• Bartleby le scribe (Bartleby the Scrivener : a story of Wall Street) est une nouvelle célébrissime rédigée par Herman Melville en 1853. Le narrateur, un notaire new-yorkais, embauche un clerc singulier afin de faire de la copie d'actes. Au fil du temps, cet être consciencieux se révèle étrange, en refusant d'abord de faire certains travaux demandés par son patron. Puis il cesse de travailler, et refuse enfin de quitter l'étude, fût-ce la nuit. Il répète à l'envi : « J'aimerais autant pas. » (I would prefer not to).

    Préfiguration des thèses des écrivains de l'absurde, symbole de la résistance passive à l'époque de la bureaucratie naissante et des balbutiements du capitalisme d'affaires, cette nouvelle inclassable est un bijou.

    /> Herman Melville (1819-1891), romancier états-unien, auteur de Moby Dick et Billy Budd.

  • En 2012, Thésée quitte "la ville de l'Ouest" et part vers une vie nouvelle pour fuir le souvenir des siens. Il emporte trois cartons d'archives, laisse tout en vrac et s'embarque dans le dernier train de nuit vers l'Est avec ses enfants. Il va, croit-il, vers la lumière, vers une réinvention. Mais très vite, le passé le rattrape. Thésée s'obstine. Il refuse, en moderne, l'enquête à laquelle son corps le contraint, jusqu'à finalement rouvrir "les fenêtres du temps"...

  • Le capitalisme mondial traverse une crise systémique de longue durée et multidimensionnelle, et la pandémie Covid-19 est apparue comme le symptôme du paroxysme de ses contradictions sociales et écologiques : marchandisation et exploitation à outrance du travail et de la nature semblent avoir atteint un niveau insoutenable. Cette crise nous fait prendre conscience de la fragilité des sociétés et de l'incertitude concernant l'avenir. Fragilité parce que la technique crée un nouveau problème quand elle prétend en résoudre un. Incertitude parce que le temps long échappe à l'horizon humain, tant le capitalisme a fait de la vitesse et surtout de son accélération le moyen de raccourcir le temps. La vie au ralenti due au confinement a ainsi ouvert de nouvelles questions : quel est le prix de la vie ? quelle est la place du travail ? Quel est notre rapport au progrès ? à la nature ? Les voies sont ouvertes pour penser des modèles de société non soumis à la marchandisation des activités humaines et de tout le vivant : il n'y a pas de « fin » de l'histoire, des alternatives au capitalisme sont possibles et surgissent au creux des failles du système : réhabiliter le travail, instituer les communs et socialiser la monnaie, par une démocratisation générale de toutes les institutions de la société.

  • Cet essai de Charles Péguy de 1913 nous plonge dans le passage à l'ère moderne. Mêlant à ce portrait pamphlétaire d'une société en mutation des souvenirs d'enfance, l'auteur pressent la crise, le règne absolu de l'argent et de la bourgeoisie. Les anciennes valeurs, honneur et travail, font désormais place à la valeur financière. De l'ouvrier au paysan jusqu'à l'enseignant, l'argent obsède, corrompt. Faire la classe n'est plus une mission mais une obligation professionnelle et lucrative. Et ce qui se passe dans la cour des petits est le reflet des changements survenus dans celle des grands. Car ces hommes qui cherchent à gagner plus en travaillant moins ne font que se précipiter vers un naufrage. Mais la mécanique est en marche, tout retour en arrière impossible.

    Né en 1873 et tué au cours de la bataille de la Marne en 1914, Charles Péguy fonde en 1900 les Cahiers de la Quinzaine. Il publie Notre jeunesse et Mystère de la charité de Jeanne d'Arc et L'Argent, son essai le plus connu, en 1913. Fervent défenseur des valeurs traditionnelles, c'est avec vivacité qu'il s'oppose à la réforme scolaire du début du XXe siècle et exprime un profond rejet du monde moderne.

  • Sensibilités n.9 ; au miroir de l'argent Nouv.

