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Syllepse
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Les déchets du monde : Envers du décor
Aurélie Leroy
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 2 January 2026
- 9791039903325
Les mots façonnent nos perceptions. « Déchet » n'échappe pas à cette règle. Dans son sens premier, il désigne ce qui est tombé en dehors, ce qui n'a plus de place, ce qui doit être mis de côté. Cette étymologie en dit long sur notre rapport à ces objets devenus indésirables. Le déchet, c'est l'inutile, l'invisible, l'indigne. Celui qu'on rejette, qu'on exile hors de notre champ visuel pour retrouver la propreté rassurante de nos espaces de vie.
Cette vision dominante organise tout un système, celui de la consommation moderne. Elle nourrit un récit où le gaspillage et la pollution seraient les effets collatéraux « naturels » du progrès, et où la solution technique - incarnée par le recyclage industriel ou la valorisation énergétique - viendrait refermer la boucle.
Cette logique est rassurante, mais elle est trompeuse. Elle éclipse les questions fondamentales : qui produit les déchets ? Qui en paie le prix ? Qui profite de leur gestion ? Elle occulte les asymétries entre pays riches et pays pauvres, entre centres de pouvoir et périphéries sacrifiées, entre consommateurs privilégiés et travailleurs précarisés. Elle passe sous silence la réalité économique : la transformation des déchets en marché, l'exploitation des ressources résiduelles, la course au rendement orchestrée par le capital financier sur l'ensemble des circuits mondiaux des détritus.
Réfléchir aux déchets, ce n'est donc pas se limiter à une question technique ou logistique - comment les collecter, les trier, les valoriser. C'est interroger les fondements mêmes de notre modèle économique : son obsession de la croissance, son extractivisme destructeur, ses logiques néocoloniales qui déplacent la pollution des uns vers les autres. C'est comprendre que nos « restes » ne disparaissent jamais vraiment. Ils voyagent. Ils circulent. Ils redessinent les cartes du monde en silence, en créant des zones sacrifiées où s'entassent nos rebuts et, avec eux, les stigmates de nos choix collectifs. -
Nouvelle géopolitique de l'Afrique
François Polet
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 18 September 2025
- 9791039902984
L'expulsion de la France du Sahel constitue un retournement géopolitique. Il s'inscrit dans un mouvement de redistribution des influences en Afrique, dans le contexte des recompositions à l'oeuvre depuis le début de la guerre russo-ukrainienne.
Indubitablement, la nouvelle guerre froide redonne un poids stratégique au continent, du fait de la compétition entre puissances - grandes mais aussi moyennes - pour ses ressources naturelles, ses marchés, ses bases militaires, ses votes dans les enceintes onusiennes.
Et en dépit de son dédain apparent pour l'Afrique, l'administration Trump y poursuit l'ambition états-unienne de contrer la Chine dans le domaine des minerais stratégiques.
Si cette nouvelle configuration rend des espaces de souveraineté aux États, qu'en est-il de la capacité du continent à formuler un point de vue africain pour peser sur les grands enjeux mondiaux, en matière de sécurité collective, de changement climatique ou d'ordre économique ?
Cette capacité progresse globalement quoique de manière très inégale, du fait de la pesanteur des hiérarchies internationales comme du déficit de coordination entre diplomaties, y compris dans le cadre de la coopération Sud-Sud. Ces difficultés reflètent les blocages dans la marche vers l'intégration politique de la région. Destinée à mettre en oeuvre le vieux projet panafricain, l'Union africaine éprouve les plus grandes peines à imposer un cadre collectif à ses membres, en témoigne son impuissance face à la crise qui ravage l'est du Congo. -
Dans la lutte contre les dérèglements climatiques et la destruction de la biodiversité, la communauté internationale n'en fait pas assez.
Les pays riches rechignent à s'engager à la hauteur de leurs responsabilités, tandis que les pays pauvres dénoncent l'imposition intéressée de nouvelles normes environnementales non compensées.
Pis, nombre de politiques dites « vertes » menées chez ces derniers par les premiers - par entreprises multinationales ou relais locaux interposés - aggravent la crise écologique et les injustices sociales.
Les activistes écosocialistes d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine, certes minoritaires dans leur propre société, qualifient ces politiques de «fausses solutions», en cela qu'elles perpétuent un modèle de développement capitaliste prédateur, repeint en nouveau pacte durable.
