• Avant que j'oublie

    Anne Pauly

    Il y a d'un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un "gros déglingo", dit sa fille, un vrai punk avant l'heure. Il y a de l'autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixelisé de feu son épouse. Mon père, dit sa fille, qu'elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy, et un monde anciennement rural et ouvrier. De cette maison il faut bien faire quelque chose, à la mort de ce père Janus. Capharnaüm invraisemblable, caverne d'Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille, la narratrice, qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Et puis, un jour, comme venue du passé et parlant d'outre-tombe, une lettre arrive qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant.

  • Achevé quelques jours avant la mort de Steve Tesich [1942-1996], Karoo est le chant du cygne d'un auteur hors norme.
    Ce roman est l'odyssée d'un riche consultant en scénario dans la cinquantaine, Saul "Doc" Karoo, gros fumeur et alcoolique, écrivaillon sans talent séparé de sa femme et traînant plusieurs tares émotionnelles. En tant que script doctor pour Hollywood, Saul Karoo mutile et "sauve" le travail des autres. En tant qu'homme, il applique le même genre de contrôle sournois à sa vie privée et se délecte de nombreuses névroses très particulières : son incapacité à se saouler quelle que soit la quantité d'alcool absorbée, sa fuite désespérée devant toute forme d'intimité, ou encore son inaptitude à maintenir à flot sa propre subjectivité. Même s'il le voulait, il ne pourrait pas faire les choses correctement, et la plupart du temps, il ne le veut pas. Jusqu'à ce qu'une occasion unique se présente à lui : en visionnant un film, il fait une découverte qui l'incite à prendre des mesures extravagantes pour essayer, une fois pour toutes, de se racheter.
    Si Karoo est bien l'ambitieux portrait d'un homme sans coeur et à l'esprit tordu, c'est aussi un pur joyau qui raconte une chute vertigineuse avec un humour corrosif. C'est cynique. C'est sans pitié. C'est terriblement remuant. C'est à la fois Roth et Easton Ellis, Richard Russo et Saul Bellow.

  • Cet essai philosophique et d'humour noir, drôle et pessimiste, provocant et désespéré ne nous parle pas de fin du monde mais de l'extinction d'une espèce bête et méchante - la nôtre... L'homme se croit tout, mais il n'est rien. Il a en lui "quelque chose d'un peu nazi". Il prolifère et détruit les conditions mêmes de son existence sur la Terre, tout en rêvant qu'il se prépare un brillant avenir. Collapsus de la biodiversité, mitage de la couche d'ozone, climat en délire, empoisonnement de l'air, de la terre et de l'eau, nouveaux virus, guerre nucléaire : l'Homo sapiens disparaîtra... L'épisode sera tragique et comique à la fois. "J'ai cru en l'humanité, écrit Yves Paccalet : je n'y crois plus..." Sept ans après la première publication de ce pamphlet qui fut un best-seller, l'auteur ajoute quelques pelletées de terre sur notre cercueil annoncé. Cette "Nouvelle édition revue et aggravée" s'imposait. Toujours plus impitoyable. Toujours plus hilarante...

