Cecile Defaut

  • Comment penser l'eff ort aujourd'hui ? Le thème peut sembler à la fois banal et faussement suranné. Banal, d'une part, parce que l'eff ort est, pour paraphraser Descartes, « la chose du monde la mieux partagée ». Depuis toujours, nous sommes enjoints à « faire des eff orts », dans des domaines très variés de l'existence, pour apprendre à marcher ou faire du vélo, à l'école, dans nos relations avec autrui puis, plus tard, pour mener à bien des études et une vie professionnelle, trouver le bonheur dans notre vie privée et surmonter les « coups durs » qui sont le lot de chacun. Banal aussi, parce que, tel un marronnier des propos de comptoir, le thème est dans l'actualité, lorsqu'il s'agit de déplorer le « manque d'eff orts » des « jeunes générations » ou la perte du « goût de l'eff ort », à l'école notamment.
    Ainsi, l'eff ort serait requis partout, et pourtant perdu, omniprésent dans les discours et si diffi cile à défi nir, si diffi cile à saisir aussi dans les actes. De quoi parle-t-on, de l'eff ort physique, démonstratif, ou de l'eff ort intellectuel, intériorisé, impalpable, mais dont les neurosciences visent à montrer la teneur somatique ?
    L'eff ort permettrait le progrès. Oui, mais lequel ? À quel prix, à quelles fi ns ? Faut-il nécessairement se dépasser, « s'arracher », pour être heureux ?
    À qui profi te donc l'eff ort ?
    Évoquer d'autres manières, moins doloristes, moins violentes, moins compétitives, moins discriminantes de penser l'eff ort et la performance, comme l'accomplissement et le dépassement de soi, c'est aussi poser les bases d'une écologie personnelle, qui est aussi une ergonomie de l'eff ort personnel et collectif, c'est-à-dire une manière de bien vivre avec soi-même comme avec les autres.

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