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Audrey Lasserre

  • On taxe souvent les romancières contemporaines de langue française d'intimisme, de clôture narrative sur la sphère du privé et du corporel, ou encore de focalisation sur l'affect, le familial et le psychique. Pourtant, que ce soit d'un point de vue textuel, générique, social ou politique, cette réduction de la littérature contemporaine féminine à l'auto-enfermement ne rend pas compte d'un champ créatif beaucoup plus complexe. De fait, les reformulations du genre romanesque et le travail sur la langue fluidifient les frontières symboliques traditionnelles, tandis que les déclassements par le haut ou le bas, les métissages identitaires et les traversées d'espaces géographiques, corporels ou politiques indexent un nomadisme généralisé. Enfin, les tentatives de reconfigurations de pratiques éditoriales et critiques séculairement focalisées sur les productions masculines ou franco-françaises signalent un questionnement des enjeux de pouvoir. Pour mettre au jour l'ensemble de ces déplacements, quatre écrivaines ont proposé des inédits sur leur conception personnelle du nomadisme littéraire : Régine Detambel, Annie Ernaux, Pierrette Fleutiaux et Vénus Khoury-Ghata.

  • Qu'est-ce que "se réorienter dans la pensée", se demande Michèle Le Doeuff ? C'est "s'apercevoir qu'on est en train de se promener quelque part avec une carte qui n'est pas la bonne parce qu'on n'a pas pris en compte où l'on était". L'Étude et le Rouet (1989) est le récit d'un tel geste, à savoir reconnaître qu'en condamnant les femmes à n'être qu'un simple objet de réflexion, voire en les excluant de son champ, la philosophie "échoue à tenir sa promesse fondamentale de constituer une rationalité-en-commun". Alors que la réflexion sur la sexualité et le genre s'est trouvée parasitée par les polémiques nées des débats sur le "Mariage pour tous" (2013), il est essentiel de revenir sur certaines des étapes ayant scandé l'histoire de la pensée féministe en France ces dernières années : l'oeuvre de Michèle Le Doeuff constitue l'une de ces étapes. Son réexamen s'inscrit dans la possible généalogie d'une voie française vers les études sur les sexualités et le genre.

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