  • Un petit boulot

    Iain Levison

    Une petite ville américaine ravagée par la fermeture de l'unique usine. Un héros qui perd non seulement son travail, sa télé, son aspirateur, mais aussi sa petite amie. Pour ne pas perdre aussi sa propre estime, il est prêt à accepter n'importe quel «petit boulot», y compris celui qu'un bookmaker mafieux, lui propose... Un portrait au vitriol de l'Amérique des laissés-pour-compte. «Un antidote à la déprime généralisée!» Télérama«Un coup de maître.» Le Monde«Noir et loufoque... une sacrée bonne surprise.» Elle«Hautement recommandable.» Libération«Très drôle et très noir.» Le JDD«Haletant.» L'Écho Républicain«Scotchant.» Presse Océan«Une parodie de roman policier.» La Libre Belgique«L'incroyable réussite de ce roman, c'est qu'il rend euphorique.» Le Soir«Un court roman burlesque.» La Quinzaine Littéraire«Contre la mondialisation, rien de plus efficace que la dérision.» Marianne«Cette lecture résonne comme une claque glaciale, joyeuse et sulfureuse.» Librairie Passages, Lyon«Un humour qui n'est pas sans rappeler celui des frères Coen.» Librairie Page 189, Paris«Le roman le plus drôle sur la crise.» Librairie Le Divan, Paris«Noir, drôle, tout à fait immoral, un régal!» Librairie Millepages, Vincennes«Portrait au vitriol ou critique ironique d'une Amérique qui abandonne sans états d'âme ses concitoyens, Un petit boulot touche là où ça fait mal : ça pique, ça grince et c'est drôle!» Librairie Coiffard, Nantes«Iain Levison est le chaînon manquant entre Ken Loach et Donald Westlake.» Librairie Lucioles, Vienne«Alliance de politiquement incorrect et d'humour noir, attachant voir attendrissant, on se régale du début à la fin!» Librairie des Batignolles, Paris«C'est drôle, c'est noir, un peu amoral, et parfaitement réjouissant.» Librairie Atout Livre, Paris«Iain Levison n'a pas son pareil lorsqu'il s'agit de dézinguer le rêve américain quand il ressemble à s'y méprendre au cauchemar...» Librairie Les Cordeliers, Romans-sur-Isère«Dé-ca-pant ! Malgré une histoire noire et désespérée, l'humour est ici omniprésent grâce à des situations extravagantes et complètement loufoques. Un bijou!» Librairie La Galerne, Le Havre

  • MArs

    Asja Bakic

    " Être forcée de vivre sur Mars - nommée d'après le dieu de la guerre et le pendant mâle de Vénus - la rendait malade. "
    Avec ce premier recueil à la prose ironique, Asja Baki´c crée une galerie de personnages uniques et tordus, qui évoluent dans des univers à la croisée du fantastique d'Edgar Poe et d'un futur à la Black Mirror : une femme n'échappera au purgatoire que quand elle aura composé son chef-d'oeuvre ; une autre réside dans un monde sans contact physique où elle écrit de la pornographie ; des enfants s'inventent des monstres au coeur d'un été idyllique ; une sociopathe trouve plus retorse qu'elle ; et dans la dernière nouvelle, la littérature a été déclarée nocive pour l'humanité et tous les auteurs exilés sur la planète Mars.
    Peuplées d'écrivaines, de solitaires, de meurtrières ou de clones qui toutes tentent de trouver un sens à leur réalité désaxée, ces histoires teintées d'humour noir lèvent le rideau sur l'étrangeté du quotidien et revisitent avec brio quelques thèmes classiques de la science-fiction d'un point de vue féminin.

  • Presqu'îles

    Yan Lespoux

    • Agullo
    • 21 January 2021

    " Le premier noyé de la saison, c'est un peu comme l'ouverture de la cabane à chichis, la première grosse pousse de cèpes ou la première gelée : ça rythme l'année. " Un premier recueil de nouvelles chez Agullo, pour inaugurer notre nouvelle collection petit format, Agullo Court. Une balade souvent très drôle dans le Médoc des Landes, territoire sauvage et méconnu.
    Préface d'Hervé Le Corre : " On pourrait passer en revue toutes les histoires de ce recueil tant elles collent à la mémoire, comme la résine aux doigts avec cette odeur forte. Yan Lespoux écrit sans lyrisme, sans pathos, au plus près de son sujet. "
    Un coin secret de champignons. Un tracteur en boîte de nuit. Une vierge phosphorescente. Un concert fantôme. Des chemins de sable qui serpentent entre les pins jusqu'à l'océan.
    L'envie de partir et le besoin de rester...
    Presqu'îles, ce sont des tranches de vie saisies au vol, tour à tour tragiques ou cocasses qui, à travers les portraits de personnages attachés de gré ou de force à un lieu, les landes du Médoc, parlent de la vie telle qu'elle est, que ce soit là ou ailleurs. Au fur et à mesure que ces textes courts se répondent et s'assemblent, un monde prend forme. Celui de celles et de ceux dont on ne parle pas forcément, que l'on ne voit pas toujours.
    Sans pathos, au plus près de son sujet, Yan Lespoux dessine un archipel de solitudes qui touche à l'universel.

