• Enrichir l'histoire des théâtres antiques en présentant le théâtre romain comme un théâtre du jeu est la vocation première de cet ouvrage.  Le théâtre romain est un théâtre rituel, codifié et musical qui ne se réduit ni à l'imitation maladroite du théâtre grec ni à la grossière préfiguration du théâtre classique. Et l'approche des quelques pièces conservées de ce théâtre, relues non plus comme des textes littéraires, mais en fonction du spectacle auquel elles étaient destinées ouvre une perspective anthropologique et dramaturgique nouvelle.  Les auteurs ont ainsi cherché à reconstituer la pratique théâtrale romaine en retrouvant le jeu corporel des acteurs, l'usage des voix et de la musique ainsi que les attentes du public. Ils montrent que ce théâtre était bien du « spectacle vivant » et qu'il peut fournir aux metteurs en scène contemporains de quoi inventer de nouveaux spectacles. Florence DUPONT est professeur à l'université Paris-Diderot, directeur de programmes au Collège International de philosophie.  Pierre LETESSIER, membre du centre ANHIMA (anthropologie et histoire des mondes antiques) et metteur-en-scène, enseigne le théâtre et le latin à l'université Paris-Diderot.

  • Le succès que rencontrent aujourd'hui les mises en scène du théâtre de Sénèque dément une tradition académique qui n'y voyait qu'un exercice littéraire, injouable. La lecture nouvelle de Sénèque que propose Florence Dupont est une redécouverte de formes oubliées d'exploitation du corps et de la voix, une invitation, pour les gens de théâtre d'aujourd'hui, à inventer, à partir de cette théâtralité perdue et retrouvée, des formes contemporaines d'expression.

  • À la question « Comment peut-on être aujourd´hui latiniste ? Avoir choisi en mai 68 de travailler sur les Grecs et les Romains ? », la réponse est d´oser un usage nouveau de l´Antiquité en termes d´« écarts ». L´anthropologie permet de déconstruire les illusions généalogiques et les prétendues ressemblances entre Anciens et Modernes. Grâce à ce regard éloigné, nous pouvons dialoguer avec une Antiquité incontournable mais différente, offrant d´autres traditions de pensée, d´autres modèles de vie. De l´Antiquité surgissent alors des « sauvages intérieurs » qu´aucune modernité ne pourra jamais exterminer. Convaincue que les Humanités classiques ne sont pas une discipline inutile, que l´on peut faire du grec et du latin un enseignement émancipateur, Florence Dupont ne cesse d´arracher l´Antiquité au grand récit des origines, aux mythes qui la fossilisent. Ainsi redécouverte par cette mise à distance, elle devient un véritable laboratoire d´idées.

  • D'abord science d'observation, l'embryologie est devenue expérimentale au XIXe siècle. En 1910, Thomas Hunt Morgan, qui cherchait à comprendre le développement de l'embryon de vertébré, jugea nécessaire de se mettre à l'étude de l'hérédité. Il se tourna vers la Drosophile et créa la génétique.
    Embryologie et génétique avaient, de toute évidence, des relations étroites, mais les désaccords qui se manifestèrent rapidement exprimaient de profondes différences ; différences de tradition, d'hypothèses et de méthodes. Les généticiens, par exemple, étaient incapables d'expliquer comment les gènes pouvaient rendre compte du plan d'un organisme, ou d'un gradient dans un oeuf, ou de la polarité d'un embryon précoce.

    À la fin du dernier siècle, les avancées de la biologie moléculaire et la naissance du génie génétique ont entièrement transformé l'embryologie, en donnant un accès à l'étude des réactions qui sous-tendent le développement de l'embryon. Longtemps restée descriptive, l'embryologie ou, comme on dit aujourd'hui, la biologie du développement, est devenue moléculaire. C'est dire qu'en un siècle, cette étude a changé plusieurs fois de concepts, de terminologie et de techniques expérimentales.

    Le meilleur moyen de mettre en évidence et de suivre l'évolution d'une science consiste à se reporter aux textes écrits par ceux-là mêmes qui l'ont pratiquée.
    C'est une telle anthologie des " textes fondateurs " qu'ont brillamment réalisée Jean-Claude Dupont et Stéphane Schmitt. Cette lecture est sûrement le meilleur moyen de parcourir le chemin un peu rude qui des " feuillets de l'embryon " a conduit aux " gènes du développement ".

    François Jacob

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