Médecine

  • L'histoire célèbre les victoires que les médecins ont remportées sur les maladies. Mais elle néglige leurs patients dont les troubles, les souffrances ou les plaintes ont inauguré de nouveaux diagnostics, remis en cause certaines théories médicales ou ouvert des perspectives thérapeutiques inédites. Ciselés comme des nouvelles, ces récits de patients zéro racontent une autre histoire de la médecine : une histoire « par en bas », dans laquelle des malades qui parfois s'ignorent et des patients comptés trop souvent pour zéro prennent la place des mandarins et des héros.
    Parmi ces « cas », certains sont célèbres, comme le petit Joseph Meis-ter, qui permit au vaccin antirabique de Pasteur de franchir le cap de l'expérimentation humaine, ou Phineas Gage, dont le crâne perforé par une barre à mine révéla les fonctions du lobe frontal. La plupart sont oubliés ou méconnus, comme Auguste Deter, qui fit la renommée d'Aloïs Alzheimer, Mary Mallon, la plus saine des porteurs sains, qui ne souffrit jamais de la typhoïde qu'elle dissémina autour d'elle, ou Henrietta Lacks, atteinte d'un cancer foudroyant, dont les cellules dotées d'un pouvoir de prolifération exceptionnel éveillèrent la quête du gène de l'immortalité en voyageant autour du monde. À travers eux, ce livre interroge les errements, les excès et les dérives de la médecine d'hier à aujourd'hui.
    Des origines foraines de l'anesthésie générale aux recherches génétiques ou neurobiologiques les plus actuelles en passant par les premières expériences de réassignation sexuelle, il tente de rendre justice aux miraculés, aux cobayes ou aux martyrs dont la contribution au progrès de la connaissance et du soin a été aussi importante que celle de leurs médecins, illustres ou non.

  • Deux mois de grève et cent quarante jours de campement à l'hôpital psychiatrique d'Amiens, dix-huit jours de grève de la faim par les blouses noires de celui de Rouen, des grèves à Rennes, Saint-Étienne, Niort... En 2018, un mouvement social inédit a remué la psychiatrie française et se poursuit depuis, mettant en lumière les effets dévastateurs des restrictions budgétaires et des plans de rationalisation managériale que subissent soignants et soignés depuis trente ans.

    Nourri de l'expérience de terrain du psychiatre Mathieu Bellahsen et des enquêtes de la journaliste Rachel Knaebel, ce bref ouvrage retrace l'impressionnant démantèlement de la psychiatrie française à l'origine de ces mobilisations. Il montre comment la psychiatrie de secteur, promouvant des formes de soins tournées vers l'émancipation des patients, comme alternatives à l'enfermement, a été progressivement étouffée au profit de la gestion normalisante de la santé mentale. Et comment cette évolution a été favorisée par l'émergence d'une nouvelle neuropsychiatrie, opérant un changement radical. De l'autisme à la schizophrénie, le patient comme être humain n'est plus au centre du soin, seuls sont pris en compte ses neurotransmetteurs, son imagerie cérébrale, ses gènes. Il en résulte une attaque en profondeur du service public, cantonné à la gestion des urgences et des plus précaires, au profit d'acteurs privés qui prospèrent sur le marché des prises en charge réputées scientifiques.

    Rachel Knaebel et Mathieu Bellahsen relatent également les luttes de groupes de patients et de certains professionnels, pour l'introduction de contre-pouvoirs dans l'institution psychiatrique, aux racines du mouvement social de 2018. Elles remettent la question du soin psychiatrique au centre de la société et permettent le maintien de pratiques alternatives, même dans des structures attaquées par la technocratie et la privatisation. Un livre d'espoir, donc, pour les familles, les patients et les soignants, qui ouvre les pistes d'un futur émancipateur pour la psychiatrie.

