Syllepse

  • Dans le premier chapitre du Capital, Marx caractérise l'économie vulgaire en ces termes?: elle «?se contente des apparences [...] et se borne à élever pédantesquement en système et à proclamer comme vérités éternelles les illusions dont le bourgeois aime à peupler son monde à lui, le meilleur des mondes possibles?». Et ce tout simplement parce qu'elle ne parvient pas ou renonce même à «?pénétrer l'ensemble réel et intime des rapports de production dans la société bourgeoise?».
    Or, de même qu'il existe ainsi une apologie vulgaire du capitalisme, il en existe une critique non moins illusoire. Même ignorance radicale des rapports capitalistes de production, même fascination exercée par leurs apparences fétichistes (la marchandise, l'argent, la comptabilité nationale et ses instruments statistiques, etc.), même volonté d'en rendre compte en termes de pseudo-lois transhistoriques, même enfermement dans le cadre d'une idéologie sacralisant la propriété privée, la liberté d'entreprendre et l'égalité réduite à sa dimension juridique, qui limite du même coup ses propositions de réforme à des mesures de redistribution des revenus et de la propriété.
    C'est à démontrer que Thomas Piketty en reste au niveau de cette critique illusoire que cet ouvrage s'emploie, tout en développant en contrepoint les éléments d'une critique radicale.

  • Le 9?juillet 1990, Víctor Polay Campos et 47 membres du Mouvement révolutionnaire Túpac ­Amaru (MRTA) s'évadent d'une prison de haute sécurité à travers un tunnel long de plus de 300 mètres.
    Ce tunnel, creusé depuis l'extérieur de la prison, a mobilisé des dizaines de «?taupes?» qui, dans le plus grand secret, ont vécu dans les entrailles de la terre pendant des mois et des mois.
    Peu après l'évasion, le MRTA fait appel au journaliste et écrivain péruvien Guillermo Thorndike pour raconter cette histoire. Journaliste respecté, auteur de récits historiques sur les mouvements révolutionnaires au Pérou, d'enquêtes, écrivain au style très affirmé, l'auteur va livrer un récit puissant de cette aventure.
    À la fois roman vrai de la préparation minutieuse de cette évasion, des efforts hors du commun nécessaires à son aboutissement, mais aussi évocation puissante du Pérou de ces années de conflit et de guérilla, de tortures et de prison, Le Tunnel s'inscrit dans la tradition de la crónica latino-américaine mais aussi dans celle, plus large, de la non-fiction littéraire et du nouveau journalisme. Genre consacré dans les pays anglo-saxons, avec de grands noms comme ceux de Truman Capote, Gay Talese ou encore Tom Wolfe, mais aussi dans toute l'Amérique latine, il commence à s'installer dans le paysage littéraire français.
    Des maquis de la guérilla aux sommets andins, en passant par les rues de Lima et les murs de la prison de Canto Grande, Le Tunnel se veut fidèle à la réalité. Le récit rend hommage à ces hommes et à ces femmes en invitant à une exploration littéraire teintée de réalisme magique de cette histoire de terre, de larmes, de sang, mais aussi d'espoir, de courage et d'amour.

  • «De telles listes sont dressées depuis les années 1970. Compilées par plusieurs générations de militants, elles sont enfouies dans les caves des archives associatives et présentent toutes le même format, à la fois sec et funeste. On y trouve la date du crime, le nom de la victime, suivis d'une ou deux phrases laconiques. Elles frappent par leur rudesse, leur longueur et leur nombre. Poser une liste conduit inexorablement à en trouver une autre quelques jours plus tard. Ces listes expriment l'idée d'une injustice. Elles dénoncent le racisme et l'impunité du racisme. Elles pointent du doigt les crimes, mais également la grande majorité des procès qui ont fini par des peines légères avec sursis ou des acquittements, quand ce n'est pas un non-lieu qui est venu clore l'affaire.
    Elles disent en substance que la racialisation, autrement dit le fait de placer des personnes dans une catégorie raciale afin d'asseoir un rapport de pouvoir et d'en tirer profit, tue deux fois. La première violence touche à l'intégrité physique de la personne. La seconde violence a lieu à l'échelle institutionnelle. Elle est une conséquence du traitement pénal qui ignore la nature raciste des crimes jugés.» De la grande vague de violence de 1973 dans le sud de la France aux crimes policiers des années 1990 en passant par les crimes racistes jalonnant les années 1980, cet ouvrage, issu d'une base de données de plus de 700 cas, nous invite à prendre la mesure de cette histoire à l'heure où le racisme institutionnel et l'action de la police continuent chaque année à être à l'origine de nombreux morts.