  • À près de soixante-dix ans, Arthur est impuissant et redoute de perdre sa jeune épouse Helen, qui boit comme un trou et le trompe sans scrupules. Eric, lui, a quitté le Mississippi avec son
    pit-bull pour fuir "l'usine à lapins" de son père et trouver du travail dans une animalerie. C'est là qu'il rencontre Arthur, qui compte acheter un chat pour distraire Helen. Mais depuis quand un chat fait-il des miracles ? Arthur désespère, alors qu'autour d'eux gravite une galerie de losers hauts en couleur et poursuivis par la poisse, voire par les flics, et qui se démènent pour survivre dans un Sud profond aussi crasseux que baroque. Finalement, une collision accidentelle va provoquer un bain de sang.

  • Pour étancher la soif, qui est une soif d'absolu, deux possibilités se présentent : la boisson et la drogue. Les uns boivent par peur de penser, d'autres par crainte de ne pas trouver plus sot que soi. Mais comment en sortir ? Le mystérieux "personnage de derrière les fagots" pourrait bien détenir la clef de l'issue : un « véritable mode d'emploi de la parole ». Des jeux de langage réjouissants se déversent à flots continus dans ce récit inclassable, entre la pataphysique de Jarry et la Divine Comédie de Dante. De page en page, le lecteur va de surprise en surprise, et l'auteur de dénonciation en dénonciation, celle des faux semblants et du bas matérialisme. Du cercle de la soif, le lecteur plonge dans les paradis artificiels, avant de retrouver « la lumière ordinaire du jour ».

    Entre 1922 et 1925, René Daumal (1908-1944) est élève au lycée de Reims, où il fait la connaissance de Roger Gilbert-Lecomte, Robert Meyrat et Roger Vaillant. Il se lance dans l'étude du sanskrit et multiplie les expériences sur l'état de la conscience dans les phases de sommeil. Avec ses camarades, il lance en 1928 une revue : Le Grand Jeu. Après la publication d'une recueil de poèmes Contre-ciel (1935) puis de La Grande Beuverie (1939), il se lance dans la traduction de textes hindous.

  • « On hérite une fortune. Ou une entreprise. Ou une maison. Ou une maladie. Ou une ethnie avec sa charge historique et mentale. C'est ce qu'illustrent les habitants qui pendant un siècle se succèdent et se côtoient dans la villa Séléné, hantée par son premier propriétaire, le pendu. Ce sont, pour n'en citer que quelques-uns, Félix Méry-Chandeau, bibliophile et joueur de roulette russe ; Constance Azaïs, belle dévote torturée par le doute ; Claire Pons qui peint ses visions ; le sordide couple Vandelieu ; l'inspecteur Mausoléo et Andrée, sa femme qui selon le mot d'Oscar Wilde, tue ce qu'elle aime ; ce sont les émigrés juifs réfugiés dans les caves du sous-sol ; le fossoyeur Jérôme Labille et l'évocatrice des morts ; Hugo, le déserteur allemand et sa compagne Antoinette cachés dans les combles ; Mauricette la Martiniquaise ; les soeurs féministes et leur duel d'araignées ; Joseph, le pharmacien exhibitionniste ; l'égyptologue James Marshall Wilton ; Cédric le sidéen et son seul ami, le rat Astérix... Cent ans et deux guerres. Cent ans et quelques destinées dans la vie d'une maison. »
    G.W.

  • Pulp mixtions

    Matthieu Chiara

    • Anamosa
    • 17 January 2019

    90 dessins inspirés de faits divers narrés avec humour et poésie, parce que derrière le sordide, il y a l'humain. Le talentueux Matthieu Chiara serait-il un nouveau Topor ?
    Bien que l'on s'en cache souvent, les faits divers exercent sur nous un irrésistible pouvoir de fascination/répulsion. Les histoires rassemblées dans les médias sous ce vocable sont souvent le mélange d'affaires familiales ou conjugales sordides, de détresse sociale et de malchance ou d'absurdité. Elles disent et font ressortir, si l'on s'y penche de plus près, beaucoup de l'état de notre société (difficulté à boucler les fins de mois, solitude, sensibilité aux animaux...). Si elles nous attirent secrètement, c'est qu'elles nous permettent, l'espace d'un instant, de mettre à distance ces difficultés ou questions : " Ouf, quand même, je n'en suis pas là ! "
    Depuis plusieurs années, Matthieu Chiara arpente le site faitsdivers.org qui recense les faits divers ainsi que les rubriques éponymes des journaux afin de sélectionner ceux dont l'incongruité, l'horreur ou la poésie le frappe et dont on pourra, parfois il vaut mieux, rire.
    Grâce au talent de Matthieu Chiara, qui ne cesse de s'affirmer, nous avons le droit d'assumer notre voyeurisme et, surtout, il réussit par son trait poétique et son humour grinçant à faire ressortir toujours l'humanité derrière le sordide. L'effet est garanti et immédiat.

