Honore Champion

  • Fondée en 1666, « renouvelée » par un règlement royal en 1699, devenue une institution de la monarchie absolue, l'Académie Royale des Sciences réunit les meilleurs savants du XVIIIe siècle. Être un acteur majeur dans le champ de la technique n'allait pas de soi pour une Académie des sciences. Cet ouvrage analyse les raisons et les modalités de cette présence et en mesure la place. De l'examen des inventions aux études techniques, en passant par les expertises et les descriptions des arts, une nouvelle pensée apparaît caractérisée par l'émergence d'un nouveau régime de la pensée opératoire. Dans la première moitié du XVIIIe siècle ce régime de pensée s'installe et se traduit par une nouvelle relation entre sciences et techniques. Délaissant progressivement les techniques des métiers réglés pour se tourner vers les techniques nouvelles pour en rechercher les principes, les causes de leur fonctionnement plutôt que de le décrire, l'Académie applique les méthodes de la science moderne à la technique. Cette pensée technique se diffuse, elle est partagée et enseignée dans des lieux nouveaux. De là, l'enseignement des techniques va quitter le mode de la transmission et de l'apprentissage pour entrer dans un modèle spécifiquement français de la formation scientifique des ingénieurs. Dans cette période des liens particuliers unissent l'Académie aux écoles des armes savantes, ainsi qu'à une école de « mathématiques pratiques ». Les savants qui ont pris le contrôle d'une technique devenant scientifique vont, dans le siècle suivant, céder la place à des ingénieurs qui deviennent aussi des scientifiques.

  • Galien de Pergame (129-ca 216) a systématisé l'ensemble du savoir médical ancien et sa doctrine s'est maintenue jusqu'à l'époque moderne. Son oeuvre tentaculaire a aussi innervé la pensée philosophique, logique et théologique. Toutefois, Galien a fait l'objet de critiques de la part de ses contemporains, puis de ses successeurs. Après le triomphe du galénisme à la fin de l'Antiquité, les penseurs islamiques ont introduit les premières brèches dans ce système. Ces attaques, relayées en Occident latin et à Byzance, ont connu une ampleur nouvelle à la Renaissance avec la remise en cause et la déconstruction de l'autorité galénique.

    Dans ce livre est proposée une histoire dynamique de la réception de Galien à travers différents cas d'anti-galénismes. Les études qui y sont réunies portent sur des textes peu connus, voire inédits. Elles recensent les critiques contre Galien, tout en explorant différentes facettes de sa pensée médicale et philosophique. Ce parcours permet ainsi de suivre les changements de paradigmes épistémologiques qui s'opèrent au fil des siècles, mais aussi de mieux cerner, par la négative, ce que fut le galénisme durant sa longue tradition.

    Ont contribué à cet ouvrage : Susan P. Mattern, Anna Motta, Matyáš Havrda, Pauline Koetschet, Philippe Vallat, Joël Chandelier, Nicoletta Palmieri, Danielle Jacquart, Vivian Nutton et Fabrizio Bigotti.

  • Comment le Canon de la médecine, une imposante encyclopédie rédigée au début du XIe siècle par le médecin et philosophe persan Avicenne, a-t-il pu devenir, pour plusieurs siècles, le manuel de base pour l'enseignement de la discipline dans tout l'Occident ? En observant le lent cheminement du texte, depuis sa traduction en latin au XIIe siècle jusqu'à son complet triomphe à la veille de la Peste Noire, cet ouvrage le replace dans un contexte précis, celui des premières universités italiennes. Celles-ci ont joué un rôle fondamental : c'est dans la Péninsule que le Canon est le plus rapidement et largement employé, dès la fin du XIIIe siècle. Le texte y est alors le fondement des cours, surpassant l'ensemble des autorités grecques ou arabes dans la formation des jeunes médecins.

    Son importance va cependant au-delà de ce simple rôle. Par ses choix intellectuels, le Canon a profondément marqué la discipline médicale. Il a permis aux médecins de valoriser l'autonomie de leur discipline, de favoriser la place de l'expérience, ou encore de promouvoir l'importance de l'anatomie - annonçant ainsi, souvent, les évolutions à venir à la fin du Moyen Âge et au début de l'époque moderne.

  • La respiration fut précocement reconnue comme indissociable de la vie tant dans des textes de philosophie que de biologie et médecine. Cependant, mobilisant des mécanismes complexes et internes, elle est longtemps restée peu accessible à des études directes et a donné naissance à des théories diverses qui se sont succédées et ont parfois coexisté. À travers l'examen d'ouvrages médicaux des XIVe-XVe siècles (Practicae et commentaires au Canon de la médecine d'Avicenne notamment), cet ouvrage précise les conceptions médiévales relatives à la respiration, en envisageant l'anatomo-physiologie et la pathologie (étiologie, diagnostics, pronostics) étendue à la thérapeutique. Pour chacun des aspects, sont examinés les implications lexicographiques, les héritages, évolutions et aspects polémiques liés aux transmissions et traductions de textes grecs et arabes, les réalités de la pratique médicale.

