• Armand Gatti, poète et dramaturge, a aussi été journaliste. En 1954, il écrit une série d'articles sur un métier qui nourrit de nombreux fantasmes  : les dompteurs de fauves. Panthère, ours, lion font partie des animaux qu'il côtoie au cours de ce reportage aux allures de bestiaire. Il expérimente ainsi la peur et l'adrénaline que procure la proximité des fauves, récolte des histoires stupéfiantes et décrit la relation parfois tendre et souvent cruelle entre l'homme et la bête. Une enquête qui esquisse une réflexion sur la place de l'animal dans notre société.

  • Ce livre d'Armand Gatti n'est pas un récit, ce livre n'est pas un essai, pas même un poème ; ce livre, issu d'un manuscrit sans cesse réécrit par son auteur, est une mise en mouvement : "C'est un livre qui en toutes ses pages est un livre en train de s'écrire. Le temps de l'écriture et celui de la lecture ne font qu'un. Ouvrir ce livre, c'est accéder directement au temps de l'écriture. Non pas livre-objet. Non pas livre-oeuvre. Nous lisons ce qui est en train de s'écrire. Devant nos yeux. Et même si, d'un coup, nous sautons cinq cents pages, ce sera pour nous retrouver, encore, dans le présent de l'écriture." Extrait de la préface de Michel Séonnet

  • Résistant ; arrêté ; condamné à mort puis gracié ; puis déporté dans un camp au bord de la Baltique ; puis évadé ; puis engagé dans les parachutistes britanniques pour ce qui sera, en Hollande, parmi les plus durs combats de la Libération ; à la fin de la guerre Gatti se lance dans le journalisme. Le jour, il court les salles des tribunaux. Fait enquête sur enquête. Mais la nuit, il redescend dans le camp. Il écrit Bas-relief pour un décapité. Une oeuvre (roman ? poème ?) dont il ne reste que quelques pages. Pour tenter de conjurer les démons du camp. En vain. L'enfant-rat porte l'empreinte vive de cet échec comme de l'impossibilité de faire taire la voix qui, obstinément, convoque l'ancien concentrationnaire sur la place des appels du camp. Sur cette place des appels, il n'y a plus d'hommes. Que des chiffres. Des matricules. Dans « L'enfant-rat » aussi. Chaque personnage est un chiffre. Mais c'est pour tenter d'inverser les signes de la défaite. Ce qui dans le camp niait chaque existence devient dans la pièce possibilité d'existences multiples.

  • Au début des années quatre-vingt, Armand Gatti a déjà écrit quarante pièces de théâtre, il a réalisé six films, il a connu la plupart des pays du monde, des guerres, des maquis... Tout porte à penser - et d'ailleurs la demande lui est clairement exprimée - que le temps est venu de prendre du recul, de faire oeuvre autobiographique. Gatti ne dit pas non. Le poème est la forme la plus apte à répondre à l'énigme du « je ». Mais la part en trop, toujours, vient dérégler les perspectives, multiplie les possibles, impose l'image - d'où le scénario. Enfin, la forme théâtrale s'avère nécessaire. Trois genres donc, pour un même texte qui constitue, tant par la manière que par le contenu, un véritable portrait de l'homme et de l'écrivain.

  • « Ici, ce sont une douzaine de pièces possibles sur Rosa Luxemburg qui s'affrontent. Il n'y a pas d'autre dramatisation que celle de cet affrontement qui tire argument des différentes formes d'expression créées par les luttes politiques modernes (sous tous leurs aspects). Fallait-il présenter de façon abstraite les possibilités de pièces sur Rosa s'affrontant ? Ou bien fallait-il les joindre par une fable ? Le procès intenté par les assassins de Rosa aux auteurs d'une émission (sur elle) présentée par la Télévision de Stuttgart, nous a poussés à choisir la seconde formule - d'autant plus que le procès a été perdu par les auteurs de l'émission. Nous partons du point de vue que l'équipe condamnée répond à la sentence du tribunal - avec une deuxième émission où tous les organismes ou personnages qui ont quelque chose à voir avec Rosa ont été invités. La pièce qui en a résulté ne pouvait lui être fidèle si elle restait uniquement repliée sur son histoire. Elle débouche donc sur une proposition de lutte... Mai 1968 a amené la rupture en nous reprojetant chacun dans notre histoire d'origine. Si le langage (et ses enjeux) n'est plus le même - le combat reste. Cette pièce ne serait qu'un constat de séparation (plus ou moins sincère par moments) s'il n'y entrait la nécessité de prolonger dans le quotidien le combat commencé par Rosa. » A.G.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Ce livre est le premier reportage occidental depuis 1917 sur la Sibérie. Pour certains pays comme la Yakoutie, république du froid, que les géographes appellent la "partie la plus sibérienne de la Sibérie", il est certainement le premier reportage tout court. Jusque là, l'auteur ne connaissait de la Sibérie que le trajet solidement éprouvé du Transsibérien. Tout au long, le paradoxe sibérien domine : à vingt kilomètres de distance, on passe sans transition de mille ans avant J.C. - à l'an deux mille. C'est une des terres où la vie paraît impossible. Pour s'y maintenir l'homme doit "construire" des miracles. Et il les construit. Pour donner tout son sens à la chose vue, il faut la placer non seulement dans son contexte géographique, mais aussi historique. C'est pourquoi, Armand Gatti s'est efforcé, pour la première fois, de reconstituer, à l'aide notamment de vieux textes chinois, l'histoire de la Sibérie de l'origine des peuples à nos jours. Ainsi, l'histoire et le reportage destiné à l'illustrer se côtoient-ils jusqu'à se confondre dans le dernier chapitre, tout comme dans la réalité sibérienne où, sur la même piste, passent aujourd'hui les traîneaux à chiens et les chenillettes télécommandées qui s'apprêtent à conquérir la Lune.

  • Auschwitz n'est pas « seulement » la défaite de l'homme de ce temps, c'est la défaite de la possibilité même de l'homme. Un retour au tohu-bohu initial. À l'avant de tout langage. Et donc à sa mise en question radicale : échouée à ce point-là l'humanité n'a-t-elle pas perdu toutes ses possibilités de dire ? Si Auschwitz reconduit à l'avant-Verbe - à l'incapacité de nommer -, qui (quoi) peut désormais assurer de la possibilité du Verbe ? L'obstination à vouloir malgré tout « entrer dans le silence des 1 059 jours d'Auschwitz » va conduire Gatti - le contraindre - à instituer les Alphabets comme seuls personnages possibles de ce drame parce que cette abstraction est le seul moyen de donner une expression réaliste de ce que fut Auschwitz, de ce qu'il est. Si l'Innommable est la question d'Auschwitz - son drame de fumées et de cendres -, seuls les Alphabets sont à même d'en débattre - et peut-être de lui trouver une issue.

  • Victor Hugo et les poètes contemporains

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    lu par Denis Lavant; André Dussollier; Laurent Terzieff

    Cet enregistrement reproduit les lectures diffusées sur France Culture dans Poésie sur Parole (une émission d'André Velter - Jean-Baptiste Para - Vanessa Nadjar) au cours d'une semaine spéciale consacrée à Victor Hugo. Chacun des onze poètes contemporains a choisi un texte dans son oeuvre, ou a composé un inédit, en résonance avec l'un de ses poèmes préférés de Victor Hugo. Onze comédiens ont prêté leurs voix à ces jeux d'échos, donnant ainsi à entendre les connivences et les différences.

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