Minuit

  • Qu'est-ce que l'inconscient ? Ce n'est pas un théâtre, mais une usine, un lieu et un agent de production. Machines désirantes : l'inconscient n'est ni figuratif ni structural, mais machinique. - Qu'est-ce que le délire ? C'est l'investissement inconscient d'un champ social historique. On délire les races, les continents, les cultures. La schizo-analyse est à la fois l'analyse des machines désirantes et des investissements sociaux qu'elles opèrent. - Qu'est-ce qu'OEdipe ? L'histoire d'une longue « erreur », qui bloque les forces productives de l'inconscient, les fait jouer sur un théâtre d'ombres où se perd la puissance révolutionnaire du désir, les emprisonne dans le système de la famille. Le « familialisme » fut le rêve de la psychiatrie ; la psychanalyse l'accomplit, et les formes modernes de la psychanalyse et de la psychiatrie n'arrivent pas à s'en débarrasser. Tout un détournement de l'inconscient, qui nous empêche à la fois de comprendre et de libérer le processus de la schizophrénie.

    La première édition de L'Anti-OEdipe est parue en 1972.
    Des mêmes auteurs : Mille plateaux (Capitalisme et schizophrénie 2)

  • L'espace lisse, ou Nomos : sa différence avec l'espace strié. - Ce qui remplit l'espace lisse : le corps, sa différence avec l'organisme. - Ce qui se distribue dans cet espace : rhizome, meutes et multiplicités. - Ce qui se passe : les devenirs et les intensités. - Les coordonnées tracées : territoires, terre et déterritorialisations, Cosmos. - Les signes correspondants, le langage et la musique (les ritournelles). - Agencement des espaces-temps : machine de guerre et appareil d'État.
    Chaque thème est censé constituer un « plateau », c'est-à-dire une région continue d'intensités. Le raccordement des régions se fait à la fois de proche en proche et à distance, suivant des lignes de rhizome, qui concernent les éléments de l'art, de la science et de la politique.
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    Mille plateaux est paru en 1980.
    Des mêmes auteurs : L'Anti-OEdipe (Capitalisme et schizophrénie 1)

  • Si l'hypnose est le plus souvent réduite à un phénomène de soumission, de fascination, d'insensibilité, c'est que notre culture, qui a peu de moyens pour la penser, en retient seulement le négatif ou l'ombre portée. En réalité, l'hypnose est un état de veille intense, à l'instar du sommeil profond à partir duquel nous rêvons. De même que ce sommeil profond conditionne l'éclosion du pouvoir de rêver, de même cette veille intense nous fait accéder au pouvoir de configurer le monde. L'hypnose devient alors une vigilance accrue qui met à notre disposition les paramètres constitutifs de notre existence. Ouverte aux dimensions de notre monde, elle s'oppose à la veille restreinte que nous connaissons dans notre vie de tous les jours. Loin d'être passive, l'hypnose nous permet, par l'imagination, d'anticiper et de transformer nos comportements et nos agissements. Elle sollicite notre capacité à décider de notre place en relation avec les autres et notre environnement. En ce sens, elle relève non pas de la psychologie, mais d'une cosmologie. La pratique de l'hypnose, cette veille plus large et plus fine, peut devenir un art de vivre. Elle suppose un apprentissage qui n'a rien d'ésotérique et qui se contente de prendre appui sur les possibilités présentes en chacun. Cet ouvrage est paru en 1994.

