Editions Champ Vallon

  • Il y a des images propres à représenter la honte et, à côté, des images éhontées, enfin des images qui éprouvent, en leurs plis, la honte. Dira-t-on que notre culture se plaît à jouer avec l'impudeur, l'opprobre, l'abjection? Cherche-t-elle à les piéger ou à les exalter? Que signifie la tentation du snuff movie: ces films «interdits» qui veulent capter le travail du trépas sur les visages ou dans les postures ultimes, et ainsi porter atteinte à ce qui est au plus profond de l'être, à l'identitaire?Aux multiples domaines de l'art s'appliquent les diverses interrogations propres aux sciences humaines: histoire des mentalités, esthétique, psychanalyse.

  • Pour Murielle Gagnebin, le laid n'est ni l'horreur, ni la douleur ou encore l'abject. L'auteur propose une définition en analysant conjointement l'oeuvre de Goya et celle de Platon, l'esthétique et la philosophie donc, puis elle confronte ses résultats à

  • Tout affrontement ne procéderait-il pas d'un malentendu ? Celui-ci ne résiderait-il pas dans le sujet lui-même, dans ses drames intérieurs? La notion d'affrontement est très loin de pouvoir être ramenée à la seule mise en face à face de sujets, d'entités, de pensées, d'idéologies. Cette notion complexe englobe tout spécialement la jalousie, en réservant une place à l'incertitude : sujet/objet, dedans/dehors, aujourd'hui/autrefois. Cela se vérifie dans le champ des images aussi bien picturales, théâtrales, cinématographiques, musicales que verbales. Des images de l'affrontement à l'affrontement des images, tel est le cheminement, à la fois esthétique, philosophique et psychanalytique, de ce livre. Dès lors, les termes de déconstruction, de démembrement, de démantèlement, élevés au rang d'instruments, et s'exerçant dans le champ strict de l'image, engagent une fécondité révolutionnaire.

  • Bien que contemporaines - les dates d'exercice intellectuel de leur maître respectif, husserl et freud, sont à peu près identiques - la phénoménologie et la psychanalyse ne se sont guère rencontrées.
    Il y a certes quelques ponts éphémères, quelques velléités sans lendemain mais tout se passe comme si elles s'ignoraient, se " tournaient le dos ". pourquoi en est-il ainsi - et d'abord en est-il vraiment ainsi ? telle est évidemment la première question que veut poser ce colloque - sans prétendre la résoudre sans doute mais en ménageant à sa formulation le maximum d'ouvertures possibles.
    Or des dialogues, il y en a - même sournois ou sans espoir la philosophie, le théâtre de sartre ou de beckett pourraient en dire quelque chose.
    L'homme en attente, l'individu nauséeux ont puisé dans l'angoisse husserlo-heideggérienne et celle-ci, on le sait, remonte bien à son tour sans doute aux difficultés que l'homme-esprit éprouve à s'accepter comme corps. c'est ce que la philosophie nous enseigne, que l'on soit cartésien, mécaniste au sens du xviiie siècle, romantique ou même nietzschéen : mais ce sont la philosophie du xxe siècle et les sciences humaines de cette époque qui récupèrent, à leur dépit parfois, cette destinée d'une vérité physique appliquée à l'homme qui s'écroule et d'une humanité balbutiante qui ne parvient pas à parler.
    Au-delà des solutions esthétiques et hellénistiques que l'idéalisme s'est ménagées pour refuser de se voir malade, en deçà également des hésitations d'un mathématicien qui abandonne son art pour mieux comprendre sa vie, on distingue bien quelques velléités d'échange, en tout cas un pont élémentaire. husserl, freud et leurs écoles sont toujours à la pointe de l'actualité : la condition de l'homme moderne se nomme d'abord " angoisse " - les regards phénoménologique, médical, littéraire et autres pourraient-ils la conjurer ? c'est la seconde question et on ne peut sans doute que tracer quelques pistes pour la saisir un peu mieux.
    Lorsque deux colosses refusent ainsi de se voir, ce n'est pas par hasard - c'est qu'ils sont aveugles ou que le labyrinthe est trop vaste pour eux.
    Dans tous les cas, il nous appartient d'en tirer des conséquences pour nous-mêmes - et pour le monde. de retrouver dans ces démarches impitoyables une double image capable, par réaction ou différence, de nous rendre quelque rêve du retour aux " choses mêmes " : le sens de celles-ci que l'angoisse, le lapsus, l'autisme ont trop longtemps évacué.

  • Pourquoi la critique psychanalytique a-t-elle été si longtemps imparfaite pour traiter du cinéma qui pourtant lui faisait la part belle? Nés quasiment avec le siècle, psychanalyse et cinéma entretiennent malgré tout d'innombrables relations : on parle, ici, comme là, de séance, d'activités fantasmatiques démultipliées, d'identifications à l'analyste ou au héros, de projections - qu'elles soient paranoïdes, défensives, primaires ou d'un 16 mm, voire d'un Super 8... Le cinéma met volontiers en scène des personnages représentant des psychanalystes ou des psychiatres, le patient parle de son « film » quand il évoque un rêve, pour certains analystes le premier « écran blanc » est le sein maternel et nombreux sont les films qui tentent de restituer un matériel onirique. Or, l'inconscient paraît jouer des tours à l'emprise herméneutique, lorsque celle-ci s'applique au cinéma. Leurres, chausses-trappes sembleraient duper le rapport du cinématographique et du psychanalytique, chacun comme pris dans un kaléidoscope vertigineux et de fausses ressemblances.
    Ce livre tente ainsi de capter à nouveau l'essence si particulière du cinéma à la faveur de divers éclairages psychanalytiques.

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