• Et si l'Iliade n'était que l'assemblage de fictions plus mensongères les unes que les autres ? Et si la représentation qui y est offerte de la guerre de Troie était contraire à la réalité historique ? Tel est l'enjeu de la brillante démonstration à laquelle se livre Dion de Pruse dans ce discours 11. Pour ce faire, il cède la parole à un vieux prêtre égyption qui, par extraordinaire, tient de Ménélas lui-même la véritable histoire de la guerre : Tyndare a donné sa fille Hélène au meilleur des prétendants, Pâris, provoquant ainsi la colère de Ménélas et d'Agamemnon. Ces derniers ont alors convaincu les autres chefs de se lancer dans une expédition contre Troie, mais les Grecs, très inférieurs par les armes et la bravoure, ont été défaits. Cet essai atypique, qui tient de la réfutation rhétorique à couleur paradoxale, mais cède rapidement la place à une nouvelle version du mythe, frappe par l'ampleur du propos. Il invite à une réflexion morale, d'inspiration platonicienne, sur le rôle pernicieux que joue dans l'éducation une poésie mensongère. Il recèle les germes d'une réflexion politique et idéologique. Est ainsi posée la question des visées de ces mythes recomposés au fil des époques : selon Dion, Homère voulait raffermir les Grecs face aux guerres qu'ils allaient devoir affronter contre les Perses, mais sa déformation des événements ne correspond plus au nouveau contexte ; les Grecs, désormais sous la protection romaine, n'ont en effet plus à craindre une agression venue d'Orient. Magnifique oeuvre de divertissement, ce discours prononcé devant les habitants d'Ilium Novum avait aussi pour ambition de les faire réfléchir sur leur double identité de Grecs et de Troyens vivant sous l'empire romain.

  • La guerre de Troie, c'est Homère, sa colère d'Achille, son Iliade, sublime, forcément sublime. Certes. Mais que de mensonges, s'écrièrent très tôt les mauvais esprits, quel récit incomplet !
    En réponse à ces critiques sont nées les trois oeuvres réunies dans ce volume - introuvables en français -, seuls témoins subsistant d'une tradition jadis étoffée. L'Iliade latine, poème du premier siècle de notre ère, que l'on trouvera ici traduite en alexandrins blancs, se veut ainsi une modernisation de la matière homérique. L'Éphéméride de la guerre de Troie par Dictys de Crète ainsi que l'Histoire de la destruction de Troie de Darès le Phrygien sont quant à elles les récits d'une guerre racontée par ceux, Grecs et Troyens, qui l'ont vécue. Et c'est à travers eux que le monde médiéval, occidental et byzantin, apprendra la véritable histoire de la guerre de Troie.
    Gérard Fry est chargé d'enseignement de latin à l'Université de Genève.

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