• L'histoire, celle bâtie par les hommes, est toujours racontée comme une aventure qui ne concerne qu'eux. Pourtant, les animaux ont participé et participent encore abondamment à de grands événements ou à de lents phénomènes. Leurs manières de vivre, de sentir, de réagir ne sont jamais étudiées pour elles-mêmes, comme s'il n'y avait d'histoire intéressante que celle de l'homme. Comme s'il existait en nous une difficulté à s'intéresser aux vivants que nous enrôlons, mais que nous traitons comme des objets, indignes de participer à la marche de l'histoire. L'histoire vécue par les animaux est néanmoins, elle aussi, épique, contrastée, souvent violente, parfois apaisée, quelquefois comique. Elle est faite de chair et de sang, de sensations et d'émotions, de douleur et de plaisir, de violences subies et de connivences partagées. Elle n'est pas sans répercussion sur la vie des hommes, à tel point que ce sont leurs interactions, leurs destins croisés qu'il faut désormais prendre en compte. Elle est donc loin d'être anecdotique et secondaire. Il faut se défaire d'une vision anthropocentrée pour adopter le point de vue de l'animal, et fournir ainsi une autre vision de l'histoire, qui ne manquera pas d'intéresser notre monde inquiet de la condition faite aux animaux.
    ÉRIC BARATAY

  • Récupérée par les partisans de la tradition, décriée par les tenants de la modernité, la notion d'autorité fait débat. Elle est pourtant la condition de possibilité de l'innovation et du renouveau du monde.
    Décisif dans la pensée politique, le concept d'autorité est l'un des plus difficiles à appréhender.
    L'autorité ne se confond pas avec le pouvoir mais se définit par rapport à lui : elle se déploie dans le temps et la durée tandis qu'il consacre le partage de l'espace. C'est donc parce que l'autorité assure la continuité des générations, la transmission, la filiation, tout en rendant compte des crises qui en déchirent le tissu, qu'elle est une dimension fondamentale du lien social.
    Quelle place et quel devenir alors pour l'autorité, attachée aux traditions, dans une modernité confrontée à l'individualisme et à l'égalisation démocratique où le futur se dérobe à toute espérance ?
    Si l'autorité est encore porteuse de sens, c'est parce qu'elle n'est pas seulement de l'ordre de l'institué, de l'établi, mais une force dynamique qui autorise à donner à ceux qui viendront après nous la capacité de commencer à leur tour, à entreprendre quelque chose de nouveau.

  • L´année 1984-1985 de l´enseignement de Cornelius Castoriadis à l´EHESS a été consacrée pour l´essentiel à Thucydide. L´auteur a voulu en particulier montrer, à travers l´analyse de l´Oraison funèbre attribuée par l´historien à Périclès, à quel point la grande création démocratique athénienne du Ve siècle fut consciente d´elle-même.
    Mais Castoriadis - sans céder aux anachronismes et aux projections auxquels les interprétations de l´historien ont trop souvent succombé de nos jours - retrouve également chez Thucydide un monde par certains côtés étonnamment semblable au nôtre, dans lequel des biens qui nous semblent précieux à l´intérieur de certaines frontières ne semblent plus compter au-delà, où seule la force prévaut ; un monde aussi dans lequel la dynamique de l´opposition entre des pôles de puissance aboutit à des conflits ouverts où les calculs rationnels se tissent inextricablement avec les passions.

  • La théorie littéraire se constitue à partir des années 1950 au carrefour de la nouvelle critique, de la mouvance structuraliste et de pratiques littéraires avant-gardistes (du Nouveau Roman à Tel Quel), avec le projet de défendre l´autonomie et la spécificité de l´espace littéraire.
    Dans quels contextes culturels une telle aventure a-t-elle pris forme ? Quels en étaient les enjeux ? Et pourquoi, vingt ans après son effacement du paysage intellectuel, continue-t-on de dénoncer ses effets délétères ? Pour répondre à de telles questions, Vincent Kaufmann propose une histoire raisonnée et personnelle de l´aventure de la théorie littéraire. Il éclaire des notions aussi centrales que la « réflexivité », la « mort de l´auteur ou la « production du texte, », souvent mal comprises. Il montre aussi que la « théorie » fut un lieu incontournable de résistance et d´anticipation : résistance au déclassement progressif de la chose écrite et anticipation des transformations des pratiques d´écriture et de lecture dans le nouveau monde numérique. Une manière de dire que les outils de la théorie littéraire n´ont jamais été aussi utiles qu´aujourd´hui, et que l´étude de la littérature reste inséparable d´une réflexion critique sur la place de l´écrit dans nos sociétés.

