Arts et spectacles

  • La forme « tableau » correspondrait à un moment déterminé dans l'histoire de la peinture et de l'art en général. Un moment chronologique : l'apparition du tableau dit de chevalet est assez précisément datée, ainsi que le serait l'annonce de sa fin. Un moment historique : le tableau semble être venu à son heure, laquelle a coïncidé avec le développement du commerce au long cours, l'accumulation du capital et la domination de la marchandise sous son espèce indépendante et fétichisée.
    [...] Telle est la ruse du tableau qu'aujourd'hui encore, toute proposition picturale de quelque conséquence puisse être comme traversée par lui. Le tableau n'en a pas fini de fonctionner tout ensemble comme modèle et comme norme idéale, alors même que la notion en aurait été, non pas tant récusée, que radicalement déplacée.
    [...] Le tableau, chose du passé ? Mais quel tableau, ou le tableau en quel sens du mot ? Le tableau en tant qu'objet ? Le tableau en tant qu'activité, et qui en appellerait à ce titre à une conception élargie du travail de peinture ? Le tableau en tant que fonction, comme l'a voulu Lacan, et qui pourrait s'exercer hors contexte, sinon hors-cadre ? Le tableau en tant que forme, sur laquelle la pensée puisse tabler, au moins par métaphore, dans sa propre activité, ses propres opérations, son propre travail, et jusqu'à en venir à jouer elle-même sur plusieurs tableaux ?
    La question qui est celle du tableau en appelle ainsi à quelques détours, sinon à quelques déplacements auxquels est exposé tout un chacun qui s'intéresse à l'art.

  • Dans son livre, qui nous éclaire sur l'acte de naissance de l'esthétique occidental, Jean-Christophe Bailly tente de penser l'unité et la cohérence des diverses opérations qui, dans le monde grec ancien, ont bouleversé la relation des hommes à leur espace. Le livre montre non seulement qu'entre les actes de représentation (sculpture, peinture, danse, théâtre) et l'espace même qui organise la cité il y a interdépendance, mais que c'est un seul et même dispositif qui se met en place. La distance, qui fonde la possibilité même de l'image, est la clé qui ouvre ce dispositif. C'est donc à l'idée d'une politique de la mimésis que cet essai introduit, au croisement de la réflexion philosophique et de l'histoire de l'art.

  • A mi-chemin entre l'hommage et la satire, à la fois proche et lointain de « l'homme Léonard » de Freud, Hubert Damisch oublie « l'homme Piero » pour analyser une oeuvre d'art construire comme un souvenir d'enfance qui met en scène la plus vieille question de l'humanité : d'où venons-nous ? Et, d'abord, d'où viennent les enfants ? De la légende d'oedipe au mystère chrétien de l'Incarnation, d'innombrables mythes racontent l'énigme de la conception et de la naissance comme un récit des origines de la mémoire humaine.

    Pour dire Un souvenir d'enfance par (et non de) Piero della Francesca, Hubert Damish envisage une fresque au motif singulier : la Vierge, vêtue d'une longue robe bleue déboutonnée sur le devant et les côtés, a la main gauche posée sur la hanche ; des doigts de la main droite, elle effleure la longue fente qui s'ouvre sur un ventre bombé.

    Ce geste sans exemple est celui de la Madonna del parto de Monterchi, non loin de Borgo San Sepolcro où Piero naît en 1406.

    L'auteur nous invite à le suivre dans le silence de cette chapelle toscane.

    A la compréhension historique de la « Vierge de l'enfantement » dans l'oeuvre d'un Piero à la fois peintre et mathématicien, alliant l'intuition au concept, Hubert Damisch joint une dimension anthropologique. Par-delà la fiction sacrée du mystère chrétien, l'image de cette vierge entrevue n'a rien perdu de ses pouvoirs : elle renoue avec la mémoire archaïque de la « toujours jeune humanité ».

  • Alix Cléo Roubaud (1952-1983) était photographe et écrivain. Sa vie est renseignée par des lettres, carnets et photographies.
    Jacques Roubaud, son époux-poète, a consacré une partie de son oeuvre au souvenir de sa femme, influencé par sa pensée radicale de l'image.
    Les trente ans de silence qui ont suivi sa brusque disparition semblent aujourd'hui terminés : ses photographies sont entrées dans de grands musées (notamment : Beaubourg, la Maison européenne de la photographie, la BnF, la Bibliothèque municipale de Lyon, le musée des Beaux-Arts de Montréal) et des fragments de son journal intime, publié au Seuil en 1984 ("Fiction & Cie") ont été réédités en 2009.
    Si son oeuvre plastique est en voie d'être redécouverte, un pan entier de son travail demeure oublié ; il constitue le coeur de ce volume.
    Ce livre se fonde sur plus de six cents photographies inédites dont une soixantaine sont publiées ici, des centaines de lettres et d'écrits inédits. Dans ce livre, Hélène Giannecchini approche la vie intime d'Alix, la force de sa conception de la photographie, les errances et la maladie.
    Malgré l'importance de ses archives, la mémoire qui nous est parvenue reste entrecoupée de silences et d'ellipses ; c'est aussi dans ces espaces qu'Hélène Giannecchini a inscrit ce livre pour restituer la vie d'une jeune femme à l'existence d'une intensité exceptionnelle.

  • « Si j'écris ces notes à la première personne du singulier, je sais qu'elles sont écrites à la première personne du pluriel.
    Mon frère. Je ne pourrais pas faire ce film sans lui et il ne pourrait pas le faire sans moi. Ses questions sont les miennes. Souvent ce sont elles qui me poussent à écrire ces notes comme le transcripteur d'une réflexion, d'une pensée partagée. C'est la même chose pour le scénario. Je tiens la plume mais elle écrit à deux mains. [...] » C'est ce que Luc Dardenne écrivait dans le premier tome de son journal, Au dos de nos images. 1991-2005. Après avoir publié dans « La Librairie du XXIe siècle » un essai sur la mort de Dieu intitulé Sur l'affaire humaine (2012), il poursuit dans ce tome 2 ses réflexions au quotidien.
    Le volume est suivi de la publication des deux derniers scénarios écrits avec son frère Jean-Pierre.

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