Syllepse

  • Le Maroc pourra-t-il éviter des contestations majeures, plus profondes et plus radicales, que celle amorcée en 2011 par le Mouvement du 20?février dans le sillage des processus révolutionnaires qu'a connu la région ?
    Les résistances populaires dans le Rif, la multiplication des mouvements sociaux, les nouvelles formes d'organisation et d'action attestent de l'ébullition sociale qui couve au Maroc.
    La monarchie en place voit, au-delà des apparences, son mode de domination ébranlé et atteindre ses limites. Son modèle de développement basé sur un capitalisme patrimonial, distribuant prébendes et entretenant un clientélisme élargi, adossé à un régime policier, connaît une crise majeure renforcée par son insertion dans la mondialisation actuelle.
    Ce capitalisme de copinage, en grande partie prédateur, déstabilise les rapports de l'État marocain au corps social, sape les fondements de sa légitimité.
    Analyser et comprendre ces particularités marocaines dans ses différentes facettes, c'est ce que cet ouvrage propose dans un premier temps.
    Pour autant, malgré l'émergence de la question sociale comme question politique fondatrice ouvrant de nouvelles possibilités politiques, aucune alternative ne semble se dessiner tant les forces candidates à la transformation du système restent enfermées dans des schémas qui relèvent d'une autre réalité historique, celle du siècle passé.
    La société marocaine contemporaine offre une nouvelle complexité sociale que l'auteur se propose de déchiffrer et propose d'en tirer des éléments de réflexion nécessaires à un projet d'émancipation du 21e siècle en partant des défis actuels et de ce que nous apprennent les mouvements sociaux.

  • Dans un pays, les États-Unis, où les relations de genre sont fortement liées à l'histoire de son territoire urbain, sexe, genre et sexualités imprègnent l'espace des villes.
    Cet ouvrage se propose de nous en révéler les liens.
    Dans une première partie historique, il nous fait découvrir comment les espaces genrés et ségrégués se sont construits dans l'histoire des États-Unis et de ses villes.
    Il explore comment le partage de l'espace public entre les sexes s'est organisé.
    La ville d'aujourd'hui a-t-elle toujours «?mauvais genre?» comme le croyaient les progressistes du 19e siècle (homosexualité, queerness, prostitution...)??
    Ou, au contraire, les municipalités jouent-elles désormais de la diversité de la ville pour mieux la «?vendre?», notamment aux femmes, à qui la ville est censée «?faire peur?»??
    Existe-t-il aujourd'hui un droit à la ville «?genré?», c'est-à-dire déterminé par le genre??
    Fondé sur de nombreux entretiens menés dans la ville de Chicago et s'appuyant sur les théories des géographes féministes anglo-saxonnes, trop ignorées en France, cet ouvrage s'interroge sur la co-constitution d'identité de genre et de l'espace urbain aux États-Unis, et plus généralement sur la relation entre sexe et ville.
    Chemin faisant, l'autrice nous dévoile les nouvelles divisions genrées qui se déploient au détour de nos rues. Elles ont des effets sur la propriété foncière, sur l'architecture, sur les magasins, le mobilier urbain, les cafés, etc.
    À l'époque du néolibéralisme, les stratégies de résistance des intéressé·es pour occuper la ville sont également traitées.
    Un ouvrage sur une question qui interpelle autant le féminisme que la sociologie urbaine.