  • Ils récupèrent dans les poubelles des objets qu'ils revendent. On les appelle les biffins, de ce vieux mot d'argot synonyme de chiffonniers. Une exploration des marges de la société.
    Ils sont des milliers à Paris. Toujours plus nombreux depuis les années 1980 avec les crises successives et le durcissement des politiques migratoires.
    On les dit aussi «pauvres» ou même «?survivants?». «Marchés aux pauvres», «de la survie», titrent bien des journaux. Et pourtant... Une économie informelle où d'anciens travailleurs, des retraités ou des chômeurs, trouvent un moyen de survie. Des étrangers qui trouvent là un moyen de s'arrimer sur un sol hostile. Des femmes à qui la vente offre le moyen de se libérer de leur ex-mari et de se découvrir capables de parler, de négocier, de s'affirmer.
    Tandis que dans les rues, la récupération laisse place à la chance, dans la vente ils s'éprouvent comme des partenaires égalitaires. Le marché devient un lieu d'interconnaissance et espace par excellence des sociabilités. Ils s'efforcent ainsi de bâtir un monde, à contre-courant des dominants, où s'inclure po­si­ti­vement et à égalité.
    C'est ce combat quotidien dont Mélanie Duclos rend compte dans ce livre, fruit de quelque quatre ans d'enquête de terrain au marché des biffins de la Porte de Montmartre.
    Un récit qui plonge dans les vies des biffins et des biffines pour saisir leur histoire, leurs actes et leurs idées, leurs désirs et leurs souhaits si souvent contrariés, en un mot leur culture, alternative et résistante, et dont le braconnage nocturne des poubelles forme le socle matériel.
    Un récit, enfin, qui restitue ce que peuvent mettre en pratique, en rêves et en mots, ceux-là qui les premiers souffrent de l'ordre établi.

  • Le genre au travail ; recherches féministes et luttes de femmes Nouv.

    29,6?millions de personnes actives en France, dont plus de 14?millions sont des femmes.
    Elles n'ont jamais été autant diplômées et autant présentes dans toutes les catégories professionnelles. Et pourtant, les inégalités de genre sur le marché du travail persistent et se renouvellent.
    L'enjeu de cet ouvrage est de faire dialoguer la recherche sur le genre au travail et les mouvements revendicatifs de femmes, notamment féministes et syndicalistes.
    La décennie 2010 a été celle du renouveau des luttes sociales et écologistes, où les femmes ont fait entendre leurs voix. Au sein du «?printemps arabe?», des «?Gilets jaunes?», contre les fermetures d'usines, qu'elles travaillent dans les services publics ou privés (maisons de retraite, hôpitaux, écoles, commerce, nettoyage), toutes se sont mobilisées pour dénoncer leurs conditions de travail, de salaire et d'emploi ou la réforme des retraites.
    Ici, chercheuses et militantes reviennent sur ces luttes et interrogent les effets des politiques d'égalité professionnelle, les enjeux genrés de l'espace numérique ou encore les conséquences professionnelles des violences conjugales.
    Interrompues par la crise sanitaire et le confinement, les mobilisations n'ont pas pour autant quitté le terrain médiatique. Au contraire, ce fut l'occasion inattendue de rendre visibles la présence des femmes dans les métiers essentiels, la pénibilité et le manque de valorisation de leurs emplois.

  • Grâce aux reportrices et reporters qui, dès l'été 1936, franchirent la frontière, grâce aux journalistes qui frémirent sous les bombes d'un coin à l'autre de l'Espagne, nous plongeons dans un monde ancien qui devient présent.
    De l'enthousiasme mêlé d'inquiétude des débuts à l'horreur des bombardements, de la menace sur l'Europe recélée par cette guerre à l'arrivée des réfugié·es sur le sol français, chaque événement, chaque atmosphère, chaque détail est dépeint par leurs reportages.
    Le livre s'attarde aussi dans les bureaux des rédactions, la parole étant donnée aux éditorialistes, aux commentateurs et commentatrices. Leurs interrogations et réflexions entrent en résonance avec les reportages, et nourrissent le chemin du lecteur et de la lectrice dans cette période.
    Quelque deux cents figures de journalistes accompagnent cette route, dont la plupart sont aujourd'hui méconnues ou inconnues émergent.
    Jamais un ouvrage ne leur avait donné la parole. Jamais on n'avait touché cette «?histoire-en-train-de-se-faire?» en se plongeant dans les articles de celles et de ceux qui se battirent par la plume pour la cause antifasciste.
    Au croisement de l'histoire culturelle, de l'histoire de la presse et de celle des combats antifascistes, 90 ans après la proclamation de la Seconde République espagnole, une histoire toujours actuelle.