  • « La construction chinoise officielle du temps quotidien discret à partir d'un temps mathématique caché, linéaire et continu ».

    La recherche sur les calendriers chinois traditionnels (104 av. J.-C.-1644) dont cet ouvrage rend compte a permis de mettre en évidence un ensemble de résultats inattendus. Contrairement à l'idée admise selon laquelle le temps du calendrier chinois serait foncièrement cyclique et discret, il apparaît au contraire qu'il possède une structure éminemment révisable, instable et provisoire, donnant même souvent l'illusion de l'aléatoire tant sa structure locale paraît imprévisible d'une année sur l'autre. Elle prouve aussi que le temps quotidien discret du calendrier chinois se construit, contre toute attente, à partir d'un temps mathématique linéaire et continu, mettant en oeuvre une forme particulière de zéro ainsi que des modes de représentation des nombres non décimaux, jamais décrits auparavant par les historiens des mathématiques. Les diverses composantes du calendrier peuvent ainsi être situées sur l'échelle du temps avec un degré de précision souvent très grand bien que purement fictif.

    De 104 av. J.-C. à 1644, le calendrier luni-solaire chinois a été réformé officiellement une cinquantaine de fois, non seulement à cause des changements de dynastie mais aussi et surtout en raison de la croyance chinoise en l'indétermination foncière des mouvements célestes. Tout calendrier était inéluctablement voué à s'écarter plus ou moins rapidement des apparences astronomiques qu'il était censé représenter. Pour rendre compte globalement de la complexité inhérente à un aussi grand nombre de réformes, le calendrier chinois est analysé ici en s'appuyant sur les notions de structure de surface et de structure profonde empruntées à la linguistique. La première s'applique au calendrier concret, conçu comme un arrangement de mois lunaires et de jours énumérés de multiples façons, et la seconde aux techniques secrètes de calcul sous-jacentes, celles dont le Bureau d'astronomie avait le monopole et qui ne furent rendues publiques dans des traités spécialisés qu'une fois devenues caduques.

    En mettant en relation les aspects discret et continu du temps du calendrier, cet ouvrage explique comment calculer les composantes lunaires, solaires et non astronomiques de calendriers chinois officiels de la période considérée. Lorsque cela est possible, il analyse aussi en détail toutes les conséquences des techniques de calcul chinoises sur la structure du calendrier. Enfin, il propose des exemples de calcul du calendrier d'années lunaires données en les confrontant, le cas échéant, au contenu de calendriers authentiques.

  • Les théories de la vision dans les mondes grec et latin du IVe au XIIe siècle : entre permanence et renouveau Nouv.

    Du IVe au XIIe siècle, entre la fin de l'Antiquité et l'arrivée en Occident des textes arabes, aucun traité d'optique novateur n'est produit. La présente étude a pour but de mettre au jour les traditions intellectuelles, continues depuis l'Antiquité tardive, sans lesquelles la réapparition de cette science au XIIIe siècle paraîtrait inexplicable. Au croisement de problématiques multiples, les théories de la vision couvrent un champ du savoir plus large que l'optique, qui implique, outre la physiologie et la médecine, les mathématiques, la géométrie et la physique, ainsi que la philosophie, la psychologie et la théologie. À travers les recueils doxographiques, traités et commentaires philosophiques, ouvrages d'anatomie et d'anthropologie chrétienne, commentaires à la Genèse, lexiques et encyclopédies, se dessinent les étapes d'un cheminement qui, loin de se cantonner à la sauvegarde de l'héritage antique, prépare et influence l'éclatante réapparition de l'optique au XIIIe siècle.

