• En trente ans, la biologie a élucidé les mystères de la procréation et de la filiation : la femme peut n'être mère que si elle le veut ; la paternité peut être scientifiquement prouvée. Dès lors, la famille n'obéit plus à la tradition ni même aux lois. Elle bouge et craque de l'intérieur, sous la poussée des désirs des individus qui se veulent autonomes. Ils investissent beaucoup dans le couple à la recherche du bonheur, mais sans engagement de durée. Comme jamais la société n'a autant considéré et flatté la sexualité (tout en la criminalisant davantage), les unions sont de plus en plus fragiles, les désunions, même avec enfants, de plus en plus nombreuses. Les juges ont longtemps confié les enfants à la mère (familles monoparentales). Depuis 2002, les deux parents se les partagent. Le centre de gravité de la famille n'est plus l'alliance du couple mais les liens inaltérables qui unissent l'enfant à ses parents, que ceux-ci soient ensemble ou séparés. Mais les enfants, eux, ne vont pas bien...

    Comment et pourquoi la famille s'est-elle ainsi transformée ? Que va-t-il en advenir ? Evelyne Sullerot, acteur et observateur critique de ces bouleversements, tente de répondre à ces questions dans un récit sans tabou, admirablement documenté, jamais moralisateur et volontiers impertinent.

  • Catherine est prévenue qu´après l´opération elle restera sourde, absolument sourde, pendant au moins quinze jours, peut-être beaucoup plus. Parenthèse de silence total qu´elle vit comme un film muet, tantôt spectatrice détachée, tantôt actrice angoissée d´impuissance et de peur.

    Quand elle est seule, sa tête sourde est traversée de réminiscences sonores par bouffées. La bande-son de sa vie se déclenche, en séquences fugaces et désordonnées. C´est Dorothée qui chante, les bébés qui crient, les manifestants qui dévalent un escalier, la cloison qui s´écroule. Ce sont des questions de sa mère, des disputes avec Jean-Baptiste, un râle d´agonie, des hennissements de plaisir, et des pas, le crissement des ronces contre des bottes qui froissent les feuilles mortes.

    Qui marche dans la forêt ? Elle était pourtant sûre d´avoir tout oublié de l´épisode mystérieux qui a fait d´elle une victime de vingt ans et a décidé de sa vie. Protégée par son amnésie, elle a vaillamment gardé le silence sur son secret. Tant d´années après, Catherine aux oreilles obturées retourne dans la même forêt pour s´appliquer à voir, humer et tenter de comprendre, donc d´entendre, ce qui est alors arrivé.

  • Nous avions 15 ans en 1940

    Evelyne Sullerot

    • Fayard
    • 15 September 2010

    Depuis soixante-dix ans, ces enfants du désastre se taisaient. En six mois, pourtant, ils ont connu la défaite de leurs pères, le désarroi des familles, l´inquiétude de leurs mères, le désordre général, la débâcle. Ils sont partis vers l´aventure forcée dans toutes sortes d´équipages, parfois apeurés, le plus souvent excités, désorientés par la dilution soudaine de toutes les autorités mais cherchant à sauver leurs études : où passer le brevet et le bachot ? Au fil de leurs pérégrinations, ils vont découvrir les ponts coupés, l´ennemi qui tombe du ciel en les mitraillant, mais aussi l´aventure, la campagne profonde.  La voix chevrotante de Pétain leur annonce la fin de leur France, de leur enfance. Leurs parents leur avaient parlé des Boches, ils voient arriver les Panzerdivisions de Hitler. A la rentrée, ces adolescents font connaissance avec les restrictions et on les appelle les J3, en référence à leur carte d´alimentation. En zone dite « libre », ils doivent sans cesse saluer le drapeau tricolore, défiler, chanter la gloire du Maréchal. En zone occupée, tout est interdit, le drapeau, la Marseillaise, s´assembler à plus de trois, courir dans la rue ... Mais ce sont eux, les lycéens, qui vont organiser à Paris la première manifestation de résistance, le 11 novembre 1940 à Paris.Evelyne Sullerot, qui a vécu au même âge cette saison si particulière, a recueilli, mis en forme, recoupé les témoignages de ces ex-adolescents murés dans le souvenir de la « honte de 40 ». Nourri de son expérience de sociologue, ce document unique leur rend enfin la parole.

