CNRS Editions

  • Qu'elle provienne du Canard enchaîné, des Guignols de l'info ou de Dieudonné, la satire frappe et scandalise. Elle bouscule les normes sociales et dérange le politique en usant d'armes singulières : le comique, l'exagération et la caricature. Distincte du simple pamphlet, elle est d'abord un genre littéraire et artistique dans lequel le satiriste oppose ses valeurs morales à une réalité qu'il juge absurde.

    Les attentats contre Charlie Hebdo de 2015, les polémiques à répétition au sujet de dessins de presse et de certains registres humoristiques révèlent que la satire se situe sur une ligne de crête : dénonçant les travers de la société ou le ridicule de certains comportements, elle est souvent accusée de mépriser les plus faibles et de tourner en dérision les choses les plus sacrées. En réunissant historiens, juristes, philosophes, politistes, sociologues et linguistes, cet ouvrage offre un large regard sur la pratique satirique, sur les contraintes qui l'entourent et les conditions qui la rendent possible, notamment les contours de la liberté d'expression. Il examine la façon dont la satire se construit entre conventions artistiques et règles juridiques, comment elle a évolué dans ses formes, ses contenus et ses stratégies depuis le XIXe siècle jusqu'à ses usages politiques récents, en particulier pendant les élections présidentielles de 2017.

    Alors qu'elle doit désormais jouer avec un nouvel " esprit de censure ", la satire montre qu'elle est depuis bien longtemps l'art périlleux de choisir ses cibles.

    Avec les contributions de Marc Angenot, Paul Aron, Laurent Bihl, Marlène Coulomb-Gully, Laurence Danguy, Philippe Darriulat, Marie Duret-Pujol, Guillaume Grignard, Pierre-Emmanuel Guigo, Guy Haarscher, Olivier Ihl, Dominique Lagorgette, Jacques Le Rider, Nelly Quemener, Denis Saint-Amand, Carole Talon-Hugon, Léa Tilkens, Dominique Tricaud et David Vrydaghs.

  • " L'art, c'est la création propre à l'homme ", aime-t-on répéter avec Victor Hugo. Est-ce à dire pour autant que la capacité à apprécier la beauté du monde est exclusivement réservée à notre espèce ? Mais alors comment comprendre, par exemple, que le paon mâle ait développé, pour courtiser les femelles, une queue si voyante et volumineuse qu'elle en diminue ses propres chances de survie ?

    Cet apparent paradoxe est au cœur de la réflexion de Charles Darwin, qui donne au sens proprement esthétique à l'œuvre dans la sélection sexuelle animale une place cruciale dans l'évolution du vivant. Bousculant les présupposés de la philosophie de l'art autant que les attentes de ses disciples, il pose ainsi les fondements d'une histoire naturelle de l'esthétique, riche de surprises et de perspectives nouvelles.

    De la fameuse expédition du naturaliste anglais sur le Beagle aux travaux les plus récents des sciences cognitives, en passant par les apports de l'archéologie préhistorique, de l'anthropologie, de la psychologie expérimentale et même de l'ornithologie, cette enquête interroge le passage du sens esthétique animal à la naissance de l'art et révèle le rôle décisif de la beauté dans notre propre évolution.

    Présentation de Jean-Marie Schaeffer

    Traduit de l'italien par Sophie Burdet

  • Aurais-je pu vivre une autre vie que la mienne ? Aurais-je pu m'appeler autrement, vivre dans un autre pays ? Après tout, je suis ce que je suis et si j'avais été quelqu'un d'autre, je n'aurais justement pas été moi. Ces questions considérées comme la source de faux problèmes n'ont pas bonne presse en métaphysique. Avoir plusieurs vies possibles, c'est exister dans plusieurs mondes possibles. Mais un individu à cheval sur plusieurs mondes possibles n'existe dans aucun entièrement : il est donc, à strictement parler un individu impossible. Mais peut-on, et doit-on renoncer à suivre cet individu impossible ? Ce livre fait le pari qu'il a bien quelque chose à nous apprendre sur ce que veut dire être soi.

