Editions Allia

  • Le complexe de l'argent Nouv.

    La narratrice - alter ego de l'auteur - vient d'être internée dans un sanatorium. Son mal ? Le complexe de l'argent. Dans ce roman épistolaire, elle raconte sardoniquement ses déboires financiers à son amie Maria. Une galerie de personnages loufoques défile : Henry, entrepreneur fauché ; Balailoff, prince alcoolique obsédé par son futur mariage ; ou encore Baumann, docteur freudien largement aussi névrosé et angoissé que ses patients.La perspective d'un hypothétique héritage hante l'imaginaire de ces originaux. Mais le complexe de l'argent pousse les personnages dans une véritable fuite en avant, si bien qu'ils n'osent même plus ouvrir leur courrier. Heureusement la faillite de la banque finira par libérer la narratrice de ses angoisses : désormais c'est elle la créancière.
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    Franziska zu Reventlow est née en 1871 dans une famille aristocrate allemande. Éprise de liberté, elle rompt avec son milieu et mène une vie d'artiste. Son oeuvre est un témoignage de la perception féminine du dandysme et de la vie de bohème dans les milieux littéraires et artistiques de Munich à la Belle Époque. Écrivaine, traductrice et peintre, elle paiera cher son indépendance. Elle avouera avoir sacrifié son pays, sa famille, et l'homme de sa vie, pour s'accomplir.

  • En dehors de toute idée religieuse, divine ou morale, le sacré de Leiris se tapit dans les choses, les moments et les lieux qui lui inspirent à la fois désir et terreur. Il représente la part de l'illicite, qui trouve ses racines dans l'enfance, et qualifie la chambre parentale par exemple, ou bien le cabinet de toilette, où Leiris formait avec son frère une sorte de société secrète. C'est la quête du merveilleux, blotti dans la vie quotidienne de l'enfant, dans les recoins, espaces ou spectacles ritualisés qui exhalent ce sentiment du sacré. Telles les courses à l'hippodrome d'Auteuil, où le jockey fait aux yeux de l'enfant figure d'idole. Mais ce sentiment s'étend aussi aux mots, à tout ce que pouvaient inspirer à Leiris le prénom Rebecca par exemple ou encore l'exclamation "Baoukta !", cri de guerre de son frère quand ils jouaient aux Peaux-Rouges.Cette conférence invite à une exploration intérieure, à rechercher en soi ce que le profane a de plus sacré. L'on pourrait détourner André Breton, affirmant : "L'esprit qui plonge dans le surréalisme revit avec exaltation la meilleure part de son enfance." Le lecteur le comprendra à la lecture de ce bijou de poésie, tant ce texte a ceci de rare qu'il apparaît en tout point opérant, dans le sens où il nous invite à notre tour à sonder la part du sacré qui déterminait nos jeux, nos craintes et nos désirs d'enfants et qui garde, aujourd'hui encore, toute sa saveur.

  • Cet ouvrage de 1957 fait date. En effet, il marque un tournant capital pour la psychiatrie, qui s'éloigne d'une psychologie mêlée de philosophie pour véritablement se faire médecine totale. À travers l'étude du cas de cette patiente atteinte de délire schizophrénique de persécution, Binswanger découvre la maladie comme résultat d'un processus dont seule l'observation de l'environnement, du contexte et de l'histoire du patient peut mener à la compréhension. Collectant de façon minutieuse et presque exhaustive tous les éléments du passé et du quotidien de Suzanne Urban, le médecin répertorie tant les symptômes cliniques que les données externes au patient. Avec Le Cas Suzanne Urban, Ludwig Binswanger ouvre une nouvelle voie et refonde la façon dont la psychiatrie est envisagée.

    /> Ludwig Binswanger naît en Suisse en 1881. Petit-fils de psychiatres, et entretenant un lien avec Sigmund Freud, d'aucuns auraient pu penser que Binswanger serait resté proche de la pensée de ses pairs. Mais il s'éloigne de la psychanalyse qu'il connaît pour établir une nouvelle méthode thérapeutique qu'il présente sous le nom de Daseinsanalys. Binswanger développe sa pensée dans nombres d'essais dont son ouvrage majeur, Grundformen und Erkenntnis menschlischen Daseins (1942). Il meurt en 1966.

  • Autobiographique, ce texte nous plonge dans les tréfonds d'une âme voyageuse et torturée, dans le labyrinthe d'une conscience enfantine habitée par la peur d'un ogre : le spectre de l'âge adulte. C'est pourtant une enfance volée, voire violée, dont Laure rend compte de son écriture fragile et pudique. Plusieurs personnages se démarquent : la terrible figure de la mère, celle du père regretté, la relation avec la fratrie ou Monsieur l'abbé, proche de la famille et aux moeurs douteuses... Elle finira par dénoncer ce dernier auprès de sa mère : cet acte de délivrance constitue un "appel à jeter de grands cris sur du papier", cris de haine de la religion, de ses proches et de leurs attitudes, puis de la patrie qui tua son père et tant d'autres.
    Dans cet écrit qui relève autant du journal intime que de l'élucubration fantasmatique, la narratrice déploie une prose érotico-mystique, où le mal se révèle intrinsèque à la vie. Laure est celle qui a voulu vivre, sans être uniquement un cerveau. Le Triste Privilège ou une vie de Conte de fée est le récit d'une funambule dont l'équilibre précaire effraie et captive le lecteur. Car de cette confession cathartique jaillissent beauté, drôlerie et, finalement, lueurs d'espoir.

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