  • La recherche sur les calendriers chinois traditionnels (104 av. J.-C.-1644) dont cet ouvrage rend compte a permis de mettre en évidence un ensemble de résultats inattendus. Contrairement à l'idée admise selon laquelle le temps du calendrier chinois serait foncièrement cyclique et discret, il apparaît au contraire qu'il possède une structure éminemment révisable, instable et provisoire donnant même souvent l'illusion de l'aléatoire tant sa structure locale paraît imprévisible d'une année sur l'autre. Elle prouve aussi que le temps quotidien discret du calendrier chinois se construit, contre toute attente, à partir d'un temps mathématique linéaire et continu, mettant en oeuvre une forme particulière de zéro ainsi que des modes de représentation des nombres non décimaux, jamais décrits auparavant par les historiens des mathématiques. Les diverses composantes du calendrier peuvent ainsi être situées sur l'échelle du temps avec un degré de précision souvent très grand bien que purement fictif.
    De 104 av. J.-C. à 1644, le calendrier luni-solaire chinois a été réformé officiellement une cinquantaine de fois, non seulement à cause des changements de dynastie mais aussi et surtout en raison de la croyance chinoise en l'indétermination foncière des mouvements célestes. Tout calendrier était inéluctablement voué à s'écarter plus ou moins rapidement des apparences astronomiques qu'il était censé représenter. Pour rendre compte globalement de la complexité inhérente à un aussi grand nombre de réformes, le calendrier chinois est analysé ici en s'appuyant sur les notions de structure de surface et de structure profonde empruntées à la linguistique. La première s'applique au calendrier concret, conçu comme un arrangement de mois lunaires et de jours énumérés de multiples façons et la seconde aux techniques secrètes de calcul sous-jacentes, celles dont le Bureau d'astronomie avait le monopole et qui ne furent rendues publiques dans des traités spécialisés qu'une fois devenues caduques.
    En mettant en relation les aspects discret et continu du temps du calendrier, cet ouvrage explique comment calculer les composantes lunaires, solaires et non astronomiques de calendriers chinois officiels de la période considérée. Lorsque cela est possible, il analyse aussi en détail toutes les conséquences des techniques de calcul chinoises sur la structure du calendrier. Enfin, il propose des exemples de calcul du calendrier d'années lunaires données en les confrontant, le cas échéant, au contenu de calendriers authentiques.

  • Un siècle après Camille Vieillard, cet ouvrage retrace à nouveaux frais la naissance et la diffusion d'un mode de lecture du corps promis à un bel avenir, et qui joua un rôle considérable dans la représentation symbolique du médecin comme dans les relations entre praticien et patient.
    Le stéréotype du médecin examinant le contenu d'un flacon ne doit en effet pas masquer les forces d'évolution à l'oeuvre dans ce domaine pendant toute la période, tant du point de vue de l'histoire intellectuelle que de celui de l'histoire sociale. Traités médicaux, statuts professionnels, actes de la pratiques judiciaire, oeuvres littéraires et témoignages de l'iconographie, sont donc interrogés et croisés pour mettre en lumière les différentes facettes et implications de l'uroscopie, qui ne s'éteignit qu'avec la naissance de la chimie, à la fin du XVIIIe siècle.

  • Les paysages et les accidents de la terre ont leurs secrets et les esprits curieux, avant l'institution de la géologie comme science, ont recherché de tout temps des explications, qu'elles soient religieuses, agronomiques ou philosophiques. La terre est assurément l'élément cosmique le plus perceptible, celui dont l'observation immédiate est la plus facile et dont la connaissance a des conséquences immédiates dans la vie humaine, mais elle reste mystérieuse dans sa formation, dans ses mutations parfois catastrophiques et dans son intériorité et c'est ce mystère que bon nombre d'auteurs ont tenté de résoudre par des explications ou par des dénominations. Ce livre, issu des réflexions d'un colloque tenu à la Sorbonne, a comme ambition de montrer la genèse d'une science géologique de l'Antiquité à l'âge classique par une rencontre pluridisciplinaire entre historiens de la géologie, philologues, lexicologues. Il met en évidence l'aventure intellectuelle de ceux qui ont tenté d'en faire naître un ordre et de mettre en évidence une causalité, ou de ceux qui ont établi des lexiques du grec aux langues romanes en passant par le latin et qui ont ainsi facilité la maîtrise du paysage et du sous-sol. Dans un mélange de curiosité et d'investigation scientifique, une lente élaboration se fait jour par classements successifs et par l'échange entre observations, usages de praticiens et théories sur le cosmos et ses mutations.

