Religion & Esotérisme

  • "Religion", ce terme partout galvaudé depuis plusieurs siècles, vient du latin relegere : rassembler de nouveau. L'art de réunifier l'individuel à l'universel, voilà une définition du yoga, auquel La Voie suprême selon le yoga tibétain constitue une porte d'entrée idéale.Sous la forme de brefs chapitres, ce traité transmis oralement depuis la plus haute Antiquité offre la quintessence de l'enseignement bouddhique : les dix causes de regret, les dix choses à accomplir, les dix choses à éviter, etc. On y retrouve les mêmes préceptes et avertissements légués par d'autres traditions : brahmanisme, taoïsme, bouddhisme, mystique juive, chrétienne ou musulmane...Ainsi, il n'est pas excessif de considérer cet ouvrage comme une véritable introduction générale à une démarche spirituelle universelle.

  • "Mahomet eut beau vouloir relever, en théorie, la condition du sexe dont les charmes ont agi si profondément sur sa sensibilité poétique, en dépit de ses intentions, l'islam la dégrada. Il a protégé les femmes contre l'agression de l'homme, mais il les a étouffées en rendant difficile l'échange entre elles et la société qui les entoure, et par là, il leur a ôté es moyens mêmes d eprofiter de cette protection."Mansour Fahmy

    Penseur et sociologue égyptien, Mansour Fahmy a rédigé en 1913 une thèse, qu'il défendit à la Sorbonne, sur la condition de la femme dans l'islam qui lui valut d'être interdit d'enseignement dans son pays.

  • «Le monde religieux est en pleine ébullition. Les transcendants de chaque camp peuvent dorénavant se battre en expliquant qu'ils ont un mandat direct de (leur) Dieu. Tous ces nombreux Dieux uniques et miséricordieux empreints de paix et d'amour comme il se doit ont eu à faire face aux délires mortifères de leurs ­disciples et à l'arrivée massive et incontrôlée de morts aux portes de leur paradis. Ils doivent tous ensemble convoquer les hommes pour les ramener à la raison. Est-ce que quelqu'un a leurs adresses ? »

    Haut fonctionnaire, énarque, historien, Pierre Conesa est également chercheur associé à l'IRIS.

  • La primauté du mot comme origine du sacré prend une importance particulière dans la tradition juive. Dans ce texte lumineux, Gershom Scholem montre comment la mystique juive a relié le nom et la révélation. Ce que d'autres religions accordent à l'image sacrée, représentation du divin, le judaïsme le confie à la parole, à l'invocation. Pour la Kabbale, la Création émane du nom de Dieu, toute chose ayant été créée à partir des 22 lettres de l'alphabet. Ainsi, le travail sur la langue devient la tâche principale de la mystique juive. À l'origine de chaque forme linguistique est, précisément, le nom de Dieu, dont les variations infinies intéressent la science prophétique : un art combinatoire vertigineux à même de faire de la langue de la raison un langage sacré.

    Gershom Scholem (1897-1982) a édité et diffusé les grands textes de la Kabbale et conféré à l'étude du mysticisme juif le statut de discipline à part entière. Il est l'auteur de nombreux ouvrages consacrés à l'histoire et à la philosophie religieuse du judaïsme : Les Grands Courants de la mystique juive, Les Origines de la Kabbale ou encore La Kabbale et sa symbolique. Il fut lié d'une profonde amitié avec Walter Benjamin, qu'il rencontre pour la première fois dans un café de Berlin.

  • La lumière de l'intellect dont nous donnons une édition du texte hébreu et une traduction enrichie de 1800 notes, est un livre d'une très grande complexité, mais qui pourrait être résumé ainsi : L'influx divin instruit l'homme de ce qu'est le monde dans sa totalité à travers le langage sous tous ses aspects: lettres de l'alphabet (formes, ordres, permutations, combinaisons, etc.) signes des voyelles (durée, sonorité, place etc.), grammaire, syntaxe, temps des verbes. En pénétrant les secrets d'une langue, on parvient par des jeux de langage et d'écriture à comprendre le fonctionnement des planètes, à connaître les secrets du divin, à comprendre les mystères de l'homme. Mais cette connaissance ne peut s'acquérir qu'à la lumière de l'intellect et la seule foi aveugle n'est bonne à rien.