  • Evelyne Sullerot retrace ici notre histoire, celle des familles dont nous sommes issus et des familles que nous avons constituées, depuis l'époque du baby-boom jusqu'au baby-krach de ces dernières années.

    Que de chemin entre le consensus familialiste de la Libération et le démaillage de la famille d'aujourd'hui, refuge de la vie privée, dernier lieu de cohésion sociale ! De génération en génération, de moins en moins de naissances, de moins en moins de mariages, de plus en plus d'enfants séparés d'un de leurs parents à la suite de ruptures. Les lois, sans cesse refaites, ont peine à suivre les moeurs et les progrès de la génétique et de la procréatique. Et la politique familiale, de moins en moins familiale, se rétrécit comme peau de chagrin.

    Une histoire mouvementée, passionnée, où les grands débats se succèdent dans l'intimité des foyers : les conceptions du couple, les rôles des parents, l'éducation des enfants, l'émancipation des adolescents, la libération des femmes, les formes nouvelles d'unions et de désunions, l'optimisme des individualistes qui entendent vivre leurs désirs. Une démonstration décapante qui remet en question bien des idées reçues et nous invite à réfléchir sur la société du XXIe siècle.

    Evelyne Sullerot, sociologue, co-fondatrice du Planning familial, a siégé quinze ans au Conseil économique et social et douze ans au Haut Conseil de la population et de la famille. Elle est membre de la Commission nationale consultative pour les Droits de l'homme depuis dix ans. Entre autres ouvrages, elle a publié Pour le meilleur et sans le pire et Quels Pères ? Quels Fils ?

  • L'enveloppe

    Evelyne Sullerot

    • Fayard
    • 4 February 1987

    Quand l'histoire se fait tourmente, elle bouscule les destins d'êtres aux corps différents : corps ennemi de la malade exténuée ; corps tout nouveau et surprenant de l'adolescente ; corps somptueux de l'amoureuse désirée. Emilie, Viviane, Hélène : à travers chacune d'elles, tour à tour, se déroule ce roman qui est à la fois l'Histoire et leur histoire.
    Juin 1940. L'exode. Emilie s'efforce de conduire sa famille jusqu'à la clinique psychiatrique de son cousin Raymond dans le Midi. La France se couche dans la défaite, la disette, la « Révolution nationale » de Vichy, la peur, les dénonciations. On ne vit plus que le quotidien de la misère et l'attente des absents. Pourtant Hélène s'exalte d'amour pour celui qui, tel un capitaine, a tenté de contenir le désordre et la folie des hommes. La passion lui fait écrire une lettre enflammée, qui tombe en des mains adolescentes, puis dans les mains compatissantes d'Emilie. Mais est-il possible d'assumer le corps d'une autre ? Un homme part, un autre revient, qui ne le sauront jamais.
    C'est parce que le registre de la sensibilité permet au roman de se nourrir d'ambiguïtés, ce qu'aucun essai sociologique ne saurait faire, qu'Evelyne Sullerot, sociologue internationalement connue (Demain les femmes, Le Fait Féminin, Pour le meilleur et sans le pire, L'Age de travailler) a choisi d'écrire, après "L'Aman", ce deuxième roman.

  • De 1965 à 1985, l'Europe a vécu les vingt glorieuses de la libération sexuelle, de la libération de la femme, de la libération de l'individu. Nous avons bouleversé nos moeurs, modifié nos lois et enterré le patriarcat sans fanfare et sans regrets.

    Voici qu'aujourd'hui, en France, 2 000 000 d'enfants sont séparés de leur père.
    600 000 ne le voient plus ou ne le connaissent pas. Même chose dans les pays voisins. Quand les couples se défont, c'est le père qui est éjecté. Quel est le rôle du père aujourd'hui ? Un parent de second rang ? Doit-il être un " nouveau père ", un double de la mère ? Il n'a pas les mêmes droits que la mère.
    /> Célibataire, il n'a aucun droit sur l'enfant qu'il a reconnu - mais il doit payer. Divorcé, même sans torts, il a très peu de droits - mais il doit payer.
    Les pères qui se sentent lésés, les pères qui souffrent, qui les écoute ?