En cause, en vrac, la mise sous cloche conservationniste d'aires protégées, les mégaprojets de compensation carbone en échange de droits de polluer, les politiques de dépossession des terres, de privatisation, d'extraction de minerais, les accords commerciaux sur les ressources, les monocultures d'agrocarburants, la financiarisation du vivant, la marchandisation des services écosystémiques, le green business du capital naturel, etc.
L'ensemble procède d'une absorption de l'écologie par la logique libérale d'accumulation privative et, à ce titre, est taxé de «néocolonialisme vert» ou encore de «transition hégémonique». La tendance grève d'autant la dette écologique des pays riches à l'égard des pays pauvres. Et éloigne les uns et les autres des voies d'un développement partagé, juste et équilibré. -
Anticolonialisme(s) : points de vue du Sud
Collectif, Frédéric Thomas
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 5 October 2023
- 9791039901574
Alors que l'anti-impérialisme est régulièrement réduit à une stratégie reproduisant les postulats sinon les réflexes de la Guerre froide, le décolonial tend à se concentrer sur les enjeux intellectuels et académiques.
L'anticolonialisme - son histoire et sa permanence - demeure hors-champ.
Les luttes anticoloniales, toujours d'actualité, offrent un éclairage autrement plus complexe sur nombre de questions d'aujourd'hui, au croisement de la géopolitique et des mouvements sociaux.
Le passage à un monde multipolaire est-il acté ?
Signifie-t-il, à terme, l'effacement du ou des impérialisme( s) ?
Faut-il en parler au singulier ou au pluriel ? Et uniquement selon l'axe Nord-Sud ?
Comment, enfin, mettre en avant les combats émancipateurs sans céder à l'« anti-impérialisme des imbéciles » qui disqualifie des soulèvements populaires en soutenant des régimes autoritaires du « bon » côté de la frontière impériale ?
L'anticolonialisme permet de se dégager quelque peu d'une double fixation sur les États et sur le culturel, pour interroger à nouveaux frais les résistances aux processus de domination néocoloniale, ancrées dans le temps long des mobilisations sociales dans le Sud. -
Monde en guerre : Militarisation, brutalisation et résistances
Collectif, Frédéric Thomas
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 9 January 2025
- 9791039902618
L'Ukraine et Gaza ont abruptement remis la guerre au centre des agendas occidentaux. La médiatisation au Nord de ces deux affrontements ne doit cependant pas occulter la permanence, la multiplicité et l'intensité des conflits armés au Sud. Du Soudan à la Birmanie, en passant par le Yémen, les conflits entre États ne cessent de se multiplier. Auxquels il faut ajouter les guerres «?transversales?» déclarées au terrorisme, au narcotrafic, aux gangs.
Dans un contexte d'insécurité et de violences accrues la fois réelles et perçues , la militarisation de la politique semble s'affirmer. Les prérogatives des armées s'étendent, des militaires accèdent ar la voie légale ou par un coup d'État u pouvoir, tandis que nombre de gouvernants surenchérissent sur le virilisme et la manière forte, dans une sorte de populisme punitif.
Ces conflits montrent également que les instruments de la guerre ne sont plus seulement les divers armements «?classiques?» aussi sophistiqués soient-ils mais aussi l'eau, les céréales, les enfants et bien entendu les outils de communication. Marqueur d'une délégitimation de la démocratie, cette hybridation politico-militaire oppose les prétendues vertus de forces armées morales, efficaces et nationalistes à des gouvernements peu représentatifs, incapables et corrompus. Elle tend, ainsi, à brutaliser les rapports sociaux, à naturaliser la violence étatique et à banaliser les états d'exception, mettant à mal le contrôle des institutions, la défense des droits et la protestation sociale.
Un ouvrage qui fait le point sur les guerres «?locales?» au Sud qui pourraient bien embraser le monde. -
Amérique latine : Les nouveaux conflits
Collectif, Bernard Duterme
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 4 January 2024
- 9791039901871
Aborder l'Amérique latine comme un seul et même ensemble, au risque de négliger les singularités nationales, relève de la gageure.
Comment comparer 7 millions de Nicaraguayen ·nes sous l'emprise d'un révolutionnaire (Daniel Ortega) qui s'est transformé en despote accaparant les richesses de son pays et 220 millions de Brésilien·nes qui tanguent entre Bolsonaro et Lula ?