    Abraham Aboulafia (1240-1292?) est un cabaliste espagnol du 13e siècle. Son oeuvre n'a été publiée en hébreu que récemment mais ses écrits ont été recopiés par des générations de disciples. Il en existe des versions latines lues par Pic de la Mirandole. Sa vie ne manque pas d'anecdotes dont la plus célèbre est sa visite au Pape Nicolas pour lui demander de cesser de persécuter les juifs. Le jour de son arrivée à Rome, on lui annonce que dans la nuit le pape est mort, ce qui le sauve du bûcher.

  • Dans la société juive, la coutume est le résultat de pratiques quotidiennes et de discussions rabbiniques accumulées au fil du temps. Comme l'écrit le Talmud: la coutume efface la loi. Elle devient alors la règle d'autorité pour la collectivité. De nombreux Livres des coutumes furent publiés entre le 14e et le 17e siècle et celui de Guenzburg, paru à Venise en 1589, a été rédigé en yiddish. Il est ici traduit pour la première fois et présenté par Jean Baumgarten : Quelle est la place de la coutume dans une communauté contrainte à se déplacer pour échapper aux persécutions? 1) Qui seraient aujourd'hui les auteurs de sifrei ha-minhagim d'un judaïsme en situation de crise dans la diaspora et en Israel ? C'est l'originalité de ce livre qui mêle érudition et interrogation existentielle.

    Jean Baumgarten (CNRS) est spécialiste du monde ashkénaze et du hassidisme et il est l'auteur chez Albin Michel de Histoire d'une langue errante, 2002; La Naissance du hassidisme, 2006; Le Baal Shem Tov, 2020. Il a publié à l'éclat en 2018: La Légende de Yosef della Reina, et co-écrit (avec Patricia Farazzi) la Vie imaginée de Shimon guenzburg, Éditeur typographe du xvie siècle, à partir de sa correspondance avec tirzah adelkind, jeune fille vénitienne, qui paraît en même temps que ce livre.

  • En quoi la Grèce antique, sa pensée et ses mythes, le lexique de sa langue et ses symboles sont-ils présents dans le Coran, cette parole révélée, reçue et transmise au VIIe siècle par un prophète, un homme qui se disait « ordinaire » ? Comment laccès à cette parole devenue Ecriture a-t-il été barré par un obstacle inévitable, celui dune formidable machine dogmatique sommant tout lecteur de renoncer à lire et de croire que tout a déjà été lu, une fois pour toutes, hors de nos espaces et de nos temps passés ou à conquérir ?Outre ses thèses totalement inédites, cet ouvrage veut rompre avec une tradition « récitante » du Coran. Lauteur entreprend la mise en question de ce qui a politiquement fondé lislam, de ce qui la délogé de son site divin et qui a livré son message originel « au travail de lidéologique et à la sécheresse du dogmatisme, selon le bon vouloir des princes et la complicité des clercs exégètes ».

  • Juif, Oscar Mandel ne craint pas de se livrer à une critique virulente de ses coreligionnaires : le maintien des rites du "peuple élu de Dieu" entretient leur retrait. Ce qui, non seulement peut attiser la crainte et la haine, mais apparaît aussi incongru face à l'ampleur des massacres que ce peuple a subis. Mandel écrit des pages chargées d'émotion sur son incompréhension, enfant, des rites de la religion judaïque. Indignation intime qu'il évalue à l'échelle de l'histoire. Comment perpétuer une religion qui repose sur un charnier s'étalant sur des siècles ? Comment assurer son salut sans, en premier lieu, assurer son bien-être, voire sa survie ici-bas ? Mandel ose ici un pamphlet d'une grande force sur un sujet réputé sensible : la religion comme foyer de l'intolérance et de la violence.

  • Rhapsodie d'histoires rédigées en sanskrit au vi?e siècle, dont la féerie animalière s'émaille de sagesse pratique, le Pañcatantra est le plus ancien recueil de contes de l'Inde qui soit parvenu jusqu'à nous. A la demande d'un roi puissant désireux d'inculquer à ses trois fils quelques rudiments de discernement et de conduite, un saint brahmane releva le défi qu'on lui proposait : conduire en six mois les princes jusqu'aux rivages de l'entendement et du savoir. C'est ainsi qu'il entreprit de leur raconter des histoires.
    Les contes, qui forment cinq volets et se déroulent comme des guirlandes au dénouement toujours différé, parlent de stratégie politique, d'ambitions, de désirs, de guerre et de paix, de destin, d'alliances et d'amitié. Lions, éléphants, taureaux, corbeaux, hiboux, pigeons, rats, serpents, tortues et gazelles y mêlent leurs aventures à celles des rois, princes, ministres, moines, marchands, tisserands, barbiers, balayeurs et brigands. Et quelquefois les dieux.

