• Le Japon est la planète habitée la plus proche de la Terre : pas facile, de prime abord, d'en saisir les codes, d'explorer ses facettes cachées, d'identifier ses tabous et ses obsessions. Des réalisateurs et écrivains nous ouvrent pourtant la voie pour comprendre ce monde si proche et si lointain, pour peu que nous soyons attentifs à ce qu'ils disent entre les lignes ou en pleine lumière. Il est question ici d'un archipel de livres et de films reliés par des passerelles qui permettent de circuler d'un point à l'autre, des premiers pas du roman moderne à l'Age d'or du cinéma. Au terme d'une déambulation en compagnie de Natsume Sôseki, Junichirô Tanizaki ou Ryû Murakami, d'Akira Kurosawa, Mikio Naruse ou Hirokazu Kore-eda, se dessine un portrait du Japon d'hier et d'aujourd'hui.Chaque chapitre est une fenêtre ouverte sur un aspect de la société nipponne, par laquelle je jette un regard d'écrivain."

    Né en 1963, à Limoges, Eric Faye est l'auteur de romans, récits de voyages, récits et nouvelles. En 2010, il reçoit Le Grand Prix du roman de l'Académie française pour Nagasaki, traduit dans une vingtaine de langues. En 2012, il est lauréat de la Villa Kujoyama à Kyôto, une expérience transcrite dans un journal, Malgré Fukushima.

  • Prague, automne 1995 : une habitante prétend " recevoir " chez elle la visite d'un compositeur illustre dont elle a le privilège de porter à l'attention du plus grand nombre les partitions qu'il lui dicte au fil de leurs rencontres. Au point de séduire une maison de disques. Sauf que le grand homme en question s'appelle Frédéric Chopin, et qu'il est mort à Paris, un siècle et demi plus tôt... Supercherie ? Mystification ? Tel est, en tout cas, le sentiment bien naturel de Ludvík Slaný, journaliste, au moment où il s'apprête à enquêter sur cette histoire pour le compte de la télévision d'un État sorti depuis peu de l'ère communiste. Commence alors une chasse au fantôme, entre matérialisme obtus et croyances en tout genre, espions reconvertis en enquêteurs privés, tenants d'un ordre ancien métamorphosés en jeunes loups du nouveau régime, où une paisible cantinière à la retraite révèle à un monde bouleversé la part d'ombre et de folie sur lequel il se réinvente.
    Né en 1963, Éric Faye est l'auteur de romans, nouvelles, récits de voyages et essais. Son recueil de nouvelles fantastiques, Je suis le gardien du phare (José Corti, 1997), a été couronné du prix des Deux-Magots. Il a été lauréat du Grand Prix du roman de l'Académie française pour Nagasaki, paru en 2010 et traduit dans une vingtaine de langues. La Télégraphiste de Chopin est son onzième roman.

  • éclipses japonaises

    Eric Faye

    En 1966, un GI américain s'évapore lors d'une patrouille dans la zone démilitarisée, entre les deux Corées.
    À la fin des années 1970, sur les côtes japonaises, des hommes et des femmes, de tous âges et de tous milieux, se volatilisent. Parmi eux, une collégienne qui rentrait de son cours de badminton, un archéologue qui s'apprêtait à poster sa thèse, une future infirmière qui voulait s'acheter une glace. " Cachés par les dieux ", ainsi qualifie-t-on en japonais ces disparus qui ne laissent aucune trace, pas un indice, et qui mettent en échec les enquêteurs.
    En 1987, le vol 858 de la Korean Air explose en plein vol. Une des terroristes, descendue de l'avion lors d'une escale, est arrêtée. Elle s'exprime dans un japonais parfait. Pourtant, la police finit par identifier une espionne venue tout droit de Corée du Nord.
    Longtemps plus tard, le lien entre ces affaires remontera à la surface, les résolvant du même coup. Par la grâce de la fiction, Éric Faye saisit l'imaginaire et la vie secrète de ces destins dévorés par un pays impénétrable et un régime ultra autoritaire.
    Né en 1963, Éric Faye est l'auteur de romans, récits de voyages, essais et nouvelles. En 2010, il reçoit le Grand Prix du roman de l'Académie française pour Nagasaki, traduit dans une vingtaine de langues. En 2012, il est lauréat de la Villa Kujoyama à Ky¿to, une expérience transcrite dans un journal, Malgré Fukushima.