  • Thomas Sankara reste une figure de premier plan du panafricanisme et de l'anticolonialisme.
    Durant son passage à la tête du Burkina Faso, interrom- pu par son assassinat en 1987, Sankara a marqué l'histoire de son pays, de son continent, et plus largement la mémoire des luttes anti-impérialistes.
    Pourtant aujourd'hui encore, de nombreux discours restent inédits, une motivation suffisante pour la publication de ce nouveau recueil, dont les textes ont été rassemblés et commentés par un spécialiste de la révolution burkinabè et biographe de Thomas Sankara.
    On entend souvent dire que Thomas Sankara est po- pulaire parce qu'il faisait ce qu'il disait. Confronter les discours à la réalité que vivait le pays, comparer le projet aux réalisations, sont parmi les objectifs majeurs de cet ouvrage.
    Ce qui est nouveau, par rapport aux autres recueils de discours, c'est que cette fois chaque discours est précédé d'une introduction spécifique.
    Mieux le situer dans son contexte permet en effet de mieux en saisir la portée, mais aussi le mouvement.
    Pour la première fois, sont présentés ici tous les dis- cours prononcés à l'occasion des anniversaires de la révo- lution, ou du nouvel an, dans lesquels Thomas Sankara fait le point sur ce qui a été réalisé, les difficultés rencontrées et les objectifs fixés pour l'année à venir.
    Mais sont rassemblés aussi les principaux discours de Thomas Sankara. Ceux qui abordent les thèmes qui lui étaient chers : la libération de la femme, la lutte contre la dette, l'utilisation de la langue française, la défense de l'en- vironnement, la justice, le mouvement des non-alignés, les Comités de défense de la révolution, la justice populaire mais aussi le fameux discours à l'ONU où il s'affirme comme porte-parole de tous les opprimés.
    Enfin, trois textes viennent encadrer ces discours : une biographie de Thomas Sankara, la présentation de son pro- jet, et la synthèse de ce qu'on sait sur son assassinat. Un ouvrage complet permettant d'avoir une connaissance ap- profondie de cette expérience révolutionnaire inédite et du rôle qu'y a joué son leader Thomas Sankara.
    Cet ouvrage, enrichi une chronologie détaillée, offre aux lecteurs un aperçu complet de la révolution au Burkina Faso, et du rôle spécifique que Thomas Sankara y a joué.

  • Une histoire critique de la psychiatrie, tel est le projet de ce livre, celle d'une libération de l'enfer- mement de la folie et de ses contraintes inhumaines, produits de la domination de la raison d'État.
    La notion de santé mentale a été présentée une volonté d'émancipation par la science. Elle est au- jourd'hui une politique de régulation d'un marché pu- blic-privé sécuritaire, imposée hors de toute démarche démocratique. Sa gestion néolibérale est centrée sur les résultats comptables et des mesures sécuritaires d'enfermement. Dans ce contexte les soignants sont à nouveau les garde-fous d'un nouvel « ordre protec- tionnel » médicalisé.
    La rupture avec la réalité catastrophique de la psy- chiatrie publique est, pour l'auteur, un espace d'utopie concrète. Il l'aborde à partir de sa pratique psychia- trique au sein d'un centre d'accueil et prolonge la réflexion amorcée dans ses ouvrages précédents : Psy- chiatrie dans la Ville et La Rue des précaires (Érès, 2000 et 2011). L'auteur a expérimenté et postule la possibilité d'une psychiatrie différente au sein de pratiques insti- tutionnelles ouvertes, en lien avec les « tiers sociaux » dont les familles et les structures politiques.
    Ce livre s'appuie sur l'apport des connaissances de la psychanalyse et des sciences sociales dans l'analyse institutionnelle, d'allers-retours entre Freud et Marx.
    Libérer la folie de ses contraintes médicalisées est donc une utopie concrète, une réappropriation du métier de soignant et de son éthique d'engagement humain, avec ses moyens de formation et matériels, dont les luttes ouvrent une approche renouvelée du normal et du pathologique.
    Une première émancipation est de subvertir les politiques de santé mentale administrées, alors que celles-ci instrumentalisent l'essor de techniques mo- dernes en support de « bonnes pratiques » d'évaluation comptable. Une seconde est de sortir d'une politique de gestion des risques, de précaution plus que de pré- vention collective. Le contrôle social est la négation de toute protection sociale et de services publics so- lidaires, mais aussi de réels droits humains collectifs des patients. Ces deux entrées s'ouvrent à une éman- cipation qui sorte le patient de la naturalisation biolo- gique et d'une supposée dangerosité dont les études sérieuses montrent qu'elle est exceptionnelle.
    Son émancipation politique passe donc par l'abro- gation de la loi sécuritaire du 5 juillet 2011 et des lois de santé qui régentent aujourd'hui la psychiatrie.
    Doit être réactualisé l'ensemble des acquis de pra- tiques alternatives à l'asile carcéral, les expériences de secteur psychiatrique des cinquante dernières années.
    Une politique de santé mentale passe par les pratiques de psychothérapie institutionnelle et la reconnaissance des droits humains des patients qui participent des luttes d'émancipation dans la société.
    Le livre est un plaidoyer pour une transition poli- tique vers des institutions où se mène une politique de santé mentale d'humanisation et de désaliénation du soin psychiatrique, et appelle à un débat public pour une institution démocratique de la psychiatrie.