  • « Dégager la lecture du Coran de son appareil juridique et cultuel, revenir à une approche poétique et spirituelle, tel est le sens de cette nouvelle traduction. Confisqué par une exégèse dogmatique ou, pire, par "des aînés barbus et enturbannés qui tuent", le Coran doit pouvoir se lire, selon Youssef Seddik, comme l'Odyssée, comme les livres de Julien Gracq ou de Maurice Blanchot, de Heidegger ou de Derrida. Youssef Seddik resitue son travail dans une interrogation sur l'acte de lire qui interpelle tous les amoureux de la chose écrite, bien au-delà de la question du Coran. »Catherine Bédarida, Le Monde« Cet ouvrage novateur de Youssef Seddik place la réflexion sur l'islam bien au-delà des mesquineries ressassées par l'actualité médiatique : il stimule la réflexion, ouvre des perspectives et conduit à repenser la place que devrait tenir la culture musulmane dans l'héritage européen. » Gilbert Grandguillaume, La Quinzaine littéraireYoussef Seddik, philosophe et anthropologue, helléniste et arabisant, a publié de nombreux ouvrages, dont, chez le même éditeur,

  • D'Ignaz Goldziher, admis à la grande université Al-Azhar du Caire, à Hermann Vambéry qui, déguisé en derviche, gagna Samarkande à pied, à la recherche des origines ouzbèkes ­supposées de la langue hongroise, les savants juifs des XIXe et XXe siècles eurent un rapport privilégié avec l'Orient, entendu comme l'espace dans lequel s'est déployée la culture arabo-musulmane, mais qui désigne aussi l'ensemble des pays extérieurs à la loi chrétienne, comme en attestent les travaux des indianistes Sylvain Lévi ou Theodor Benfey. « Passeurs d'Orients », donc, ils participent activement d'un mouvement fondateur d'une science nouvelle, originellement philologique, mais aussi science des religions, que les clivages du second XXe siècle auront tôt fait de qualifier de "colonialiste", quand il s'est agi, surtout, d'en dégager la dimension singulière, au regard d'un Occident désorienté. À travers les plus grandes figures de l'orientalisme, le volume, issu en partie d'un colloque qui eut lieu au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme de Paris en 2012, retrace l'histoire et les implications de cette relation particulière et en dénoue les malentendus idéologiques et politiques.

  • « N'hésitez plus à guetter les heureux présages. Une superstition vaut une espérance. » (Honoré de Balzac) Ce premier Carnet propose une anthologie de prières (forcément païennes), invocations secrètes, superstitions plus ou moins avouables, bref, un bouquet foisonnant de paroles et magies d'amour. Le champ de notre vagabondage amoureux est vaste, pour ne pas dire illimité. Petit format, mais grand voyage. Les voix recueillies nous viennent aussi bien de la Grèce et de l'Égypte antiques que des Hauts-Plateaux andins, du Japon que de l'Occitanie des troubadours, des mystiques soufis que de cette France profonde où s'enracinent rêves et croyances ancestraux.

  • À lâge de quinze ans, Nathalie fait un rêve étrange et éprouvant : dans la rue, face au restaurant de ses parents, elle ressent de violentes décharges dans la poitrine, perçoit des cris, des pleurs, et les bruits assourdissants dune mitraillette Elle se réveille désorientée et apeurée : qua-t-elle vu ? Une vieille voisine lui racontera que lappartement de son rêve fut le théâtre dun massacre durant la Deuxième Guerre mondiale Ce jour-là, Nathalie prend conscience quelle possède un don : elle avait vécu une scène du passé.
    Depuis son plus jeune âge, elle sétait dailleurs toujours sentie un peu à part, différente, spéciale sensations, intuitions, prémonitions troublantes Mais comment ne pas dabord refouler ce qui semble relever du pur irrationnel, voire de la folie ?
    Dans cet étonnant récit, lauteur raconte comment elle a appris à accepter son don, à lapprivoiser, à le faire grandir. Loin des caricatures, un témoignage authentique et sincère qui montrera aux plus sceptiques dentre nous quil existe bien des choses et des mondes que nous ne maîtrisons pas.

