• Une histoire unique en Europe, celle d'un État, la Bulgarie, qui s'est allié au Reich, mais qui a refusé de déporter sa communauté juive.
    Ce récit du « sauvetage des Juifs bulgares » s'est imposé alors que, dans les territoires occupés par ce pays entre 1941 et 1944, la presque totalité des Juifs furent raflés, convoyés vers la Pologne et exterminés.
    Comment comprendre qu'une seule facette d'un passé complexe ait fait l'objet d'une transmission prioritaire, pendant la période communiste et après ?
    Dans une vaste enquête, Nadège Ragaru étudie la mise en écritures ou en silences des persécutions anti-juives dans les récits des historiens, dans les tribunaux mais aussi au cinéma. Elle jette ainsi un éclairage nouveau sur les usages publics du passé depuis la guerre froide jusqu'à nos jours.

    Nadège Ragaru, historienne et politiste, est chercheure à Sciences Po (CERI-CNRS) où elle enseigne l'histoire et l'historiographie de la Shoah à l'Est de l'Europe, ainsi que l'histoire culturelle des communismes est-européens.

  • Vingt ans après la chute du mur de Berlin, des musées proposent aux écoliers des reconstitutions de la vie quotidienne sous le communisme, au risque de leur donner une image exotique d'un passé récent. Pendant ce temps, des firmes agroalimentaires, reconverties au marketing le plus contemporain, offrent à leurs clientèles des chocolats aux évocations très proustiennes, dans un emballage modernisé qui se pare des couleurs de l'authenticité. Entre une mémoire officielle en cours d'élaboration et l'activation marchande de souvenirs individuels, comment embrasser les expériences socialistes de l'après-guerre ? À partir des années 1960, l'Europe soviétisée vit émerger une consommation de masse et une culture de consommation adossées à de nouvelles politiques publiques, centrées sur la figure du « nouvel homme » communiste. La consommation ne fut pas énoncée dans le seul langage du « niveau de vie ». Elle avait vocation à façonner les imaginaires, les pratiques, les valeurs. Transformés, les styles de vie et les représentations du bien-être connurent une différenciation progressive. Même contrariée par les pénuries qui réapparaissaient avec des intensités variables selon les contextes nationaux, cette métamorphose suivit une chronologie qui n'était pas déconnectée des évolutions observées à l'Ouest. La consommation fournit aux auteurs de cet ouvrage pluridisciplinaire un prisme à travers lequel interroger les vies quotidiennes sous le socialisme, au-delà de la seule dimension répressive des ordres politiques. Elle met en lumière des goûts et des sensibilités, des savoirs et savoir-faire qui participèrent également d'une logique de distinction sociale. En réinsérant les expériences socialistes dans des historicités plus longues, son analyse invite à envisager autrement l'articulation entre les démocraties populaires et le centre impérial soviétique, et donne à voir des circulations Est-Ouest au tracé plus complexe que ne le laisse penser l'image manichéenne de la Guerre froide. En définitive, se trouvent éclairées certaines des conditions de possibilité et de reproduction des systèmes communistes.

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