  • Dans son livre Changer le monde sans prendre le pouvoir, Holloway mène une analyse théorique et politique de ce que portent les mouvements sociaux depuis le milieu des années 1990 - impulsés notamment par la révolte zapatiste en 1994. Holloway montre que ces mouvements luttent pour un changement radical, mais dans des termes qui n'ont rien à voir avec la radicalité des luttes antérieures qui visaient la prise du pouvoir d'Etat. Holloway s'interroge sur la manière de reformuler notre compréhension de la révolution en tant que lutte contre le pouvoir et non pas pour le pouvoir. Après un siècle de tentatives manquées visant à mener des changements radicaux, et ce, autant du côté des révolutionnaires que de celui des réformistes, le concept de révolution est entré en crise.

  • Que peut-il bien y avoir de commun entre Mai 68 et le mouvement des Gilets jaunes ?
    Cinquante ans après, l'« événement » parle encore, et les objectifs portés par les mouvements de contes- tation trouvent un écho avec les Gilets jaunes : les sa- laires, la reconnaissance sociale, la démocratie.
    La recherche d'une démocratie active, réelle et à tous les échelons de la société trace un fil entre les deux moments.
    Ce livre propose de retisser une analyse replaçant le mouvement des Gilets jaunes dans la longue chaîne de mouvements populaires porteurs d'aspirations dé- mocratiques radicales qui se sont manifestés à l'échelle internationale depuis les années 1960.
    De longue date, la protestation sociale est porteuse des préoccupations écologiques, de la demande de transformation radicale du travail, d'une volonté d'or- ganisation démocratique et collective des entreprises et des services publics, ainsi que d'une démocratie sous le contrôle direct du plus grand nombre pour développer ce qui peut et doit être commun.
    Ce que disent les mouvements populaires et les contestations radicales compose une sorte de projet, un espoir autant qu'un programme qui reste à écrire :
    Mai 68 est un arbre de la liberté comme le furent ceux plantés en 1793 en France.
    Pour renouer ce fil, l'auteur étudie avec précision ce qui s'est passé, dans les entreprises, les services, les villes et les universités, ce qu'ont fait les divers partis et organisations afin de tenter d'élucider pourquoi il s'agissait alors d'une « révolution sans révolution ».
    Un livre qui permet de comprendre comment nous en sommes arrivés à la situation actuelle qui appelle à reconstruire un espoir en confrontant ces réflexions aux questions posées par les Gilets jaunes.

  • À l'occasion du 200 e anniversaire de la naissance de Marx (1818-1883), la célèbre biographie écrite par Franz Mehring et publiée en allemand en 1918, paraît dans une édition entièrement retraduite, enrichie d'un ample appareil critique et d'études complémentaires, ainsi que d'une biographie politique de son auteur.
    Ce n'est qu'en 1983 que l'ouvrage a été traduit en français et publié pour la première fois. Mais la traduction, l'avant-propos de Jean Mortier portent l'empreinte du recyclage de Marx par l'idéologie sta- linienne.
    Cette première traduction française comportait 600 pages, la nouvelle, commentée et annotée par Gérard Bloch en occupe 1 500.
    Pas de quoi effrayer les lecteurs et les lectrices.
    En effet, la vivacité de l'oeuvre de Franz Mehring est entretenue par Gérard Bloch qui nous fait découvrir de nouveaux paysages en éclairant ceux peints par Mehring.
    Il partage avec Mehring la vaste connaissance du parcours de Marx et possède une vue plus complète des écrits de ce dernier, soit ceux publiés après 1918.
    Il combine exactitude et érudition en donnant ac- cès dans ses notes aux textes originaux de Marx aux- quels Mehring ne fait qu'allusion.
    Il accompagne avec pédagogie les lecteurs et les lectrices sur les tracés allant de Marx et Engels à Mehring et aux débats politiques de l'époque, dont plus d'un s'inscrit dans les temps présents.
    L'oeuvre magistrale de Mehring est désormais disponible dans une édition française complètement nouvelle et augmentée.

