Littérature traduite

  • Comment faire tourner les usines sans les travailleurs vigoureux, nourris, blanchis, qui occupent la chaîne de montage ? Loin de se limiter au travail invisible des femmes au sein du foyer, Federici met en avant la centralité du travail consistant à reproduire la société : combien couterait de salarier toutes les activités procréatives, affectives, éducatives, de soin et d'hygiène aujourd'hui réalisées gratuitement par les femmes ? Que resterait-il des profits des entreprises si elles devaient contribuer au renouvellement quotidien de leur masse salariale ?
    La lutte contre le sexisme n'exige pas tant l'égalité de salaire entre hommes et femmes, ni même la fin de préjugés ou d'une discrimination, mais la réappropriation collective des moyens de la reproduction sociale, des lieux de vie aux lieux de consommation - ce qui dessine l'horizon d'un communisme de type nouveau.

  • Quels sont les liens entre l'industrie militaro-carcérale américaine, l'apartheid en Israël-Palestine, les mobilisations de Ferguson, Tahrir et Taksim ? Qu'est-ce que l'expérience des Black Panthers et du féminisme noir nous dit des rapports actuels entre les oppressions spécifiques et l'impérialisme ?
    Témoin et actrice de luttes de libération pendant plus d'un demi siècle, Angela Davis s'exprime ici sur l'articulation de ces différents combats, pour une nouvelle génération saisie par l'urgence de la solidarité internationale.

  • Du delta du Nil aux cercles polaires, le constat est effrayant : la Terre se réchauffe dans des proportions qui nous mènent aujourd'hui au seuil de la catastrophe. Le concept d'Anthropocène, s'il a le mérite de nommer le problème, peine à identifier les coupables et s'empêtre dans le récit millénaire d'une humanité pyromane. Or si l'on veut comprendre le réchauffement climatique, ce ne sont pas les archives de « l'espèce humaine » qu'il faut sonder mais celles de l'Empire britannique, pour commencer. On y apprend par exemple que dans les années 1830 la vapeur était, aux mains des capitalistes anglais, un outil redoutable pour discipliner la force de travail et une arme de guerre impérialiste ; on y suit la progression fulgurante de la machine mise au point par James Watt qui supplante en quelques années la force hydraulique - pourtant abondante et moins chère - dans l'industrie textile anglaise. En puisant dans les sources de l'histoire sociale, ce livre raconte l'avènement du « capital fossile », ou comment la combustion ininterrompue de charbon a permis de repousser les limites de l'exploitation et du profit.
    Il faut couper la mèche qui brûle avant que l'étincelle n'atteigne la dynamite, écrivait Walter Benjamin dans un fragment célèbre, « Avertisseur d'incendie », où il insistait sur la nécessité d'en finir avec le capitalisme avant qu'il ne s'autodétruise et emporte tout avec lui. Pour Andreas Malm, on ne peut pas mieux dire l'urgence contemporaine de défaire l'économie fossile par des mesures révolutionnaires.

  • L'Imaginaire de la Commune est autant un livre d'histoire des idées que d'histoire tout court. En exhumant l'originalité de la Commune, ses aspirations à un « luxe pour tous », Kristin Ross arrache la Commune de Paris à toute finalité étatiste, productiviste, d'un socialisme de caserne. La Commune et ses « vies ultérieures » portent en elles une singulière actualité : elles marquent la naissance d'un mouvement paysan radical et écologiste avant l'heure, la « révolution de la vie quotidienne », ou encore les débats sur le système économique d'une société sans État. Par ce geste, Kristin Ross libère la Commune de son statut d'archive du mouvement ouvrier ou de l'histoire de France, pour en faire une idée d'avenir, une idée d'émancipation.

    Kristin Ross est professeur de littérature comparée à la New York University. Ses livres publiés en français : Mai 68 et ses vies ultérieures (Complexe, 2005 - Agone, 2010), Rouler plus vite, laver plus blanc (Flammarion, 2006), Rimbaud, la Commune de Paris et l'invention de l'histoire spatiale (Les Prairies ordinaires, 2013). Elle a également contribué à Démocratie, dans quel état ? (La fabrique, 2009).

  • " Ce livre est mon adieu à l'anglais ": Ngugi wa Thiong'o, romancier kényan, n'y va pas par quatre chemins, il décide que désormais, il n'écrira plus qu'en kikuyu. Pour un auteur dont les oeuvres sont largement diffusées dans le monde anglophone, c'est une lourde décision, dont Décoloniser l'esprit, écrit en 1986, explique les raisons. L'origine remonte à une "Conférence des écrivains africains de langue anglaise", organisée en 1962, en Ouganda : elle excluait les auteurs écrivant dans l'une ou l'autre des langues africaines, et le jeune Ngugi se posait alors la question : "Comment a-t-il été possible que nous, écrivains africains, fassions preuve de tant de faiblesse dans la défense de nos propres langues et de tant d'avidité dans la revendication de langues étrangères, à commencer par celles de nos colonisateurs ?" A travers son parcours personnel de romancier et d'homme de théâtre, Ngugi wa Thiong'o montre que le rôle donné aux littératures orales africaines, la vision de l'Afrique comme un tout et non comme un découpage issu de la colonisation, la référence aux traditions de résistance populaire, tout cela qui passe par la langue est la condition nécessaire pour décoloniser l'esprit. Ngugi wa Thiong'o est actuellement professeur et directeur de l'International Center for Writing and Translation à l'université de Californie à Irvine.

