• Le texte est une réjouissante pochade. Duo d'Hibernatus, Bouvard et Pécuchet se réveillent d'une profonde sieste un peu troublés. Auraient-ils trop déjeuné, mal digéré ? Autour d'eux, les choses sont étranges. Nos deux naïfs ne réalisent pas bien qu'un siècle est passé. Nous sommes en 1980 et les deux lascars vont, à leur habitude, tenter des expériences. Ils lancent une radio , mais elle n'émet pas plus loin que leur jardin. Ensuite ils se voient traders, découvrent la " pédagogie par le stress " et cherchent donc à se rendre stressés, font de la politique, découvrent le fitness et le féminisme... Comme leurs ancêtres, Bouvard et Pécuchet, c'est nous, dans leur dérisoire humanité vaniteuse mais attachante. Ils veulent en être, mais ils sont pathétiques, et ils finissent par reprendre la sieste interrompue... Jusqu'au prochain siècle !
    Une collection dirigée par Stéphane Bou.

  • Never(s)

    Frédérique Berthet

    "Un jour vous avez sorti la valisette de l'ombre de la chambre toutes les disparitions étaient envisageables même la vôtre, que vous avez vue venir toutes, sauf ces efforts ces élans inspirés avec plume encrier papier
    - vos écritures
    je vous ai lue, j'ai nagé de Saint-Benin à Saïgon

    il se pourrait donc bien que ce livre ait commencé de s'écrire un été 42, dans une caserne de l'infanterie coloniale de Casa."

  • La voix manquante

    Frédérique Berthet

    Quelque chose est en cours. Je sens bien qu'on prend le train en marche, que les trois qui sont là ont dû se parler avant qu'on ne commence à les entendre. Marceline s'affiche en brune dans le noir et blanc. Dans quelques secondes, elle va entrer en cinéma, s'avancer de son corps, de sa voix, vers la mise en scène d'une effraction de l'histoire. Ses bras nus portent un message à peine visible : un matricule bouleversant, qui fait intrigue pour ceux qui la filment en ce 16 mai 1960. Cette histoire rapprochée du film d'ethnographie parisienne Chronique d'un été (Jean Rouch, Edgar Morin, 1960) reconstitue la fabrique d'un personnage féminin qui n'eut pas "les quinze ans de tout le monde". En intriquant intimité et collectivité, décors naturels et sites fantomatiques, hier et aujourd'hui, je suis partie à la recherche de ce que l'écran condense du manque et de ce que les archives déplient du temps - le temps d'apprendre à styliser et à dire. Apparaît ainsi, d'entre les pages, la silhouette prémonitoire d'une contemporaine, artiste et témoin de la Shoah.

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