  • Comme le dit le dramaturge B. Brecht « Prends un livre, c'est une arme », mais comme toute arme il faut en comprendre les mécanismes, sinon elle se retourne contre soi. En matière de lutte contre les discriminations racistes, plus que dans n'importe quel autre domaine, les mots employés ne sont ni neutres ni anodins. Au contraire, ils sont surchargés de sens et sont révélateurs des discours et des postures contradictoires qui s'affrontent les unes les autres : les mécanismes et les logiques qui les animent doivent pouvoir être repérées.
    Ce livre, issu du travail mené depuis plusieurs années par la revue Les figures de la domination, se veut un dictionnaire des termes en présence dans le débat portant sur les discriminations.
    « Banlieue », « immigration », « islamisme », « méritocratie » : ce dictionnaire se veut ainsi une critique du glossaire dominant dans la mesure où il tente de repérer quelles sont les définitions mises en oeuvre en fonction des grilles de lectures dominantes, racistes et sexistes. Ce travail de déconstruction se double d'un effort pour proposer un contre- vocabulaire, des mots qui nomment les discriminations pour mieux les combattre.

  • En finira-t-on jamais avec mai 68 ? la droite, toujours prompte à rappeler son souvenir, s'acharne contre ce passé.
    Quarante ans après, elle en dénonce les traces dans la société française. l'aveu est de taille et, paradoxalement, indique bien l'ampleur et l'intensité de l'événement qui ne peut se circonscrire au seul mois de mai 1968, ni à la france du général de gaulle. cet ouvrage en témoigne : la déferlante fut plus large, touchant plusieurs continents, plus longue, se prolongeant jusqu'à la fin des années 1970.
    Cette "encyclopédie de la contestation" raconte cette fracassante époque et analyse ce soulèvement planétaire.

  • Illustration parmi tant d'autres de la parenté entre islamophobie et judéophobie, la question juive hier, celle de l'islam aujourd'hui, sont des lieux privilégiés du « délire idéologique ». On ne saurait donc appréhender la réalité de l'islamophobie actuelle sans passer par le détour de l'antisémitisme, dont elle est largement un avatar tardif et une mutation coloniale.

    L'auteur nous invite à relire avec les yeux d'aujourd'hui les Réflexions sur la question juive de Sartre qui évoquait les fureurs discursives antijuives en France. Omniprésente dans le discours public et dans les politiques d'État, l'islamophobie est exacerbée par les crimes réels commis au nom de l'islam par une nébuleuse de groupuscules et d'organisations directement ou indirectement manipulées par des États.

    Comme sa soeur jumelle, la judéophobie, l'islamophobie apparaît comme la nouvelle forme de la peste raciste, la résurgence d'un virus social dont la nocivité est notoire, opérant désormais à l'échelle globale. Certes, comme tout parallèle, celui-ci connaît des limites.

    Il ne s'agit pas ici de poser une équation entre la situation des musulmans aujourd'hui et celle des juifs hier, mais entre deux ensembles racistes qui fonctionnent de façon identique en dépit des différences entre leurs objets. Il ne s'agit pas seulement de protéger les musulmans et de s'opposer à la guerre des civilisations par la recherche d'un nouvel non-alignement. Ce qui est au centre des préoccupations de l'auteur, c'est le caractère même des sociétés que le racisme gangrène, et qui menace la vie commune en Europe. Dans la perception des peuples arabes, la guerre au Liban, en Palestine et en Irak est une et les ennemis en présence sont les mêmes. Cette fusion des fronts conforte l'islamophobie en même temps qu'elle installe la guerre des civilisations dans les têtes.

    Annoncée à Barcelone il y a plus de dix ans, l'Euro-Méditerranée transformerait pourtant la ligne de fracture entre les rives de ce lac intérieur en trait d'union, et réconcilierait les fragments écartelés d'une mémoire commune, en conjuguant la multiplicité et la diversité des identités sur le mode de la complémentarité. C'est justement le principe de ce que la langue française appelle une mosaïque.

