Gérard Bensussan

  • Ce petit ouvrage essaie de circonscrire une seule et unique question : notre bonheur dépend-il de nous ou bien des circonstances extérieures et fortuites ? Peut-on considérer que les sujets prennent l´initiative de la quête active de leur bonheur, qu´ils sont en mesure de disposer des moyens visant à ce but et qu´ainsi ils contribuent à l´atteindre, selon leur propre puissance d´agir et de vivre ? Ou bien, comme l´étymologie de la « bonne heure » l´indique, le bonheur (comme le malheur) nous arrive sans que nous ne l´ayons jamais cherché, sans que les sujets que nous sommes n´en aient jamais envisagé la possibilité, et il relève de ce qui, à la lettre et comme toutes les choses essentielles de notre vie, ne dépend point de nous et nous entraîne ainsi dans celle que Levinas appelle la « dépendance heureuse » ?

  • L'éthique lévinassienne ne consiste pas en une assomption de l'expérience morale. Elle pose bien plutôt la question du rapport entre la singularité d'un bouleversement, le face-à-face, et la Justice, c'est-à-dire la politique entendue au sens d'une pratique qui viendrait « après ». Cet ouvrage s'attache à formuler et à préciser les termes de ce rapport et en élargit la portée questionnante, s'agissant en particulier de la relation complexe entre les expériences pré-politiques et leur traduction dans un « parler politique » multiforme.

  • Les Âges du monde forment un texte éclaté, peu lu pendant longtemps. Prestigieux aux yeux de certains, sulfureux pour d'autres à cause des présumées accointances théologiques, ils ont pourtant exercer une influence (secrète ou patente), dont on ne peut démentir la trace dans la philosophie contemporaine. Que disent-ils ? L'absolu est liberté originaire, tandis que l'homme est liberté créée, finie. Une différence de régimes (divin et humain) qu'il faut saisir à partir des modes d'existence qu'elle déploie. Cette différence existentielle, s'exprimant dans des codages langagiers hétérogènes, se donne alors comme l'effet d'une traductibilité du divin dans l'humain. Ainsi le présent ouvrage montre-t-il comment Schelling se porte jusqu'à l'archi-origine de la pensée, en entrelaçant une théorie du savoir et une herméneutique de la temporalité. Les modes d'accès au temps qu'il propose vont emporter leurs propres formes d'exposition - grandiose entreprise qui se démarque de l'idéalisme spéculatif et de ses constructions.
    Gérard Bensussan est professeur à l'Université de Strasbourg.

  • À la recherche du temps perdu est une « recherche de la vérité » produite par la seule « écriture » romanesque. Le temps est le flux qui traverse « le réel, l'involontaire et la sensation ». Les affects sont des modes temporels du réel que la sensation involontaire révèle, entre instant et éternité.

  • Le problème du temps et de son rapport à l'être traverse et transforme toute l'histoire de la philosophie.
    Ce livre s'arrête sur un aspect précis de ce problème : à quelles conditions peut-on associer ou croiser la réflexion sur la temporalité vécue et la réflexion sur le temps historique ? Pour poser cette question à nouveaux frais, l'auteur commence par dégager le messianisme juif des philosophies de l'histoire qui en ont sécularisé les contenus et par mettre à nu son nerf temporel profond, l'instant et l'agir dans l'instant.
    A partir de cette clarification, il entreprend de relire les doctrines du temps élaborées dans la philosophie classique allemande, chez Kant, Hegel et Schelling notamment, et retrouve ainsi les pensées messianiques contemporaines, Benjamin et Rosenzweig en tout premier lieu. Distinguant entre temps eschatologique, temps téléologique et temps interruptif, il analyse l'espérance et la nostalgie, la patience et l'oubli, la mémoire et la justice dans leur épaisseur singulière, comme modes et dimensions du temps humain.

  • Le présent essai se veut une introduction à la philosophie juive, à travers trois séquences privilégiées : alexandrine (Philon), arabo-médiévale (Maïmonide), et allemande (Mendelssohn, Hermann Cohen, Rosenzweig, Buber et Levinas).
    L'auteur tente de penser cette discontinuité comme autant d'arrachements imposés à la pensée juive, sans cesse obligée de passer de la figure au concept, du particulier à l'universel, de la transcendance absolue à l'immanence relative.
    A chaque fois apparaît ainsi la tension très féconde qui obligea ces philosophes à " énoncer en grec des principes que la Grèce ignorait ", pour reprendre l'heureuse formule d'Emmanuel Lévinas : chance incomparable pour la philosophie juive, bien sûr, mais aussi et surtout pour la philosophie tout court.

  • Ce livre voudrait éclairer l'actualité de la pensée de Rosenzweig, aujourd'hui toujours aussi « nouvelle » qu'en son temps, sous bien des aspects. Il la confronte aux questions emportées par la philosophie contemporaine, d'Arendt à Derrida, en passant par Benjamin, Strauss ou Levinas. Il l'interroge aussi sur sa capacité à nous aider à mieux penser, « dans la forme du monde », la politique, l'histoire, la religion, l'Islam par exemple, l'enseignement, l'éthique, l'Europe. L'auteur fait ainsi travailler la cohérence des grandes thèses rosenzweigiennes, articulées autour de l'hypothèse d'une non-immanence de l'histoire à elle-même, dans la réflexion qu'il engage sur ces thèmes et sur ces penseurs.

  • Ce livre est l´histoire d´un cheminement à travers des idiomes qui sont autant de formes, de rythmes, de noms, dans la multiplicité des questions posées pour dire ce qu´est l´impatience des langues. Ce cheminement philosophique va de la patience du concept à l´impatience de son refus. Il est comme l´incessant recommencement du « refus de la patience du concept » dans l´entrelacs de langues aussi prometteuses que menaçantes, puisqu´elles accueillent l´aléatoire du temps tout en demeurant exposées à la ruse exorbitante du concept. Sur le chemin de l´impatience des langues, des questions se pressent. Y a-t-il un temps de la politique ? À quels usages des langues et de leurs entre-traductions est assigné ce temps ? Peut-on penser une justice sans destin et sans téléologie ? Pourquoi et comment l´amour vient-il faire effraction dans ces mouvements ? La mémoire oublieuse et infidèle est-elle une condition du partage et de la promesse ? Et le messianisme, pourquoi en parler aujourd´hui ? Quelles langues, pour quelle éthique ?

  • Sous ses trois éditions datées, aussi indicatives que les positions successives d'un curseur sur une règle, le Dictionnaire critique du marxisme constitue le témoignage d'une vie, la vie du marxisme dans les conditions déterminées d'un espace et d'une époque. Y est proposé le tableau vaste et dorénavant à bonne distance d'un site. Pour autant, il ne s'agit en aucun cas de satisfaire avec cette édition une simple curiosité historique, et moins encore un intérêt archéologique. Le site en question fut d'emblée le champ d'une crise, et le terrain occupé un terrain critique. Donc ouvert à tous vents. Notre marxisme fut spontanément travaillé et vécu comme marxisme " négatif ", marxisme sans dieu ni maître. Bien des articles annoncent ainsi l'entrée du communisme dans l'histoire des historiens. C'est que le marxisme critique du Dictionnaire supporte une critique du marxisme comme ontologie générale. Parce qu'il appelle à de nouvelles appropriations et à sa réinvention théorique pour ou par ses lecteurs, cet ouvrage collectif persiste véritablement comme un livre ouvert.

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