  • Aussi loin du catastrophisme ambiant ("Tout va disparaître") que de l´angélisme bêtifiant ("On en a vu d´autres"), André Schiffrin, dans ce nouveau livre, trace des pistes pour sauvegarder l´indépendance de l´édition, de la librairie, du cinéma et de la presse.
    Il ne se contente pas de faire un triste état des lieux : s´inspirant de tentatives qui ont réussi, d´Oslo à Paris, du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) à Minneapolis (Minnesota), il propose des solutions, simples ou sophistiquées, qui ont en commun de pouvoir être appliquées dès demain sans ruiner les finances publiques.
    Toutes ces solutions, Schiffrin le souligne, nécessitent des décisions politiques mais pas nécessairement gouvernementales : les municipalités, les régions, les États en Amérique ont un rôle important à jouer, qui peut partout contrebalancer les néolibéralismes nationaux.

    Ce livre, écrit par un homme qui a derrière lui un bon demi-siècle dans l´édition indépendante, est une incitation lucide et optimiste à prendre conscience que nous ne sommes ni impuissants ni condamnés à la seule consommation de best-sellers, de journaux misérablement asservis ou de séries télévisées ineptes. L´Argent va-t-il l´emporter sur les Mots ? La réponse, nous dit Schiffrin, dépend de chacun de nous.
    Traduit de l'anglais par Eric Hazan.

  • Lors de la réoccupation des villes de Palestine au printemps 2002, l'armée israélienne a utilisé une tactique inédite : au lieu de progresser dans les rues tortueuses des vieux quartiers ou des camps de réfugiés, les soldats passaient de maison en maison, à travers murs et planchers, évitant ainsi de servir de cibles aux résistants palestiniens. Cette méthode, "conceptualisée" sous le nom de "géométrie inversée" par des généraux qui aiment à citer Debord, Deleuze et Guattari ou Derrida, représente un tournant postmoderne dans la guerre des villes. Les territoires occupés sont ainsi devenus un laboratoire spatial pour de nouvelles techniques d'attaque, d'occupation et de contrôle de populations, qui sont ensuite exportées aux frontières où se livre la guerre globale. Et inversement, la réflexion sur l'urbanisme est largement passée dans des centres de recherche où des militaires travaillent sur l'art de construire/ détruire en s'appuyant sur de pseudo-concepts philosophiques. Mais Eyal Weizman montre que ces idées nouvelles - substrat d'une querelle des Anciens et des Modernes dans l'armée israélienne - n'ont pas été étrangères au fiasco libanais de l'été 2006.

    Eyal Weizman est architecte. Il dirige le Centre de recherches architecturales du Goldsmiths College (université de Londres).

  • Contre Charles Boycott, propriétaire terrien irlandais, ses fermiers organisèrent en 1879 un blocus qui l'obligea à capituler sur les loyers et les conditions de travail.
    Le boycott est l'arme des pauvres contre les puissants, des opprimés contre la domination. Le mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) est issu d'organisations populaires palestiniennes en lutte contre l'occupation militaire de la Palestine et l'apartheid en Israël. Comme l'explique Barghouti, c'est un mouvement non violent, moral et antiraciste. Il vise tous les produits en provenance d'Israël : le limiter aux produits des colonies serait le rendre inefficace, tant cette origine est facile à masquer.

    Il vise entre autres le domaine académique, car à de très rares exceptions près l'université israélienne est complice de l'occupation et de l'apartheid. Le débat sur le boycott atteint désormais des pays aussi divers que la Norvège, l'Australie, les États-Unis ou l'Afrique du Sud. Sur ce débat, le public français est mal informé. La publication de ce livre, qui comble une lacune, est menée au nom de la liberté d'expression et du droit du public à une information indépendante.

  • Les textes de Mao Tsé-toung, autrefois entre les mains de la jeunesse révoltée du monde entier, sont aujourd'hui difficiles à trouver, sinon presque oubliés. Parmi ceux qui sont présentés dans ce livre, les uns sont célèbres Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine, L'impérialisme américain est un tigre en papier , et d'autres sont plus rares comme Entretien sur des questions de philosophie. Ils dessinent le territoire théorique de la Révolution chinoise et rappellent que Mao, dont il est à la mode de dire le plus de mal possible, reste une grande figure marxiste révolutionnaire.



    Dans sa présentation, Slavoj Z izek montre où se situe la « pensée Mao Tsé-toung », par rapport à Marx, à Lénine, à Staline. Il explique l'erreur de ceux qui condamnent cette pensée comme théoriquement « inadéquate », en régression par rapport au modèle marxien, et aussi de ceux qui estompent la rupture Lénine/Mao. Pour Z izek, ce sont bien des erreurs théoriques qui ont entraîné l'échec de la Révolution culturelle puis la restauration du capitalisme en Chine.
    Un échange final de lettres entre Alain Badiou et Slavoj Z izek montre combien peut être fructueux un dialogue à la fois offensif et amical, argumenté et respectueux. Badiou : « Les descendants contre-révolutionnaires de nos nouveaux philosophes vont hurler, comme ils le font déjà, qu'avec Badiou tu fais la paire des partisans attardés, mais quand même dangereux, d'un communisme sépulcral. Quel autre sens pourrait bien avoir, pour ces chiens de garde de la nouvelle génération, de seulement parler de Mao ? »
    Philosophe et psychanalyste slovène, Slavoj Zizek est professeur invité au département de psychanalyse de l'université Paris VIII. Il enseigne dans plusieurs universités américaines prestigieuses dont Columbia et Princeton

  • Pour disqualifier un ennemi politique, le fanatisme est l'un des meilleurs outils possibles. On peut l'utiliser contre des peuples non « civilisés », fanatisme irrationnel . Mais on peut aussi accuser de fanatisme les esprits froi ...

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