    /> Anthony Feneuil laisse résonner cette question des vies possibles. Retravaillant la conception chez Locke de la conscience comme pouvoir de (se) fictionnaliser, il montre les limites des conceptions métaphysiques de la personne. La sortie du champ philosophique, par le cinéma et la théologie, relance la réflexion et suscite une question d'éthique fondamentale : jusqu'où s'étend le concept de personne ? Quels êtres peuvent y prétendre et devenir ainsi l'objet de notre considération éthique ? Le cinéma de Rohmer et la théologie eucharistique présentent tous deux des manières de mettre en scène l'individu impossible, dont la philosophie peut se nourrir pour essayer de le penser.

    Une échappée hors du questionnement philosophique traditionnel. Et si l'individu impossible avait quelque chose à dire de nous...

  • Les problèmes que nous rencontrons relèvent de registres les plus variés : individuel ou collectif, théorique ou matériel. Qu'ils nous " tombent dessus " au quotidien ou qu'ils soient élaborés par un scientifique, ils révèlent les limites de notre compréhension, de notre savoir ou de notre savoir-faire. Mais ces obstacles attestent en même temps, en la stimulant, notre capacité à nous interroger et à mobiliser nos ressources.

    La philosophie n'a nullement le monopole du problème. Mais l'activité de produire et d'examiner des problèmes lui est consubstantielle. Il s'agit dans cet ouvrage d'instruire une spécificité du problème philosophique. Cette caractérisation conduit Philippe Danino à interroger la pertinence d'une histoire de la philosophie conçue à l'aune de l'idée même de problème.
    />
    Enquêter sur la nature du problème philosophique, autrement dit questionner le questionnement, c'est rencontrer l'exigence fondamentale de la philosophie. Aussi cette dernière manquerait en quelque sorte à elle-même si elle ne s'interrogeait sur ce qu'elle fait en interrogeant, si elle ne tâchait d'éclairer les ressorts et la signification du questionnement humain.

    Une invitation à produire une pensée capable de se mobiliser elle-même contre les fallacieuses adhésions et à se donner un devoir de patience. " Dépayser la pensée ", selon le mot de l'auteur.

  • La phénoménologie est née d'une interrogation critique sur la notion de " phénomène " et d'un effort pour recentrer l'analyse philosophique sur la description des formes d'apparaître de ces phénomènes. Tout questionnement relatif au statut ontologique de la matière semblait par conséquent mis de côté.

    Or, contre toute attente, la question de la matière a occupé une place très importante au sein de cette tradition philosophique, moins peut-être comme thème directeur que comme problème autour duquel elle s'est structurée et diversifiée. En dépit des divergences qui opposent les perspectives de Husserl et de Heidegger, de Scheler, Patocˇka, Sartre, Levinas ou Henry, la matière s'est imposée à chaque fois comme pierre de touche de la phénoménologie et de ses prétentions descriptives, lui imposant de ne pas arracher la description des vécus aux conditions concrètes et matérielles d'effectuation de l'expérience.

    Le statut équivoque de la matière en fait ainsi le lieu privilégié d'une analyse des tensions constitutives de la méthode et de l'objet de la phénoménologie. Les contributions réunies dans ce volume, soucieuses de restituer la complexité des différents niveaux d'implication de la notion de matière, la prennent comme fil conducteur d'une relecture critique des moments essentiels de la pensée phénoménologique.

  • La crise sanitaire provoquée par la pandémie de coronavirus a mis en lumière le rôle crucial de l'expertise scientifique. Des questions se posent ainsi avec plus d'acuité que jamais : quelles relations nos sociétés entretiennent-elles avec la science ? Quel est son rôle en démocratie ?

    La science a contribué à changer notre vision du monde : révolution copernicienne, théories de l'évolution, de la relativité et des quanta, découverte du code génétique... En interaction avec la technique, elle est un facteur de transformations socio-économiques et joue un rôle croissant dans l'élaboration des politiques publiques (santé, énergie, défense, transports...).