  • Le regain d'intérêt pour le narcissisme dans la théorie psychanalytique justifie la publication de ce recueil d'articles, tous centrés sur cette question, l'une des plus énigmatiques de la psychanalyse. Freud, après avoir introduit le narcissisme en 1914, devait se désintéresser de ce concept qu'il avait brillamment développé quand il eut procédé aux remaniements théoriques amorcés autour de 1920 qui donnèrent naissance notamment à la dernière théorie des pulsions (opposition des pulsions de vie et des pulsions de mort), à la deuxième topique de l'appareil psychique (Ça-Moi-Surmoi), à sa nouvelle conception de l'angoisse, etc. Après une période d'oubli, ce concept en déshérence fut remis en honneur en France depuis déjà un certain nombre d'années, tandis que l'Amérique sembla redécouvrir récemment son existence. André Green, qui n'a cessé de s'intéresser à ce problème depuis 1963, est cependant un des rares auteurs - sinon le seul - à avoir tenté d'articuler la théorie du narcissisme avec celle de la dernière théorie des pulsions. Alors que le narcissisme n'est généralement envisagé que sous ses aspects positifs, par lesquels on le rattache aux pulsions sexuelles de vie, il montre la nécessité de postuler l'existence d'un narcissisme de mort, qu'il appelle le narcissisme négatif. À la différence du premier, qui vise l'accomplissement de l'unité du Moi, le second tend au contraire à son abolition dans l'aspiration au zéro. Cet ouvrage est paru en 1983.

  • Le travail du négatif

    André Green

    • Minuit
    • 19 May 2016

    Créé par Hegel, introduit en psychanalyse par Lacan réinterprétant Freud, puis oublié par lui, le travail du négatif a refait surface ces dernières années. André Green met en évidence le travail du négatif chez Freud sous des aspects auxquels on ne le rattache pas d'ordinaire : travail du rêve ou du deuil, identification, etc. Du point de vue clinique, on peut soutenir que le parcours freudien s'étend de la névrose comme « négatif de la perversion », à ses débuts, au masochisme sous-jacent à la « réaction thérapeutique négative » qui témoigne du pessimisme des dernières années mais dont le mystère s'éclaire un peu quand on y reconnaît le style propre aux structures non névrotiques - les cas limites. Le travail du négatif, tel qu'il est envisagé ici, regroupe les formes hétérogènes du refoulement, de la forclusion, du désaveu et de la négation. Il permet à la fois de saisir l'unité qui les rassemble et de reconnaître la marque de leur intervention en distinguant leurs effets, car ceux-ci sont les meilleurs repères de la structure du sujet et déterminent le sort de l'analyse. Mais il faut se garder d'attribuer au travail du négatif un sens exclusivement pathologique. Le négatif, à travers le refoulement et la sublimation, marque la condition la plus générale : il est nécessaire de dire « non » à la pulsion en excès pour faire partie de la communauté des hommes. D'où vient que ce « non » devienne, chez certains, refus de vivre humainement sous l'empire d'une négativité destructrice ? Cet ouvrage est paru en 1993.

  • Au cours des années soixante-dix, deux systèmes de représentations ont paru dominer le champ médico-psychologique : celui d'une psychiatrie sociale qui, s'arrachant au ghetto asilaire, allait épouser enfin son siècle ; celui d'une psychanalyse qui proposait un modèle indépassable d'exploration du sujet. Pendant que ces débats bruyants occupaient le devant de la scène, de nouvelles technologies s'installaient et prenaient date. Que nous entrions, d'une certaine manière, dans l'après-psychiatrie et dans l'après-psychanalyse ne signifie évidemment pas que les pratiques qu'elles inspirent encore soient périmées ou dépassées. Mais elles sont entrées en crise, leur systématicité se fissure, l'imaginaire qui les supportait s'affaisse, et leur apport est désormais banalisé au sein d'une nouvelle configuration qu'elles ont cessé de maîtriser. La psychiatrie rentre dans le giron de la médecine et la psychanalyse se noie au sein d'une culture psychologique généralisée qu'elle a contribué à promouvoir. Un réseau beaucoup plus complexe d'activités d'expertises, d'évaluations, d'assignations et de distribution des populations, mais aussi de travail sur la normalité est maintenant à décrire. Il représente une nouvelle formule de gestion du social organisé autour d'un pôle centralisé de prévention des risques et d'un pôle apparemment convivial de prise en charge des fragilités. À la limite, un couple fonctionnel informatisation-psychologisation. L'ordre post-disciplinaire qu'il dessine passe moins par l'imposition des contraintes que par la programmation de l'efficience. Une subjectivité travaillée par les nouvelles psycho-technologies n'a plus d'autre objectif que sa propre culture et se trouve de ce fait disponible pour toutes les planifications technocratiques. C'est sans doute le nouveau plan de gouvernementalité néolibéral qui se dessine ainsi. Cet ouvrage est paru en 1981.