    Un père, au fond, à quoi cela sert-il ? Les enfants ne peuvent-ils s'en passer ? Quels effets ont sur eux l'absence de père ou l'absence du père ? Que savent, là-dessus, psychologues et sociologues ? Pourquoi les divorces sont-ils massivement demandés par les femmes ? Les pères en sortent défaits, douloureux, humiliés. Doit-on en incriminer la loi, les juges ou les préjugés anti-pères ?
    Ne peut-on changer et la loi, et l'après-divorce?

    Depuis peu, le test de Jeffreys permet à tout homme d'être sûr à 100% qu'il est ou n'est pas le père d'un enfant. Enfin ! Le voile dont la Nature avait recouvert la paternité est levé ! A cette nouvelle, les hommes ont-ils chanté victoire ? Pas du tout ! Ils ont si peur de la vérité qu'ils se sont effrayés de rumeurs...

    Heureusement, après ce long et passionnant inventaire des infortunes des pères de la fin du XXe siècle, Evelyne Sullerot donne la parole aux fils de 15-18 ans, qui seront pères au XXIe siècle.

    Ici avocate chaleureuse des pères, Evelyne Sullerot, sociologue, est surtout connue pour ce qu'elle a fait pour les femmes, en France (fondatrice du Planning familial, fondatrice des centres RETRAVAILLER) et en Europe (chargée par la CEE de promouvoir l'égalité des chances dans les douze pays) et par ses nombreux livres sur les problèmes féminins, traduits dans le monde entier.
    Membre du Conseil économique et social pendant quinze ans, elle a beaucoup étudié la démographie, la famille et la politique sociale.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Le mariage est-il en voie de disparition?

    Depuis 1972, les couples s'abstiennent de s'engager ou délient leurs engagements : chaque année moins de mariages, plus de divorces, d'enfants naturels, de foyers à un seul parent, de solitaires... Aujourd'hui ils ne sont plus marginaux les divorcés, les concubins, les parents naturels. La réforme du Code civil, les dispositions des impôts, de la Sécurité Sociale et des Allocations familiales, leur ont consenti ici des protections, là des avantages, au point que ce sont les couples mariés et les familles stables qui se retrouvent souvent pénalisés.

    Sans acrimonie moralisatrice et avec humour, Evelyne Sullerot passe en revue les situations burlesques ou foncièrement injustes, les paradoxes et les effets pervers qui naissent de la juxtaposition de réglementations s'ignorant superbement les unes les autres.

    L'enjeu est grave. Dans une société d'individualistes qui veulent bien vivre le meilleur avec leur partenaire mais comptent sur l'Etat pour le pire, les plus aimants, les plus naïfs et, surtout, les enfants ne sont-ils pas finalement les perdants? Du reste, une société sans responsabilités privées est-elle encore une société ?

  • Depuis la crise de 2008, de douteux prophètes poussent les jeunes à aller vivre à l´étranger car, disent-ils, le legs de la France à leur génération sera une énorme dette et un avenir médiocre. Je suis scandalisée. Abandonne-t-on pour ces raisons un pays

  • L'aman

    Evelyne Sullerot

    • Fayard
    • 26 August 1981

    La guerre est finie depuis seize ans et Boumediène se meurt, on vient de l'apprendre. Est-ce pour cela que lui, trois jours seulement après son arrivée à Paris, a voulu repartir pour Alger ? Ils venaient à peine de se retrouver.
    Elle ne lui a rien demandé, comme au temps de la clandestinité, du don de soi, de l'ascèse. Par tendresse ressuscitée ? Par indifférence au présent - leurs vies sont désormais si différentes... - et parce que seul importe le passé ?

    Voici qu'il tombe, inanimé, à Orly. Edith veut savoir pourquoi, aller auprès de lui, vite. Le commissaire la retient : qu'est revenu faire en France, à ce moment délicat, ce vieux révolutionnaire algérien ? Qui a-t-il rencontré ?
    Quand et comment se sont-ils connus ?

    Edith se mure dans ses réminiscences et leur reviviscence. F.L.N., colonisation, révolution. Planques, traques, valises de fric. Faux-noms. Les petites failles et les grandes scènes. Mais aussi la forêt, la Clairière, l'allégresse au milieu des arbres et des enfants qui étaient alors encore des enfants. Et, au sommet des montagnes, le " contraire de la guerre ", la communion, l'aman. L'aman : la trêve, la paix, la confiance. Mais aussi la sauvegarde. Sera-t-il sauvegardé, le passé ? Et lui, au présent, qui maintenant seul importe ?

