• Dans le débat public, être décolonial est une infamie. Dans les universités, dans les partis de gauche et d'extrême gauche, les syndicats, les associations féministes, partout on traque une « pensée décoloniale » infiltrée et funeste pour le vivre-ensemble.
    Dans ce livre, Françoise Vergès élucide l'objet du scandale. Le féminisme décolonial révèle les impensés de la bonne conscience blanche ; il se situe du point de vue des femmes racisées : celles qui, travailleuses domestiques, nettoient le monde ; il dénonce un capitalisme foncièrement racial et patriarcal.
    Ces pages incisives proposent un autre récit du féminisme et posent toutes les questions qui fâchent : quelles alliances avec les femmes blanches ? Quelle solidarité avec les hommes racisés ? Quelles sont les première vie menacées par le capitalisme racial ? Pourquoi les néofascismes s'attaquent-ils aux femmes racisées ?
    Ce livre est une invitation à renouer avec la puissance utopique du féminisme, c'est-à-dire avec un imaginaire à même de porter une transformation radicale de la société.

  • Quels sont les liens entre l'industrie militaro-carcérale américaine, l'apartheid en Israël-Palestine, les mobilisations de Ferguson, Tahrir et Taksim ? Qu'est-ce que l'expérience des Black Panthers et du féminisme noir nous dit des rapports actuels entre les oppressions spécifiques et l'impérialisme ?
    Témoin et actrice de luttes de libération pendant plus d'un demi siècle, Angela Davis s'exprime ici sur l'articulation de ces différents combats, pour une nouvelle génération saisie par l'urgence de la solidarité internationale.

  • « Pourquoi j'écris ce livre ? Parce que je partage l'angoisse de Gramsci : "le vieux monde se meurt. Le nouveau est long à apparaître et c'est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres". Le monstre fasciste, né des entrailles de la modernité occidentale. D'où ma question : qu'offrir aux Blancs en échange de leur déclin et des guerres qu'il annonce ? Une seule réponse : la paix. Un seul moyen : l'amour révolutionnaire. »
    Dans ce texte fulgurant, Houria Bouteldja brosse l'histoire à rebrousse-poil. C'est du point de vue de l'indigène qu'elle évoque le pacte républicain, la Shoah, la création d'Israël, le féminisme et le destin de l'immigration postcoloniale en Occident. Balayant les certitudes et la bonne conscience de gauche, c'est chez Baldwin, Malcolm X ou Genet qu'elle puise les mots pour repenser nos rapports politiques. Aux grands récits racistes des Soral et Finkielkraut, elle fournit un puissant antidote : une politique de paix qui dessine les contours d'un « nous » décolonial, « le Nous de l'amour révolutionnaire ».

  • Où l'on verra quand et comment l'esclavage de type américain a engendré le système racial. Où l'on comprendra pourquoi le développement de rapports d'égalité à l'intérieur de la communauté blanche a favorisé la cristallisation de rapports sociaux spécifiquement raciaux. Où l'on assistera au lancement de la contre-révolution coloniale en France par le général de Gaulle. Où l'on saisira que le combat anticolonialiste des Arabes palestiniens et le combat antiraciste des Arabes et des Noirs en France ont un même adversaire, la domination blanche occidentale. "Nous voyons la haine que nous suscitons, l'islamophobie, la négrophobie ; nous voyons se multiplier les corps de police, s'étendre la répression, se consolider les mécanismes de contrôle et de surveillance, foisonner les dispositifs de corruption et de clientélisation, se développer les instances d'intégration et d'encadrement, mais nous n'en apercevons pas la cause, ou l'une des causes, qui n'est autre que la menace que nous faisons peser sur l'ordre blanc." Sadri Khiari est docteur en sciences politiques. Membre de l'opposition démocratique tunisienne, il est aujourd'hui installé en France. Il est l'auteur deTunisie, le délitement de la cité - Coercition, consentement, résistances (2003) et de Pour une politique de la racaille (2006).