  • Michel Adanson (1727-1806) est un naturaliste français connu pour avoir laissé un immense projet encyclopédique, ainsi qu'une méthode naturelle de classification appliquée principalement aux végétaux. Ses Familles des plantes (1763-1764) posent toujours de redoutables problèmes d'interprétation. Lors du bicentenaire de la parution de l'ouvrage, les partisans de la taxinomie numérique s'« approprièrent Adanson », en voyant dans sa méthode un pur essai combinatoire déductif. Or, sa démarche n'a manifestement pas consisté à établir des groupements naturels au terme d'un gigantesque et exhaustif calcul. En étudiant la genèse et le développement de cette méthode, nous avons ainsi tenté d'en dégager les véritables principes.
    Et c'est en effectuant ce trajet que nous nous sommes aperçus du poids déterminant des influences subies par Adanson : influence de Buffon, de Linné, influence aussi des concepts dominants de la philosophie et de la physique du milieu du XVIIIe siècle. La méthode naturelle adansonienne, réputée pour son originalité, est d'abord la résultante d'une somme d'influences plus ou moins consciemment intégrées par l'auteur. Quoi qu'il en soit, le transfert de concepts physiques et philosophiques dans le champ de la taxinomie a finalement produit une oeuvre très singulière. Il y a, dans les Familles des plantes, des idées ayant incontestablement fait entrer la botanique dans la modernité.
    L'ensemble de notre étude nous a permis d'assigner à l'oeuvre botanique de Michel Adanson la place déterminante qui lui revient, entre le « système sexuel » de Linné (1735) et le Genera plantarum d'Antoine-Laurent de Jussieu (1789).

  • Ce volume, issu d'un colloque international qui s'est tenu à Reims, les 3 et 4 décembre 2009, a été conçu non comme une simple juxtaposition de communications, mais comme un véritable ouvrage qui puisse satisfaire les besoins des spécialistes du sommeil, de la médecine et de la philosophie, des littéraires, des historiens, en particulier des historiens de l'art, et plus largement d'un public cultivé. Les interventions ont été complétées par plusieurs articles et par des synthèses introductives et réparties selon un ordre à la fois chronologique et thématique. Une première section est consacrée aux philosophes antiques, des Présocratiques à Macrobe ; une seconde aux médecins, d'Hippocrate aux médecins de la Renaissance, et la troisième section réunit des articles portant sur des philosophes humanistes. Si elles répondent à un véritable desideratum de la recherche scientifique, les questions abordées dans ce livre concernent tout un chacun et nous espérons que les insomniaques y trouveront des recettes inédites.

  • À propos de l'oiseau, on est tenté de dire que c'est lui qui amène l'homme à quitter le domaine étroit de sa réflexion, à aller voir ailleurs et à imaginer. Et si le petit roitelet avait part au sacre du roi ? Voir voler amène immédiatement la pensée de l'homme dans le domaine de l'anatomie comparée. Le pouvoir inventif de la langue se trouve multiplié par toutes les analogies que l'oiseau inspire à l'homme. Voici un hôte capable d'orner les demeures et les châteaux des princes, d'inspirer les poètes. Il est parfois de provenance très lointaine et par sa silhouette, par les couleurs de son plumage, il apporte le rêve. Personnage de roman, symbole dans toutes les religions du monde, il est un élément de la vie intellectuelle et du psychisme de l'homme. Que dire aussi des spéculations techniques et intellectuelles que le désir d'imiter le vol a engendrées ! Maître de la musique, maître de l'harmonie son chant apporte la joie et fait rêver d'un monde de bonheur. Il incarne le désir tenace de la liberté. Ce sont tous ces aspects de l'oiseau qu'explore le présent volume.

  • Le « reverend pere en Diable Picatris, recteur de la faculté diabologicque »... c'est ainsi que Rabelais ironise sur un célèbre livre de magie, le Picatrix. Il s'agit d'une traduction latine, réalisée après 1256 à la cour du roi de Castille Alphonse X, d'un ouvrage en langue arabe, la Ghayat al-Hakim (le But du sage), qui rassemblait des textes magiques d'origine orientale (sans doute mésopotamienne). Cette compilation fut elle-même vraisemblablement réalisée en al-Andalus aux alentours du XIe siècle. La fortune de cet ouvrage, difficilement décelable dans le monde musulman, est complexe dans le monde latin, puisque l'étrange livre n'y réapparaît qu'au XVe siècle. La magie astrale du Picatrix est fondée sur la fabrication et l'utilisation de talismans : ces objets artificiels, ces images en deux ou trois dimensions, captent, le plus souvent au terme d'un rituel élaboré, le pouvoir des astres et des images célestes (constellations, décans, mansions lunaires...). Le présent ouvrage vise à déterminer la fonction et le statut des images dans la magie du Picatrix, sous toutes leurs formes : talismans, éléments figurés dans les rituels les plus divers et images célestes. Cette étude évoque l'histoire de ces textes et de ces pratiques sur une longue période, qui embrasse le temps des sources, probablement harraniennes, celui de la transmission durant le Moyen Âge et enfin celui des héritages, à la Renaissance et au-delà. Cette utilisation spéculative et pratique des images est replacée dans le contexte d'autres formes de magie tant en Orient qu'en Occident.

    L'approche croise l'histoire des doctrines et celle des pratiques magiques, l'histoire de l'art et celle des religions.

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