  • Elles sont des milliers à travailler dans nos hôtels et centres commerciaux. Invisibles, avec leurs seaux et leurs balais, levées tôt, parties tard et mal payées.
    Femmes de chambre, femmes de ménage mais surtout femmes de l'ombre.
    Un salariat invisible, essentiellement féminin, plus qu'exploité, en situation précaire et souvent sans défense, employé par des entreprises de nettoyage sous-traitantes et peu respectueuse du Code du travail.
    De nombreux conflits récents dans de grands hôtels ont brisé le mur du silence sur leur situation.
    Ce livre parle d'elles.
    L'histoire des femmes de ménage en charge des toilettes d'un des plus grands centres commerciaux d'Europe, celle des femmes de chambre de sept hôtels ou encore les femmes agents de service hospitalier d'une clinique de l'ouest lyonnais. De leur vie, de leur travail et de leurs souffrances.
    Leur témoin, Marielle Benchehboune, l'autrice de cet ouvrage, est une « organisatrice syndicale », ce qui n'est pas une fonction courante dans le syndicalisme français.
    À leurs côtés, elle organise des rencontres sur le lieu de travail, des tête-à-tête discrets, des formations à la négociation.
    Elle nous raconte comment ces femmes écrasées ont trouvé les capacités individuelles et collectives d'agir face aux injustices dont elles sont victimes.
    Marielle Benchehboune nous livre un récit poignant, ponctué de témoignages de salariées et d'extraits de son carnet de bord.
    Dans la veine du Quai de Ouistreham de Florence Aubenas, elle nous propose un état des lieux de conditions de travail de ces salariées et des combats que plusieurs d'entre elles ont menés jusqu'à la victoire.
    Elle nous raconte notamment la lutte des femmes de ménage et des femmes de chambre de la région lyonnaise.
    La postface de Karel Yon apporte un éclairage sur ces nouvelles formes d'organisation du salariat dont le rôle a été souligné pendant la crise sanitaire.

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  • De Haïti au Soudan, en passant par les rues d'Alger et de Hong Kong, une vague contestataire mondiale vue du Sud.
    La simultanéité, l'ampleur et la radicalité des soulèvements populaires de l'automne 2019 au Chili, en Équateur et au Liban surprennent. Elles obligent à réévaluer d'autres mouvements, débutés plus tôt et toujours en cours - en Haïti, au Soudan, en Algérie, à Hong Kong... -, et à porter un regard plus attentif sur la conflictualité sociale dans le monde.
    Au-delà des affinités relevées, la coïncidence dans le temps et la diffusion dans l'espace marquent-elles un nouveau «printemps des peuples»?
    Si les revendications et les modes d'action convergent jusqu'à un certain point, le développement des luttes demeure tributaire du mode de gestion étatique de la contestation et de la cohésion des élites au pouvoir. Et les soubassements politiques et moraux de ces mobilisations sont ancrés dans des histoires nationales, dont l'héritage est revendiqué.
    Le visage des révoltes - celui d'une jeunesse urbaine précarisée au sein de laquelle les femmes jouent un rôle important -, ainsi que l'évidence médiatique de ressorts communs - l'utilisation des réseaux sociaux, le recours aux cultures populaires, la spontanéité et l'horizontalité des modes d'organisation... - méritent d'être interrogés.
    Ces soulèvements répondent à des contextes particuliers, mais traduisent aussi de nouvelles circulations internationales des luttes. Assiste-t-on dès lors à une mondialisation de la protestation sociale??

