Religion & Esotérisme

  • « Nous ne pouvons plus avoir confiance dans les forces aveugles et dans la main invisible du marché. » Cette citation n'est pas tirée du manifeste d'un parti politique, mais d'une exhortation apostolique du pape François, signée en 2013. Loin de faire du souverain pontife un prélat marxiste, ce propos s'inscrit dans la lignée d'une doctrine sociale de l'Église qui a toujours considéré avec méfiance les credos de l'économie capitaliste. Pourquoi, dès lors, les positions du magistère catholique en matière d'économie restent-elles aussi peu lisibles, aussi peu discutées, à l'inverse de celles concernant la bioéthique et la morale sexuelle ?

  • Principalement issus du sous-continent indien, les premiers migrants musulmans de Grand-Bretagne ont d'abord été attirés par une prospérité en trompe-l'oeil, celle d'une nation industrielle en déclin. Très vite leurs enfants ont été confrontés au chômage massif et à la remise en cause de l'État providence. Se sentant, comme ailleurs en Europe, à la fois étrangers aux traditions culturelles de leurs parents et rejetés par la majorité blanche britannique, certains d'entre eux ont été tentés par un retour aux traditions islamiques, par le militantisme politique, voire par l''extrémisme.
    L''expérience britannique d''événements tels que le scandale des Versets sataniques (1989), l'opposition à la guerre en Irak (2003) ou encore les attentats de Londres (2005), mais aussi les violences urbaines, l'évolution des discriminations raciales ou religieuses, les discours politiques ou médiatiques islamophobes, la force du white backlash, les débats sur les questions d'éducation, de représentativité des minorités dans l'espace public. peuvent, au-delà des oppositions rituelles entre "modèle français" et "modèle britannique" d'immigration, aider à réfléchir au cas français.
    Islamisme, terrorisme, communautarisme. autant de mots devenus peu à peu synonymes, notamment depuis septembre 2001 et les attentats de Londres en juillet 2005. C'est tout l''intérêt du livre d'Olivier Esteves que de montrer le parallèle entre trajectoires postcoloniales françaises et anglaises, et d'aller au-delà de schémas médiatiques simplistes où "tout ce qui est modéré à Londres serait considéré comme extrême à Paris".

  • Prophte des temps modernes, l'abbé Pierre incarne la révolte devant l'injustice et la précarité, alliant un savant mélange de religieux et de critique envers l'Église, et une constante oscillation entre le caritatif classique et le politique offensif. Quels furent son rôle et sa place au sein d'Emmaüs ? Comment la petite organisation de chiffonniers, née aprs-guerre dans les décharges de la région parisienne, est-elle devenue l'une des plus grandes ONG françaises ?
    Ce livre ouvre au lecteur les portes d'Emmaüs, encore confinée dans l'ombre de son fondateur et largement méconnue. Par son approche originale des pauvres, sa médiatisation précoce ou son expérience unique de la récupération, Emmaüs a renouvelé les pratiques de lutte contre la grande pauvreté, le mal-logement, le chômage, la rupture sociale ou encore l'endettement. Mais sait-on qu'Emmaüs est aussi depuis 1954 un mouvement international mobilisé sur la question de la faim dans le monde et porteur, par son ancrage religieux, d'une parole engagée ?
    C'est l'extraordinaire développement de l'humanitaire contemporain et une page importante de l'histoire sociale française qu'Axelle Brodiez-Dolino nous permet de (re)lire travers deux histoires indissociables, celles d'Emmaüs et de l'abbé Pierre. C'est enfin un regard nouveau sur les recompositions et la vivacité des engagements militants.

  • L'islam des jeunes fait peur. Tantôt perçu comme un dangereux repli communautaire favorisant un machisme rétrograde, tantôt comme l'antichambre du terrorisme, son retour serait lié la situation internationale et la présence d'imams recruteurs en banlieue. Mais que sait-on vraiment des moteurs de cette demande d'islam par les jeunes ?
    Au terme d'une longue enqute, Nathalie Kakpo montre la diversité des trajectoires individuelles au sein de la société française et donne en portrait des jeunes loin des préoccupations du Moyen-Orient : garçons et filles recourent différemment l'islam, selon leurs expériences familiales, scolaires, leurs échecs ou réussites malaisées, leurs rapports aux institutions locales et aux discriminations.
    Revers de la démocratisation de l'enseignement et du défaut d'intégration sociale et professionnelle, l'islam est utilisé comme tentative de requalification symbolique, dynamique d'apprentissage valorisante et inscription dans une généalogie prestigieuse ; mais aussi comme réarrangement de rapports déstabilisés entre sexes, ou argument identitaire lors de difficultés avec des collgues et de négociations avec les institutions locales.
    L'auteur montre des élus et des travailleurs sociaux emptrés dans les grilles de lecture postcoloniales, souvent sourds ces demandes de reconnaissance sociale, face des jeunes qui souffrent de la stigmatisation et renversent le stigmate par l'affirmation de la religion musulmane.

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