    L' homo economicus, pure rationalité ? Sans doute pas : rien n'est peut-être moins désaffecté que l'argent. Instrument de mesure, d'échange, support de la valeur, l'argent suppose une interdépendance entre individus. Mais il est aussi pris dans le jeu des rapports sociaux et matériels, investi d'affects multiples.
    Bien loin de de la supposée rationalité d'un
    homo oeconomicus qui, froidement, ne chercherait qu'à maximiser ses intérêts, l'argent agite et mobilise de bien plus puissantes affaires. Guerres, paniques boursières, meurtres ou querelles d'héritage, en sont des manifestations spectaculaires. Mais il est aussi des suspicions souterraines et insidieuses qui discréditent ou délégitiment l'argent parce qu'il serait "sale", mal gagné ou non mérité. L'argent des uns ne vaut pas toujours celui des autres.
    /> Derrière les transactions, se nouent ainsi des histoires complexes, infiniment vivantes et sensibles, qui ont à voir avec la morale, la politique, mais aussi l'imaginaire. Les échanges marchands, dettes et créances sont mus par des passions, croyances et interdits, portent la marque de normes et hiérarchies sociales. Leur inscription est aussi affaire de récits.
    Dans sa 9e livraison, le sommaire de
    Sensibilités deploie au miroir de l'argent objets, affects et itinéraires : des lettres de change aux coquillages de la monnaie kanak, des bitcoins aux transferts d'argent pour accomplir sa migration, une déambulation fiévreuse de Borges, un édifice onirique de Marx...

  • Dans cet essai concis, brillant, et extrêmement polémique, Noam Chomsky, un des critiques les plus virulents du nouvel ordre mondial, montre comment, sous couvert de divers paravents (organisation mondiale du commerce, OTAN, etc.) le capitalisme, en particulier américain, est en train d'imposer au monde une véritable tyrannie, qui empiète non seulement sur la souveraineté des Etats, mais aussi sur celle des individus eux-mêmes.

  • Dans le mode de vie impérial qui est le nôtre, à ce stade avancé du capitalisme marqué par l'impératif de la croissance, les moindres détails du quotidien, la construction de notre identité comme société et comme individus, tout repose sur la constitution d'un ailleurs où nos entreprises exploitent la force de travail comme elles ne peuvent le faire ici, et où nous faisons disparaître nos déchets et fructifier nos surplus.

    Cette dynamique impériale est alimentée au quotidien par mille désirs anodins : l'acquisition d'un véhicule neuf grâce au crédit facile, la consommation de fruits et de légumes exotiques ou hors-saison, l'achat d'un ordinateur plus performant. Des habitudes qui ne sont plus l'apanage des pays dits « développés », mais que les pays non occidentaux adoptent aussi, accélérant et exacerbant à leur tour les inégalités et l'externalisation des conséquences écologiques et sociales de cette logique dévastatrice. L'humanité et la biosphère atteignent aujourd'hui leurs limites et ne pourront bientôt plus fournir l'ailleurs qui nous permet de maintenir ce train de vie à l'origine des crises écologique, économique et politique. Les tentatives de remédier à ces crises pour préserver ce mode de vie se multiplient, mais n'est-ce pas ce dernier qui pose justement problème ?

  • L'Europe ne sait plus où elle va. Les Européens ne se reconnaissent plus dans l'Union, au point que la plupart d'entre eux se replient sur leurs nations respectives. S'ils veulent un avenir, ils doivent se proclamer citoyens d'une République européenne. Qu'ils fassent comme les Français en 1789 : une révolution, non au sens d'un renversement du pouvoir établi au profit d'un autre, ni de la victoire d'une classe sociale sur une autre, mais un acte "politique", né de la décision des uns et des autres d'exercer leur liberté en commun, ce dont le capitalisme les prive.Avec la primauté du politique sur l'économique, sera aboli "l'assujettissement de la vie sociale à l'accroissement sans fin du capital", tandis que la République pourra satisfaire les besoins et désirs essentiels de chacun.

    Éminent sinologue, Jean François Billeter a dirigé le département de langue et littérature chinoises de l'université de Genève. Il a publié plusieurs ouvrages aux éditions Allia, dont Leçons sur Tchouang-tseu, Contre François Jullien, Un paradigme et Esquisses. En 2013, il a reçu le prix culturel de la Fondation Leenaards. En 2017, il a publié Une rencontre à Pékin et Une autre Aurélia, couronnés du prix Michel-Dentan, du prix Roger Caillois de l'essai et du prix Psychologies magazine.