  • Si bell hooks est connue pour son engagement féministe, l'articulation de cet engagement avec les pratiques dans le domaine de l'édu- cation et de la pédagogie a été peu débattue en Europe.
    Ce livre est un recueil d'essais sur la péda- gogie de l'émancipation qui aborde non seulement l'importance du féminisme dans les salles de classe mais aussi l'articulation de la théorie et de la pratique dans la lutte fémi- niste afro-américaine.
    Hooks y parle de solidarité et d'économie politique, et de la façon dont la pédagogie des opprimés à laquelle elle a été formée par Paulo Freire peut s'appliquer à l'émancipation des Afro-américaines. Des cas particuliers y sont décrits pour souligner l'importance de l'enseignant·e dans la pratique de la liberté.
    La traduction de cet ouvrage présente un intérêt bien au-delà du monde uni- versitaire francophone. bell hooks est une enseignante-chercheuse mais son travail trouve une résonance tant dans la théorie que dans les pratiques politiques. Ainsi, Apprendre à transgresser parlera aux lecteurs·rices intéressées par le féminisme, par les pratiques éducatives et par les stratégies antiracistes. C'est d'ailleurs ce qui la distingue de beaucoup d'ouvrages féministes publiés en français : le déploiement de la théorie en pratique de l'enseignement et la transformation de la salle de classe en lieu d'émancipation.
    Les pratiques éducatives françaises et la sin- gularité des élèves dans le contexte scolaire ont été débattues en France ces deux der- nières années, et ce livre apporte un regard différent en décrivant des stratégies d'ensei- gnement dans un monde multiculturel.
    Par ailleurs, l'intérêt du public pour l'inter- sectionnalité et le féminisme antiraciste s'est développé en France. Le modèle universa- liste français étant réinterrogé et la question de l'identité plus que jamais d'actualité, l'ouvrage de hooks constitue une contribu- tion importante au débat, que ce soit dans le champ disciplinaire des sciences humaines et politiques et dans le milieu associatif fémi- niste, LGBT et antiraciste.

  • Nous vous écrivons depuis la révolution ; récits de femmes internationalistes au Rojava Nouv.

    «Ce livre est parti d'un désir et d'une nécessité: partager les expériences, les rencontres et les émotions qui nous ont traversées au coeur de la révolution du Rojava. Un désir, parce qu'autant de beauté, d'énergie et d'espoir doivent être diffusés le plus largement possible et doivent pouvoir imprégner chacune de nos vies, chaque lutte à travers le monde. Une nécessité parce qu'il est de notre responsabilité de ne pas faire de ce temps au Rojava une expérience personnelle, mais de faire connaître le projet et la réalité révolutionnaire de celles qui nous ont tant appris.».
    L'ouvrage que vous tenez entre vos mains a été pensé collectivement et écrit par des femmes : internationalistes, mères, journalistes, militantes, principalement françaises, qui ont passé de quelques jours à plusieurs années au coeur de la plus jeune révolution du Moyen-Orient.
    Avec ce récit, elles nous invitent à découvrir le projet et la réalité des femmes du Rojava et du nord-est syrien, qui depuis 2012 travaillent minutieusement à la création de leurs structures autonomes : autodéfense armée et civile, éducation, coopératives, démocratie de base...
    Textes de réflexion, poèmes, contes, extrait de journaux intimes, lettres, interviews, autant de formes différentes qui font palpiter ce livre et permettent d'approcher les émotions les plus intimes, la pratique quotidienne et les enjeux géopolitiques.
    Une porte ouverte aux réflexions et discussions pour se nourrir ici de ce qui est expérimenté là-bas.

  • Le Maroc pourra-t-il éviter des contestations majeures, plus profondes et plus radicales, que celle amorcée en 2011 par le Mouvement du 20?février dans le sillage des processus révolutionnaires qu'a connu la région ?
    Les résistances populaires dans le Rif, la multiplication des mouvements sociaux, les nouvelles formes d'organisation et d'action attestent de l'ébullition sociale qui couve au Maroc.
    La monarchie en place voit, au-delà des apparences, son mode de domination ébranlé et atteindre ses limites. Son modèle de développement basé sur un capitalisme patrimonial, distribuant prébendes et entretenant un clientélisme élargi, adossé à un régime policier, connaît une crise majeure renforcée par son insertion dans la mondialisation actuelle.
    Ce capitalisme de copinage, en grande partie prédateur, déstabilise les rapports de l'État marocain au corps social, sape les fondements de sa légitimité.
    Analyser et comprendre ces particularités marocaines dans ses différentes facettes, c'est ce que cet ouvrage propose dans un premier temps.
    Pour autant, malgré l'émergence de la question sociale comme question politique fondatrice ouvrant de nouvelles possibilités politiques, aucune alternative ne semble se dessiner tant les forces candidates à la transformation du système restent enfermées dans des schémas qui relèvent d'une autre réalité historique, celle du siècle passé.
    La société marocaine contemporaine offre une nouvelle complexité sociale que l'auteur se propose de déchiffrer et propose d'en tirer des éléments de réflexion nécessaires à un projet d'émancipation du 21e siècle en partant des défis actuels et de ce que nous apprennent les mouvements sociaux.