  • Nagasaki

    Eric Faye

    « Clandestine depuis un an 
    Il s'étonnait de voir des aliments disparaître de sa cuisine : un quinquagénaire célibataire des quartiers sud a installé une caméra et constaté qu'une inconnue déambulait chez lui en son absence. »Un simple fait divers dans un quotidien du matin à Nagasaki. 
    Tout commence par des disparitions, en effet, des déplacements d'objets. 
    Shimura-san vit seul dans une maison silencieuse qui fait face aux chantiers navals de Nagasaki. C'est un homme ordinaire, qui rejoint chaque matin la station météorologique de la ville en maudissant le chant des cigales, déjeune seul et rentre tôt dans une retraite qui n'a pas d'odeur, sauf celle de l'ordre et de la mesure. 
    Depuis quelque temps déjà, il répertorie scrupuleusement les niveaux et les quantités de nourriture stockée dans chaque placard de sa cuisine. Dans ce monde contre lequel l'imprévu ne pouvait rien, un bouleversement s'est produit. 
    Devant l'écran de son ordinateur et grâce à sa caméra, Shimura-san finit par apercevoir l'intruse. Il y a bien quelqu'un chez lui. Il a vu son profil. Il l'observe. Il attend d'être sûr. Est-ce une hallucination, un fantôme de ses échecs sentimentaux passés, une amante amère et revancharde ? Il finit par appeler la police. L'invitée est embarquée et mise en cellule. 
    On apprendra par les agents en charge de l'enquête et lors du jugement que cette femme à peine plus âgée que son hôte avait trouvé refuge chez lui au cours de son errance. Il partait sans fermer à clé, seule concession à sa maîtrise. On lira qu'elle aimait sentir sur sa peau le rai de lumière qui traversait la pièce l'après-midi et l'odeur des draps propres dans l'armoire qui lui servait de chambre. Tel un animal, cette femme sans passé sentait la menace, détectait le bruit des pas et bondissait se cacher, à l'abri du danger. Elle ne voulait rien de plus qu'être là, sans déranger. Elle aussi était seule. 
    On apprendra bien d'autres choses encore ; sur la mémoire des lieux et la mémoire tout court, dans une lettre finale que la « clandestine » adressera au maître des lieux, désertés.

  • Il faut tenter de vivre

    Eric Faye

    « Dans les temps qui avaient précédé notre rencontre, je m'étais représenté Sandrine Broussard d'une manière très subjective, sur la base de ce qu'on me racontait. À vrai dire, peu m'importait de savoir si j'étais près de la vérité ou non. Je faisais évoluer la jeune femme sur une orbite éloignée de Bonnie Parker, où elle gravitait comme un astre de faible brillance, et je l'imaginais de taille moyenne, blonde, mignonne, pareille à Faye Dunaway dans le film. Sandrine était la portion incongrue de mon univers, différente de tout, rétive aux classements. »Lorsque le narrateur croise enfin Sandrine Broussard il est happé par ce personnage magnétique, son exact contraire. La jeune femme va lui raconter ses vies multiples et tumultueuses, faites d'arnaques et de clandestinité. Mais au plus profond d'elle-même, elle aspire à ne plus être une « passagère clandestine » et à retrouver une place dans ce monde. Pour « tenter de vivre », il faut abandonner plusieurs « moi » derrière soi. Le peut-on ? Et quel est le prix à payer pour sortir du tunnel ?

  • Le roman s'ouvre sur le transfert du corps d'Antoine Blin, du Panthéon... au cimetière de sa banlieue natale. Ce modeste employé des postes, un floué de la vie, un gibier pour les arnaqueurs de tout poil, est passé soudain de l'ombre à la lumière. À quarante-quatre ans, Antoine est élu Monsieur tout-le-monde et célébré comme l'une des personnalités les plus populaires du pays. C'est par une journée de canicule que tout a basculé, dans la ville moite et étouffante. Depuis quelque temps, Antoine est persuadé qu'il « sent », une odeur tenace et obsédante. En sortant de chez son médecin, il fait la première rencontre qui va changer son destin, jusqu'à sa fin tragique. Le syndicat des pauvres types est une fable subversive et cruelle. Antoine, antihéros solitaire, à l'écart de la marche du monde, aura à peine le temps de goûter aux feux de la gloire qu'il meurt assassiné. Éric Faye mêle avec délectation l'absurde et le quotidien, l'angoisse et l'humour.