  • De Joachim du Bellay à Marguerite Duras, les plus grands écrivains de notre littérature ont connu des moments de faiblesse et ont raté certaines de leurs oeuvres. Histoires aberrantes, personnages inconsistants, style boursouflé, vers boiteux ? ces textes plongent tout lecteur sensé dans la consternation.
    Comment ces auteurs en sont-ils arrivés là ? Tenter de répondre à cette question conduit à interroger, avec l'aide de la psychanalyse, les mystères de l'acte créateur. Si l'oeuvre parfaite, en effet, isolée dans sa plénitude, n'offre souvent que peu de prise à la réflexion, l'oeuvre ratée, par son échec même, dévoile une partie des mécanismes du génie.
    Soucieux d'être constructif et de tirer toutes les conséquences de ses hypothèses théoriques, cet essai propose aussi des améliorations concrètes. Changements de forme, variations dans les intrigues, déplacements de personnages d'un livre à l'autre permettent d'imaginer, entre rêve de perfection et délire de réécriture, ce que ces oeuvres auraient pu être dans des mondes littéraires différents.

  • Parcours à travers l'oeuvre - psychanalytique, philosophique et, en un sens, poétique - de Pierre Fédida, ce livre interroge la façon dont une pensée de l'absence se devait de produire une théorie des rapports entre corps, parole, souffle et image : une théorie du « souffle indistinct de l'image ». C'est une approche de paradoxes. C'est la surprise de découvrir les affinités de l'air et de la pierre, de la danse et de la sépulture, de l'art et de la généalogie. C'est une façon de s'interroger sur la respiration du temps dans l'image. Cet ouvrage est paru en 2005.

  • Influence

    François Roustang

    L'influence est l'action cache et continue d'tres inanims ou anims qui dcident du destin de l'homme. Celui-ci, depuis des millnaires, interroge cette puissance pour savoir ce qu'il est autoris entreprendre. Il ne croit plus qu'elle provient des astres. Il la voit l'oeuvre dans ce qu'il subit l'intrieur de lui-mme et travers les relations qu'il entretient avec ses semblables. De nos jours, l'influence a pris le nom d'inconscient, corollaire d'une psych ferme sur elle-mme. Il s'agit en fait de l'appartenance de l'tre humain au monde des vivants, plus prcisment son animalit. Mtaphore de l'influence, l'hypnose, qu'il faudrait appeler veille du corps ou veil de la vie, est la plaque tournante o peuvent s'changer l'animalit de l'homme et son humanit. L'animalit ne peut pas tre humanise si l'humain n'a pas t animalis. L'influence ainsi entendue devient le pralable de la libert. Celle-ci n'est plus l'indpendance dont rvait Narcisse. Elle est l'appropriation par l'homme de ce que lui impose sa condition de vivant. Influence est paru en 1991.

  • Alors que la psychanalyse appliquée recourt à des modèles constitués pour lire les oeuvres littéraires ? avec le risque de donner toujours des résultats identiques ?, la méthode que nous présentons ici, appelée littérature appliquée à la psychanalyse, recherche dans les oeuvres et dans leurs représentations singulières de la vie psychique des éléments permettant de construire de nouveaux modèles.
    En effet, d'Homère à Chrétien de Troyes et de Shakespeare à Proust, les écrivains ont proposé sur nous-mêmes des hypothèses qui ne se confondent pas avec celles de la psychanalyse. Plutôt que d'interpréter leurs oeuvres au moyen d'une théorie extérieure, pourquoi ne pas prendre au sérieux leur capacité de penser ce qui nous échappe, en prolongeant leurs intuitions et en mettant en forme les théories originales qu'ils esquissent ?
    Il est vrai qu'une telle méthode n'a guère de chance de fonctionner. Mais si ce projet se révèle impossible pour une série de raisons que ce livre détaille, un travail de réflexion sur une méthode inopérante ? alors que sont sans cesse privilégiées les méthodes efficaces ? permet d'étudier avec précision les contraintes que la critique exerce sur le texte et les difficultés qu'elle rencontre, mais aussi ses motivations inconscientes et son noyau de délire, bref d'interroger l'acte de lecture.