  • Imaginons un écrivain, solitaire perché au sommet d'une montagne, redescendre peu à peu parmi les vivants, en l'espèce les citadins. Bientôt, il s'installe lui-même en ville. Il continue de vendre ses ouvrages mais pas assez. Il se tourne vers l'Université, cherche à travailler dans le département de Lettres. Puis, de guerre lasse, il se lance dans la publicité. Cet écrivain, c'est toi. Et c'est à toi que Lars Iyer, lui-même professeur d'Université mais pas encore publicitaire, s'adresse. Il dresse ton portrait, toi qui consultes Wikipedia et tweetes une pensée bien sentie sur l'une des préoccupations du moment. Tu n'en restes pas moins prostré devant la page blanche du "Nouveau document" que tu viens d'ouvrir. Tu n'es rien si tu ne vends rien. Tu n'es qu'un maillon dans le marché de l'écrit et, plus encore, dans la mondialisation. Tu dois avaler un cadavre, celui de la littérature. Dans un monde où il n'y a plus rien contre quoi s'opposer, la littérature a perdu deux piliers : la tragédie et la révolution. Mais pour les écrivains d'aujourd'hui, elle n'inocule pas moins son virus, qui serait de tout voir, ressentir, aimer à travers son prisme, à l'exemple du narrateur du Mal de Montano de Vila-Matas. Mais depuis ?À ceux qui ne peuvent s'empêcher de griffonner des mots ou de les taper, Lars Iyer donne quelques tuyaux : résister au chef-d'oeuvre (nécrophilie), reconnaître son rôle (imposture) et, surtout, assumer son idiotie (autodérision). C'est remarquablement envoyé, incroyablement piquant et... hautement stimulant.

  • Amqui

    Eric Forbes

    À l'arrêt de bus devant la prison de Montréal, Étienne Chénier attend sous la pluie. Libraire dans la mi-trentaine, né à Amqui, condamné pour meurtre il y a quatre ans, il vient d'être relâché, bien avant la fin de sa peine, à la suite de tractations douteuses. Il attend le bus, mais surtout le moment propice pour exécuter un plan de vengeance longuement mijoté.Enquêteur bedonnant, alcoolique et dépressif, Denis Leblanc, accompagné de sa partenaire Sophie, se lance sur la piste de Chénier, autour de qui les cadavres s'empilent. Comment un simple libraire a-t-il pu se transformer en tueur sanguinaire ? Est-ce lié aux innombrables pans d'ombre de son histoire familiale ? Leblanc joue un jeu dangereux dans cette enquête, mais depuis la mort de son fils, il n'a vraiment plus rien à perdre.

    Libraire et collectionneur de polars, Éric Forbes a grandi dans la petite ville d'Amqui. Il vit aujourd'hui à Montréal. Son premier roman Amqui a rencontré un vif succès auprès du public et de la critique. Il a remporté le prix Jacques-Mayer du premier polar 2017, décerné par la Société du roman policier de Saint-Pacôme.