  • Comment les socialistes juifs russophones de l'empire russe - sociaux-démocrates (bolcheviks et mencheviks), socialistes révolutionnaires - ont-ils négocié leur judéité ? Cette interrogation permet d'apporter des éléments de réponse à la lancinante question de savoir qui est Juif et de faire la part, en particulier, des attitudes diverses face à l'assignation identitaire, à l'identité imposée par autrui.
    En l'absence de citoyenneté, en effet, les Juifs de l'empire russe n'ont pas pu devenir des citoyens de confession juive. Ils ont été cantonnés dans la catégorie extensible des " allogènes " servant à désigner tous les non-Russes, non-orthodoxes. Les Juifs étaient considérés comme une nationalité, voire comme une nation prémoderne, comme ils ont pu l'être dans la France d'avant la Révolution. Le processus de confessionnalisation qui aurait renvoyé la religion à la sphère privée n'a pu aboutir.
    À l'issue du 19e siècle qui a vu se multiplier en Europe les affirmations nationales, venues largement supplanter les formes antérieures du " lien social ", une grande partie des Juifs de l'empire russe s'est elle aussi nationalisée, à la fois dans des courants constitutionnalistes et révolutionnaires : les Juifs sont ainsi passés du statut de nation prémoderne à celui de nation moderne. Dans la Russie des tsars, plus encore qu'ailleurs en Europe, ils étaient sommés de se définir par rapport à leur judéité.
    Aujourd'hui encore, comme le montrent diverses parutions récentes, ils sont largement considérés comme extérieurs à la communauté nationale russe, ukrainienne, etc., ils sont exclus du " nous ".

  • Wilebaldo Solano nous livre ici son analyse d'un moment historique qui aurait pu changer le cours de l'histoire.
    Nourri par ses souvenirs, par son travail de recherche et par l'apport des archives soviétiques ouvertes après la chute du Mur de Berlin, son témoignage rappelle que la lumière doit encore être faite sur la politique du maître du Kremlin et de ses alliés.
    Portraits, documents, notices et une riche iconographie complètent l'ouvrage.

  • Ce livre collectif retrace l'expérience des Cahiers du féminisme, une revue «féministe-luttes de classes », qui pendant vingt ans a tenté d'éclairer, par ses reportages et sa réflexion, les questions qui se posaient dans le bouillonnement (ou les reflux) du mouvement des femmes et du mouvement ouvrier.
    Pour les rédactrices, toutes bénévoles, membres de la Ligue communiste révolutionnaire, il s'agissait de relire l'histoire et de s'emparer de l'actualité politique avec le regard aiguisé de militantes salariées et syndicalistes, profondément engagées dans le combat féministe collectif.
    Les auteures de ce livre, épaulées par une historienne féministe, tentent de nous faire partager les enthousiasmes et les interrogations qui ont été à la source de la publication, numéro après numéro, de cette revue originale à plus d'un titre. Au fil des chapitres, les auteures font surgir l'arrière-plan politique et militant qui a alimenté les rubriques ou les dossiers de la revue. Parmi les questions abordées, celles-ci :
    - Comment s'est traduite, dans la revue, cette soif d'histoire de la génération féministe de la deuxième vague ?
    - Quel écho et quel sens les Cahiers ont-ils donné aux mobilisations en faveur de l'avortement, de la contraception, de la sexualité ?
    - Comment la lutte pour avoir «le temps de vivre » a-t-elle percuté la division sociale et sexuée des tâches dans la famille, le monde du travail et la politique ?
    - Quelle place ont prise les femmes dans les luttes et les mouvements sociaux en France et sur le plan international ?
    - Comment se sont-elles organisées ?
    - Comment les Cahiers du féminisme se sont-ils situés dans des débats qui rebondissent aujourd'hui comme celui sur le foulard musulman à l'école, la laïcité et l'émancipation des femmes ?
    - Où en sont les féministes aujourd'hui ?
    Les auteures nous invitent à faire un va-et-vient permanent entre les interrogations d'hier et d'aujourd'hui.

  • Michèle Firk (1937-1968) fut l'une des figures les plus attachantes de cette époque de rêves et de luttes qui enflamma la France il y a une quarantaine d'années.
    D'abord militante du PCF, elle rejoint les réseaux d'aide au FLN algérien qu'elle contribue à reconstituer après les arrestations et le procès Jeanson. Elle rejoint ensuite les révolutionnaires d'Amérique latine: après un séjour à Cuba, elle gagne le maquis du Guatemala, où elle participe, notamment, à la tentative d'enlèvement de Gordon Mein, ambassadeur US. Au moment où la police frappe à sa porte, elle se suicide pour ne pas risquer de parler.
    Journaliste, ancienne élève de l'Institut des hautes études cinématographiques, elle participe notamment à la vie de la revue Positif où elle fera connaître plusieurs cinémas du tiers-monde, dont le cinéma cubain. Elle n'est pas devenue cinéaste. Elle s'est consacrée entièrement à l'activité militante. À un moment où les problèmes d'impérialisme et de capitalisme - on dit aujourd'hui l'Empire, les actionnaires - sont plus que jamais d'actualité, ce livre évoque avec chaleur le souvenir et le combat de Michèle Firk: "Chers camarades, ne permettez pas que l'on fasse de moi autre chose que ce que je suis et veux être: une combattante révolutionnaire.
    "