  • Les " Nouvelles Trente Glorieuses " sont devant nous !
    Une formidable période de croissance économique succédera à la pandémie de covid-19. Nous sortirons du combat contre le virus avec la même volonté de vivre et d'inventer qu'à l'issue de la Seconde Guerre mondiale.
    D'ici 2030, de nouvelles technologies, de nouveaux métiers feront leur apparition. Des centaines de milliards seront injectés par les États pour transformer nos villes, nos usines, nos modes de transport.
    Bref, l'actuelle crise sanitaire, qui nous oblige à nous réinventer, est notre chance. Tel est l'intime conviction de Martial You, qui lève dans cet essai le voile sur le monde d'après.

  • Qu'est-ce que l'inconscient ? Ce n'est pas un théâtre, mais une usine, un lieu et un agent de production. Machines désirantes : l'inconscient n'est ni figuratif ni structural, mais machinique. - Qu'est-ce que le délire ? C'est l'investissement inconscient d'un champ social historique. On délire les races, les continents, les cultures. La schizo-analyse est à la fois l'analyse des machines désirantes et des investissements sociaux qu'elles opèrent. - Qu'est-ce qu'OEdipe ? L'histoire d'une longue « erreur », qui bloque les forces productives de l'inconscient, les fait jouer sur un théâtre d'ombres où se perd la puissance révolutionnaire du désir, les emprisonne dans le système de la famille. Le « familialisme » fut le rêve de la psychiatrie ; la psychanalyse l'accomplit, et les formes modernes de la psychanalyse et de la psychiatrie n'arrivent pas à s'en débarrasser. Tout un détournement de l'inconscient, qui nous empêche à la fois de comprendre et de libérer le processus de la schizophrénie.

    La première édition de L'Anti-OEdipe est parue en 1972.
    Des mêmes auteurs : Mille plateaux (Capitalisme et schizophrénie 2)

  • L'espace lisse, ou Nomos : sa différence avec l'espace strié. - Ce qui remplit l'espace lisse : le corps, sa différence avec l'organisme. - Ce qui se distribue dans cet espace : rhizome, meutes et multiplicités. - Ce qui se passe : les devenirs et les intensités. - Les coordonnées tracées : territoires, terre et déterritorialisations, Cosmos. - Les signes correspondants, le langage et la musique (les ritournelles). - Agencement des espaces-temps : machine de guerre et appareil d'État.
    Chaque thème est censé constituer un « plateau », c'est-à-dire une région continue d'intensités. Le raccordement des régions se fait à la fois de proche en proche et à distance, suivant des lignes de rhizome, qui concernent les éléments de l'art, de la science et de la politique.
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    Mille plateaux est paru en 1980.
    Des mêmes auteurs : L'Anti-OEdipe (Capitalisme et schizophrénie 1)

  • L'anecdote suivante m'a été contée avec prières de n'en parler à personne ; c'est pour cela que je veux la raconter à tout le monde.
    Baudelaire
    « Lorsque j'étais enfant, mon père, homme d'affaires qui avait pour écrivains favoris Balzac et Baudelaire, me récitait souvent des vers de ce dernier ; il me disait aussi : "Les capitalistes sont les bienfaiteurs de l'humanité." Quand il se ruina, en 1972, j'avais sept ans. Il est demeuré fidèle à Baudelaire et au capitalisme toute sa vie ; j'ai pour ma part plus d'estime pour l'un que pour l'autre. C'est que Baudelaire est une valeur sûre. »
    Thomas Clerc

  • L'Anthropocène, cette « ère de l'humain », nous met face à un défi sans précédent dans l'histoire de la Terre. Face à l'anéantissement total de la nature dont nous sommes les artisans, et donc aux dangers qui pèsent sur nos propres conditions d'existence, nous devons façonner une nouvelle éthique de la cohabitation - plus encore : de la solidarité profonde avec tous les autres êtres vivants. Dans ce manifeste, Andreas Weber et Hildegard Kurt posent les jalons de cette pensée neuve, qu'ils appellent « vitalité ». Partie intégrante d'un système terrestre où la culture est inséparable de la nature, l'être humain doit désormais se faire créateur. Une responsabilité nouvelle qui nous incombe et que le discours de l'Anthropocène entend affirmer. Plaidant pour une nouvelle politique du vivant, ce texte courageux, lumineux, écrit dans une langue fluide et puissante, touchera tous ceux qui cherchent des réponses à la crise globale que nous traversons.