  • L'homme sans empreintes

    Eric Faye

    C'est au Costaguana, une république imaginaire d'Amérique latine, que repose l'écrivain B. Osborn. Comme chaque année, Aurelia, sa veuve, entreprend un long voyage pour se rendre sur sa tombe, dans les terres indiennes. Elle doit y retrouver un universitaire allemand qui prétend lui apporter des révélations sur le passé de son mari. Mais d'autres souhaitent arracher son masque à « l'écrivain le plus secret du siècle » : Rebecca Hamilton, une Américaine qui fut le dernier amour d'Osborn, Thomas Ahorn, l'universitaire allemand spécialiste de Salinger, Wagenbach, un vieil anarchiste exilé dans une île de la mer Baltique, Aguila Mendes, un jeune journaliste ambitieux et peu scrupuleux. Et même Alfred Hitchcock, qui aurait tenté d'adapter à l'écran un des romans du mystérieux écrivain avec la troublante Kim Novak. Chaque narrateur va donc s'attacher à recomposer le puzzle d'une vie construite sur la dissimulation.
    Et toujours Osborn se dérobe. Directeur d'une revue anarchiste à Berlin, ethnologue dans la jungle, patron d'auberge, agent littéraire... il brouille les pistes et demeure insaisissable sous de multiples identités.

  • Croisière en mer des pluies"Trop tard, de toute façon. Tout le monde ne pense qu'à ça, ici, n'est-ce pas. On s'enivre, on se sent libre mais, au fond, on ne pense qu'à retourner là-bas. On imagine le jour du retour comme une seconde naissance. Les Chinois ont peut-être raison quand ils ouvrent des bagnes ici. La Lune est le lieu de relégation par excellence. Hormis ces quelques riches qui viennent s'abriter par peur d'une guerre nucléaire en bas ou essorer leur esprit dépressif, chacun cultive l'espoir de filer au plus vite. Pas d'air, pas d'eau sinon sous cette forme fossile, sous les pôles, pas d'herbe, et pour les couleurs, morbleu ! Je ne sais plus comment s'appelle ce peintre russe qui a dénombré, au cours de son séjour lunaire, deux cent cinquante-quatre nuances de gris. Il était bien loin du compte, ce bigleuxà Revenir, et pourtant nous sommes sur la Lune! L'absolu, au quotidien, devient morose, banal, vous verrez, à la longueà Encore avons-nous une chance, la Terre reste à portée de nos yeux le plus souvent. Ceux qui, bientôt, mettront le pied sur Mars auront cent fois pire que nous à surmonter: la réduction de la Terre à la taille d'une simple étoile, noyée dans la Voie lactée."Éric Faye est né en 1963. Il a publié deux romans (Le Général Solitude et Parij), deux recueils de nouvelles, dont Je suis le Gardien du Phare, prix des Deux-Magots 1998. Il est également l'auteur d'ouvrages consacrés à Kafka et à Ismaïl Kadaré.

  • Le général Solitude

    Eric Faye

    Quelque part, dans la touffeur de ce que l'on devine être une forêt tropicale d'Amérique latine, mille hommes s'apprêtent à prendre la route pour rejoindre à Iquita le reste de leur unité. Mais ce soir-là, alors qu'on célèbre sous une tente l'anniversaire du général Soledad, une sentinelle alerte l'aide de camp que cinq feux brûlent à l'horizon. 
    Est-ce l'oeuvre des insurgés ? des Indiens ? Le général est fasciné. Tandis que survient l'aube, il prend une décision cruciale : Iquita et la campagne menée contre Bolivar attendront, il faut traverser la jungle et suivre la route des flammes hypnotiques. À Iquita, le général San Martinez, qui dirige l'autre partie de l'armée espagnole s'inquiète. Attaques ennemies ? Désertion ? L'immobile général de garnison attend et songe à celui dont il fut autrefois l'ami fidèle, ce temps d'avant l'apparition d'une certaine Maria-Elena, figure envoûtante qui marqua la division cruelle entre les deux hommes. De cette histoire, le lecteur ne saura rien. 
    La fièvre d'absolu de Soledad a conduit la troupe à sa perte. L'horizon de feu n'a fait que reculer à mesure que la troupe s'est avancée vers lui. Une parcelle des plateaux a été élue par le général pour y bâtir une cité exempte de femmes et fondée sur l'oubli du passé. Des hommes y sont morts, d'autres y ont perdu la raison. Une fleur, la funeste puya raimondi, accompagnera de son unique floraison la disparition de ce monde né de la folie d'un homme. Et au retour de cette traversée des enfers, on ne rapportera qu'un journal de bord tenu jour après jour et jusqu'à son dernier souffle par Soledad dont San Martinez fera une lecture hypnotique traversée tour à tour par la fureur et l'angoisse, sans y trouver de réponse.Le Général Solitude fut dans un premier temps une nouvelle, écrite dans les années 1990, puis, investissant des territoires jusqu'alors inexplorés, la nouvelle prit la tournure du roman, un roman vénéneux. Le premier roman d'Éric Faye.