Comment amalgamer l'apparente modernité chilienne et l'instabilité structurelle dont souffre Haïti, la « 4e transformation » mexicaine et les imbroglios de la gouvernance péruvienne, les conservatismes centraméricains et les progressismes du cône Sud ?
Pour autant, plusieurs grandes tendances communes, à l'oeuvre depuis le début du 21e siècle, traversent le continent de part en part : du boom des matières premières et des euphories extractivistes et exportatrices aux crises économiques et politiques actuelles ; de la vague de pouvoirs de gauche à la tête des États aux alternances populistes ou plus classiques en cours.
Aux quatre coins de l'Amérique latine, sur fond de bras de fer hégémonique Chine-États-Unis, d'instabilité démocratique et de remilitarisation rampante, des manifestations revendiquent de meilleurs emplois ou pensions, des mouvements indigènes s'essayent aux autonomies de droit ou de fait, des mobilisations féministes ou décoloniales tentent de gagner en reconnaissance et en égalité, des organisations écologistes ou paysannes défendent leurs territoires... tandis que de puissantes dynamiques réactionnaires et populaires s'opposent au changement et prônent l'ordre et la sécurité. -
Dissidences dans la "nouvelle" Inde
Collectif, Aurélie Leroy
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 13 June 2024
- 9791039902151
Selon sa Constitution, l'Inde est toujours une république socialiste, laïque et démocratique. Force est de constater cependant que la « nouvelle » Inde s'est écartée des idéaux d'antan. En lieu et place du socialisme, un capitalisme de copinage résultant de la collusion entre conglomérats et dirigeants politiques a acculé le pays dans une croissance sans emploi, aux coûts socioéconomiques et environnementaux exorbitants. Exit les valeurs d'égalité et de diversité, bafouées par un extrémisme religieux haineux qui assimile la nation et l'identité indiennes à la seule majorité hindoue. Quant à la démocratie, elle est à la dérive. Ses institutions sont mises sous pression, les pouvoirs concentrés, les oppositions muselées. La direction du pays est passée maître dans l'art du parler démocratique et de l'agir autocratique.
Dans ce climat hostile, où anxiété économique et frénésie identitaire se renforcent mutuellement, des contestations s'élèvent. Agriculteur·trices et travailleur·euses font plier le gouvernement sur les réformes agraires. Des minorités musulmanes persécutées, au Cachemire ou à Delhi, s'insurgent contre leur invisibilisation. Des groupes dalits et adivasis résistent aux dépossessions, à la militarisation et à la colonisation de leurs terres. Et des femmes défendent leurs droits dans un pays aux structures patriarcales ancrées. Néanmoins, ces luttes sont prises à partie par les milices extrémistes hindoues au service du pouvoir, qui prolifèrent et traquent les « antinationaux » et les voix dissidentes.
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Congo (RDC): Reproduction des prédations
François Polet
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 19 September 2024
- 9791039902304
Le drame qui se joue depuis trois décennies à l'est du Congo ne semble pas intéresser la plupart des grands médias.
Son sort nécessiterait enfin une mobilisation diplomatique digne de ce nom.
Les dynamiques conflictuelles qui ravagent cette partie du pays sont complexes, mais elles sont indubitablement liées à la présence de ressources minières dont la valeur aiguise les appétits d'une chaîne de groupes armés et d'opérateurs mafieux, souvent soutenus depuis les pays voisins.
Que l'enjeu soit de les exploiter ou de les protéger, notamment dans le cadre de la lutte pour le climat, ses ressources naturelles ont redonné une importance géostratégique au Congo, théâtre de la rivalité entre impérialismes pour l'accès aux matériaux critiques nécessaires à la transition écologique.
Les mécanismes de la prédation se logent aussi dans la société politique.
La fin de l'ère Kabila n'a pas modifié le rapport des élites à l'État, théâtre d'affrontements pour l'accès aux positions permettant de s'enrichir rapidement.
Le « mal zaïrois » a la peau dure. Facteur d'inégalités, la redistribution clientéliste assèche les politiques publiques, de l'éducation à l'armée, et nourrit les ressentiments ethniques et intergénérationnels.
Même sur le plan démocratique, le président Félix Tshisekedi fait à peine mieux que son prédécesseur, entre manipulations électorales et répression.