  • De la multiplication des informations chiffrées aux querelles sur le " vrai chiffre ", en passant par les chiffres fantaisistes, les nombres sont devenus omniprésents dans les médias et les discours publics.
    Car l'information chiffrée apparaît comme une preuve d'objectivité et de sérieux. Elle serait même trop sérieuse pour que l'on ennuie le lecteur ou le téléspectateur avec des considérations techniques sur sa validité... Face aux dérapages et aux manipulations qu'accompagne cette nouvelle religion du chiffre, les spécialistes de l'Association Pénombre ont décidé de réagir à l'usage illicite des chiffres et à la perversion du débat citoyen qu'il implique.
    Dans cet ouvrage, ils livrent le fruit de cinq années d'observation critique, sous la forme d'un abécédaire plein d'humour. De A comme " Adolescents à Z comme " Zéro ", en passant par C comme Chômage ", I comme " Immigration " ou S comme " Santé ", ils proposent un florilège élaboré - nourri de très nombreux exemples - des diverses formes du mauvais usage des chiffres : erreurs involontaires, manipulations délibérées, etc.
    La lecture de livre est facilitée par un astucieux système de repères permettant de naviguer entre les articles en fonction de diverses grilles d'entrée (par thème, par types d'erreurs ou de manipulations). Et surtout par un ton alerte qui n'évite ni les débats de fonds ni les traits d'esprit, comme le souligne la préface du journaliste Philippe Meyer.

  • L'histoire des biotechnologies appliquées à la procréation est une succession inextricable de conquêtes techniques et d'innovations morales : les interventions médicales sur la procréation ont été concomitantes à la démarche consistant à " juger la vie ".
    Comment le droit et la médecine ont-ils tenté de forger des outils pour juger de l'opportunité et de la qualité de la vie des enfants à venir ? C'est à cette question majeure qu'entend répondre ce livre. Son originalité est de croiser des contributions de praticiens et de chercheurs des sciences de la vie, de philosophes et de spécialistes des sciences sociales, qui confrontent leurs points de vue.
    Depuis 1994, des normes ont été établies en France pour définir qui peut juger la vie des enfants à venir. Elles accordent un rôle essentiel aux médecins, mais sans leur donner pour autant des références précises pour l'assumer. Partant du malaise provoqué par cette situation et qu'expriment les acteurs eux-mêmes, cet ouvrage cherche plus à démythifier et à éclaircir les principaux termes du débat qu'à donner des solutions définitives.
    Il cherche aussi à proposer quelques repères, aussi bien pour le législateur que pour la société civile, afin de se situer peut-être autrement face à des choix politiques complexes.

  • Vingt-cinq ans de sida.
    Peut-on imaginer pire anniversaire, alors qu'aucun vaccin ne se profile à l'horizon et que, chaque année, les pires prévisions se confirment ? Le sida touche aujourd'hui près de 40 millions de personnes dans le monde et fait chaque année près de 3 millions de victimes. Depuis près de vingt-cinq ans, Eric Favereau suit le sida comme journaliste à Libération. Et vit au jour le jour les mystères des premiers temps, l'inquiétude qui grandit, la panique qui s'installe, puis les malades qui refusent la fatalité.
    Pour rendre compte de ce qui n'est pas une histoire, mais une guerre de tous les instants, une résistance contre un virus qui s'attaque au plus intime de l'individu, Eric Favereau a choisi de restituer ici la chaîne humaine qui s'est construite dans cette lutte. A partir d'une dizaine d'entretiens, ou de dialogues, réalisés tout au long de ce quart de siècle avec des acteurs clés de cette lutte (chercheurs et médecins, politiques, militants...), il donne à voir tous ces gestes, anonymes ou spectaculaires, qui, à force de se répéter, ont fini par bâtir une réponse collective.
    Dans l'histoire de l'humanité, jamais une maladie n'avait suscité pareille riposte. Il y a des visages, il y a des moments... ahurissants. Séparés les uns des autres, ce ne seraient que miracles, jolis coups d'épée dans l'eau. Rassemblés, ils ont la force et la fragilité d'une dune.

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