  • Le mystère des Trois Frontières place dans une géographie imaginaire dominée par l'espace de la forêt la trajectoire d'un narrateur ethnologue. La disparition brutale et inexpliquée de sa compagne Andonia l'a laissé dans un état de dépression qu'il tente d'adoucir en désertant à son tour. Pour sa retraite, il a choisi la pension Zum Wanderer, havre de paix qu'environne la forêt des Trois-Frontières. 
    Dès son arrivée et à l'issue d'un bref échange pour le moins énigmatique avec un randonneur également pensionnaire du lieu, pensionnaire aux allures d'oracle et qu'on découvre fou à lier, l'homme entreprend de longues marches aux abords de cette forêt qui semble être le théâtre d'étranges manifestations. Peu à peu, on quitte les abords pour l'obscurité profonde. « Le dépressif s'accommode mieux des alcôves que des pleines lumières. » Alors que son esprit assombri recouvre une certaine forme d'apaisement dans l'épuisement des promenades, l'ethnologue fasciné repousse l'échéance du retour. Trop de phénomènes, de troubles, de questions entourent le massif forestier ; cette étrangeté qu'il veut comprendre, il l'éprouvera jusqu'à une sorte de coma, de chute que le lecteur envisagera selon sa grille de lecture personnelle.Quittant la forêt et ses spectres légendaires, on assistera à la neurasthénie d'un Zeus accablé par l'abandon des hommes, qui se sont détournés des Poséidon, Dionysos et consorts au profit d'un Dieu unique et de ministères (Un dîner chez les Zeus), ou encore à l'absurde déroulé du dernier jour du monde (Le jour de la fin du monde) : Le mystère des Trois Frontières, roman qui inaugure et donne son nom à ce recueil également composé de huit nouvelles, présente un penchant pour la relecture des mythes antiques, ces « boîtes noires du genre humain » qu'Éric Faye soumet à l'analyse sans omettre de nous laisser notre part d'interprétation.

  • Parij

    Eric Faye

    Fin de la Seconde Guerre mondiale. Paris est divisée. Son histoire, c'est celle de Berlin. Saint-Sulpice à l'Ouest, Montmartre à l'Est. L'uchronie pour peindre la Ville lumière aux couleurs du totalitarisme. Depuis que les Russes en ont pris le contrôle, Parij, puisqu'il faut désormais la nommer ainsi, survit au rythme de la surveillance et des purges. L'ensemble du territoire est étroitement contrôlé par la froide administration du Numéro Un et il faut déployer des trésors d'ingéniosité pour communiquer d'une extrémité de la ville à l'autre. Bernard Neuvil, espion à l'Est affecté à la direction de la cellule politique des Postes, en sait quelque chose : c'est à son oeil aguerri qu'a été confié le quotidien épistolaire de Romain Morvan, écrivain nobélisé et de Clara Banine, violoniste de renom. Le régime en place soupçonne l'auteur de travailler à son « grand roman », celui qui ridiculisera le pouvoir et prendra ses quartiers au panthéon des oeuvres immortelles. 
    Neuvil intercepte chaque lettre, lit, amende avec l'aide d'un scribe graphologue, brouille les pistes. Dans son voyeurisme, son trouble - pour la beauté de Clara, pour l'intelligence de Morvan, pour l'éclat de l'échange entre les deux amants qu'il protège -, il perdra de vue son statut et négligera le dévouement au Parti, glissant vers la dissidence. Enfin, lui qui doutait de l'existence d'un manuscrit de Morvan finira par endosser le rôle de passeur, bien décidé à protéger les 1 200 pages sténocryptées... 
    Dans l'épilogue de ce roman célébrant l'uchronie comme prétexte d'une réflexion sur le rôle politique de la littérature, et de la création plus généralement, on apprend que le Mur a cédé.La littérature aujourd'hui, déplore dans sa préface Éric Faye, est « un produit égal à tout autre produit ». Parij prouve pourtant que ces mots d'Efim Etkind ne sont pas vains : « La mise sous les verrous d'un roman est la plus haute distinction que le pouvoir d'État puisse décerner à une oeuvre littéraire. »