Le tableau n'est néanmoins pas désespéré. Sur fond d'insertion croissante de la société congolaise dans les flux internationaux, les changements sociaux et culturels se nourrissent aussi de nouvelles formes de résistance populaire et de mobilisation patriotique et citoyenne. -
Brics+ : Une alternative pour le Sud global ? Points de vue du Sud
Collectif, Laurent Delcourt
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 14 March 2024
- 9791039901994
Coalition hétérogène de puissances émergentes, les Brics+ s'affirment sur la scène mondiale, bousculent les équilibres géopolitiques et mettent en question les hiérarchies du système postcolonial dominé par l'Occident. oeuvrant à la construction d'un monde multipolaire, plus en phase avec leur poids économique et démographique, ils cristallisent les aspirations du «Sud global» à s'affranchir d'un ordre international injuste, incapable de répondre à ses besoins de développement et aux grands défis de l'humanité. La montée en puissance des Brics+ est-elle pour autant synonyme d'alternative anti-impérialiste, voire anticapitaliste, pour ces majorités marginalisées, comme d'aucuns s'en félicitent?? Préfigure-t-elle l'émergence de relations plus équilibrées et de nouvelles formes de solidarité entre pays en développement? Ou traduit-elle d'abord la volonté de ses membres de rebattre les cartes en leur faveur, sans changer fondamentalement les règles du jeu? En dépit de leur rhétorique progressiste, ne tendent-ils pas à reproduire, dans leur sphère d'influence respective, les logiques de domination et d'exploitation qui caractérisent les rapports Nord-Sud, sur fond de rivalités interimpérialistes? Au-delà d'une idéalisation ou d'une diabolisation a priori, des voix s'élèvent pour pointer ces contradictions, ces limites et ces risques. Si elles saluent l'avènement d'un monde moins asymétrique et plus inclusif, elles n'en dénoncent pas moins les pratiques prédatrices et antidémocratiques de ces forces montantes.
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Obsolètes, les réformes agraires ? Points de vue du sud
Collectif, Laurent Delcourt
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 12 June 2025
- 9791039902854
Autrefois au coeur des stratégies de développement des pays du Sud, les réformes agraires redistributives ont progressivement disparu des agendas internationaux et des priorités politiques nationales depuis les années 1980.
Dans un contexte marqué par la crise de la dette, l'ajustement néolibéral et le dogme productiviste, elles ont été supplantées par des approches technicistes et dépolitisées de la question agraire, axées sur la formalisation et la délivrance de titres fonciers, en phase avec les impératifs du marché.
Présentés comme des solutions miracles pour stimuler les économies locales et améliorer les conditions d'existence de ceux et celles qui vivent de la terre, ces dispositifs expurgés de toute visée émancipatrice, n'ont pas tenu leurs promesses.
Pauvreté, inégalités et exode rural se sont perpétués dans les campagnes d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Face à ce constat d'échec et alors que s'intensifient les pressions émographiques, commerciales, climatiques ur la terre et la biodiversité, l'urgence d'une nouvelle génération de réformes s'impose. S'appuyant sur les leçons du passé, elles devront s'inscrire dans un projet plus vaste de transformation sociale, politique et écologique. Et être portées, au-delà du monde rural, par l'ensemble des forces progressistes, condition sine qua non pour modifier un rapport de forces aujourd'hui défavorable et inverser les dynamiques de re-concentration foncière à l'oeuvre. -
« Nous avons dit aux puissants "Nous voici" et à notre pays et au monde nous avons crié "Nous voici"... et pour être vus, nous avons caché nos visages, et pour être nommés, nous avons nié notre nom. » Le 1er janvier 1994, un claquement de fusils a retenti dans les montagnes du Chiapas pour annoncer une tempête et une prophétie. De Zapata à Porto Alegre, de Che Guevara à Pancho Villa, de Santiago du Chili à Caracas, la révolte ouvre la voie à l'émancipation. Une longue histoire qui enchante nos mémoires.
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Asie ; état des résistances dans le sud
Aurélie Leroy
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 3 January 2013
- 9782849503706
Continent en mouvement, l'Asie se transforme, accentuant les contrastes existants. La variété des régimes politiques, des trajectoires historiques, des niveaux de développement, des traditions culturelles et religieuses témoigne de la complexité de cet espace et des tensions qui le traversent. Des foyers de croissance côtoient des économies exsangues, des démocraties - perfectibles ou en crise - jouxtent des régimes autoritaires, des majorités de pauvres cohabitent avec les "nouveaux riches".