  • Grâce à ses talents de cuisinier et à son charisme indolent, Gabriel - à peine débarqué d'on ne sait où - tisse des liens très forts avec les habitants d'une petite ville de Bretagne : une bien belle réceptionniste d'hôtel, deux junkies au bout du rouleau et surtout José, le patron du Faro, dont la femme est à l'hôpital...
    Pareil au panda en peluche échoué sur le comptoir du Faro, Gabriel offre sa personne et son temps à celles et ceux qui viennent à lui, plus surpris ou séduits que méfiants. Et pourtant, s'ils savaient... Figure marquante de la littérature française contemporaine, Pascal Garnier avait élu domicile dans un petit village en Ardèche pour se consacrer à l'écriture et à la peinture. Il nous a quittés en mars 2010. Peintre d'atmosphère alliant la poésie d'Hardellet à la technique de Simenon, styliste du détail juste, il excelle dans la mise en scène des vies simples, celles du voisinage, des souvenirs d'enfant, des je me souviens qui tissent nos mémoires. Mais chez Pascal Garnier, ce beau calme des banlieues de l'âme et de l'époque prépare toujours d'effroyables orages, avec froissement de tôles et morts en série...

  • « Et qu'est-ce que vous faites de tous ces prépuces ? je demande méfiant.- T'inquiète pas, on ne gâche rien, mange ta soupe.Vomir, ce n'est pas beau, donc je me retiens, et lui, il rigole. C'était peut-être une plaisanterie. « Où est-ce qu'on trouve des calamars dans les égouts ? », je me demande en extirpant avec la langue des restes de fibres coincés entre mes dents. J'essaie de sourire, mais mon visage se tord et je sens la salive s'accumuler. »Varsovie, années 2010. Sous une trappe au fond de sa cave, un couple découvre les zombies de Juifs assassinés pendant la Deuxième Guerre mondiale. Des centaines d'ombres en guenilles sortent de sous la terre et réinvestissent leur ville lancée dans la frénésie consumériste.La nuit des Juifs-vivants ose soulever une question refoulée : comment vivre au-dessus des cadavres des trois cent mille Juifs du ghetto de Varsovie exterminés ? Avec ce roman à l'humour féroce, l'auteur se livre au passage à une critique à la tronçonneuse de la société polonaise contemporaine.

  • Éliette, veuve sexagénaire isolée dans sa villa ardéchoise, s'acoquine bien malgré elle avec un petit truand tout frais sorti de prison. Embarquée dans une série de rebondissements rocambolesques, cette retraitée sans histoire rejoint bientôt le destin des personnages de Pascal Garnier, dont le quotidien dérape en aventures qu'on trouve, d'ordinaire, à la page des faits divers.



    Tendre et cruel avec ses personnages, Pascal Garnier nous offre un petit chef d'oeuvre d'humour noir. On y retrouve avec plaisir une écriture étonnamment visuelle, cousue de mots d'esprit et de croquis à main levée. Le monde qui nous entoure est le plus mal connu, Pascal Garnier nous en restitue le fond humain d'une plume admirable. Figure marquante de la littérature française contemporaine, Pascal Garnier avait élu domicile dans un petit village en Ardèche pour se consacrer à l'écriture et à la peinture. Il nous a quittés en mars 2010. Peintre d'atmosphère alliant la poésie d'Hardellet à la technique de Simenon, styliste du détail juste, il excelle dans la mise en scène des vies simples, celles du voisinage, des souvenirs d'enfant, des je me souviens qui tissent nos mémoires. Mais chez Pascal Garnier, ce beau calme des banlieues de l'âme et de l'époque prépare toujours d'effroyables orages, avec froissement de tôles et morts en série...

  • « Le regard des vaches, tout le monde dit qu'il est bête. Il n'est pas seulement bête. Il est méchant. Un regard de tueur comme on en décrit dans les Série noire. Une vache noire sortirait un flingue et vous arroserait de pruneaux sans même cesser de mâcher son chewing-gum. Sans états d'âme et sans remords. Un contrat comme tant d'autres, pour le fric, voilà comment elles sont, les vaches noires.Saloperies ! »Composé par l'auteur lui-même en 1996, Vaches noires est le dernier livre de Roland Topor. Ce recueil de trente-trois nouvelles inédites concentre les thèmes qui lui sont chers : l'aliénation par les choses et l'argent, la déchéance physique, jusqu'au démembrement et au morcellement, la hantise du temps qui file et de la mort qui rôde. Le tout baigné dans cet humour noir grinçant, ce sens inné du grotesque, cette fantaisie tantôt blagueuse, tantôt inquiétante, qui furent la marque de l'auteur. Quinze ans après sa mort, Topor rit encore !