    Mais si la science a contribué à améliorer les conditions de vie de chacun d'entre nous, elle est souvent contestée pour sa participation à l'expertise préalable à la décision politique. Cette contestation incite à réévaluer la relation de nos sociétés à la science alors que nous devons répondre à de multiples défis (prévention des pandémies, réchauffement climatique, impact du numérique sur le travail, inégalités sociales...).

    Cet ouvrage explicite les méthodes scientifiques pour mettre au jour des " vérités " ainsi que leurs limites. Il propose des moyens pour renforcer le rôle de " vigie " de la science et amplifier le dialogue entre les citoyens, les élus et la recherche.

  • Il n'est pas de société humaine qui n'ait soulevé la question de ses origines. Notre propre culture ne fait pas exception. Mieux : elle se singularise par la pluralité des discours d'origine qui y circulent. Véritable
    originologie, la présente enquête identifie quatre types de discours d'origine :
    les discours mythiques (comme la Genèse) ;
    les discours rationnels (de Thalès à Auguste Comte) ; les discours scientifiques (Big bang, origine de la vie, origine de l'homme, etc.) ; et, enfin,
    les discours phénoménologiques (qui mobilisent, dans le sillage de Husserl, la notion d'" originaire "). Sont ainsi examinées les diverses façons par lesquelles il nous est donné de parler de ce qui fût
    avant toutes choses. Thèse dans la thèse, il est montré que c'est la biologie qui a ouvert la voie à la physique pour l'élaboration de discours d'origine de type scientifique et non l'inverse. Pascal Nouvel invite ainsi le lecteur à l'analyse détaillée de ces discours et des rapports multiples, de légitimation ou de
    délégitimation, qu'ils entretiennent entre eux, y compris dans leurs dimensions éthiques, sociales et politiques.

  • Comment penser les rapports entre l'homme et l'animal, afin de dépasser la rupture radicale traditionnellement établie entre eux ? C'est à cette question que s'attelle Charles Martin-Fréville, qui propose d'explorer l'idée d'une communauté animale incluant les êtres humains.

    Pour autant, la reconnaissance d'une même appartenance à une communauté physique (condition corporelle) entre les hommes et les animaux ne saurait suffire : elle n'est que l'envers d'une exclusion cette fois métaphysique des animaux (au nom d'un propre de l'homme lié au langage articulé, à la conscience réflexive, à la liberté, etc.).

    En confrontant à la fois les découvertes de l'éthologie et les représentations culturelles – symboliques, littéraires – de l'animal, cet essai nous invite à repenser de fond en comble le concept d'animalité, en prenant le parti des animaux et en faisant droit au point de vue de l'animal, pour en finir avec l'anthropocentrisme qui est au principe de la violence exercée sur l'animal.

  • " Qui suis-je ? " La question formulée par Descartes dans les Méditations métaphysiques traverse les courants les plus divers de la philosophie, sous des formes variées et conflictuelles. Wittgenstein, trois siècles plus tard, la reprend et la retravaille. Est-il possible, par un jeu de confrontation entre Descartes et Wittgenstein, de renouveler cette question de l'identité subjective ? C'est le projet que se fixe Pascale Gillot dans cet ouvrage.

    Elle nous fait entendre, chez ces deux philosophes traditionnellement opposés, une même attention à la grammaire spécifique de la subjectivité, qui n'est ni un quelque chose, ni un rien. Les expériences de pensée proposées par Wittgenstein, autour d'une expérience phénoménale ne renvoyant pas au corps propre (la possibilité d'avoir mal dans le corps d'un autre), rencontrent alors les analyses cartésiennes d'un Je, le Je métaphysique, un sujet sans référent corporel. Loin de s'identifier à une substance fantomatique, à un moi psychologique, ce Je inassignable donne à entendre le caractère constitutivement évanouissant de la subjectivité, une subjectivité rétive à la grammaire de l'objectification.