  • Le 3 janvier 1966 s'ouvre à La Havane la Conférence de solidarité avec les peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine, plus connue sous le nom de « Tricontinentale ».
    Vers la capitale cubaine converge des représentants de tous les mouvements de libération et de toutes les organisations luttant contre « le colonialisme, le néocolonialisme et l'impérialisme » du tiers-monde.
    Des personnalités importantes comme le Chilien Salvador Allende ou le Guinéen Amilcar Cabral sont également de la partie. Certains des délégués ont quitté pour quelques jours leurs maquis pour participer à cette rencontre inédite.
    D'autres ont fait un périple de plusieurs milliers de kilomètres pour éviter les arrestations et participer à au rendez- vous des damnés de la terre.
    Au menu des débats se trouve la solidarité avec le peuple vietnamien et avec les autres luttes de libération nationale.
    L'ambition est aussi de coordonner les luttes des trois continents. Jamais une rencontre n'a suscité autant d'espoir chez les uns et autant de crainte chez les autres.
    La conférence prit des décisions et décida d'une organisation tricontinentale pour les mettre en oeuvre. Elle participa à la socialisation politique de toute une jeunesse au quatre coins du monde. Des rues de Paris à celles d'Alger, des maquis d'Angola aux campus de New York, l'écho de la Tricontinentale se fait entendre pendant plusieurs décennies.
    Il porte l'espoir d'un nouvel ordre économique et politique mondial plus juste, plus égalitaire, plus solidaire. Ces échos retentissent encore aujourd'hui dans les dynamiques latino-américaines d'un Chavez (Venezuela) ou d'un Morales (Bolivie), dans les Forums sociaux mondiaux de Porto Alegre à Tunis.
    Le monde a changé depuis la Tricontinentale, mais les questions posées par elle, restent d'une grande modernité.

  • Transformer un militant révolutionnaire en icône n'est- ce pas insulter sa mémoire ? Cinquante ans après la mort de Che Guevara, les marchands de posters et de tee-shirts n'y trouvent rien à redire et la figure du guérillero peut conti- nuer à susciter admiration ou fascination sans que beau- coup n'en connaissent réellement la pensée, les engage- ments ou tout simplement l'itinéraire.
    Samuel Farber, l'auteur de ce livre, n'est pas un idolâtre de Che Guevara. Originaire de Cuba, acteur engagé de la gauche radicale américaine, Sam Farber nous propose une réflexion critique sans concession sur l'itinéraire du gué- rillero.
    Cet ouvrage restitue le parcours du révolutionnaire ar- gentin et non le mythe.
    De sa naissance en Argentine à son assassinat par la CIA en Bolivie le 9 octobre 1967, l'auteur reprend le fil de sa vie. Le jeune étudiant en médecine, dont le voyage à travers l'Amérique latine confrontée à la misère et aux dictatures décide de son engagement politique, entreprend alors de se consacrer à la révolution.
    Ces années de formation sont essentielles pour com- prendre la pensée de celui qui sera bientôt surnommé Che Guevara lorsqu'il rejoint Fidel Castro.
    La révolution cubaine, ses responsabilités dans la ré- forme agraire, son engagement militaire au Congo et enfin l'expédition en Bolivie qui lui sera fatale constituent les temps forts de l'ouvrage.
    Samuel Farber offre également au lecteur une nouvelle approche critique de la pensée de Che Guevara qui éclaire pleinement ses actes et ses choix fortement marqués par un volontarisme autoritaire qui éclipse la question démo- cratique et qui annonce déjà les impasses de la révolution cubaine.
    Un portrait sans concession qui éclaire sous un nou- veau jour une figure exceptionnelle du 20 e siècle.