Les contradictions régionales et les facteurs internes d'instabilité génèrent des climats sociaux tendus, susceptibles de mettre en péril la légitimité nationale et les ambitions politiques et économiques de plusieurs pays asiatiques. Sur l'échiquier de ces sociétés en mutation, l'acteur étatique continue à s'affirmer comme une pièce maîtresse. Les oppositions intérieures existent, mais elles peinent à s'affirmer en raison de marges d'action limitées.
Des mesures compensatoires ou dissuasives sont ainsi déployées par des autorités attachées à leurs prérogatives et soucieuses de contenir la grogne populaire. Les mouvements de contestation sont légion aux quatre coins du continent - revendications ethniques en Birmanie et en Malaisie, clivages religieux en Inde et aux Philippines, conflits socio-environnementaux en Indonésie, en Chine, en Mongolie..., mais l'émergence de soulèvements sociaux et politiques d'envergure, sur le mode du "printemps arabe", demeure très incertaine.
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Les femmes ont toujours migré, de longue date et en nombre, mais leur mobilité a longtemps été occultée par celle d'un référent masculin considéré neutre et universel.
Selon une perspective étroitement économique, l'homme migrant, pourvoyeur de revenus, apparaît comme l'acteur principal de ces flux, tandis que la femme migrante, dépendante, campe dans des rôles sociaux secondaires de mère et d'épouse ou incarne la figure passive de victime.
Ces dernières décennies, la mise en visibilité du genre dans les théories des migrations et des femmes immigrées dans un champ féministe longtemps centré sur la femme occidentale a permis de déconstruire des catégories englobantes et des tendances faussement universelles, contribuant à complexifier l'approche des réalités migratoires et à cerner les effets réciproques des dynamiques de mobilité et de genre.
Dans les pays à hauts revenus d'Amérique du Nord, d'Europe, d'Asie et du Golfe persique, la « féminisation de la migration » fait généralement écho à la proportion croissante de migrantes internationales devenues pionnières de chaînes migratoires.
Plus fondamentalement, cette expression renvoie, dans un contexte d'austérité néolibérale, à une division sexuelle et racisée du travail et à des schémas inégalitaires qui - redéployés du Sud au Nord ou à l'intérieur des Suds - exposent une majorité de femmes migrantes à la violence, aux réseaux informels et à l'exploitation, dans les métiers du care, le travail domestique ou les services sexuels. -
Le Brésil de Bolsonaro : le grand bond en arrière ; points de vue du Sud
Laurent Delcourt
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 2 July 2020
- 9782849508466
Pourquoi et comment un médiocre parlementaire d'extrême droite, nostalgique de la dictature militaire, ouvertement raciste, misogyne et homophobe a-t-il pu se hisser à la tête du plus grand pays d'Amérique latine??
L'arrivée de Bolsonaro à la présidence du Brésil n'est ni un événement fortuit, ni une parenthèse sans lendemain. Portée par une lame de fond, elle est à la fois le produit des circonstances et la conséquence d'un travail de conquête et de formatage de l'opinion par de nouvelles droites radicales et militantes.
Dans un contexte marqué par une profonde crise économique, morale et institutionnelle, ces courants ont exploité les frustrations et les ressentiments de la société brésilienne, pour s'imposer aux affaires.
Avec l'appui des vieilles oligarchies et des secteurs les plus conservateurs, ils entendent aujourd'hui solder l'héritage du «?lulisme?» et dicter leur agenda ultralibéral, rétrograde et autoritaire.
Révision des droits sociaux, démantèlement des protections environnementales, privatisation des entreprises publiques, réalignement de la politique étrangère sur les États-Unis, croisade morale et sécuritaire..., le tournant engagé risque de réduire à néant les progrès démocratiques engrangés au terme de plusieurs décennies de luttes.
Sonnée et divisée, la gauche s'est jusqu'à présent montrée impuissante à contrer la vague réactionnaire.
Elle devra, coûte que coûte, retrouver son unité et proposer un nouveau projet mobilisateur pour éviter que le pays, champion toutes catégories des inégalités, ne s'enfonce dans l'abîme.
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Le surgissement de la controverse autour des concepts de " droit " ou de " devoir d'ingérence " date du début des années 1990 et de l'avènement du nouvel ordre mondial unipolaire.