  • Ce voyageur à bord de l'express qui rallie la capitale à l'extrémité orientale du pays n'est pas comme les autres. Il a soif d'aventure. Aussi quand il apprend que la ville de Taka-Maklan n'est plus desservie depuis trois ans suite à une simple erreur administrative, stupeur et excitation s'en mêlent.
    Tout cela ne cache-t-il pas un mystère ? Bien vite, sa décision est prise : à 6 h 18, il saute du train en marche, direction les faubourgs de la ville fantôme.
    Trouvera-t-il là-bas ce qu'il est venu chercher ?

  • Solange Brillat est une jeune femme de vingt-sept ans, célibataire, modeste employée dans un cabinet d'experts-comptables. Fille unique, elle rend régulièrement visite à ses parents dans le Massif Central. Solitaire, elle a peu d'amis et vit dans le souvenir d'une liaison amoureuse assez nonchalante.
    Un jour, elle reçoit des appels téléphoniques d'un mystérieux interlocuteur qui raccroche avant qu'elle ait pu répondre. Puis, par la poste, un article daté du 20 septembre 1973 relatant une fête de l'école où elle était enfant. Sur la photo, elle reconnaît son visage parmi celui de ses camarades.
    Intriguée, elle tente de savoir qui se cache derrière les chiffres qui apparaissent sur le cadran de son téléphone. Elle apprend par les renseignements que le numéro est celui d'une cabine téléphonique près du jardin du Luxembourg.
    Le malaise s'installe et l'inquiétude gagne le lecteur. De quelle machination Solange est-elle la victime ? Elle décide de retrouver l'inconnu qui la harcèle. Et sa vie va basculer.

  • Par un jour d'hiver, le village de Sauveterre-le-Vieux est évacué pour que soient désamorcés des obus datant de la Première Guerre mondiale. Tandis que les démineurs travaillent, un habitant, Marin Sérianne, choisit de rester sur place, à l'insu de tous. Revenu quatre ans auparavant dans ce village où il a passé son enfance, il a des affaires à y régler. Seul. Mais y est-il vraiment seul ? Errant dans ce village, visitant des maisons vides, il trouve des vieux papiers, voit surgir des fantômes. Le paysage de ses souvenirs rôde sans cesse dans sa tête.
    C'est en retournant ainsi sur les traces de sa jeunesse qu'au détour d'une rue il se trouve nez à nez avec une jeune femme. Il reconnaît Solange Brillat, qui avait disparu de Sauveterre du jour au lendemain quelques années auparavant. A eux deux, ils vont tenter de recomposer ce passé qui leur échappe.
    La durée d'une vie sans toi est le troisième et dernier roman d'un « triptyque » dont les premiers éléments sont apparus en 2000 (Les Lumières fossiles) puis en 2001 (Les Cendres de mon avenir). On y retrouve le personnage de Solange Brillat, la disparue des Cendres de mon avenir.

  • Mes trains de nuit

    Eric Faye


    Les trains de nuit ont offert à Éric Faye ses premières insomnies heureuses. Moscou, Prague, Split, Sarajevo, Berlin, Pékin? autant de nuits blanches partagées avec le « petit peuple du couloir » : fumeurs, noctambules, bavards impénitents. Espace privilégié où le temps semble s?arrêter, le wagon-lit est un lieu de rêverie et de rencontres, le voyage en train un condensé de l?existence, avec ses séparations et son terminus. De Hitchcock à Lars von Trier, la magie opère, le cinéma s?est emparé de ce cadre propice au mystère.
    Au fil de ses souvenirs parfois incertains et terriblement romanesques, l?auteur nous entraîne dans un labyrinthe littéraire et insolite. À bord de La Flèche rouge ou du Kafka express, nous traversons des frontières aujourd?hui disparues, des empires rayés de la carte, des bouts du monde ignorés.
    Il nous offre cet éloge de la lenteur, de la contemplation et du nomadisme, désormais en voie de disparition.