  • Il existe un double intérêt à republier les 8 numéros de la revue Questions féministes, parus entre 1977 et 1980.
    Le premier intérêt est historique. Aujourd'hui, les études sur le genre sont devenues monnaie courante et le CNRS a tenu une conférence officielle sur ce thème au printemps 2010. Il a aussi émis le voeu que ce domaine de recherches soit renforcé, et a reconnu que la France avait un grand retard en la matière.
    Questions féministes a joué en ce domaine un rôle précurseur : c'est la première revue de ce qui ne s'appelait pas encore études féministes, encore moins études sur le genre, car ce mot était inconnu. Cette revue a été fondée par des universitaires, en majorité chercheuses au CNRS, et bien qu'elle n'ait pas bénéficié d'un soutien institutionnel, elle a néanmoins ouvert la voie de ces études : d'un nouveau domaine de recherche, aujourd'hui établi. D'autres revues se sont créées par la suite, mais pas avant les années 1990. L'autre intérêt historique est qu'à sa suite a été créée Nouvelles Questions féministes, en 1981, et que celle-ci existe encore aujourd'hui : la première des revues d'études féministes est aussi la plus ancienne, et la plus prestigieuse. L'autre intérêt est scientifique : en effet c'est dans Questions féministes qu'ont été publiés des articles qui sont devenus, dès leur publication, soit au fil du temps, des classiques sur lesquels s'appuie en grande partie la formation théorique des étudiant. es d'aujourd'hui dans ce domaine, en France, mais aussi en Suisse, en Belgique, et au Québec. Or si certains de ces articles ont été republiés dans des recueils réunis par leurs auteures, d'autres restent difficilement trouvables, bien qu'ils jouissent d'une grande réputation.
    Il est clair que les deux intérêts se rejoignent : le contenu de la revue fait partie du corpus du champ d'études, et fait en même temps partie de son histoire ; mieux, il est à l'origine de son histoire. Les numéros de cette revue sont quasiment inaccessibles car les bibliothèques universitaires ne les achetaient pas ; on ne peut les trouver qu'à la Bibliothèque Marguerite Durand, et à la BNF, toutes deux à Paris, et nulle part en province. Toutes ces raisons font qu'il est nécessaire de remettre ces textes à la disposition des lectrices et des lecteurs.

  • La société française résiste à la remise en cause des rapports sociaux normatifs et "naturalisés" qu'exigent la construction de la démocratie et les principes de liberté et d'égalité énoncés dans la constitution et les lois de la république.
    Il en résulte un tableau contrasté en ce qui concerne la place et les droits des femmes. celles-ci ont massivement investi le champ du travail salarié, condition essentielle de leur indépendance, mais sont toujours en butte à des représentations qui les assujettissent. l'autonomie acquise par une minorité ne doit pas dissimuler que, dans leur grande majorité, les femmes restent confrontées à des idées et des pratiques enracinées dans les spécificités françaises du sexisme, en particulier l'obsession nataliste et l'idéologie de la famille: autant d'obstacles à la liberté de décider ce qu'elles feront d'elles-mêmes.
    Si le contrôle direct du corps par l'état a cédé progressivement sous la pression des luttes des femmes, il a trouvé refuge dans le pouvoir médical et la mise en place des prestations sociales incitant à la procréation et au retour au foyer. parallèlement, une propagande insidieuse véhiculée par les médias et la publicité assigne aux femmes le rôle de séductrices habilement corrélé à celui de reproductrices.
    Beaucoup de femmes résistent. précarité de l'emploi et temps partiel imposé ne les font pas renoncer à se maintenir sur le marché du travail. et si la france dispute à l'irlande la première place pour le taux de fécondité en europe, une française sur deux avorte au moins une fois dans sa vie. contradictoire, la condition actuelle des femmesoe non, c'est la résultante d'une volonté d'aller de l'avant, continuellement refoulée par les conformismes hérités de la tradition familialiste de ce pays.