    Paradoxalement, le caractère insaisissable du sujet, sa vacuité, offrent un socle de résistance aux injonctions managériales à " être soi-même ". Ainsi se conçoit une possible libération à l'égard des multiples assignations à tel statut civil ou social ; autrement dit, un refus des identifications aliénantes autant qu'imaginaires.

  • Logos et Lemme, oeuvre de maturité du philosophe japonais Yamauchi, nourrit l'ambition de relier ces " deux ailes de la pensée mondiale " que sont l'Orient et l'Occident.

    L'auteur propose ainsi de faire se rencontrer la pensée occidentale, qu'il identifie au logos grec, et la pensée orientale, dont il voit le principe dans le lemme, soit ce que l'on saisit intuitivement ou que l'on se donne pour acquis afin de poursuivre un raisonnement.

    Si, en effet, d'Aristote à Kant, le logos se manifeste par une logique ramenée au principe d'identité, au principe de (non)contradiction et au principe du tiers exclu, Yamauchi entreprend de montrer que le lemme représente un mode de pensée de plein droit, qui prend notamment la forme d'une discipline mentale rigoureuse dans le bouddhisme du Grand Véhicule. Il en trouve le

    modèle dans le Traité du milieu de Nagarjuna, qui incorpore le lemme dans un raisonnement en quatre moments – le tétralemme, lequel enveloppe, selon le philosophe japonais, le tableau complet de l'esprit humain.

    Parcourant de manière à la fois érudite et spéculative le champ mondial de la pensée, l'auteur convoque et interroge la logique d'Aristote et le bouddhisme indien, Parménide et le taoïsme, la dialectique hégélienne et la philosophie de Nishida, faisant dialoguer le rationalisme occidental et la pensée " lemmique ", en vue de bâtir par-delà les déchirures tragiques du XXe siècle un véritable pont entre l'Orient et l'Occident.

    Traduit du japonais et commenté par Augustin Berque

  • Plaisir et ennui, peur et espérance, enthousiasme et désespoir, bonheur et souffrance, toute la gamme des émotions dans leurs nuances et leurs combinaisons fait l'ordinaire du quotidien des chercheurs. Hier, dans les lointains XVIIe-XVIIIe siècles, comme aujourd'hui, et quelles que soient les disciplines.

    Plaisir et ennui, peur et espérance, enthousiasme et désespoir, bonheur et souffrance, toute la gamme des émotions dans leurs nuances et leurs combinaisons fait l'ordinaire du quotidien des chercheurs. Hier, dans les lointains XVIIe-XVIIIe siècles, comme aujourd'hui, et quelles que soient les disciplines.

    Les chercheurs apparaissent alors non plus comme des machines à penser ou des personnes-idées, mais comme des êtres de chair et de sang opérant dans un univers saturé d'affects. Ils ne sont plus ces " neutres " (Nietzsche) qu'a instaurés cette règle de métier qu'est l'objectivité, et leur voix n'est plus celle impersonnelle, inhumaine qui ressort de leurs publications.

    Prendre en compte les émotions, c'est restaurer une dimension de la science telle qu'elle se fait, en rappelant l'incidence qu'elles ont dans les rythmes de travail, dans l'engagement à la tâche, dans la convivance au sein de communautés, dans le devenir de collaborations et, bien sûr, dans la genèse, la production et la publication des oeuvres.

    C'est aussi, dans un monde professionnel qui s'est placé sous la bannière de la raison, donner à voir l'auteur, plus que dans sa subjectivité, dans sa profonde humanité.

  • Largement ignorés par la réflexion éthique et politique, les " liens faibles " sont pourtant au coeur des formes contemporaines d'attachement et d'attention aux autres : dans les réseaux sociaux, dans la sphère culturelle, dans notre rapport à l'espace urbain ou à l'environnement, ou encore dans l'espace démocratique du commun.

    Si la notion de " liens faibles " a été initialement forgée par le sociologue Granovetter pour rendre compte des ressources sociales inaccessibles aux liens forts (comme la famille, l'amour, l'amitié, le travail, etc.), elle permet d'interroger notre rapport aux visages, objets, musiques, personnages de fiction, aux sentiments, aux lieux et situations du quotidien qui déterminent notre relation aux autres. Grâce à cette notion, nous pouvons observer en quel sens nos affinités esthétiques ou encore nos engagements éthiques et politiques infléchissent nos existences.

