Littérature générale

  • Pourquoi le style change-t-il?? Pourquoi les écrivains changent-ils de style??Ces questions ne se confondent pas avec leur possible variante : pourquoi Flaubert, Barrès, Blanchot, Duras et tant d'autres ont-ils changé de style?? Celle-ci appelle des réponses émiettées, qui se réduisent à des séries de cas particuliers : certains auteurs ne changent guère de plume, et leurs pratiques restent stables?; certains connaissent des périodes, et l'évolution de leurs pratiques correspond à une bascule dans leur oeuvre.Mais le fait est qu'on n'écrivait pas de la même façon en 1850 et en 1900, en 1950 et en 2000. On n'écrivait même pas de la même façon en 1860 et en 1880, en 1940 et en 1960Ce livre confronte les réponses qui ont parfois été apportées à la question du changement stylistique?; il en propose d'autres : des réponses internes ou externes, esthétiques ou sociales. Il articule l'usure des formes et le changement des sensibilités, en prenant appui sur quelques faits d'évolution à terme long (un siècle) ou à terme bref (dix ans) et sur de nombreux exemples empruntés à la littérature de langue française depuis la seconde moitié du XIXe siècle.Gilles Philippe est professeur à l'Université de Lausanne. Il est notamment l'auteur de Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française (2002)?; Le Français, dernière des langues. Un procès littéraire (2010)?; Le Rêve du style parfait (2013) et French Style. L'accent français de la prose anglaise (2016). Il contribue régulièrement à la Bibliothèque de la Pléiade des éditions Gallimard.

    Gilles Philippe est professeur a l'Universite de Lausanne. Ses travaux portent sur l'histoire des formes stylistiques et des imaginaires langagiers. Il a codirigé un ouvrage salué par la critique : La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon (Fayard, 2009). Aux Impressions nouvelles, il a déjà publié French style. L'accent français de la prose anglaise. Il contribue regulierement a la Bibliotheque de la Pleiade des editions Gallimard.

  • Ce volume propose un panorama aussi complet que possible du rapport de Barthes au XIXe siècle : à sa littérature principalement, à sa musique aussi, à sa philosophie (Nietzsche) parfois à son histoire et à ses historiens, à commencer par Michelet. Si, dans le titre, le pluriel s'est imposé, c'est parce que ces rapports furent multiples. Tout au long de sa carrière de critique, Roland Barthes a pu changer d'interprétation globale sur le XIXe siècle. Siècle amical pour lui lors de l'adolescence, plutôt mal vu au temps de la « nouvelle critique » structuraliste, il rentre en grâce à partir de S/Z et des Fragments du discours amoureux, et plus encore dans les derniers séminaires sous les auspices du romantisme allemand.

    José Luiz Diaz est professeur de littérature française. Maître de conférences à l'UFR sciences des textes et documents de l'Université Denis Diderot-Paris VII. Secrétaire général et responsable des colloques de la Société des études romantiques et dix-neuviémistes.

    Ancienne élève de l'Ecole normale supérieure et de l'Institut d'études politiques de Paris, Mathilde Labbé est Docteure en littérature française. Elle est Maîtresse de conférences à l'université de Nantes.

  • Ce livre entend restituer pour un large public l'essentiel des travaux et des débats du colloque international qui s'est tenu Bordeaux du 18 au 21 juin 2019. Ce colloque a réuni une trentaine d'universitaires, d'artistes, de spécialistes de l'oeuvre de Jean-Philippe Toussaint, en provenance de 11 pays et de plus de 20 universités et institutions. Organisée en présence de l'écrivain, diffusée en temps réel sur internet, cette manifestation a eu l'ambition de contribuer à un renouvellement des modes de partage et de transmission dans le domaine de la littérature contemporaine et de sa critique. C'est Benoît Peeters qui a eu la charge d'en « modérer » les discussions.



    Avec des contributions d'écrivains comme François Bon, Emmanuel Carrère, Marianne Kaas et Michiaki Tanimoto.

    Jean-Philippe Toussaint est l'un des auteurs contemporains les plus réputés internationalement. Il débute en 1985 avec La Salle de bain, un premier roman paru aux éditions de Minuit, maison à laquelle il restera fidèle. Une dizaine d'ouvrages s'en sont suivis (L'Appareil-photo, La Télévision, Fuir, La Vérité sur Marie, La clé USB...) qui lui ont valu de nombreux prix. Aux Impressions Nouvelles, Jean-Philippe Toussaint a déjà publié le ciné-roman La Patinoire.