  • Proust est trop long. Tirant les conséquences logiques de cette constatation qui décourage de nombreux lecteurs potentiels, ce livre se propose de réduire la Recherche en supprimant les digressions.
    Un tel projet implique, comme préalable, de réfléchir sur la figure de la digression, injustement méconnue par la rhétorique. Toute une série de questions se posent alors, portant sur l'essence même de la littérature. Quand, par exemple, peut-on dire d'un texte qu'il est trop long ? Existe-t-il des passages inutiles ? Comment glisse-t-on d'une idée à l'autre ? Et surtout, au point de rencontre entre la littérature et la psychanalyse ? qui donnent à la notion de sujet une acception différente ?, que signifie être hors sujet ?

  • Un oeil en trop

    André Grenn

    Trois essais psychanalytiques sur la face négative du complexe d'OEdipe dans la tragédie antique, élisabéthaine, classique.
    Le meurtre de la mère par le fils, tel que le mettent en scène Eschyle dans l'Orestie. Sophocle et Euripide dans Électre, offre l'occasion d'une confrontation entre les trois tragiques traitant le même thème du matricide et de sa sanction. Le meurtre de la femme par l'époux est vu à travers la folie jalouse d'Othello, où Shakespeare dévoile, par la structure de la tragédie, le procès de la paranoïa.
    Le meurtre de la fille par le père est celui du sacrifice d'Iphigénie en Aulide, où Racine fait, par rapport à Euripide - celui de l'Iphigénie à Aulis et celui des Bacchantes -, l'économie du sacrifice.
    Un prologue sur la lecture psychanalytique des tragiques, fixant la ligne de cette contribution à la critique littéraire, et un épilogue où sont examinées les relations entre le mythe d'OEdipe et la vérité qui s'y fait jour à travers les déformations qu'elle subit, encadrent ces trois essais.

  • Un destin si funeste

    François Roustang

    • Minuit
    • 18 November 2020

    On devient et on reste élève pour s'éviter le risque de penser et de parler pour son propre compte, pour s'épargner le danger de la folie. Mais les relations entretenues par Freud et ceux qui l'ont suivi révèlent que la position d'élève est redoutable là même où elle paraît protectrice. Les rapports de force qui lient le maître et ses disciples sont porteurs de violence, de mort et d'égarement.
    Alors que la dissolution du transfert est une des tâches principales de la cure psychanalytique, le rapport maître-élève est entretenu par le maintien du transfert, lequel se reporte en une circulation ininterrompue du maître sur sa théorie, puis de sa théorie sur l'institution fondée par lui. De là chez les protagonistes une crainte et une recherche incessante du plagiat, du vol des pensées, de l'influence occulte, qui les situent aux confins tantôt de la psychose, tantôt de la religion.
    Dans ce contexte, la théorie psychanalytique apparaît plus nettement comme une hésitation entre le délire et la science, entre la projection et le discours universellement valable. Sa force opératoire n'est assurée que dans l'après-coup, tandis qu'elle est nulle si elle demeure fixée au par-avance.

