un roman, soit un roman durant un voyage. Pour nous, c'est une histoire réelle, car c'est le récit, écrit par lui-même, d'une demi-année de la vie d'un de nos amis : année pleine d'agitations et de douleurs, qui met en relief et en activité toutes les facultés de son ame et toute l'individualité de son caractère.
    Jusque-là, Jean Valreg (c'est le pseudonyme qu'il a choisi lui-même) n'était connu ni de lui ni.
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • L'enfant dont notre légende fait le type, non du premier homme né sur la terre, mais du premier qui entra dans une destinée particulière, n'avait pas vu le jour dans le paradis terrestre. Que celui qui nous lit avec sympathie nous aide à chercher la trace de ses premiers pas, trace effacée dans la nuit des temps, comme celle que nos pas, à nous, traçaient peut-être hier sur le sable.Voici, d'après nos recherches dans le monde physique et moral, l'état de la portion de l'humanité à laquelle appartenait notre Évenor.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Avant d'arriver à l'époque de ma vie qui fait le sujet de ce récit, je dois dire en trois mots qui je suis.Je suis le fils d'un pauvre ténor italien et d'une belle dame française. Mon père se nommait Tealdo Soavi ; je. ne nommerai point ma mère. Je ne fus jamais avoué par elle, ce qui ne l'empêcha point d'être bonne et généreuse pour moi. Je dirai seulement que je fus élevé dans la maison de la marquise de..., à Turin et à Paris, sous un nom de fantaisie.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Lucrezia Floriani

    George Sand

    Le jeune prince Karol de Roswald venait de perdre sa mère lorsqu'il fit connaissance avec la Floriani.
    Il était plongé encore dans une tristesse profonde, et rien ne pouvait le distraire. La princesse de Roswald avait été pour lui une mère tendre et parfaite. Elle avait prodigué à son enfance débile et souffreteuse les soins les plus assidus et le dévouement le plus entier. Elevé sous les yeux de cette digne et noble femme, le jeune homme n'avait eu qu'une passion réelle dans toute sa vie : l'amour filial.
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Narcisse

    George Sand

    Quand, pour la première fois, en 1846, je fus envoyé à la Faille-sur-Gouvre, la ville était malpropre, comme la plupart des villes de France, laide en ce sens qu'à l'exemple général du temps, on s'était acharné à l'embellir sans goût, et à détruire sans discernement ses vieux édifices ; mais elle était bien située au bord d'un plantureux ravin, et le faubourg offrait encore des rues tortueuses, grimpantes, d'un effet original, et des groupes d'anciennes constructions assez pittoresques.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Le Diable aux champs

    George Sand

    JACQUES. - Eh oui, sans doute, le christianisme...RALPH. - Attendez ! attendez ! ceci demande réflexion, et nous voici dans un chemin très-difficile.JACQUES. - Est-ce une métaphore ?RALPH. - Non. Je n'en fais jamais.EUGÈNE. - Oui, c'est là ! Voilà le hêtre qu'on a coupé l'automne dernier. Il est assez sec pour que nous puissions trouver ce qu'il nous faut dans les branches.MAURICE, posant un panier. - Bien ! Nous travaillerons plus commodément ici que dans l'atelier.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Constance Verrier

    George Sand

    Madame Ortolani était une femme charmante. Fille d'un riche gentilhomme de province, et mariée en premières noces au vieux marquis de Grions, elle avait épousé à quarante ans un économiste étranger, chargé autrefois de diverses missions diplomatiques ; homme d'esprit, de science, d'une très-belle figure, encore jeune, et d'un commerce agréable. Elle n'osa jamais avouer que ce fut un mariage d'amour, et pourtant ce n'était pas une affaire de convenances, car Ortolani n'avait ni naissance ni fortune.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.



  • Madame, je prends la liberté de vous envoyer quelques vers que je viens d'écrire en relisant un chapitre d'Indiana, celui où Noun reçoit Raimond dans la chambre de sa maîtresse. Leur peu de valeur m'aurait fait hésiter à les mettre sous vos yeux, s'ils n'étaient pour moi une occasion de vous exprimer le sentiment d'admiration sincère et profonde qui les a inspirés.
    Agréez, madame, l'assurance de mon respect.
    ALF. DE MUSSET.
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Nouvelle. Il y avait à mon village une pauvre folle, mélancolique et silencieuse, que l'on appelait Marianne-la-Fugitive.C'était, à l'époque dont je parle, une douce et inoffensive jeune fille que tout le monde aimait par compassion pour ses malheurs, et qui n'avait jamais causé de désagrément à personne de nous, quoiqu'il y eût des jours où sa démence prenait un caractere alarmant, qui, sans être hostile à ses semblables, les inquiétait pourtant et les peinait beaucoup.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Lorsque nous réclamions des droits politiques pour les parias de la société monarchique-constitutionnelle, on nous disait : « Le peuple se soucie fort peu de vos droits politiques, donnez-lui du pain et abandonnez le soin des affaires publiques à ceux qui ont le temps de s'en occuper. » C'était alors le règne des hommes de loisir ; la domination de ceux qui avaient le superflu sur ceux qui n'avaient pas le nécessaire.Nous répondions : « La réforme sociale est subordonnée à la réforme politique ; l'une amènera nécessairement l'autre.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Lorsqu'on lance un navire à la mer qui promène
    Des voiles et des flots, la foule accourt soudain.
    On la voit s'agiter comme une vague humaine,
    Quand le géant de bois, volant vers son domaine,
    Descend de son chantier, gigantesque gradin.Et chacun bat des mains quand sa noire carène
    S'assied, comme un sultan, dans son lit de flots bleus,
    Quand sa quille, du fond fait bouillonner l'arène,
    Et que la mer, ainsi qu'une orgueilleuse reine,
    Le caresse et l'étreint dans ses bras amoureux.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • La mort de la fille de George Sand, Mme Solange Clésinger, survenue le 17 mars 1899, a appelé l'attention, non seulement sur elle-même, mais aussi sur son frère, et sur leur illustre mère à tous deux. Mme Clésinger n'avait conservé, par suite de circonstances particulières, que de lointains rapports avec la famille de son frère ; d'autre part, pendant les vingt dernières années de la vie de sa mère, elle avait vécu séparée d'elle.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Il y a des gens, tu sais, Pierre, qui ne veulent jamais se souvenir de rien ; on dirait que le tableau de leurs malheurs passés les blesse et les humilie ; c'est leur façon d'être fiers ; moi, c'est toujours avec un nouveau plaisir que je me rappelle Je temps de mon enfance et les premières années de ma jeunesse. Je trouve dans le contraste de ma situation d'alors avec celle d'aujourd'hui, une telle satisfaction pour mon coeur que je ne puis songer à ces choses sans un véritable attendrissement.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

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