Aujourd'hui, les crises dites " humanitaires " et les guerres dites " préventives " ont replacé au coeur des débats internationaux la problématique d'un interventionnisme en quête de légitimation éthique ou juridique. Dans les conditions actuelles, l'ambiguïté de l'action humanitaire reste totale. Souvent instrumentalisés ou récupérés, ses promoteurs et leurs intentions apparaissent inféodés aux intérêts géostratégiques et aux politiques du " deux poids, deux mesures " des grandes puissances.
Sur le terrain dès lors, l'amalgame entre interventions humanitaire et militaire prévaut. Dans d'autres situations, les ressorts et la logique du " complexe humanitaro-urgencier " continuent de poser question. L'organisation de la charité se substitue-t-elle aux programmes de développement ? L'ingérence humanitaire ne trahit-elle pas un aveu d'échec converti en urgence ? Comment s'articulent, dans les pays " assistés ".
Intervenants extérieurs et acteurs locaux ? Et pour quels effets et résultats, en termes de durabilité et de reconstruction démocratique et égalitaire ?
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Mouvements et pouvoirs de gauche en amerique latine
Collectif
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 21 June 2005
- 9782849500446
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Prostitution, la mondialisation incarnee
Collectif
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 2 September 2005
- 9782849500620
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Violences de genre et résistances : points de vue du Sud
Aurélie Leroy
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 9 September 2021
- 9782849509494
Dans l'imaginaire collectif, les violences de genre - au même titre que la pauvreté - sont souvent considérées avec fatalisme. Phénomène social banalisé, elles renvoient à l'ordre « naturel » des choses, réduites au seul fait d'«hommes violents». De la sorte, on oublie l'essentiel. Féminicides, viols, harcèlements ne résultent pas seulement de comportements isolés ou «déviants», ils témoignent de ressorts patriarcaux profonds et indiquent une même représentation de l'infériorité des femmes.
Ces agissements s'inscrivent dans un continuum de violences qui se déploie à toutes les étapes de la vie, dans les espaces privés ou publics et sous de multiples formes - physiques, symboliques, institutionnelles... -, afin de conforter l'emprise masculine.
La violence patriarcale a ses propres spécificités, mais pour l'aborder dans sa complexité, elle doit être articulée à d'autres structures de domination telles que le mode de production capitaliste - particulièrement abusif pour les femmes - et la matrice coloniale, qui exerce des effets concrets et durables sur les territoires et les corps - principalement ceux des travailleuses pauvres racisées.
Dans un climat délétère pour les droits des femmes - crise sanitaire et économique, campagnes antigenre, offensives réactionnaires -, un renouveau féministe s'est affirmé ces dernières années, à partir de l'Amérique latine, autour de l'enjeu central de la violence. Et s'est amplifié, en Asie et en Afrique, par son articulation avec d'autres luttes sociales et politiques.
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Transition "verte" et métaux "critiques" : points de vue du Sud
Laurent Delcourt
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 15 June 2023
- 9791039901307
Promesse d'un monde libéré de sa dépendance aux combustibles fossiles, la transition énergétique n'est ni écologiquement neutre ni socialement juste.
Substituant une addiction à une autre, elle réclame pour se déployer des quantités infinies de métaux dits « rares », « critiques » ou « stratégiques ».
En relançant la course entre grandes puissances pour sécuriser leur approvisionnement, elle participe d'une « extension du domaine de la mine », repousse les frontières de l'extractivisme et sape les écosystèmes locaux et les droits des populations exposées.
Présentée aux pays du Sud riches en minerais comme levier de développement, elle les enferme dans le rôle historique de fournisseur de matières premières, pérennisant ainsi les rapports d'exploitation néocoloniaux et les inégalités systémiques. Du moins pour les plus pauvres d'entre eux, peu outillés pour profiter du boom technologique ou transformer sur place leurs ressources, alors qu'ils assument déjà l'essentiel des coûts sociaux et écologiques du verdissement des économies riches et émergentes.
Si des solutions (mécanismes de compensation, climate- smart mining facilities...) sont avancées pour adoucir l'impact de cette conversion aux énergies dites « renouvelables », aucune ne questionne les fondements et les limites de ce nouveau « capitalisme vert ».