  • Des Juifs s'expriment contre le racisme.
    Pas seulement contre l'antisémitisme. Contre toutes les formes du racisme!
    Les Juifs sont encore parfois victimes de crimes de haine, mais les principales victimes des discriminations et agressions racistes aujourd'hui ne sont plus les Juifs. Dans notre société, négrophobie et bavures policières ont partie liée tandis que l'islamophobie inventive des autorités ouvre la porte aux discriminations et légitime les agressions.
    Musulman·es, Noir·es, Asiatiques, réfugié·es, homosexuel·les... les formes du racisme changent, mais des procédés comparables d'exclusion sont à l'oeuvre.
    Il faut d'abord définir le racisme?: sa prétention à être «scientifique?» doit être anéantie?: le racisme est une construction politique et sociale. Pour le comprendre, deux questions doivent être posées?: «?Le racisme, à quoi ça a servi?» et «?À quoi sert le racisme aujourd'hui???»
    Les auteur·es partent de l'histoire des Juifs dans l'Europe de la Shoah comme dans les pays arabes colonisés. C'est pour mettre cette histoire douloureuse au service des solidarités antiracistes d'aujourd'hui. C'est le sens des actions évoquées ici, comme le Manifeste des enfants cachés dans lequel des victimes des lois raciales vichystes rappellent que sans la solidarité active de délinquants solidaires, ils ne seraient pas en vie.
    Il faut remonter plus loin dans l'histoire?: le racisme d'État a produit la traite négrière, l'esclavage codifié dans le Code noir. Le colonialisme est à l'origine d'un siècle et demi de discriminations légales, dont l'apartheid sud-africain.
    Les fondements du profond racisme qui imprègne la société française se trouvent incontestablement dans des institutions, des pratiques et des discours qui ont été élaborées dans le cadre de l'empire colonial français.
    Ce livre est une petite pierre à ajouter à la construction d'une nouvel antiracisme politique et décolonial, dans la solidarité avec les mouvements autonomes des racisé·es.

  • Résumé
    Il s'en passe des choses au nord de Manhattan, en ces années d'après-guerre. Le blues a envahi les têtes et les corps, les hommes et les femmes ont soif de liberté et de mauvais gin. Raymond Taylor, un écrivain à l'ambition débordante, habite avec ses amis artistes dans un immeuble de Harlem qu'ils ont baptisé le manoir Niggeratti. Mais que faut-il pour écrire un chef-d'oeuvre ?

    OEuvre à la fois puissante et effarouchée, pleine de bruit et de fureur, débordante d'un mélange d'enthousiasme et de cynisme, qui ravage tout sur son passage, Les enfants du printemps se lisait et se lit encore aujourd'hui comme on prend une douche froide : pour dégriser.

    Extrait
    - N'importe quoi.
    - C'est pas n'importe quoi. Il y a pas déjà assez de monde pour vomir ces petites merdes insignifiantes à ton goût ? Est-ce que tous les chanteurs noirs doivent consacrer leur vie à roucouler des mélodies d'esclave ?
    - Mais elles sont magnifiques, ces mélodies, lança Raymond.
    - Magnifiques ? la voix d'Eustace était pleine de mépris.

    Mot du traducteur Daniel Grenier
    Les enfants du printemps est un réquisitoire en bonne et due forme d'un moment historique et social particulier, où Harlem et les artistes afro-américains ont été à la mode autant chez les intellectuels iconoclastes que chez les bien-pensants. Rien ni personne n'y est épargné, alors que Thurman tire à boulets rouges sur ses compatriotes écrivains, sur les radicaux blancs profiteurs, sur l'intelligentsia noire, sur les classes moyennes, sur les lèche-botte et les lèche-cul.

    L'auteur
    L'auteur Wallace Henry Thurman (1902-1934) est une figure importante de la Renaissance de Harlem. Il est connu pour son roman Plus noire est la mûre (1929). Les enfants du printemps (1932) nous plonge au coeur de Harlem et du monde noir.

    Traduit de l'anglais par Daniel Grenier

  • Depuis plus de vingt ans, les polémiques autour de la présence visible de l'islam en France n'ont cessé de s'amplifier : foulard à l'école, port de la « burqa », mise en cause de la laïcité... La société française nourrie d'universalisme républicain ne comprend pas pourquoi les enfants de l'immigration, au lieu de s'assimiler au sein d'une société sécularisée, y ont introduit une religion vigoureuse qui aspire désormais à se faire reconnaître. Cet état de fait semble tellement incroyable que, pour beaucoup, il ne peut s'agir que d'un projet politique manipulé. Le rejet de l'islam, qui se manifeste en France comme partout en Europe, est le résultat de cette perception. Et si on faisait l'hypothèse inverse ? Que ce « retour du religieux » surgit bien du coeur de notre société en mal de repères ? Et qu'il n'est ement incompatible avec la modernité démocratique, qu'il peut même contribuer à renforcer ?

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