Le Pommier

  • Recouvrant près de 8 % des terres émergées, le lichen est un être vivant qui devrait nous paraître familier. Mais, discret, il en est devenu insignifiant, invisible. Or, plus nous nous en approchons, plus se révèlent ses beautés, ses mystères, son étrange pouvoir d'attraction. Mi-algue, mi-champignon, il pourrait bien révolutionner notre conception du vivant et remodeler nos imaginaires... C'est du moins la proposition stimulante de cet essai, le premier consacré au lichen en dehors des ouvrages spécialisés.
    Fruit de plusieurs années d'enquête sur plusieurs continents, il propose une réflexion originale, buissonnière et, comme son objet, " symbiotique ", mêlant avec jubilation les cultures et les savoirs. Biologie, poésie, littérature, philosophie, écologie ou encore arts plastiques... Et si le lichen était au coeur de nos questionnements les plus actuels et les plus urgents ? Il permet en tout cas de penser une écologie qui ne repose plus sur les oppositions entre nature et culture, ville et campagne, compétition et coopération.
    Dans lichen, il y a lien. Symbole de résistance ou force venue d'en bas ? Vous ne verrez plus le lichen, ni notre monde, de la même façon.

  • Qu'il tende vers le progrès ou vers l'effondrement, nous voyons le temps sous la forme d'une flèche, et nous le supposons donc unique et linéaire, maîtrisé, dominé, comme vu de dehors, c'est-à-dire de nulle part. Or, la crise du climat nous oblige à abandonner cette position d'extraterritorialité : de multiples temporalités y entrent en jeu - les temps cosmologique, géologique, biologique, historique, social et psychologique -, qui rendent caduc le primat du temps chronologique, lequel semble les aligner sur les barreaux d'une même échelle.
    Dans cet essai, Bernadette Bensaude-Vincent nous invite à sortir du cadre temporel de la modernité occidentale pour porter attention à la diversité des temps propres aux vivants et aux choses qui font monde avec nous - jusqu'aux virus, aux plastiques ou aux déchets nucléaires. En s'inspirant de la pensée chinoise classique aussi bien que de l'écologie du paysage, elle met au jour une hétérogénéité de trajectoires temporelles qui cohabitent, interfèrent et s'entremêlent.
    Par là, elle ne nous apprend rien de moins qu'à composer des " temps-paysages ", c'est-à-dire à replonger les actions humaines dans les cycles multiples qui régissent l'histoire de la Terre, articulant le temps qui passe avec le temps qu'il fait.

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