  • Manuel Musallam nous raconte Gaza, sa vie, son pays et bien sûr les conflits, les haines, les espérances. Un témoignage grave et choc.

  • Qu'est-ce qu'une civilisation et se définit-elle dans les limites d'un territoire ? En quoi la notion est problématique et ne doit-on pas plutôt parler de `la' civilisation, en opposition à toute entité qui ne placerait pas en son coeur la pérennité des valeurs d'humanité ? S'applique-t-elle, en outre, à cet étrange phénomène qu`est le judaïsme, identifié tout à tour comme «peuple», «religion», «confession», «nation», ou «culture»? Peuple sans terre pendant plus de vingt siècles, religion dont le Dieu est en exil, confession qui n'a pas le culte du prosélytisme, nation étrangère au coeur des nations, culture plurielle au miroir des cultures qui l'accueillent, le « judaïsme comme civilisation » ne s'affirme-t-il pas dans l'exil et comme « civilisation de la diaspora » avant que dans sa lettre même? À cet entrelacs de questions complexes répondent, par autant d'autres questions, les auteurs de cet ouvrage collectif, fruit de trois colloques du Collège des études juives de l'Alliance israélite universelle, à l'occasion du 150e anniversaire de cette institution.

  • Après une longue entrée toute " subjective " où l'auteur évoque son angoisse d'être Arabe sans concession et tout aussi attaché à cette Europe des Arts, des Lettres et de la Pensée, cet ouvrage happe son lecteur dans un tourbillon d'analyses et de rappels historiques, de portraits surprenants, et oblige tout Européen à reconnaître que cet Arabe ignoré ou méprisé a bien façonné le continent, y compris dans sa dimension chrétienne, au même titre que les Goths, les Alémans ou les Francs... C'est la grande rupture de la conquête islamique qui est venue un jour donner un formidable prétexte à l'Eglise et à de puissants pontifes, commandeurs réels des nations, pour verrouiller les consciences et épurer les mémoires.

  • Entre 1877 et 1880, le Soudan égyptien est gouverné, au nom de l'Empire ottoman, par le général et administrateur britannique Charles George Gordon. Il pacifie l'ensemble du pays, et se retire en 1880. L'instauration d'un protectorat britannique en Égypte, en 1882, aggrave les tensions internes au Soudan. La révolution nationaliste mahdiste naît à ce moment : les disciples de Muhammad Ahmad Abd Allah, qui s'est proclamé Mahdi (c'est-à-dire imam caché, ou messie, dans la tradition musulmane), remportent plusieurs victoires. James Darmesteter, sous les feux de cette actualité, prononce une conférence qui est pour lui l'occasion de montrer que les événements du Soudan ne sont rien de nouveau dans l'histoire de la tradition islamique : «[...] Dans le monde musulman, l'histoire se répète si étrangement que [...] raconter les aventures des Mahdis d'autrefois, c'est déjà [...] faire par avance l'histoire du Mahdi d'aujourd'hui, son histoire passée, présente et future.» La conférence de Darmesteter constitue ainsi un fil directeur pour une lecture éclairante des rapports consubstantiels tissés dans la tradition islamique, «depuis l'origine jusqu'à nos jours», entre Religion et Politique. Au-delà d'une réflexion sur le Messianisme politico-religieux dans la tradition islamique et sur ses conséquences dans l'Histoire et dans notre contemporanéité, c'est à une profonde méditation sur l'eschatologie musulmane que ce texte nous convie.