  • À l'opposé de l'air du temps et de la pré tendue « égalité-déjà-là », de l'illusion que des pratiques sexuelles pourraient être « naturelles » et de l'oubli des rapports de domination, Andrea Dworkin aborde le coït en l'intégrant dans les rapports de pouvoir. Elle parle de « la baise » dans un monde dominé par les hommes, une certaine forme de sexe outil et matière de la domination, l'anéantissement des femmes dans la sexualité masculine, l'inégalité sexualisée des unes et des autres.
    L'auteure ne s'adresse pas à un auditoire timoré, passif ou avide de textes consensuels. Le Coït dans un monde d'hommes ( Intercourse en anglais) est un livre violent qui explore le monde sexué de la domination et de la soumission. « Il procède en cercles descen- dants plutôt qu'en ligne droite. Comme dans un tour- billon, chaque spire plonge plus profondément dans ce monde » (Andrea Dworkin).
    Les titres des neuf chapitres ouvrent sur des analyses subversives, dérangeantes : « Répugnance », « À vif », « Stigma », « Communion », « Possession », « Virginité », « Occupation et collaboration », « Pouvoir, statut et haine », « La loi », « Saleté et mort ».
    En 1988, le poète et chanteur canadien Leonard Cohen saluait sa lecture d'Andrea Dworkin en ces termes:
    « La gamme complète des arguments exposés dans ce livre est assez radicale, complexe et magnifique.
    Intercourse est le premier livre que j'ai lu par un au- teur, masculin ou féminin, qui affiche une défiance qui soit profondément subversive au sens sacré - ex- traterrestre. Elle dit que notre monde est entaché par des préjugés humains, que les hommes et les femmes ont des idées erronées - même si ces idées ont dix millions d'années et qu'elles viennent de la bouche de dieu, elles demeurent erronées ! La position qu'elle adopte dans ce livre est si provocante et passionnante qu'elle crée une autre réalité et pourrait arriver à l'actualiser. Dans la situation actuelle, c'est ce genre d'attitude qui crée de nouveaux mondes - j'ai une profonde admiration pour Andrea Dworkin ».
    Andrea Dworkin n'euphémise pas la réalité. Cela ne signifie cependant pas qu'elle exagère. Son travail, écrit-elle, nous entraîne dans les profondeurs de la vie sociale, « aussi étrange, amère ou salissante que soit la plongée ».
    Lire cette immense écrivaine féministe, c'est trou- ver autre chose que ce que l'on pense savoir déjà.
    Enfin, comme le rappelle Christine Delphy, la di- rectrice de la collection « Nouvelles questions fémi- nistes », dans sa préface au recueil de l'auteure, Sou- venez-vous, résistez, ne cédez pas, précédemment publié (Syllepse/Remue-Ménage, 2017) chez les mêmes édi- teurs, « pour défendre sa dignité, il faut d'abord en avoir une ».

  • Dans un pays, les États-Unis, où les relations de genre sont fortement liées à l'histoire de son territoire urbain, sexe, genre et sexualités imprègnent l'espace des villes.
    Cet ouvrage se propose de nous en révéler les liens.
    Dans une première partie historique, il nous fait découvrir comment les espaces genrés et ségrégués se sont construits dans l'histoire des États-Unis et de ses villes.
    Il explore comment le partage de l'espace public entre les sexes s'est organisé.
    La ville d'aujourd'hui a-t-elle toujours «?mauvais genre?» comme le croyaient les progressistes du 19e siècle (homosexualité, queerness, prostitution...)??
    Ou, au contraire, les municipalités jouent-elles désormais de la diversité de la ville pour mieux la «?vendre?», notamment aux femmes, à qui la ville est censée «?faire peur?»??
    Existe-t-il aujourd'hui un droit à la ville «?genré?», c'est-à-dire déterminé par le genre??
    Fondé sur de nombreux entretiens menés dans la ville de Chicago et s'appuyant sur les théories des géographes féministes anglo-saxonnes, trop ignorées en France, cet ouvrage s'interroge sur la co-constitution d'identité de genre et de l'espace urbain aux États-Unis, et plus généralement sur la relation entre sexe et ville.
    Chemin faisant, l'autrice nous dévoile les nouvelles divisions genrées qui se déploient au détour de nos rues. Elles ont des effets sur la propriété foncière, sur l'architecture, sur les magasins, le mobilier urbain, les cafés, etc.
    À l'époque du néolibéralisme, les stratégies de résistance des intéressé·es pour occuper la ville sont également traitées.
    Un ouvrage sur une question qui interpelle autant le féminisme que la sociologie urbaine.