  • Un homme, Gordon Koum, revient dans une ville détruite. Toute sa famille repose sous les décombres. Lui-même, irradié, va mourir. La guerre est partout, l'ennemi indescriptible frappe sans cesse... Près de lui il remarque un pantin noirci et la dépouille miraculeusement intacte d'un rouge-gorge.Il se tourne vers eux pour parler, mais, au-delà, il s'adresse à ses enfants, à sa femme et à ses camarades disparus. Il raconte de petites histoires bizarres, cruelles, tendres, toutes marquées par un humour noir dévastateur. Et peu à peu il retrace la geste d'une communauté de fin du monde, où les faibles survivent en puisant leur force dans le rire décalé et dans une violence qu'ils savent inutile.Réfugiés, errants, sous-hommes, éclopés vivant dans leurs rêves, personnages de l'après, voilà les héros dont Gordon Koum évoque la mémoire. Il leur rend hommage parce qu'il les aime. Et aussi parce qu'ils possèdent encore, au coeur du dénuement et du cauchemar, la lumière qui fait d'eux des résistants magnifiques, des amoureux, d'authentiques et indomptables humains.

  • Gonçalo M. Tavares a imaginé un quartier drôle, poétique et original, où déambulent des " Messieurs " portant les noms d'écrivains célèbres.
    "
    En raison d'un inexplicable court-circuit, c'est le fonctionnaire qui abaissa le levier qui fut électrocuté, et non le criminel qui se trouvait assis sur la chaise. Comme l'on n'était pas parvenu à réparer la panne, c'était désormais le fonctionnaire du gouvernement qui prenait place sur la chaise électrique, tandis que le criminel était chargé d'abaisser le levier mortel. "

    Gonçalo M. Tavares est l'un des écrivains les plus importants de la littérature portugaise contemporaine.
    Monsieur Brecht fait partie de l'ensemble
    O Bairro, quartier peuplé de personnages aux noms d'artistes célèbres, dont on visite le quotidien. Ces petits livres n'ont rien d'une biographie. Ce sont des hommages.

    Une déambulation nous mène chez
    Monsieur Valéry qui fait des bonds pour se grandir,
    Monsieur Calvino qui désigne le néant,
    Monsieur Kraus qui réinvente la satire... Il est probable que nous croiserons bientôt
    Madame Woolf,
    Monsieur Duchamp,
    Madame Pina Bausch,
    Monsieur Breton...

    " Comme le village d'Astérix : "O Bairro' est un lieu où l'on tente de résister à l'entrée de la barbarie. "

    Les Éditions Viviane Hamy publient, en même temps que " O Bairro ",
    Le Royaume, la tétralogie romanesque de l'auteur, dont
    Jérusalem et
    Apprendre à Prier à l'ère de la technique ont déjà paru.

  • « Le nonsense est plus proche du réel que la raison, qui ne sert qu'à l'endurer. » (Topor) Un homme viril se retrouve soudain affublé d'une paire de seins admirables ; deux copines font du shopping pour acheter des amants virtuels, qu'elles paient en nature ; un dentiste doit soigner le comte Dracula en personne ; par défi, un couple va régler ses engueulades sur les pires champs de bataille du monde... Sans oublier quelques clients du regretté Café Panique, qui reviennent le temps de raconter une dernière histoire pas piquée des hannetons. Dans ce recueil de plus de cinquante nouvelles, initialement paru en 1986, l'imagination débridée de Roland Topor se déploie en un feu d'artifice de loufoquerie, de cruauté, de grotesque, pour finir en un grand éclat de rire, d'un humour noir salvateur.