  • « Celui que la psychanalyse a empoigné, elle ne le lâche plus », disait Biswanger. Pourquoi les fidèles de la psychanalyse sont-ils enfermés dans un discours qui n'est cohérent et rigoureux que pour eux-mêmes ? Pourquoi finalement la gent psychanalytique (analystes et analysants) se comporte-t-elle peu ou prou comme une secte ? Cela s'explique d'abord par la nature très particulière du discours de Freud. Il fallait donc étudier son style dans sa spécificité. Comment une théorie, reconnaissant qu'elle ne peut ni être prouvée, ni réfutée, réussit-elle à former un lecteur qui va se mettre progressivement à penser comme l'auteur ? Freud a su inventer une écriture particulière à cette fin.
    Cela s'explique davantage encore par l'importance du transfert dans la cure. Freud estimait, non sans hésitation, que la technique de libre association, le tout dire, permettait de délivrer la psychanalyse de ce qui pouvait la rattacher à l'hypnose. Ses successeurs n'ont plus aucun doute à ce sujet. Pourtant on peut se demander si le véritable ressort du transfert n'est pas identique à celui de l'hypnose : la passion de se fondre dans l'autre et de l'absorber.
    Est-il possible de trouver une issue à l'épaisseur de ces questions ? Peut-être faudrait-il d'abord ne pas se voiler la face pour ne rien voir des difficultés réelles et passer son temps à résoudre des problèmes d'écoles ? Si la psychanalyse renonçait à ses prétentions scientifiques, peut-être pourrait-elle lâcher quelques-uns de ses adeptes et leur permettre d'inventer leurs légendes, celles qui permettent d'errer et de rire.

  • La parution rcente du livre posthume de Louis Althusser, L'avenir dure longtemps suivi de Les Faits (ditions Stock / IMEC, 1992), m'incite noter, comme en marge, quelques souvenirs et rflexions sur une priode et un homme que j'ai connus la fois de trs prs et de trs loin. De trs prs, car j'tais, de 1961 1965, lve l'cole normale suprieure et, comme philosophe, directement en contact avec Althusser qui assurait, assez "thoriquement" il est vrai - non au sens althussrien mais au sens courant du terme - la prparation au concours d'agrgation de philosophie. De trs loin, car j'tais compltement indiffrent l'effervescence intellectuelle qui rgnait alors l'cole et autour de la personne d'Althusser, dont je dcidai immdiatement de "scher" les cours, moins par mpris de ceux-ci que par refus instinctif de m'associer au petit groupe de ceux qui les suivaient. L'alliance, chez Althusser, de la plus extrme lucidit et de la plus totale folie - alliance "contre nature", j'y reviendrai, qui fait d'Althusser un cas, au sens o l'on parle d'un "cas Wagner" ou d'un "cas Nietzsche" - m'a paru digne de rflexion. Ce cas est en effet doublement instructif, clairant d'un mme coup de projecteur ce qu'il peut y avoir de plus raisonnable et de plus insens dans le fonctionnement du cerveau humain. Clment Rosset Cet essai est paru en 1992.

  • « Ma mère a couché avec son gendre et c'est moi l'enfant de ça » : ainsi Z présente-t-il à la fois son origine et celle de ses troubles au psychanalyste avec lequel il va s'entretenir, tandis qu'un deuxième psychanalyste les écoute. De cette rencontre singulière, il reste une transcription, sur laquelle Jean-Luc Donnet et André Green vont travailler pour tenter de retrouver, à travers le décodage psychanalytique, le moment de vérité. Ce travail de lecture aboutit à découvrir - à fabriquer ? - une clef de l'énigme. Mais la mise en oeuvre de la construction théorique reste marquée du signe de l'après-coup : elle ne peut pas, elle ne doit pas effacer le trouble que Z aura été pour le psychanalyste. Le malaise de l'écoute interroge la théorie psychanalytique sur l'inceste, le réel, la folie : il débouche sur un nouveau concept : la psychose blanche.