  • Et si l'individualisme et le libéralisme, qui déter­ minent si fortement nos manières de considérer le monde, façonnaient aussi les mouvements politiques engagés pour la justice sociale et l'émancipation ?
    Après avoir soumis les « alternatives » écologistes à cette question, Aude Vidal interroge les nouveaux fé­ minismes radicaux.
    Le renouveau que connaît aujourd'hui le mou­ vement semble également le déborder sur ses marges :
    Prostitution, inclusion des femmes trans et des per­ sonnes non­binaires, difficile articulation avec les pen­ sées queer et décoloniales sont l'occasion d'autant de frottements.
    Ringard et étriqué, le féminisme hérité de la deuxième vague ? Ou bien le foisonnement des fé­ minismes d'aujourd'hui ne serait­il pas l'occasion de dérives libérales ?
    L'accent mis sur l'autodéfinition de soi et la plu­ ralité des genres ne reviendrait­il pas à nier le genre comme résultant des rapports sociaux de sexe pour en faire une caractéristique individuelle ?
    Le féminisme du choix, en postulant que tous les choix effectués librement par des femmes sont des choix féministes, n'est­il pas devenu le point de ren­ contre entre féministes libérales et nouvelles fémi­ nistes radicales ?
    Comment accueillir ces questions qui renouvellent le féminisme, souvent de manière stimulante ou salu­ taire, sans rien céder sur la défense des femmes et de leur intégrité ?

  • De 1910 à 1920, Emiliano Zapata, Pancho Villa et les paysans en armes en quête de justice, de terre et de liberté se sont battus contre un régime militaire corrompu et une bourgeoisie libérale qui tentait de prendre le pouvoir. Ces deux révolutionnaires restent aujourd'hui encore dans la mémoire des humbles du Mexique?: leurs figures sont évoquées à chaque fois que l'on s'insurge contre les possédants et les gouvernants. Ainsi, les Indiens du Chiapas, éternels oubliés d'une «?modernité?» barbare qui ravage périodiquement le pays, se sont-ils rangés sous la bannière du zapatisme.
    Cet ouvrage est une référence majeure sur ce moment révolutionnaire.
    En donnant âme, chair et sang à cette guerre paysanne pour la terre et le pouvoir, Adolfo Gilly nous invite à comprendre le Mexique d'aujourd'hui à travers l'épopée et la réalité d'une révolution «interrompue» dont le souvenir et les idéaux hantent et enchantent encore notre imaginaire

  • Le constat est implacable : le partage des tâches domes- tiques n'existe pas.
    Il ne s'agit pas, nous disent Christine Delphy et Diana Leonard, du seul produit d'une mauvaise volonté des hommes qui profitent de ce travail gratuit, mais plus fon- damentalement d'un système d'exploitation et d'oppression qui dépasse les relations affectives que peuvent entretenir les individus concernés : le patriarcat, et dans le patriarcat, le mariage, y compris le concubinage et le pacsage.
    Celui-ci s'incarne concrètement dans une exploitation domestique - qui ne s'applique pas seulement au travail dit « ménager » - dont les autrices s'attachent à dévoiler les mécanismes dans cet ouvrage où la lectrice ou le lecteur ne manqueront pas de reconnaître leurs propres moments de vie quotidienne.
    Les autrices proposent ici une nouvelle approche radi- cale de la subordination des femmes dans les sociétés oc- cidentales focalisée sur la famille, en tant que système éco- nomique. Elles révèlent que celle-ci constitue en réalité un système de rapports de production dont les hommes sont les artisans - politiques, juristes et autres gouvernants - et les bénéficiaires - tous les autres. Ce sont la structure hié- rarchique et les rapports de production entre les membres de la famille qui sont ici mis à jour. Pour les autrices, la subordination des femmes constitue un cas particulier d'ex- ploitation économique qui ne réduit pas au capitalisme do- minant dans nos sociétés. Exploitation domestique et ex- ploitation capitaliste ne peuvent se confondre même si l'un et l'autre doivent être renversés.
    Ouvrage de référence du féminisme matérialiste, L'Exploitation domestique est publié ici pour la première fois en français.