    Suivi d´entretiens avec : Jonathan Culler, Ottmar Ette, Jean-Joseph Goux, Gérard Genette Werner Hamacher, Julia Kristeva, Sylvère Lotringer, J. Hillis Miller, Michel Pierssens, Jean Ricardou, Avital Ronell, Elisabeth Roudinesco, Philippe Sollers, Karlheinz Stierle et Tzvetan Todorov.

  • Nous sommes au commencement d'un monde. Vécu dans la crainte, ce prodigieux surgissement signe la disparition de l'ancien monde, celui dans lequel nous sommes nés. Pourtant, la sourde inquiétude qui habite nos sociétés doit être dépassée. Le monde ' nouveau ' qui naît sous nos yeux est sans doute porteur de menaces mais plus encore de promesses. Il correspond à l'émergence d'une modernité radicalement ' autre '. Elle ne se confond plus avec l'Occident comme ce fut le cas pendant quatre siècles. Une longue séquence historique s'achève et la stricte hégémonie occidentale prend fin. Nous sommes en marche vers une modernité métisse. Deux malentendus nous empêchent de prendre la vraie mesure de l'événement. On annonce un ' choc ' des civilisations, alors même que c'est d'une rencontre progressive qu'il s'agit. On s'inquiète d'une aggravation des différences entre les peuples, quand les influences réciproques n'ont jamais été aussi fortes. Le discours dominant est trompeur. En réalité, au-delà des apparences, les ' civilisations ' se rapprochent les unes des autres. De l'Afrique à la Chine et de l'Inde à l'Amérique latine, Jean-Claude Guillebaud examine posément l'état des grandes cultures en mouvement, pour décrire l'avènement prometteur ' et périlleux - d'une véritable modernité planétaire. Ce rendez-vous pourrait connaître des revers et engendrer des violences. Il est pourtant inéluctable et sans équivalent dans l'histoire humaine.

  • Il n'y a que les poissons rouges, les perruches et les hommes pour s'obstiner à vivre en couple. Aventure indispensable et impossible à en juger par les statistiques car, si 85 % d'entre nous rêvent de la vie à deux, plus de la moitié des mariages se terminent par un divorce. Pourtant, chaque jour, des milliers d'inconscients continuent de relever le défi, persuadés que leur amour les protégera de tout. Sans préparation, ils n'iront pas loin. En passant en revue point par point, du premier regard à la dernière insulte, toutes les étapes de la vie à deux, Thierry Lassalle, l'auteur de Ma femme pèse une tonne, tente d'en repérer les pièges pour vous éviter d'y plonger : les petites manies qui agacent et les détails qui tuent, les faux amis du couple (beaux-parents et importuns en tout genre), l'arrivée du premier enfant, les caps critiques (la fameuse crise de sept ans et les autres), les « parenthèses » et la double vie, la rupture ou les « arrangements »?Un manuel vital pour réussir à vivre en couple aussi agréablement qu'en célibataire. Mais moins seul.

  • "La vocation du roman est de donner à penser. Prodigue en détails qui laissent songeur, il en dit à la fois trop et trop peu : il esquisse et esquive la pensée. Son langage consiste en idées esthétiques, non en concepts : suggestives, impossibles à circonscrire, comme ouvertes sur l'incertain. La fiction se méfie du discours de la vérité.
    Le XIXe siècle français représente de ce point de vue un tournant dans l'histoire du genre, le moment où se manifeste son essence : le romancier, bon gré mal gré, renonce à la pensée catégorique. Alors que, dans un tourbillon d´idéologies en concurrence, s'édifie le monde nouveau de la société démocratique, le roman explore « le présent qui marche », comme dit Balzac. Il s'interroge sur la place de l'homme dans cette société mouvante, sur ses désirs et ses angoisses. Pour ce faire, il se renouvelle lui-même : apparaissent le roman intime, le roman historique, le roman réaliste. Face au discours spécialisé du savant, du psychologue, du sociologue, de l'historien (de Maine de Biran, de Tocqueville, de Michelet, par exemple), le romancier se pose en « docteur ès sciences sociales », cherchant à saisir le réel dans sa complexité - et avouant sa perplexité. Le roman donne à penser, mais ne prétend plus instruire. Tel est le paradoxe de la pensée romanesque : à la fois prolixe et sceptique."

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