  • Révéler ce que l'extraordinaire a d'ordinaire : voici ce qui relierait les nouvelles de ce recueil. Chacune s'attache à des personnages singuliers, souvent seuls et désarmés, aux prises avec l'époque dans ce qu'elle a de plus excessif et de violent. Portraits de maniaques, de désaxés, d'originaux qui luttent contre "le dispositif", ainsi qu'ils nomment la combinaison d'airain de la marchandise, de la technologie et du spectacle. Bruce Bégout procède à l'inverse du film d'horreur : il désigne ce que l'insane lui-même a d'ordinaire. D'où les situations paradoxales ici mises en scène. Dans Signes particuliers : néant, un architecte conçoit, à la solde de l'État, un édifice destiné à aider les gens à se suicider. Dans Le Compteur des féminicides, suite à une injonction ministérielle, un homme dénombre les femmes tuées dans les séries, films ou vidéos. Certaines nouvelles nous plongent dans le malaise quand d'autres flirtent avec le fantastique. Bégout invente ici un ton, qu'il qualifie de "post-gothique". Dans ces récits, l'effroi, le mal, la terreur n'expriment pas seulement la fragilité psychologique des personnages face aux forces des ténèbres, mais aussi le potentiel de nuisance de l'époque. Ses vampires prennent la forme d'appareils, de produits, d'architectures mais aussi de représentations sociales, d'injonctions et de tics de langage. Bruce Bégout traque les démons non pas dans les châteaux hantés, les ruines, les églises, les forêts et les cimetières mais dans les parkings, les centres commerciaux, les banlieues pavillonnaires, la suburbia mondiale. Mais qu'en est-il de la résistance, volontaire ou non, de ces personnages dans le contexte morbide qui les broie ? Bégout manie l'humour noir, qui peut parfois triompher du réel. La raison reprendra-t-elle néanmoins ses droits ? Parviendra-t-elle à expliquer la part de fiction et de non-sens qui régit le quotidien ?

  • Au département de la Santé et de l'Hygiène d'Édimbourg, où il inspecte les meilleures tables de la ville, Danny Skinner, fêtard et coureur notoire, est pris au piège de ses pulsions autodestructrices. L'arrivée de Brian Kibby, innocent amateur de modèles réduits, déclenche chez lui une haine d'une puissance inattendue. Et quand Kibby est atteint par un mystérieux virus, Skinner comprend qu'un lien surnaturel les unit.
    Sous ce ressort de fable gothique, Welsh poursuit son exploration ironique des âmes urbaines et nous livre un extraordinaire Portrait de Dorian Gray du vingt-et-unième siècle.

  • Déflagration des sens

    Karim Akouche

    • Ecriture
    • 10 September 2020

    Après La Religion de ma mère (" absolument magnifique et terrible ", Arnaud Viviant) et Allah au pays des enfants perdus, Karim Akouche continue à démontrer les scléroses de la société algérienne dans ce quatrième roman.
    L'Algérie bouillonne. Le peuple rumine sa colère. Pour étouffer toute révolte, les autorités arrosent les jeunes de l'argent du pétrole. Kamal Storah, alias Kâmal Sutra, obtient, après une longue période de chômage, une subvention de l'État et achète un minibus. Quelques mois plus tard, c'est la désillusion : il n'y a plus de passagers. Kâmal décide de transformer son minibus en bordel ambulant. Dénoncé par les islamistes, traqué par la police, il fuit vers le Sahara... D'une plume crument réaliste, Karim Akouche use et abuse du droit au blasphème. Son roman, haut en couleur et en révolte, raconte une jeunesse frustrée et sans repères, dans une Algérie schizophrène, suspendue entre archaisme et rêves de liberté.

  • « Thomas McGuane a un sens inimitable de la satire. Il combine à merveille l'ordinaire et l'extravagant. Et lorsque les deux se mélangent, le résultat peut être détonant. [...] Mc Guane nous offre ici une série de paysages imaginaires aussi mystérieux que séduisants. » The New York Times « McGuane est aussi spirituel et généreux qu'il l'a toujours été. Ce recueil de nouvelles, certainement le meilleur de tous ses livres à ce jour, confirme de façon radieuse et tonitruante son statut de maître de la littérature américaine contemporaine. » Publishers Weekly « Les tensions évoquées dans ces nouvelles sont aussi vieilles que l'humanité, mais la limpidité de l'écriture de McGuane et son acuité psychologique leur donne une nouvelle vie. » Kirkus

  • L'époque n'est plus au rire ; pire, il a été interdit... Le seul moyen de s'en payer une tranche : un petit tapin comique Boulevard Desproges. Entre les clowns roumains, les recalés du Jamel Comedy Club et les têtes d'affiche déchues de la grande époque, on n'a que l'embarras du choix...

    Mais, si le rire est contagieux, ne risque-t-on pas d'attraper une saloperie ?

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