  • David Graeber séjourna à Madagascar de 1989 à 1991 et y découvrit l'existence d'un groupe ethnique formé des descendants des pirates qui s'y étaient installées au début du XVIIIe siècle. Il a rédigé sur le sujet un essai, où il entreprend, entre autres, de faire la lumière sur l'utopie pirate connue sous le nom de « Libertalia ». Décryptant les légendes pirates et analysant la documentation disponible, l'auteur explore l'impact qu'eurent les flibustiers et leurs descendants sur l'histoire malgache au siècle des Lumières - mais aussi l'influence qu'eurent les récits de pirates et leurs pratiques proto-démocratiques sur les penseurs de l'époque. Il en résulte un récit passionnant, doublé d'une réflexion lumineuse sur la nature et les origines de l'idéologie marchande.
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    L'anthropologue américain David Graeber, né en 1961, évincé de l'université Yale, figure de proue du mouvement Occupy Wall Street, est considéré par le New York Times comme "l'un des intellectuels les plus influents du monde anglo-saxon".
    Il est l'auteur de Bullshit Jobs (LLL); Dette, 5000 ans d'histoire (LLL), Bureaucratie (LLL), Comme si nous étions déjà libres (Lux).

  • Dans le monde de l'économie, le caractère fantasmagorique de la marchandise est nommé fétichisme par Karl Marx. Afin d'analyser les formes que prennent les rapports sociaux engendrés par l'échange marchand, l'auteur cherche à décrypter le secret de la valeur. De ces pages géniales, qui appartiennent au premier chapitre du livre I du Capital, sont directement issues la théorie de la réification de Luckacs et celle du spectacle de Debord.

    Théo­ri­cien révo­lu­tion­naire alle­mand et figure majeure du mou­ve­ment ouvrier, Karl Marx (1818-1883) fut également historien, sociologue et jour­na­liste. Enga­gé poli­ti­que­ment dans la Ligue des Communistes aux côtés de Engels puis dans l'Association inter­na­tio­nale des tra­vailleurs, on lui doit une description minutieuse des mécanismes du capitalisme et une théorie érudite de l'économie politique. Sa pensée se fonde sur l'humain en tant qu'être pensant mais avant tout agissant.

  • Bob Coates est un sale type. Fils du peuple, bigot, sexiste et raciste, il aime l'ordre et l'autorité.

    En cette année 1877 qui marque le début du récit, son pays est en proie à l'agitation ouvrière. Cet Américain moyen choisit de se ranger du côté du manche, il devient un nervi au service de la fameuse agence Pinkerton, qui donnera plus tard naissance à la CIA.

    Pendant cinquante ans, l'homme infiltre des luttes, attise les tensions internes, passe à tabac les grévistes, nulle abjection ne l'arrête.

    Dans ce roman inspiré de faits réels, troisième volet de la trilogie américaine (après Anthraciteet Nous ne sommes rien soyons tout), Valerio Evangelisti donne à voir les heurs et malheurs de la classe ouvrière américaine organisée du début du siècle XX.

    Valério Evangelisti, auteur italien né en 1952 à Bologne, est l'auteur de nombreux romans parmi lesquels tout le cycle SF Nicolas Eymerich.

  • Le capitalisme nuit gravement. Surtout aux femmes. Il les confine à la dépendance envers les hommes et les contraint de soumettre leurs relations intimes à des considérations économiques. Voilà ce que Kristen Ghodsee a conclu des vingt années qu'elle a passées à observer les répercussions de la transition du socialisme d'État au capitalisme sur le quotidien des habitantes des pays de l'ancien bloc de l'Est. Sans pour autant réhabiliter les dictatures du communisme réel, elle démontre qu'il y avait beaucoup à sauver des ruines du Mur, et que, contre le mortifère triomphalisme néolibéral d'aujourd'hui, il est encore temps de raviver l'idéal du socialisme.