    C'est donc aux ressources du concept de " liens faibles " pour saisir notre monde commun que se consacre ce volume polyphonique, avec l'ambition de rendre sensible la texture invisible de nos vies et de nos attachements ordinaires.

  • Alfred North Whitehead (1861-1947), mathématicien et logicien de formation, est l'auteur d'une œuvre très originale au croisement des sciences et de la philosophie, sur la nature du monde qui nous entoure, et son flux temporel.

    Convaincu que les termes de la vie courante déformaient la réalité, Whitehead a inventé ou emprunté des termes plus appropriés à son projet. Le terme " 
    Process ", qui donne son titre à son ouvrage le plus célèbre
    Procès et réalité (1929) est central dans sa pensée. Il introduit à sa vision de la nature comme une succession de cristallisations dont chacune apporte une poussière de temps finie : l'instant n'existe pas. Il implique aussi une confrontation avec la théorie de la relativité et la physique quantique. Enfin, il permet la survenue de nouveautés créatives, signe pour Whitehead d'une déité inter-agissante avec le monde, dont le rôle est examiné dans le dernier chapitre.

    Rémy Lestienne mêle ici éléments biographiques et avancées intellectuelles, du logicisme vers une philosophie de la nature. Son livre constitue une introduction à une œuvre exigeante et singulière qui a inspiré scientifiques, philosophes et théologiens.

  • Parmi les grands intellectuels japonais du XXe siècle, Maruyama Masao (1914-1996), historien des idées, sociologue et philosophe, est l'un des plus significatifs. Homme lucide et engagé, il n'a cessé de se battre contre toute forme d'autoritarisme ou de nationalisme.

    Parmi les grands intellectuels japonais du XXe siècle, Maruyama Masao (1914-1996), historien des idées, sociologue et philosophe, est l'un des plus significatifs. Homme lucide et engagé, il n'a cessé de se battre contre toute forme d'autoritarisme ou de nationalisme.

    1945 est sans doute le point de départ de sa réflexion tant la guerre a été vécue comme un traumatisme. À partir de là, il a cherché à développer une conscience politique susceptible de faire face aux malheurs successifs de son pays : l'accession au pouvoir des militaires, le bombardement atomique d'Hiroshima, les luttes pour le rétablissement de la liberté face à un occupant américain.

    C'est dans cet esprit qu'il s'attelle à la fondation d'une véritable science politique japonaise, et qu'il entreprendra ses grands travaux sur l'histoire des idées au Japon : l'époque d'Edo et les prémisses d'une modernité autochtone, la crise identitaire de l'époque Meiji, le militarisme du XXe siècle, puis l'ambiguïté et les promesses de l'époque contemporaine. Ses analyses de l'ultranationalisme japonais se révéleront ainsi être un parfait complément aux études d'Hannah Arendt sur les totalitarismes européens.

    Avec lui, nous comprenons que les notions de démocratie, de modernité et d'autonomie politique ne sont pas des idéologies d'importation mais bien des valeurs universelles que le Japon a intériorisé à sa manière.

  • Nicolas Weill propose une lecture stimulante de ces textes qui constituent une des découvertes philosophiques les plus importantes de ces dernières années. La publication des " Cahiers " redonne une actualité brûlante à la question qui divise épigones et détracteurs du penseur allemand.

    Nicolas Weill propose une lecture stimulante de ces textes qui constituent une des découvertes philosophiques les plus importantes de ces dernières années. La publication des " Cahiers " redonne une actualité brûlante à la question qui divise épigones et détracteurs du penseur allemand : comment continuer à philosopher avec Heidegger sans tenir compte d'une éventuelle contamination de cette philosophie par l'idéologie nazie ?

