• Entre un champion de lutte qui se dérobe parce que ses performances sportives sont inversement proportionnelles à ses performances amoureuses, et un vieillard qui s'évertue à vivre l'été en hiver, Jane fait son éducation sentimentale. L'amour, le sexe, le cynisme, la solitude, la bouffe, la tendresse, la mort... Mais autant que la difficulté de devenir soi-même, ce livre montre l'espèce de répulsion-fascination qu'une jeune fille peut ressentir devant les manifestations de la vieillesse ; et c'est avec une cruauté d'entomologiste que Jane observe Bertin. Jane veut tout, comme on veut tout à vingt ans, et, à défaut de s'aimer elle-même, elle aime son corps, sa jeunesse dont elle ne veut rien perdre - obsédée déjà par la fuite du temps et, en quelque sorte, toujours en deuil d'elle-même. Elle serait une jeune fille comme on en trouve beaucoup en ce siècle, si elle n'exprimait pas son exigence de bonheur avec une détermination si passionnée et une amoralité si naïve qu'elles en deviennent pathétiques. Nul attendrissement dans cette insolite éducation sentimentale, où les excès de vocabulaire alternent avec un langage des plus classiques : celui des états d'âme.

  • Un essai ? Un essai romanesque ? Un roman avec des personnages (presque tous) vrais ? Un peu de ceci, et beaucoup d'autres choses encore. La dernière femme reprend, très exactement, la méthode et le style des Enfants de Saturne où l'auteur avait choisi de « se » raconter à travers une dizaine d'hommes (dandys, excentriques, mélancoliques ou écrivains). C'était donc un autoportrait en creux ; une confession par personnages réels interposés...
    Cette fois, c'est à travers une dizaine de femmes que Jean-Paul Enthoven tente de raconter, à sa façon, sa drôle de guerre, ou sa drôle de paix, avec l'autre sexe. Les héroïnes qu'il a choisies sont plus ou moins légendaires : Louise de Vilmorin, alias « Marylin Malraux » ; « Laure », l'égérie vénéneuse de Georges Bataille ; Nancy Cunnard, la muse cruelle d'Aragon ; Louise Brook, la vamp lubrique et nihiliste du cinéma muet ; Marie Bonaparte, l'Altesse Royale qui sauva la vie de Freud ; Françoise Dorléac, qui mourut à l'âge de James Dean ; Zelda Fitzgerald, l'amour fou et l'épouse folle de Francis Scott ; Françoise Sagan, la nonchalante, la romancière mythique et oubliée de son vivant ; une inconnue, enfin, dite « la dernière femme », qui traverse le dernier chapitre autofictif de cette galerie.
    Ci-joint, en annexe à cet argumentaire, l'introduction du livre - qui, en quelques pages, en pose le ton et en dit l'ambition.

  • "Deux Cajarc" : la ville, "le centre-ville", ses vieilles pierres au bord du Lot, et la campagne, ses petites routes sinueuses, ses gariottes, cazelles, pigeonniers, lavoirs...
    Et la mémoire, comme cette maison natale de Françoise Sagan, son heurtoir que j'effleure en pensant à la jeune femme qui le saisissait, cette presque cazelle des années 1960 où des gendarmes s'installaient pour éviter que Georges Pompidou ne soit dérangé dans sa résidence secondaire de Premier ministre puis Président...
    Les transformations du temps se lisent dans les pierres : arcades du moyen âge réaménagées ou bouchées, volets délabrés et pourtant si poétiques (ils ne résisteront sûrement pas à l'arrivée de nouveaux propriétaires), un dolmen...
    124 photos, des indications pour retrouver ces lieux... Puisse ces photos vous donner l'envie de vous égarer, un peu. Une nouvelle étape du projet pharaonesque http://www.communes.info, la présentation des 340 communes du Lot...
    Disponible en papier et numérique.

    Stéphane Ternoise
    Presque cajarcois
    http://www.cajarc.info

  • Comment et pourquoi devient-on écrivain ? Dix-huit écrivains répondent : autant de portraits à vif tracés dans la vie d'écrivain de chacun, avec ses manies d'écriture, ses problèmes techniques, sa position par rapport à ses confrères ou les écoles littéraires, ou même ses regrets éventuels... Une analyse vivante de la littérature d'aujourd'hui.