  • Pourquoi et comment un médiocre parlementaire d'extrême droite, nostalgique de la dictature militaire, ouvertement raciste, misogyne et homophobe a-t-il pu se hisser à la tête du plus grand pays d'Amérique latine??
    L'arrivée de Bolsonaro à la présidence du Brésil n'est ni un événement fortuit, ni une parenthèse sans lendemain. Portée par une lame de fond, elle est à la fois le produit des circonstances et la conséquence d'un travail de conquête et de formatage de l'opinion par de nouvelles droites radicales et militantes.
    Dans un contexte marqué par une profonde crise économique, morale et institutionnelle, ces courants ont exploité les frustrations et les ressentiments de la société brésilienne, pour s'imposer aux affaires.
    Avec l'appui des vieilles oligarchies et des secteurs les plus conservateurs, ils entendent aujourd'hui solder l'héritage du «?lulisme?» et dicter leur agenda ultralibéral, rétrograde et autoritaire.
    Révision des droits sociaux, démantèlement des protections environnementales, privatisation des entreprises publiques, réalignement de la politique étrangère sur les États-Unis, croisade morale et sécuritaire..., le tournant engagé risque de réduire à néant les progrès démocratiques engrangés au terme de plusieurs décennies de luttes.
    Sonnée et divisée, la gauche s'est jusqu'à présent montrée impuissante à contrer la vague réactionnaire.
    Elle devra, coûte que coûte, retrouver son unité et proposer un nouveau projet mobilisateur pour éviter que le pays, champion toutes catégories des inégalités, ne s'enfonce dans l'abîme.

  • Dans la lignée du livre Afrofem qui entendait « traduire politiquement ses révoltes en révolu­ tion » contre le racisme d'État et le féminisme dominant, ce livre est un manifeste qui tente d'es­ quisser des horizons d'organisation et de libéra­ tion pour la condition noire en France.
    Le coeur de ce manifeste est le suivant : « Être noir·e et vouloir appartenir à une communauté et à un projet politique révolutionnaire de libération qui s'inscrivent dans une pensée panafricaniste, anticapitaliste et radicalement afroféministe. » Dans une langue vive, ce manifeste veut éclai­ rer les objectifs et les modalités d'une telle entre­ prise dans un pays où le mot « race » provoque passions et fantasmes.
    Partir de l'expérience spécifique des Noir·es en France, mais aussi des rapports entretenus par la France avec les Noir·es permet de comprendre le défi que représente un tel projet.
    Dans un pays obsédé par le spectre du « com­ munautarisme », l'autrice propose de faire de la notion de « communauté » une arme contre le projet néolibéral et individualiste de dépolitisa­ tion des luttes de libération noire.
    Afroféministe, ce manifeste s'inscrit dans une lecture politique du monde qui voit la nécessité pour tout projet de libération d'en finir avec les structures d'exploitation économique, sociale et politique que sont le racisme, le patriarcat et le capitalisme.

  • - « Les femmes n'ont pas tort du tout quand elles refusent les règles de vie qui sont introduites au monde, d'autant que ce sont les hommes qui les ont faites sans elles », Montaigne - « Je n'ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c'est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson », Rebecca West « J'étudie l'oppression des femmes. Mais l'oppression des femmes est spécifique non pas parce que les femmes seraient spécifiques, mais parce que c'est un type d'oppression unique. »

  • - Être une femme, c'est avant tout être sujet à l'oppression - « La boîte à outils de Delphy vient déboulonner le mythe de la naturalité » (nonfiction.fr) « Précis et rigoureux [.], les articles de Delphy témoignent d'une pensée qui, à chaque ligne, essaye de réfléchir à contre-courant, de s'opposer aux évidences qui empêchent les opprimés de s'apercevoir du poids qui pèse sur leurs épaules et qui, parfois, les pousse même à apprécier leur propre oppression. Bref, autant d'invitations à penser autrement » (Rue 89).