    Par une analyse sans concession des " Cahiers ", en se concentrant sur les Réflexions (tenues par Heidegger de 1931 à 1941) mais tout en cherchant à en dégager les éléments proprement philosophiques, cet ouvrage invite à une approche équilibrée, quitte à " penser avec Heidegger, contre Heidegger ", comme le suggérait Jürgen Habermas dès le début des années 1950. Il montre notamment comment l'auteur d'Etre et temps, en inventant une nouvelle forme de philosopher, a poursuivi et prolongé dans ces carnets la critique de la modernité telle qu'elle a été formulée par la " révolution conservatrice " allemande et par Oswald Spengler, le théoricien du déclin de l'Occident.

  • Heidegger a toujours été en France un sujet brûlant. La publication des Cahiers noirs ainsi que les révélations sur l'édition des Œuvres complètes ont récemment nourri la polémique en apportant de nouveaux éléments à charge. Et si, au-delà de ces débats, on écoutait la langue de Heidegger ? Si on auscultait ses textes ? " Gefolgschaft ", " Einsatz ", " Ereignis " : autant de termes appartenant à la fois au vocabulaire nazi et au système philosophique heideggérien. L'appropriation d'un tel langage marque un engagement profond qui n'a rien d'occasionnel. Cet ouvrage rare et décisif restitue la langue de Heidegger dans l'histoire de l'allemand, de Luther à Fichte. Il dévoile les implications politiques d'une terminologie qui, en passant dans la traduction d'une langue à l'autre, échappent souvent au lecteur français. Une telle contamination constitue symboliquement l'un des événements les plus importants du XXe siècle philosophique, dont on ne finira pas de mesurer la portée et les conséquences.

  • Jürgen Habermas, représentant majeur de l'École de Francfort, est devenu un auteur classique mais son oeuvre complexe et multiforme, composée d'une cinquantaine d'ouvrages et d'un millier d'articles, continue d'être mal identifiée. Comment saisir la diversité de ses intérêts, des théories de l'action et du langage à la morale et au droit ?

    Jürgen Habermas, représentant majeur de l'École de Francfort, est devenu un auteur classique mais son oeuvre complexe et multiforme, composée d'une cinquantaine d'ouvrages et d'un millier d'articles, continue d'être mal identifiée. Comment saisir la diversité de ses intérêts, des théories de l'action et du langage à la morale et au droit ? C'est aussi un acteur, qui intervient régulièrement dans la presse et les débats publics. Comment articuler ces prises de position avec ses travaux proprement théoriques ?

    Dialogues avec Jürgen Habermas, issu d'un colloque international, offre un panorama complet du parcours intellectuel de Habermas, depuis ses premiers écrits jusqu'aux plus récents. L'espace public, l'agir communicationnel, la modernité, la démocratie, l'autonomie, les intérêts de connaissance, etc. sont ici discutés. Plus largement, c'est l'actualité même de sa pensée qui est soulignée et interrogée à propos de thèmes qui font débat : les effets du droit sur la société, la compréhension que l'on peut avoir des crises du capitalisme, ou encore le rapport complexe de la modernité aux religions.

    Cet ouvrage comprend deux textes inédits du philosophe, un texte d'ouverture sur l'Europe et un texte de clôture où il répond aux intervenants.

  • Réseaux ! Le pari de l'intelligence collective

    La révolution de l'information a changé notre perception et notre façon d'être au monde. Nos façons de consommer, de travailler, en ont été radicalement transformées, comme le tissu industriel dans son entier. Des pans entiers de notre activité, jusque-là chasse-gardée des États, sont devenus l'objet de la concurrence enragée de grandes entreprises privées.

    La loi de Moore impose son tempo aux progrès technologiques dont la vitesse est devenue si grande qu'ils sont presque impossibles à suivre. Nous voilà entourés d'objets, dont nous ignorons tout. Nous pouvons difficilement imaginer quels seront nos objets quotidiens dans deux ans, pour ne rien dire de ceux qu'auront en main les générations suivantes. Pour ne rien arranger, ces objets et outils sont issus de logiques à court terme, qui menacent souvent notre libre arbitre et notre intimité. Comment, dans ces conditions, reprendre la main ?