  • Tout au long de son parcours psychanalytique, André Green n'a cessé de s'interroger sur la question de la diachronie. Mise au centre des débats à l'époque du structuralisme, elle a ouvert une série d'interrogations pour la psychanalyse. Celles-ci ont rencontré la question de l'originaire (fantasmes et signifiants-clés, Lacan), celle de la répétition, tardivement découverte par Freud, mais promise à un rôle capital. La remémoration, thème central des débuts de la psychanalyse, est désormais vue de son rapport à la compulsion de répétition. Les souvenirs à retrouver dans la cure importent moins que les signes de la temporalité à l'oeuvre. L'illusion d'une levée complète de l'amnésie infantile cède la place aux constructions dans l'analyse. La vérité historique, vérité selon les croyances qui organisent le psychisme, s'oppose à la vérité matérielle dépouillée de tout ornement.
    Les essais inclus dans ce volume complètent les idées soutenues dans le livre avec lequel il forme un attelage : Le Temps éclaté.

  • Que serait-il arrivé si Freud, en élaborant la psychanalyse, avait tenu compte de l'oeuvre de Maupassant, son contemporain ? Sa théorie n'aurait-elle pas été marquée davantage par le modèle de la psychose ? N'aurait-il pas accordé une attention plus grande à la question de l'identité, au détriment de celle de la sexualité ?
    Ce livre, qui essaie de lire Freud avec l'aide de Maupassant, est consacré à l'étude minutieuse d'une théorie qui n'existe pas. Les théories virtuelles présentent un intérêt non négligeable : elles donnent à réfléchir sur la constitution du théorique et sur toutes les possibilités mort-nées, qui auraient pu exister si la théorie constituée, par la clarté aveuglante de ses évidences, n'avait conduit à les exclure.

  • L'Histoire de ma vie peut être lue comme on le ferait d'un recueil d'anecdotes passionnantes, n'ayant de lien entre elles que les hasards de la succession du temps. Si la lecture se fait plus pressante, elle dévoile un écrivain qui compose son discours en même temps qu'il dessine son autoportrait. Casanova se montre alors aux prises avec les mêmes lancinantes questions : celle de la différence des sexes, celle de l'autorité, celle du temps.
    Il ne veut pas les résoudre en les prenant de front. Quand il s'y aventure c'est l'échec et, bientôt la descente dans le sordide et l'horreur. Il préfère le plus souvent fabriquer, pour les tourner et même pour ne plus les voir, des masques toujours plus sophistiqués et plus habiles, qu'il réussit même à dérober à l'attention du client.
    Alors qu'il se met sans cesse en avant, comme s'il tenait le premier rôle sur les planches qu'il ne peut quitter, il prend soin, dans le même temps, de nous égarer et de rendre invisibles les solutions de son énigme, insérées qu'elles sont dans la subtile architecture de son récit.
    Il nous faut l'écouter avec patience et le saisir, au détour des phrases ou des chapitres, dans ces détails qu'il laisse traîner comme par mégarde et qu'il recouvre par la rapidité de son style, de ses aventures et de ses voyages.

  • Le temps eclate

    André Green

    Le temps est un thème traditionnel de la philosophie et un thème fondamental de la psychanalyse. L'abondance des travaux dans le premier cas contraste singulièrement avec leur rareté dans le second.
    En plus de quarante ans, Freud a élaboré différentes hypothèses sur la conception du temps, en psychanalyse. Ses spéculations comportent de nombreux aspects : un point de vue développemental (la théorie de la libido) impliquant des fixations et des régressions, le processus de l'après-coup (Nachträglichkeit), le rêve comme remémoration indirecte, l'intemporalité de l'inconscient, la fonction des fantasmes originaires dans la catégorisation des expériences, la compulsion de répétition. Ses investigations l'ont conduit finalement au concept de vérité historique, malheureusement tombé depuis lors dans l'oubli.
    Cet ensemble d'hypothèses forme une théorie complexe de la temporalité, véritable hétérogénéité diachronique, qui justifie la qualification de temps éclaté. Il s'agit ici de rétablir dans toute sa richesse une théorie que la psychanalyse contemporaine a progressivement tendu à simplifier pour l'apprivoiser et de revenir à une conception linéaire et homogène du temps.

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