    D'une plume libre et généreuse qui va de l'anecdote personnelle à l'analyse de statistiques, en passant par les notes de terrain, l'anthropologue s'adresse d'abord aux jeunes femmes, puis à quiconque souhaite contrecarrer les effets délétères du libre marché. Sous l'égide des grandes figures féministes du socialisme, Alexandra Kollontaï, Rosa Luxemburg, Clara Zetkin, elle aborde tous les aspects de la vie des femmes - le travail, la famille, le sexe et la citoyenneté - et propose des pistes pour qu'elles aient une vie (sexuelle) plus épanouie.

  • Face à un monde peuplé d'algorithmes et d'investisseurs, Robert rêve. Mieux, il invente. Sa « vitrine », capable de traiter et d'actualiser en permanence les données des entreprises, remporte un franc succès. Mais dans un monde soumis à un capitalisme implacable, la situation dégénère et le rêve tourne au cauchemar. Le triomphe de l'efficacité technique coïncide avec celui de la violence : les entreprises qui ont acheté l'invention subissent une vague de meurtres sans précédent.

    Dépassé par les événements, sous la pression des investisseurs, Robert médite. Plongé dans l'horreur, il perd tout contact avec la réalité et s'absorbe dans une rêverie lugubre. Fantasmes et réalité se mélangent jusqu'à un paroxysme de confusion, qui se résoudra dans un déchaînement de violence...

    Gilles Ribero, auteur et cinéaste, est né à Bondy en 1985. Il passe son enfance en banlieue parisienne puis étudie la géopolitique à l'université Paris 8. Les conflits qu'il étudie, et leur polyphonie, résonnent telles des fausses notes chez l'auteur en devenir. Il se réoriente vers l'étude des arts visuels et de la photographie, au Septantecinq à Bruxelles puis au centre d'art Le Fresnoy à Tourcoing. Clairières est son premier roman.

  • Faut-il souhaiter la mort du capitalisme ? Cette question, sans cesse reposée à l'occasion de crises, a resurgi lors de l'épidémie de Covid-19 qui a révélé les limites du système hypermondialisé de nos sociétés. Fréquemment, en effet, le capitalisme suscite chez les experts de vifs débats, révélant un désamour pour ce système économique pourtant à l'origine d'un cycle de prospérité inédit dans l'histoire de l'humanité. Et jusqu'à aujourd'hui, le capitalisme a déjoué tous les pronostics annonçant sa fin.
    Pour mieux comprendre les passions contraires que ce système économique nourrit, cet ouvrage propose de revenir à son histoire longue, en s'appuyant sur les grands auteurs qui l'ont théorisé ou critiqué, afin de "dédramatiser" le problème économique. Cette prise de recul permet alors d'interroger ce que pourrait être le capitalisme demain et le rôle qu'il pourrait jouer dans la recréation d'un destin solidaire et commun. 

  • Dans ce texte fulgurant, Friederich rétablit les origines de la doctrine transhumaniste au sein de l'histoire des idées, afin de désamorcer la "coupure historique" que celle-ci tente d'initier. Ce faisant, il dénonce cette idéologie nouvelle qui tente d'améliorer grâce aux sciences la condition humaine mais ne fait que relever à ses yeux d'une profonde inhumanité. Il débusque notamment les procédés invisibles auxquels les "technoprophètes", comme il les qualifie, ont recours pour parvenir à leur fin. Sa critique se double par conséquent d'une dénonciation du capitalisme, dont le transhumanisme est entièrement tributaire. En s'attachant au corps seul, en niant l'esprit, le transhumanisme apparaît comme une dégénérescence du projet philosophique d'émancipation de l'homme.

    Alexandre Friederich a vécu vingt ans à l'étranger avant d'entreprendre des études de philosophie à l'université de Genève. Colleur d'affiches et cycliste, il vit actuellement entre Fribourg, l'Italie, l'Espagne et Mexico. Il a publié aux éditions Allia easyJet en 2014 puis Fordetroiten 2015.