    Comment retourner, à l'avantage de tous, la puissance des réseaux ? Il faut faire le pari de l'intelligence collective : le Web est ce que les utilisateurs en font. Les processus collaboratifs, les logiciels libres, la mise en commun des savoirs et des savoir-faire, le regroupement des communautés de hackers, tout cela peut être mis au service du bien commun. L'auteur propose ici une solution concrète, argumentée, déjà testée dans le domaine de l'espace, pour répondre à des défis tels que l'urgence climatique.

    Il fallait, pour embrasser un tel sujet avec la hauteur de vue nécessaire, et la compréhension des mécanismes techniques indispensable, la personnalité hors du commun de Jacques Blamont.

  • Les partisans de la démocratie radicale ont développé une critique de la démocratie représentative, mettant en avant une priorité du politique sur le social ainsi que la centralité du conflit. Ils n'ont cependant pas produit une réflexion suffisante sur les conditions de la participation politique. C'est ce à quoi s'attelle ce livre, en s'inspirant du pragmatisme de Dewey et de sa définition de la politique démocratique en termes d'expérimentation.

    Après avoir dégagé l'ossature de la pensée de Dewey, ce livre en interroge certains des points aveugles en puisant à la source des travaux de Charles Wright Mills. Puis il en examine une des actualisations récentes.

    Tout en montrant les richesses du pragmatisme deweyen qui déconstruit certains clivages stériles en philosophie politique et permet de penser la dynamique de formation des liens civils, ce livre met en relief certaines limites de l'expérimentalisme démocratique.

  • Benjamin Constant (1767-1830) appartient par sa formation à l'époque des Lumières et par sa carrière au XIXe siècle. Romancier (
    Adolphe), penseur politique (
    De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes), ce passeur entre plusieurs cultures (allemande, anglaise et française) a consacré quatre décennies à
    De la religion, un ouvrage peu commun et d'ample dimension, à l'ambition systématique.

    Comment une telle étude peut-elle se concilier avec la théorie du libéralisme politique dont il est l'un des pères ? Cela a-t-il une incidence sur notre conception moderne de la politique conçue comme un monde autonome ? C'est par le biais de cette oeuvre méconnue que Denis Thouard nous invite à redécouvrir Benjamin Constant. À rebours de nos opinions actuelles, la religion est pour Constant, au-delà d'un anticléricalisme déclaré, solidaire de la liberté et fonde la politique.

    Combinant Jérusalem avec la Grèce antique, qui offrait l'image d'une religion indépendante de toute prêtrise, il attribue au phénomène religieux une puissance émancipatrice.

    Le livre montre comment son apologie politique des droits individuels est étayée par une théorie de la subjectivité religieuse ancrée dans le sentiment.

  • Depuis la séparation entre médecine et philosophie traditionnellement attribuée à Hippocrate, les relations entre ces disciplines ont toujours été intenses et parfois conflictuelles.

    Depuis la séparation entre médecine et philosophie traditionnellement attribuée à Hippocrate, les relations entre ces disciplines ont toujours été intenses et parfois conflictuelles. C'est une histoire de ces rapports que proposent les quinze études réunies dans cet ouvrage, en se centrant sur quelques figures ou moments déterminants : Platon, Aristote, Galien, les écoles empirique et méthodiste, al-Rāzī, Averroès, le XVIe siècle italien, Locke, Kant, Cabanis, les philosophes-médecins de la IIIe République, Canguilhem ou encore Jaspers.

    Si aujourd'hui la demande adressée à la philosophie par les médecins concerne principalement l'éthique, le dialogue entre les deux disciplines a porté historiquement d'abord sur le statut épistémologique de la médecine : le meilleur médecin est-il nécessairement philosophe ? Que peut apprendre la philosophie de la méthode du médecin ? La médecine est-elle un art du cas singulier, une science ou les deux ?