  • Certains jouent aux boules ou tapent la belote. Pas lui. Depuis qu'il est à la retraite, l'Albinos dévore des livres, achetés d'occasion chez le bouquiniste du coin : romans policiers, d'espionnage et de temps en temps un ouvrage sérieux, saisi au hasard dans l'étalage. Au hasard ? N'est-ce pas à son intention qu'on a glissé dans un volume ce petit rectangle de carton très menaçant : Je sais que vous avez tué une femme. Ce crime parfait est resté impuni, mais ça pourrait changer ? Après tout, ils ne doivent pas être si nombreux les clients du bouquiniste qui, comme l'Albinos, ont tué une femme... Un roman inédit de l'un des auteurs français les plus originaux du roman policier.

  • Le lecteur d'Albert Cohen est assez vite frappé par la multiplicité des références à la folie dans l'oeuvre. Pathologies diverses, folie prophétique du personnage principal, folie amoureuse, folie du monde, lyrisme échevelé et goût oriental de la grandeur et du travestissement : la folie est partout. Cohen, lui-même lecteur et admirateur de Freud, se livre à une psychopathologie de la vie quotidienne de ses personnages et nous conduit de l'appréhension clinique des comportements (narcissisme, mégalomanie, délire de persécution, scarifications, pulsions suicidaires) à une vision plus symbolique de la folie, carnavalesque au sens de Bakhtine ou prophétique au sens de Neher. Les articles qui composent cet important dossier (C. Stolz, B. Bohet, D. Poizat, M. Decout, M. Davies, A. Jean, C. Quint, A. Schaffner), nous invitent à une promenade dans les différents aspects de ce motif récurrent dans l'oeuvre, mais jamais exploré en tant que tel. Ce numéro comporte également une étude sur « Cohen et les moralistes » (C. Brochard) et sur les rapports entre « Corps et société » dans son oeuvre (G. Dolléans).

  • Ce dictionnaire rassemble 3 000 anecdotes et mots d'esprit, de Saint-Simon à Woody Allen. Rire est un bien absolu, nécessaire, et devrait figurer dans la Déclaration des droits de l'homme. C'est un pourchasseur du mal. Michel Butor assurait : « Le rire est le seul moyen de résister à la terreur », et Sacha Guitry : « De même qu'une réflexion juste a plus de rayonnement qu'une grenade n'a d'éclats, un trait d'esprit a plus de pénétration qu'une mitraillette. » Pétillant, subtil, incisif ou vengeur, le mot d'esprit rebondit, nous surprend et nous incite à un véritable art de vivre ; l'art de plaisanter des choses les plus graves et feindre de prendre au sérieux les plus futiles. Ainsi Françoise Sagan : « Voilà des années, on avait vite fait, pour oublier ses tracas, d'allumer une cigarette. Mais que faire, aujourd'hui, pour oublier les tracas que vous cause le fait d'oublier une cigarette ? », ou Barbra Streisand : « Le monde idéal serait celui où l'on apprécierait surtout les différences. Nous sommes tous égaux mais pas pareils. » Ce florilège d'anecdotes les plus surprenantes illustre avec brio le sourire de l'intelligence, qui étincelle en deux mots : l'esprit français.

  • Existe-t-il, le roman français de 1960 à nos jours ? J'ai passé cinq mois à reprendre et revoir, par plaisir, les quelque mille romans dont, pendant ces dix ans, j'ai humblement et objectivement rendu compte, et aussi les autres, ceux que j'avais lus et qui n'avaient pas trouvé place dans mes feuilletons d'actualité. Lorsque j'ai eu terminé cette recension, grande a été ma surprise en constatant, triage fait, qu'il y avait là un ensemble, sinon homogène, du moins riche dans sa variété, et solide dans les talents et les inspirations. Je n'ai pas voulu énumérer quelques centaines d'écrivains, en découvrant chez eux plus ou moins de talent, de génie ou de promesses. Je ne souhaitais pas non plus livrer, pour chacun d'eux, une étude générale rapide. Je me suis contenté de mettre en scène quelques romans significatifs, qui méritent qu'on ne les oublie pas et qu'on n'oublie pas leurs auteurs. Des omissions ? Il y en a mille plutôt qu'une, puisque je ne parle ici que d'un peu plus de cent livres, suivant un choix que j'estime à la fois exemplaire et arbitraire. Ces reflets du roman ne prétendent pas être un panorama, mais une suite d'images brèves et partielles par lesquelles je voudrais éclairer tel aspect du roman, tel romancier, tel livre... Juste le temps d'un éclair. Une centaine de flashes, instantanés, figés, puis mis en place dans un montage très simple, c'est le film d'actualité du roman 1960-1970 que je propose ici. R. M. A.

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