Une juste transition doit s'attaquer aux asymétries dans la distribution des coûts et bénéfices. Et passer nécessairement par une révision en profondeur du productivisme et du consumérisme élitaire à l'origine des déséquilibres planétaires. -
« Fait social total », le marché touristique interna- tional s'apparente aussi à un rapport de domination.
Il met en présence - asymétrique - opérateurs, visiteurs et visités. Les premiers se concurrencent ou se conglomèrent, les deuxièmes s'imitent ou se dis- tinguent, les derniers se précipitent ou se retirent.
Si la croissance continue du secteur repose sur sa massification et sa diversification, le droit à la mobi- lité récréative - 1,4 milliard de séjours à l'étranger en 2018 - reste un privilège, dont la démocratisation réelle déborderait les capacités d'absorption écolo- gique du globe.
Pour l'heure, moins d'un humain sur quinze est en position politique, culturelle et économique de visiter les quatorze restants.
Migrations d'agrément et de désagrément se croisent aux frontières, béantes pour les uns, grillagées pour les autres, des régions émettrices et réceptrices.
La mise en tourisme d'une destination induit des recompositions socio-économiques, culturelles et ter- ritoriales.
Participent-elles d'une amélioration ou d'une dé- gradation des conditions de vie des populations lo- cales ?
Le bilan est problématique : les coûts et bénéfices engendrés par les flux de vacanciers se répartissent injustement. Et tendent à creuser les écarts.
L'Organisation mondiale du tourisme et quan- tité d'acteurs conscients des dégâts plaident pour l'adoption de pratiques éthiques et durables. Laissant indemnes toutefois les mécanismes mêmes de l'intru- sion : dérégulation, libéralisation et marchandisation des lieux et des comportements, au service de la « tou- ristification » du monde.
Cet ouvrage propose une critique transversale de la domination touristique (tourisme de masse, éco- tourisme, tourisme solidaire, tourisme et droits des femmes...), ainsi que des focus régionaux (Inde, Maroc, Népal , Mexique, Indonésie, Haïti...) par des analystes du Sud (économistes, sociologues, anthropologues, « touristologues » d'Asie, d'Afrique et d'Amérique la- tine).
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De l'usage du genre ; état des résistances dans le Sud
Aurélie Leroy
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 14 June 2018
- 9782849506752
Affirmons-le d'emblée, le genre n'est pas un concept éthéré, délié des contextes de son émergence ou de son importation.
Il est ouvertement politique, pour le meilleur et quelques fois pour le pire. Conçu comme un outil d'analyse critique, il a dénaturalisé et révélé le ca- ractère socialement construit de l'ordre traditionnel des sexes, ouvrant de nouvelles voies aux luttes des femmes.
Le succès de la notion a néanmoins un prix, celui de sa reprise par des acteurs dominants, dont beau- coup l'ont réduite à un outil technocratique de ges- tion et plus encore, de contrôle social et de pouvoir.
Le recours aux droits des femmes, devenu emblème de la modernité démocratique, a ainsi servi de caution morale à l'entreprise coloniale, aux guerres « humani- taires » et au racisme institutionnel.
Il est un des discours légitimateurs de la mondiali- sation néolibérale. Les usages « impérialistes » du genre, tout comme son instrumentalisation pour masquer d'autres enjeux, ou encore sa politisation réactionnaire témoignent de l'ambiguïté de l'expression.
Tantôt au service d'un « communautarisme majo- ritaire », tantôt d'une élite soucieuse de ses intérêts et privilèges.
Pour inverser la tendance et rendre au genre sa force politique originale, des espaces de mobilisation se réinventent. L'« intersectionnalité » des luttes, en cherchant à aborder de manière égalitaire et imbri- quée, critique et dynamique, les rapports sociaux de classe, de race et de sexe, offre de nouvelles perspec- tives et rend possible de nouvelles alliances.
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Amérique latine ; état des résistances dans le Sud
Bernard Duterme
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 5 January 2012
- 9782849503294
Continent de forte croissance économique, de démocraties fragiles et d'inégalités extrêmes, l'Amérique latine est aussi traversée d'une dynamique soutenue de rébellions et de contestations sociales, aux formes, aux identités et aux revendications renouvelées.