  • Il est depuis toujours un élément qui, lorsqu'il vient à l'esprit des uns et des autres, déclenche les réactions les plus contradictoires, allant de la haine à l'empathie : la judéité.Or l'histoire de notre littérature, lorsqu'on la contemple dans le miroir de notre société et de son Histoire, étonne sur ce point par l'ampleur du phénomène. De Céline à Barthes en passant par Sartre, le Juif fait figure d'élément dérangeant, inquiétant, prescrivant les défoulements ou les refoulements les plus divers. Car cet outsider rappelle tout un chacun à une vigilance nécessaire face aux représentations stéréotypées, aux désinformations et aux idéologies partisanes qui continuent de nous menacer. C'est dans ce cadre qu'on comprend mieux ce que fut l'écriture pour Perec, Gary, Cohen, Wiesel, Modiano, mais aussi Duras ou Blanchot. La judéité aura été pour eux une épreuve et un défi, un garde-fou contre les débordements de l'Histoire, tout comme une nécessité de réinvention de soi et de l'oeuvre.A l'heure où les tensions identitaires augmentent, où la mémoire des camps est suspectée d'abus et de monopoles, où l'antisémitisme revient en force, il semble ainsi nécessaire de se retourner sur les relations singulières, faites de partialité, de silence ou de fantasme, entretenues entre la judéité et la littérature, si l'on ne veut pas céder aux cécités les plus indéracinables, aux illusions les plus gratuites, aux excès les plus dangereux, dont notre société est aujourd'hui encore la proie.

  • Cet essai relate le cheminement, à travers la Bible, d'une pensée libre, en opposition à la « rétention honteuse, chez les musulmans, pour aller à la découverte de la Torah et des Évangiles » (Youssef Seddik), et à leur « indifférence pour ce qui relève de la connaissance du monde juif, de son passé ou de sa pensée » (Victor Malka).
    En relevant, à travers l'épopée du peuple « inventeur du dieu unique », les codes qui fondent la morale juive, l'auteur a eu le sentiment de découvrir en Yhwh un « Grand Ordonnateur de feuilles de route ». Une route rigoureusement balisée, avec ses bornes et ses « haies » de protection - qu'en hébreu on appelle des syagim.
    Ainsi, après quatre années passées à glaner sur les « terres » du judaïsme biblique, telle Ruth glanant sur les terres de Booz, après avoir étudié plus de cent textes juifs, anciens et contemporains, l'auteur interroge ici le rapport du Juif à son prochain (parent, voisin, étranger, allié ou ennemi). Une découverte.


    Salah Guemriche, essayiste et romancier algérien, est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, dont Dictionnaire des mots français d'origine arabe (Seuil, 2007), Le Christ s'est arrêté à Tizi-Ouzou (Denoël, 2011) et Abd er-Rahman contre Charles Martel (Perrin, 2010).

  • Les Mémoires de Daniel Paul Schreber ont donné lieu à tant de commentaires psychiatriques et psychanalytiques que, cent ans après, cette foultitude a fini par frapper les esprits. Chacun voit midi à sa porte, tous reposent sur un a priori qu'un humoriste a su distinguer en notant que l'on dénomme « prière » le fait de s'adresser à Dieu, tandis que lorsque Dieu s'adresse à quelqu'un cela s'appelle « schizophrénie ».Plus récemment, une lecture anthropologisante a vu le jour. Il n'empêche, on n'a toujours pas lu ce texte de la façon dont Schreber souhaitait qu'il soit accueilli : comme l'avènement d'une vérité théologique dont l'importance n'est pas moindre que celle qu'a provoqué la venue du Christ en ce bas monde.Étroitement liée à l'expérience de martyre de son auteur, la théologie schrébérienne reconfigure les rapports de Dieu et de l'érotique en mettant celle-ci au service de celui-là. L'érotique s'en trouve dégagée du carcan hétérosexuel reproductif où elle végétait, ce que Dieu accrédite, car son existence désormais en dépend.Mission accomplie, Schreber sort de dix-huit années d'emprise psychiatrique, reconnu apaisé et libre de mener sa vie comme il l'entend.Béatitude, volupté, jouissance sont ici les termes clés qui, loin de se laisser ranger dans les variétés lacaniennes de la jouissance, lui font concurrence. C'est bien plutôt sur un autre point que Schreber croise Lacan, celui du rapport sexuel qu'il n'y a pas, déclarait Lacan, tandis que, tant par son expérience que dans sa pensée, Schreber atteste le caractère décidément peu assuré de cet « il n'y a pas ».Cet ouvrage est le second volet de L'Ingérence divine.