  • Protestation contre la rationalité bornée, l'esprit marchand, la logique mesquine, le réalisme plat de la société capitaliste-industrielle et de la civilisation " occidentale ", le surréalisme est un mouvement de révolte de l'esprit et une tentative éminemment subversive de ré-enchantement du monde.
    Depuis son surgissement en 1924, c'est une aventure à la fois intellectuelle et passionnelle, politique et magique, poétique et onirique, qui proclame haut et fort une aspiration utopique et révolutionnaire à " changer la vie ".
    La majorité des essais rassemblés ici traitent de la philosophie politique du surréalisme et de son rapport au marxisme.
    L'adhésion des surréalistes au matérialisme historique, solennellement affirmée par André Breton a profondément marqué l'histoire du mouvement et celle de son positionnement politique. Mais si cet intérêt pour le marxisme est essentiel, il est loin d'être exclusif. Depuis l'origine du mouvement, une sensibilité libertaire parcourt aussi la pensée politique des surréalistes.
    Si autant de penseurs - comme Pierre Naville, José Carlos Mariategui, Walter Benjamin, Guy Debord, discutés dans ce livre - ont été fascinés par le surréalisme, c'est parce qu'ils ont compris que celui-ci représentait la plus haute expression du romantisme révolutionnaire au 20e siècle.

  • - Des entreprises récupérées par leurs travailleurs - Les enjeux de l'autogestion ouvrière : dimension centrale de la réponse des dépossédés à la crise du capitalisme en Argentine 2001 : la crise secoue le pays, les entreprises ferment, abandonnées par leurs patrons ;
    Les travailleurs occupent leurs entreprises, résistent et tentent de relancer la production.

  • L'ouvrage consiste en une analyse critique du discours expert sur les violences à l'école et des réseaux d'expertise qui se sont créés sur cette thématique.
    Depuis les années 1990. un vaste champ de recherches a été stimulé sur ce thème par des commandes publiques nationales et européennes. dont plusieurs disciplines ont bénéficié (sociologie, sciences politiques. criminologie. sciences de l'éducation, épidémiologie. etc.). Il s'agit donc de mettre en évidence le danger que représente une littérature experte directement inféodée à la demande politique et bureaucratique de " lutte " contre la violence scolaire.
    Les chercheurs qui produisent ces expertises pour différentes institutions nationales et internationales. comme l'Union européenne. se caractérisent par un manque d'autonomie à l'égard des pouvoirs politiques et des définitions bureaucratiques. Le " problème social " de la violence tel qu'il est défini dans les champs politique et médiatique est l'objet de cette production experte qui revendique son " utilité sociale " auprès du " décideur " et l'apport des " bonnes pratiques ", notamment américaines.
    Dans le domaine de la lutte contre la violence. Volontiers neutraliste, cette production, qui stigmatise toute démarche critique en sociologie comme étant " idéologique " ou d'" ultragauche ", pour reprendre les termes employés, se caractérise par sa normativité quand il s'agit de désigner les " bons " et les " mauvais " comportements, et un certain conservatisme dans le choix des bonnes " solutions " américaines à la violence.
    Ces experts déclarent pouvoir " prédire " l'apparition du comportement délinquant à venir chez des enfants âgés de quelques années, pour l'enrayer à la racine grâce au " repérage " des délinquants potentiels. Nous avons vu que le président Sarkozy manifeste un grand intérêt pour ces travaux. Il y a donc urgence à analyser ces discours et à les contrer.

  • En 1966, lorsque paraît ce livre, le monde est divisé en deux blocs, l'un capitaliste.
    L'autre du "socialisme" réellement inexistant. mais, 1968 n'est pas loin. le mouvement étudiant américain vient de connaître sa première épreuve de force d'envergure. à berkeley. en 1964, avec le free speech movement. la première conférence de solidarité des peuples d'afrique, d'asie et d'amérique latine, la tricontinentale, se tient à la havane en décembre 1966. en même temps, le combat des noirs états-uniens s'est radicalisé: les ghettos se soulèvent.
    Enfin, le nouveau mouvement des femmes pointe le nez, pleinement en phase avec cette nouvelle radicalité. le socialisme fait à nouveau l'objet de discussions passionnées, interpellé par les luttes de libération du tiers-monde qui s'en revendiquent explicitement. pour hal draper, le moment est venu de faire connaître largement sa conception du socialisme. pour cela. il propose une généalogie du socialisme moderne à partir de deux filiations opposées: le socialisme par en haut et le socialisme par en bas.
    Il se situe sans ambiguïté dans la seconde tradition. l'essai de draper vise en particulier à mettre en valeur l'héritage auto-émancipateur du socialisme, qu'il oppose à ses traditions autoritaires. ce livre. inédit en français. intéressera celles et ceux pour qui le socialisme représente encore un espoir au 21e siècle, mais qui ressentent le besoin de débattre les échecs et les reniements qui jalonnent son histoire.

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