  • Concluant sa somme sur le premier âge du capi- talisme, Alain Bihr explore dans les deux volumes du troisième tome la constitution d'un premier monde capitaliste.
    Il en traverse les différents cercles, en partant de son centre et en progressant vers ses marges.
    Ainsi sont examinées les différentes puissances d'Europe occidentale qui ont été, tour à tour, motrices de l'expansion outre-mer.
    Saisir les avantages respectifs dont ces puissances ont successivement tiré parti renvoie à leurs relations conflictuelles et aux rapports de force entre les ordres et classes qui les constituent.
    La Grande-Bretagne, s'appuyant sur les Pro- vinces-Unies et les acquis de sa révolution bourgeoise, finit par en sortir victorieuse, au détriment de la France.
    L'auteur revient régalement sur le statut semi-péri- phérique et la forte hétérogénéité des États d'Europe baltique, centrale, orientale et méditerranéenne qui, cause et effet à la fois, ne peuvent prendre part à l'ex- pansion européenne.
    Toutefois, certaines d'entre elles (la Savoie, la Prusse, la Russie) pourront réunir des conditions leur permettant, par la suite, de jouer dans la « cour des grands ».
    L'ouvrage examine enfin les principales forces sociales marginales, affectées par l'expansion euro- péenne mais encore capables d'y résister et, dès lors, de se développer selon leur logique propre.
    Ce qui explique à la fois pourquoi le capitalisme n'a pas pu naître dans la Chine des Ming et des Qing, en dépit de ses atouts évidents, et pourquoi, en se fer- mant, le Japon féodal a au contraire préparé les condi- tions de son rapide rattrapage capitaliste à l'époque Meiji.
    Alain Bihr renouvelle et enrichit, grâce aux acquis historiographiques les plus récents, les intuitions et les analyses qui ont jalonné l'histoire du développement capitaliste.
    La dimension narrative et descriptive n'est pas le moindre atout de ce travail.

  • Une extraordinaire écrivaine féministe. Des textes poignants, la colère face aux meurtres, aux viols, à la pornographie, à l'anéantissement des femmes dans la sexualité masculine.
    La première partie est composée de deux textes à orientation biographique. Dans la seconde, l'auteure aborde, entre autres, le travail de l'écriture, New York, le féminisme radical, Kate Millett, la pornographie, la misogynie, la critique du déterminisme biologique, le judaïsme, le pouvoir des hommes, le viol, la fétichi- sation des corps, les actes et la violence sexuelle, la colère de la survivante... La troisième partie de l'ou- vrage est consacrée à la « fierté lesbienne », à la nuit et aux dangers, aux actions « Reprendre la nuit », au racisme et au masculinisme, aux assassinats de femmes comme politique sexuelle, à la résistance face à la ter- reur et la torture, à la prostitution...
    Les livres d'Andrea Dworkin, dont ce recueil offre une palette, restent d'actualité en ces temps de remise en cause des droits des femmes au nom de « tradi- tions » ou du fantasme de l'égalité-déjà-là : « Souve- nez-vous-en, mes soeurs, durant les temps obscurs qui s'annoncent. » Son style, très novateur, mêle la radicalité des ana- lyses féministes et la beauté de la langue : « J'ai utilisé l'écriture pour emmener le langage là où était la souf- france des femmes - et leur peur - et j'ai continué mes fouilles à la recherche de mots capables de porter le fardeau de dire l'indicible ».
    L'intransigeance face aux violences contre les femmes et l'onde puissante des mots. Il ne s'agit donc ici ni d'analyses universitaires ni d'indignations désin- carnées, mais bien d'une voix littéraire, nouvelle et forte, qui bouleverse notre compréhension de la do- mination masculine.

  • Les femmes noires en France doivent être sauvées de leur famille, de leur communauté (pères, frères, cousins). Ce sauvetage est proposé gracieusement par l'État au travers de l'école républicaine, appuyée par des allié·es de choix (médias, monde de la culture, associations, intellectuel·les).
    Mwasi est un collectif de femmes qui ne veulent pas être « sauvées » par qui que ce soit et qui prend la parole. Les autrices, des femmes noires et afro-descendantes, désignent l'État français, le « féminisme » blanc dominant, le racisme d'État comme des ennemis politiques.
    Ce livre est un instantané de ce qu'est le collectif Mwasi et de ce qu'il veut :
    « Notre seule préoccupation est d'être à la hauteur des idées, des pratiques et de l'héritage qui sont les nôtres :
    Les combats contre la négrophobie, l'impérialisme, l'hétéro-patriarcat et le capitalisme.
    Nous avons choisi l'afroféminisme pour traduire politiquement nos révoltes en tant que femmes noires ;
    Révoltes que nous voulons transformer en révolution pour un changement radical de système. Un système de justice sociale pour tou·tes, sans racisme, débarrassé de la domination masculine et du capitalisme.
    Nous faisons le choix de la lutte collective, de l'organisation politique autonome et de la libération comme horizon.
    Nous voulons que notre lutte soit comprise, reprise et interrogée par les Afro-descendant·es de France et les générations de militant·es noir·es qui nous suivront.
    Que ceci soit pris comme notre contribution afroféministe à la libération noire et panafricaine. »

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