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  • Nous aurons toujours Paris

    Eric Faye

    Le titre est emprunté au film Casablanca : c'est en se souvenant de leur idylle dans le Paris d'avant l'occupation allemande que les deux amants réussissent à continuer à vivre, à se séparer s'il le faut et à suivre chacun son propre chemin. En puisant dans ce trou de lumière. 
    Avec ce livre entièrement dédié à un sentiment, celui du « merveilleux », à sa naissance et son cours à travers la vie d'un homme - la sienne -, l'auteur nous invite à le suivre dans son propre puits de lumière. 
    Nous aurons toujours Paris est conçu sous forme de boucle, on passe de l'enfance avec les premières apparitions du merveilleux - que ce soit des mots « magiques », des animaux « fabuleux », des objets magnétiques ou des situations nouvelles - à ses prolongements directs à l'âge d'homme. 
    Il n'est donc pas, ou très peu, question de Paris dans ces pages. 
    Mais plutôt de pérégrinations et de rencontres : du Japon à l'Afrique, et de Julien Gracq à Ismail Kadaré ou Albert Cossery, quand ce n'est pas l'ombre du toujours énigmatique B. Traven.

  • Somnambule dans Istanbul

    Eric Faye

    « Enfant, j'étais parfois somnambule et me levais en pleine nuit pour faire quelques pas, dans un état second. Le somnambule a peur de lui-même, voilà ce dont je me souviens. Il est seul, parmi les hommes, à vivre par moments à son insu. Peut-être est-ce cela, l'enfer, ou l'une de ses filiales : s'éveiller avec le souvenir trouble d'actes qu'on n'avait pas l'intention de commettre. Reprendre contact avec soi-même dans un taxi, avec, au compteur, des kilomètres dont on ne peut répondre. Peut-être est-ce tout simplement la définition de la vie : un long parcours dans Istanbul dont, le lendemain, on ne garde aucune trace. »
    Qu'est-ce qui définit une identité ? Des lieux ? Une langue ? Ou plutôt une époque, avec ses ciels de traîne et ses tonalités bien à elle ? Partant d'une tentative d'explication, Éric Faye nous emmène sous des latitudes boréales, du Groenland à la Sibérie, en Europe centrale et sur les lieux d'Hitchcock en Californie, quand ce n'est pas dans les rues d'Istanbul, à la poursuite somnambulique d'un « sultan rouge » déchu, celui-là même qui avait permis l'ouverture du mur de Berlin, dont il est aussi question ici. De l'Allemagne à Nagasaki, de Hiroshima à Okinawa, le passé hypnotise celui qui passe, comme si l'identité, au fond, n'était rien d'autre qu'un peu de temps porté sur les épaules.

  • « Il suffit en général de prononcer le mot de "Patagonie" pour provoquer chez votre interlocuteur un tourbillon d'images parfois convenues mais jamais totalement inexactes. C'est la force des grands paysages d'être fidèles à leur réputation. »La Patagonie est de ces voyages où le fantasme et le rêve sont proches de la réalité : « On est toujours soufflé par la puissance et la beauté des lieux, dans quoi vient résonner la force de l'imaginaire qu'on y avait déployé. »Un voyage au cours duquel sont convoqués Butch Cassidy et Jorge-Luis Borges, qui se sont peut-être croisés sur un trottoir de Buenos Aires, et dont on cherche les traces, souvent effacées, laissant par là-même place à la fiction. Puis aller vers le sud, parcourir une partie de la Patagonie argentine, chilienne ensuite, traverser la pampa, naviguer sur le détroit de Magellan et le canal de Beagle. Les pérégrinations géographiques convoquent les destins romanesques, des derniers Indiens aux rois autoproclamés, des derniers grands glaciers aux aventuriers, fugitifs, proscrits, rêveurs et fous qui y ont trouvé refuge. Entre fantômes historiques et littéraires, un voyage au bout du monde.

