• Tout commence (ou presque) dans le désert du Nevada. Les personnages sont boxeur, prostituées, photographe, boucher d'abattoir, cascadeur, surfeuses ou designer de plaques d'égout.Au centre : un arbre au milieu du désert, sur lequel s'amoncellent des paires de chaussures. L'espace littéraire est géographique : viré de l'armée, le boxeur décide de faire le chemin inverse de Christophe Colomb ; après avoir organisé son assassinat en Bolivie, le Che continuerait à vivre incognito dans le Nevada La structure en arborescence du récit prolifère, gagne tout le territoire C'est la mondialisation avec un avantage : "manger du Tex-mex en Chine et du bambou bouilli dans un village du Texas".

  • Oubliez vos marque-pages. Vous serez happé comme dans un zapping télévisuel par une suite haletante de flashs sur des images poétiques, des pensées philosophiques, des passages de Marelle de Julio Cortazar, de Ghost Dog de Jim Jarmush, sur une interview de PJ Harvey ou une oeuvre controversée de Damien Hirst. Entre les pages se faufilent autant de personnages déjantés : Marc, fin lecteur du Guide Agricole Philips, égrène les formules mathématiques sur des feuilles A4 étendues sur un fil à linge, Ji colore les chewing-gums écrasés sur les trottoirs de Londres, phénomène qu'il perçoit comme le cancer de la ville, Ernesto conçoit dans la solitude une Tour pour suicidaires, tandis que Harold avale toutes les boîtes de Corn Flakes dont la date de péremption correspond à l'anniversaire de son ex-femme. Ce livre parle autant d'individus interlopes et attachants, que de lieux étranges et symboliques, tel cet édifice imaginé sur le modèle géométrique du parchís, version catalane du jeu des petits chevaux.Agustín Fernández Mallo campe des atmosphères à faire pâlir les plus grands cinéastes et dessine une cartographie occulte du monde contemporain. Car des liens mystérieux relient les personnages les uns aux autres et ne tardent pas à se révéler au lecteur éberlué. La magie embaume ce livre, où arts et sciences se côtoient de manière inédite, où l'auteur confie au lecteur les fils de ses marionnettes. Car l'évocation poétique d'un monde où domine la désolation ne va jamais sans son pendant : un humour grandiose. Peut-être faudrait-il inventer un nouveau concept pour parler de ce roman cinématographique, en écho au titre d'Umberto Eco : la littérature ouverte. Du moins sommes-nous à coup sûr en présence d'une oeuvre totale.

empty