    Le temps des âges d'une vie, le temps dilaté de l'amour, le temps effiloché des souvenirs, le temps minuté de la maladie à pic sur la mort, le temps long des civilisations qui séparent, le temps haletant des guerres qui fracturent ou rapprochent, le temps des continents qui dérivent, débordant notre temps, notre vie comme notre mort.

    Evelyne Sullerot, sociologue, a publié une douzaine d'ouvrages et de rapports d'expert, nationaux et internationaux, sur la condition féminine, l'emploi, les salaires, la formation, la démographie, et en particulier, chez Fayard, un ouvrage collectif sous sa direction, Le Fait féminin. Elle est membre du Conseil Economique et Social. Ce livre est son premier roman.

  • L'Éternel Féminin se meurt. Dans le monde de demain, les femmes différeront bien plus les unes des autres qu'elles ne différeront dans leur ensemble, des hommes. Comment les découvertes de la biologie, de la génétique vont-elles retentir sur l'image de la femme, sur la maternité, sur la vie sexuelle ? La science propose, les sociétés disposent. Dans quelle mesure nos sociétés accepteront-elles les mutations des rôles féminins que la science va permettre ? Les femmes découvrent avec enthousiasme le travail. comme une manière d'appartenir au monde et d'agir sur lui : que réserve à ces bataillons de futures travailleuses, de plus en plus qualifiées, la société de loisir qui se prépare ? Assisterons-nous à un tragique rendez-vous manqué des femmes avec le travail ? À l'heure de la « cover-girl » et de la télévision, que devient la femme comme consommatrice et créatrice de culture ? À quelles conditions pourra-t-elle à son tour créer un humour, un érotisme, une pensée philosophique ? Évitant les simplifications abusives du prophétisme ou de la science-fiction, Évelyne Sullerot pose des questions lourdes d'implications idéologiques auxquelles toute femme, tout homme aussi bien, devrait s'exercer à répondre.

  • Dans l'autobus, Evelyne Sullerot ironise sur l'état de nos moeurs que régentent des tartufes sexolâtres. Passant devant la maison où mourut Diderot en 1784, elle le prend à témoin. " Monsieur Diderot vous qui n'étiez point bégueule, mais avez été le meilleur des pères, que pensez-vous du pacs et des familles recomposées ? Monsieur Diderot, vous, le seul philosophe des Lumières qui pressentiez l'unicité du vivant (la molécule adn, en somme !), vous qui vous inquiétiez de l'hérédité, que pensez-vous des empreintes génétiques, du déchiffrage du génome, du tri pré-implantatoire des embryons, du clonage ?
    Aujourd'hui où le dévoilement de la génétique nous presse de décider d'une morale du vivant, notre société ne confond-elle pas dangereusement le vice et la vertu, l'éphémère et le durable ? N'est-ce pas l'avenir même de l'espèce humaine qui est à terme menacé ? " Et Diderot, avec jubilation, de se gausser de nos moeurs et de s'émerveiller de notre science.

    Cofondatrice du planning familial, Evelyne Sullerot, après une longue carrière de sociologue où elle s'est intéressée à la condition féminine et à la famille, s'estime en droit de remettre en question dans cet ouvrage un certain nombre d'" idées correctes ".

  • Sociologue spécialiste de la famille, Évelyne Sullerot est une de nos grandes consciences contemporaines. Mère de quatre enfants, elle a mené une réflexion sur la condition féminine et les différents freins qui empêchent les femmes d'accéder à plus d'autonomie et de pouvoir au sein du couple et dans la société. Ses travaux sont internationalement reconnus. En 1955, elle cofonde l'association la Maternité heureuse, qui deviendra en 1960 le Planning familial. Elle lutte pour le droit à la contraception et à l'intervention volontaire de grossesse. Que reste-t-il aujourd'hui de son combat ? À 92 ans, c'est vers l'avenir qu'Évelyne Sullerot tourne son regard : dans ces entretiens, elle revient sur son parcours et dit ses convictions sur les débats qui agitent notre société : PMA, GPA, mariage pour tous, religion, homoparentalité... Le regard d'un témoin essentiel de tous les combats liés à la famille.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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