  • De la forêt

    Bibhouti Bhoushan Banerji

    • Zulma
    • 30 March 2020

    Jeune diplômé désargenté, Satyacharan accepte un poste de régisseur aux confins du Bihar, dans le nord est de l'Inde. Quittant Calcutta, ce Bengali raffiné et mondain est bientôt fasciné par l'exubérance de la faune et de la flore et par la diversité des habitants de ce vaste domaine forestier.

    L'illustre roi des Santals garde ses vaches à l'ombre d'un banyan sacré, Yugalprasad embellit la jungle en y plantant de nouvelles espèces, Dhaturiya préfère danser sans manger plutôt que travailler aux champs...
    Satyacharan sait qu'il est le dernier témoin d'un formidable écosystème ; il doit pourtant en orchestrer la disparition. Son rapport au monde en sera à jamais bouleversé.

  • Le travail est-il moral ou immoral ?La société capitaliste envisage le travail selon une conception éthique autant que religieuse.Considéré comme une vertu, la question de ses conditions tend à n'être plus posée. À l'inverse, si on le mésestime, il entraîne des revendications économiques et sociales. Mais l'engrenage du travail, censé favoriser l'élévation vers les hautes sphères de l'esprit, y fait aussi obstacle en justifiant l'asservissement. Pour résoudre cette équation insoluble, le philosophe italien reprend à son compte, avec un art de la transmission qui lui est propre et parfois non sans les critiquer, les travaux de Schiller, Simmel, et même le Manifeste du parti communiste de Marx et Engels. Surtout, Rensi démontre ici, de nouveau, sa faculté de stimuler les esprits. Car si, à ses yeux, la haine que le travail inspire apparaît proportionnelle au désir d'atteindre la véritable destinée humaine, il valorise du même coup le jeu, l'art, la passion des sciences, toute activité susceptible d'échapper à la contrainte et au diktat de l'argent.

  • Le capitalisme libéral et le modèle démocratique occidental, qui paraissaient à beaucoup victorieux à la chute du communisme, sont aujourd'hui soumis à rude épreuve par l'émergence d'un capitalisme autoritaire. Sous des modalités variées, ce dernier associe la recherche de l'efficacité des économies de marché avec la protection de pouvoirs autoritaires et, parfois, le maintien de certains mécanismes de régulation démocratiques.

    À la légitimation classique du capitalisme, suivant laquelle ce système serait le plus compatible avec la démocratie, il substitue des primats identitaires, nationalistes et protecteurs qui se retrouvent dans des configurations nationales aussi différentes que la chinoise, la russe, la turque ou la hongroise.

    Ahmet Insel, né à Istanbul en 1955, économiste, politologue, éditeur et éditorialiste, notamment spécialiste de la Turquie, a été chef du département d'économie de l'université de Galatasaray et vice-président de l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne qu'a présidée Pierre-Yves Hénin qui, né en 1946 en Saône-et-Loire, est l'un des grands noms de la macro-économie française et le fondateur du Centre de recherche MAD (Macroéconomie et analyse des déséquilibres, Paris I) associé au CNRS.

  • En une cinquantaine d'esquisses, qui ont la valeur de motifs aisément mémorisables, Jean François Billeter éclaire le moment historique actuel, la crise que nous traversons et le moyen pour tenter d'en sortir : la critique ne suffit plus, il faut des idées neuves, en particulier une façon juste de se représenter l'être humain et ses besoins. Ces esquisses forment un essai philosophique (car c'est de l'homme en tant que sujet qu'il s'agit) et politique. Elles s'inscrivent dans le prolongement des travaux précédents de l'auteur, mais constituent une proposition nouvelle, présentée avec la limpidité, la sobriété et la clarté dont Billeter est coutumier. Comme Un paradigme, c'est un outil de compréhension de soi et du monde, un livre à conserver, en toutes circonstances.

    Éminent sinologue, Jean François Billeter a dirigé jusqu'en 1999 le département de langue et littérature chinoises de l'université de Genève. Il a notamment publié aux éditions Allia Leçons sur Tchouang-tseu, Études sur Tchouang-tseu, Contre François Jullien, Un paradigme, Lichtenberg et Trois essais sur la traduction. En 2013, il a reçu le prix culturel de la Fondation Leenaards, aux côtés de Jean-Luc Godard et de l'organiste et clavecinsite Lionel Rogg.

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