    En s'inscrivant dans le temps long, ces études rappellent que l'institutionnalisation actuelle de la philosophie de la médecine s'accompagne parfois d'un oubli des origines historiques de la réflexion sur la médecine. Le contact avec la médecine conduisant aussi la philosophie à se souvenir qu'elle se définit comme un genre de vie, c'est la question de l'amélioration du bien-être et de la santé des hommes qui se pose alors, dans un environnement que l'introduction de techniques thérapeutiques nouvelles modifie en permanence.

  • Un monarque tout-puissant, un palais somptueux et son harem, des mariages et des répudiations, une jeune juive qui garde le secret sur son identité, des banquets et des festins, des confusions entre personnages et situations jusqu'au coup de théâtre final... Tel se présente le Livre d'Esther, à l'origine de la célébration de Pourim, instituée par l'héroïne de l'histoire pour commémorer le salut du peuple juif et devenue une joyeuse fête où l'on autorise excès et transgressions... Toujours vivant dans les récits et les mémoires, le texte librement découpé et représenté, mis en scène et en images, circule entre scènes publiques et scènes privées et s'actualise dans les rites. Claudine Vassas par une approche ethnographique ouverte explore, dans sa profondeur historique, les facettes de cette célébration sans quitter la parole vive des femmes dont elle fait aussi entendre les voix dans un essai attentif et sensible à leurs multiples échos.

  • En une vingtaine d'années, la notion de vulnérabilité est devenue omniprésente dans le débat public et les discours politiques. On ne compte plus le nombre de références aux groupes, populations ou personnes dites " vulnérables ". Mais en quoi consiste cette vulnérabilité à laquelle il est fait référence ?

    En une vingtaine d'années, la notion de vulnérabilité est devenue omniprésente dans le débat public et les discours politiques. On ne compte plus le nombre de références aux groupes, populations ou personnes dites " vulnérables ". Mais en quoi consiste cette vulnérabilité à laquelle il est fait référence ? Et quelles en sont les implications morales et politiques ? C'est à ces questions que ce livre

    est consacré.

    /> Penser la vulnérabilité exige de naviguer entre plusieurs écueils. Il faut à la fois reconnaître qu'elle constitue une structure d'existence commune, à ce titre universellement partagée, sans toutefois omettre de prendre en compte ses variations différentielles et sa distribution inégalitaire, soit le fait que certaines personnes sont rendues particulièrement vulnérables par certains types d'organisation sociale. Aussi faut-il appréhender la vulnérabilité à partir d'une double perspective, philosophique et sociologique. Il sera alors possible de définir une politique de la vulnérabilité, visant la reconnaissance de notre fragilité commune et la lutte contre les processus sociaux qui induisent son intensification.

  • Histoires d'élections, en associant historiens et politistes, est une histoire polyphonique où coexistent et s'entremêlent...

    L'élection est de nos jours une pratique si familière qu'elle pourrait sembler consubstantielle à la démocratie et à la politique. Le bulletin de vote, l'urne ou l'isoloir sont devenus les compagnons habituels de l'électeur, à tel point qu'on peine à imaginer une élection sans eux.

    Or, de l'Antiquité romaine à la Ve République, de la monarchie française à la Venise du XVIIIe siècle, on découvre non seulement que l'élection est présente là où on ne soupçonnerait pas son existence, mais qu'elle recouvre une grande variété de pratiques et de sens : vote auriculaire à l'oreille d'un secrétaire, " à la ballotte " par boule d'approbation ou de réjection, vote à main levée, par appel nominal, par correspondance, par procuration ou plus récemment par voie électronique, etc. De même, en portant son attention au-delà du champ politique, l'ouvrage explore d'autres univers sociaux au sein desquels l'élection, bien présente, prend encore d'autres formes et d'autres significations : l'Église, la justice, l'université, le champ syndical, etc. Comment alors penser l'élection en tenant compte de l'ensemble de ces expériences sociales et politiques ?

    Histoires d'élections, en associant historiens et politistes, est une histoire polyphonique où coexistent et s'entremêlent à travers le temps et l'espace des pratiques et des représentations bien plus variées que l'élection contemporaine ne le laisse supposer.

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