  • Cet ouvrage est le premier d'une série de trois, conçus comme autant de colis que l'auteur adresse aux prisonniers de Dieu, prenant ainsi le relais d'un père qui, durant la Seconde Guerre mondiale, s'employait à adresser des vivres aux soldats français originaires du village méridional qu'il habitait et captifs de l'armée allemande.
    L'ingérence divine I prend acte de ce qu'en dépit de l'annonce nietzschéenne de sa mort, Dieu, ou plus exactement ses fantômes, hantent encore les esprits, investissent les corps. Plusieurs livres en témoignent, que l'auteur questionne, non sans en retour se laisser enseigner par eux.
    Certains d'entre eux s'emploient à redonner sa place au Dieu du christianisme en faisant fond sur l'annonce de la mort de Dieu comme pour mieux en renverser l'incidence (Jean-Luc Marion, avec L'Idole et la distance, Bernard Sichère avec L'Être et le Divin) ; à l'opposé, d'autres tentent d'en finir avec Dieu et ses ombres (Jean-Christophe Bailly, avec son Adieu. Essai sur la mort des dieux) ; d'autres, enfin, font état d'une tension critique cependant jugée inéliminable dans le rapport de chacun à Dieu (Pier Paolo Pasolini, avec Théorème, le film et le livre, Romeo Castellucci, récemment au théâtre).
    C'est à ce dernier courant que peuvent être rattachés les séminaires et les écrits de Jacques Lacan. Son voisinage avec le catholicisme n'a jusqu'à présent jamais été envisagé en lui-même. Se pourrait-il que certains de ses concepts en soient marqués au point d'en restreindre la portée ? D'être porteurs d'équivoques ? De devoir s'en passer ? Ainsi par exemple, la banalisation actuelle du concept de grand Autre ne tient-elle pas au fait que ce grand Autre reste une figure de Dieu ? Claude Lévi-Strauss et d'autres avec lui le pensaient.
    Optant cette fois pour une démarche différente de celle mise en oeuvre dans L'Amour Lacan (2009), Jean Allouch revisite ces concepts à partir de diverses problématisations contemporaines de la mort de ce Dieu qui, disait Lacan, « n'a pas encore fait son exit ».

  • Dans ce livre de parti pris vigoureux, Jean-François Bouthors prend le contrepied de l'idée que le catholicisme français serait, selon les uns, une citadelle assiégée, ou, selon d'autres, un « vieux truc dépassé ».
    Au travers de son histoire, il a su imposer non une morale, mais un souffle libérateur. A la manière du Pape François, il affirme ainsi son actualité. De Saint Bruno à Jeanne d Arc, Sainte Thérèse, Péguy, Charles de Foucauld, Soeur Emmanuelle, l'Abbé Pierre, et quelques autres, le catholicisme français a montré qu'il était capable de surprenantes insurrections/résurrections.

  • « Le monde moderne a perdu son âme : ce constat aussi vieux que la modernité elle-même est aujourd'hui dressé par un philosophe iranien, Daryush Shayegan. Il ne sombre pas comme tant d'autres dans la dénonciation pure et ­simple de l'Occident. Il reconnaît à notre culture le mérite d'avoir inventé l'esprit d'examen, la rationalité scientifique et les institutions démocratiques, c'est-à-dire la résolution des conflits hors de la violence. Mais au prix de ce trésor inestimable que recèlent encore les sociétés traditionnelles - "les grandes émotions qui font vibrer les coeurs". (...) Shayegan nous adjure de mettre en oeuvre cette tâche immense : réinventer une nouvelle spiritualité qui succéderait à l'éclipse du divin. Beau défi que l'auteur nous lance, non sans malice et gravité. »Pascal Bruckner, Le Nouvel Observateur

  • Jean Rouaud est écrivain et auteur de nombreux ouvrages. Il a reçu le prix Goncourt 1990 pour son premier roman Les Champs d'honneur (Minuit). Avec une érudition parfumée d'humour, Jean Rouaud revisite les évangiles dont les paysages arides et les images de catéchisme ont accompagné son passé de petit Français catholique né sous un ciel de pluie près des rives de la Loire et bien loin du Golgotha et du fleuve Jourdain.Tendre, drôle, iconoclaste, poétique, Évangile (selon moi) s'amuse à soulever les voiles du mythe. Il rafraichit nos mémoires d'enfance, et nous invite, dans une langue classique et savoureuse, à découvrir, derrière les clichés, une autre manière de dire l'histoire et la géographie.

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