  • « En 1924, déguisée en mendiante tibétaine, Alexandra David-Néel franchit en quatre mois mille huit cents kilomètres de forêts, fleuves, vallées profondes et hauts sommets entre Yunnan et Tibet pour arriver clandestinement à Lhassa, alors interdite aux étrangers.
    À presque un siècle de distance, nous avons voyagé sur ses traces. En pleine mutation économique, touristique, uniformisatrice, la civilisation tibétaine est peut-être en train de disparaître sous les coups de boutoir de la raison économique et des intérêts de la géopolitique. Pourtant, le Tibet de 1924 se laisse encore deviner à travers la puissance des rites, du bouddhisme omniprésent, et de la ferveur religieuse de la population, ancrage de l'identité tibétaine menacée. Ce sont ces réalités multiples, qui semblent incompatibles parfois mais qui coexistent pourtant, que nous avons tenté de circonscrire entre le récit de notre voyage et l'évocation
    de la figure d'Alexandra David-Néel. »
      É.F. et C.G.

  • K. Le personnage-initiale du Château et du Procès, est l'un des rares mythes du XXe siècle. Mais qu'incarne-t-il ? Jamais décrit, il n'a ni visage ni passé et erre dans un monde qui sans cesse se refuse à lui. Figure de l'exil ou de la paranoïa, de l'absurde ou de la culpabilité, K. se dérobe à toute étiquette. Certains ont vu en lui la victime du capitalisme, du monde bureaucratique ; d'autres, le prophète des grands systèmes totalitaires et des camps de concentration. Les interprétations s'entrelacent, se superposent sans l'atteindre vraiment. Cette inaccessibilité du sens se présente comme le reflet de l'impuissance du personnage. K. est, en effet, un artiste de l'échec ; toujours, il est détourné avec une facilité déconcertante de son objectif Anti-héros par excellence, K. s'est néanmoins hissé au rang de mythe. Connaîtra-t-il la postérité d'un Prométhée ou d'un Don Quichotte, ou n'est-il que le produit éphémère d'une société et d'une époque ? Dirigé par Éric Faye Avec Philippe Cappelle, Laurent Gerbier, Eduard Goldstücker, Václav Jamek, Pierre Jourde, Thierry Lévy, Besnik Mustafaj.

  • « Le voyage que nous avons effectué pendant l'été 2010 vers l'Extrême-Orient de la Russie répondait à un vieux désir que nous avions l'un et l'autre. Hormis l'attrait que nous éprouvions depuis longtemps pour cette région du monde, à chacun de nous avaient été vantées la sauvagerie et la beauté des paysages autour de l'immense fleuve Lena, qu'il était possible de descendre depuis la ville de Iakoutsk jusqu'à son embouchure dans l'océan Glacial Arctique, bien au nord du cercle polaire. Ce livre est la relation de ce périple. 
    Il débute par l'arrivée à Iakoutsk, la plus grande ville au monde bâtie sur permafrost, et dont les immeubles reposent sur pilotis. Puis la descente du fleuve Lena, qu'aucun pont ne traverse, et dont le lit s'étend parfois sur des dizaines de kilomètres. Les haltes dans des villages abandonnés du monde. Les lectures sur le pont au soleil de minuit. Le débarquement dans l'incroyable ville de Tiksi, sépulcrale, sinistrée, post-soviétique, sur les bords de l'océan Glacial Arctique - Tiksi, interdite aux étrangers jusqu'à la fin de l'URSS. Nos premiers pas dans la toundra. Le retour sur Iakoutsk dans un coucou bringuebalant. Le départ vers Khabarovsk, bien plus au sud, sur le fleuve Amour, juste en face de la Chine. Une journée à Birobidjan, première république juive créée par Staline en 1929, où le yiddish est une des deux langues officielles. Et enfin Vladivostok, au bord du Pacifique, à deux pas de la Corée du Nord, de la Chine et du Japon, Vladivostok-la-grise, dont le nom fait rêver, mais dont l'urbanisme chaotique et l'omniprésence des véhicules à moteur masque parfois la beauté. 
    Que ce soit par la rudesse de leur approche ou par la réalité brute dont ils témoignaient, ces lieux, tout sauf touristiques, ont été un moteur d'écriture puissant. Très vite il nous est apparu essentiel de ne pas composer un livre à deux voix, mais uniquement à deux mains : les textes ont été composés soit par l'un, soit par l'autre, soit par les deux, avec dans ce cas insertion de passages de l'un au milieu du texte de l'autre. Par ailleurs, la voix narrative est toujours la même : un "je" qui recoupe parfois la réalité d'un de nous, parfois celle des deux - un "je" muni de quatre jambes, quatre yeux et quatre oreilles, une chambre d'écho démultipliée. » 
    Christian Garcin et Éric Faye

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