Et pourtant, les mouvements sociaux de la région ont fort à faire aujourd'hui pour continuer à exister, à peser sur le politique. Menacée de dilution, de fragmentation ou de répression dans les pays où les gouvernements sont restés ou revenus dans les courants dominants du néolibéralisme et du « consensus de Washington » ; menacée d'instrumentalisation, de cooptation ou d'institutionnalisation dans ceux où les pouvoirs se sont attelés, peu ou prou, à récupérer en souveraineté et à redistribuer les dividendes des richesses exportées, la protestation émancipatrice offre un visage pluriel.
Un double clivage prévaut d'ailleurs au sein de la « gauche sociale » latino-américaine. Celui - de fond - qui divise tenants et opposants du neodesarrollismo, nationalisme populaire d'un côté, écosocialisme de l'autre.
Et celui - plus stratégique - qui oppose les partisans d'un aboutissement politique des mobilisations aux apôtres de voies plus autonomistes, basistes ou localistes du changement social.
Reste que, du Chili au Mexique, du Brésil au Venezuela, de l'Uruguay au Guatemala, de la Bolivie au Honduras et dans le reste de l'Amérique latine, les mouvements sociaux - paysans, urbains, indigènes, étudiants, etc. - influent tant bien que mal sur la redéfinition de la participation démocratique et de la citoyenneté politique.
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Moyen-Orient et Afrique du Nord ; état des luttes
Frédéric Thomas
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 3 January 2019
- 9782849507162
Huit ans plus tard, que reste-t-il des « printemps arabes » ?
Une situation de guerre et de contre-révolu- tion domine la région. Au premier chef, en Syrie, au Yémen et en Libye, bien sûr. Mais, en réalité, sous une forme menaçante, larvée ou discontinue, aucun pays n'y échappe complètement.
Instrumentalisés par les grandes puissances, ces conflits deviennent également, et de plus en plus, la scène où s'affirment et s'entrechoquent les intérêts et rivalités des puissances régionales émergentes (Iran, Arabie saoudite, Turquie...).
Le risque, toutefois, est de s'en tenir à une lecture uniquement géopolitique et occidentalo-centrée, au- tour des stéréotypes que les révolutions arabes avaient justement fait voler en éclats, pour se figer dans le (faux) dilemme de la dictature ou du chaos. Et d'oc- culter les acteurs, les enjeux et la dynamique des luttes sociales à l'oeuvre.
La déclinaison des guerres actuelles renvoie moins aux effets qu'aux causes et revendications des soulè- vements de 2010-2011, dont l'onde de choc se fait encore ressentir aujourd'hui.
Ainsi, ces dernières années, du Rif marocain à l'Iran, de Kobané à Gaza, en passant par la Jordanie, de fortes mobilisations sociales ont secoué une région, marquée par les inégalités et la jeunesse de sa popu- lation... et continueront de la secouer à hauteur de la demande de « pain, liberté et justice sociale ». -
Soulèvements populaires ; points de vue du Sud
Collectif, Frédéric Thomas
- Syllepse
- Alternatives Sud
- 7 January 2021
- 9782849508947
De Haïti au Soudan, en passant par les rues d'Alger et de Hong Kong, une vague contestataire mondiale vue du Sud.
La simultanéité, l'ampleur et la radicalité des soulèvements populaires de l'automne 2019 au Chili, en Équateur et au Liban surprennent. Elles obligent à réévaluer d'autres mouvements, débutés plus tôt et toujours en cours - en Haïti, au Soudan, en Algérie, à Hong Kong... -, et à porter un regard plus attentif sur la conflictualité sociale dans le monde.
Au-delà des affinités relevées, la coïncidence dans le temps et la diffusion dans l'espace marquent-elles un nouveau «printemps des peuples»?
Si les revendications et les modes d'action convergent jusqu'à un certain point, le développement des luttes demeure tributaire du mode de gestion étatique de la contestation et de la cohésion des élites au pouvoir. Et les soubassements politiques et moraux de ces mobilisations sont ancrés dans des histoires nationales, dont l'héritage est revendiqué.
Le visage des révoltes - celui d'une jeunesse urbaine précarisée au sein de laquelle les femmes jouent un rôle important -, ainsi que l'évidence médiatique de ressorts communs - l'utilisation des réseaux sociaux, le recours aux cultures populaires, la spontanéité et l'horizontalité des modes d'organisation... - méritent d'être interrogés.
Ces soulèvements répondent à des contextes particuliers, mais traduisent aussi de nouvelles circulations internationales des luttes. Assiste-t-on dès lors à une mondialisation de la protestation sociale??