  • Dans ce recueil d'entretiens, Jacques Dubois évoque d'abord son milieu familial et social. Dubois a été professeur en Belgique, aux États-Unis, en Suisse, au Québec, à Paris ou à Madagascar. Il a par ailleurs participé à l'aventure du Groupe µ, puis a publié de nombreux ouvrages sur la littérature. Il a dirigé le quotidien La Wallonie, contribué à la naissance de collections dont Espace Nord chez Labor et Points Lettres au Seuil, et a été un des rédacteurs du Manifeste pour la culture wallonne de 1982. Ces activités donnent lieu à des anecdotes succulentes, il est question des hommes et des femmes rencontrés par Dubois au fil du temps : Pierre Bourdieu, Hubert Nyssen ou Brigitte Lahaie ! Avant tout, pour Jacques Dubois la littérature est une raison de vivre et de combattre.

    Jacques Dubois est professeur émérite de l'Université de Liège. Il est l'auteur de L'Institution de la littérature (1978), Le Roman policier ou la modernité (Armand Colin, 1991), Pour Albertine. Proust et le sens du social (Seuil, 1997), Les Romanciers du réel. De Balzac à Simenon (Seuil, 2000), Stendhal (La Découverte, 2007), Figures du désir. Pour une critique amoureuse (Les Impressions nouvelles, 2011). Début 2018, il publiera un Proust au Seuil.

  • Et si le prodigieux succès de Tintin était dû à d'autres raisons que les circonstances anecdotiques ? Et si par delà son aspect rassurant cette oeuvre s'avérait d'une stupéfiante modernité ? Et si cet auteur populaire entre tous était encore à découvrir ? C'est à ces questions que Benoît Peeters répond dans cet ouvrage, qui propose ici une analyse plus approfondie des Aventures de Tintin en se concentrant sur un seul volume, l'un des sommets de la bande dessinée classique : Les Bijoux de la Castafiore. D'autres chapitres interrogeront les rapports du morceau analysé avec d'autres Aventures de Tintin ou avec des oeuvres proches, examinant par exemple les relations entre le cinéma et la bande dessinée, les mécanismes de l'imagination, les secrets de l'économie narrative. L'essai de Benoît Peeters est suivi d'un long entretien avec Hergé, l'un des plus passionnants qu'il ait jamais accordé.

  • De tous les genres littéraires, le roman-photo est à la fois le plus méprisé et le moins connu. Pour le roman-photo a l'ambition de révéler toute la richesse de ce genre hybride, dont l'importance est capitale à une époque où se rapprochent littérature et photographie. Abordant aussi bien les stéréotypes du roman-photo sentimental que les inventions du roman-photo moderne, notamment sur Internet, le livre nous donne d'abord un aperçu très richement illustré de l'histoire du genre, que l'auteur compare à ses faux frères, la bande dessinée et le ciné-roman. Il examine aussi la manière dont texte et image peuvent s'allier pour inventer des récits entièrement inédits. Il propose enfin des analyses des grands auteurs du « nouveau roman-photo » (Marie-Françoise Plissart, Michael Snow, Sophie Calle ou Suky Best). Prenant le contrepied de tout ce qu'on écrit depuis cinquante ans, cet essai nous invite à lire, d'urgence, des romans-photos.

  • Cet ouvrage s'intéresse à un phénomène capital, quoique méconnu, de l'histoire littéraire du XIXe siècle : la lecture à haute voix en petit comité. De Lamartine à Gide en passant par Stendhal, Hugo, Flaubert, Rimbaud et Mallarmé, tous les écrivains ont essayé leurs oeuvres devant un petit parterre d'amis et de confrères. Maillon oublié de la chaîne du livre, cette phase test est une étape importante, voire déterminante, dans le processus de création littéraire. Un tableau de Théo van Rysselberghe intitulé Une Lecture (1903) forme le point de départ de l'enquête. Pourquoi lit-on ? Que lit-on ? Pour qui lit-on ? L'auteur s'efforce de répondre à toutes ces questions en puisant dans une documentation variée (correspondances, journaux intimes souvenirs littéraires, articles périodiques, etc.). Érudit, l'ouvrage n'a pourtant rien d'académique. Il se présente sous la forme de 80 petits chapitres qui sont autant de pièces du puzzle de la lecture. Une fois n'est pas coutume, l'auteur raconte son enquête en même temps qu'il la mène. Chapitre après chapitre, le lecteur partage ses tâtonnements, ses découvertes, ses échecs - sa satisfaction enfin, quand le phénomène de la lecture littéraire en petit comité est redevenu visible.

    Maître de conférences à l'Université de Paris Ouest, Vincent Laisney est un spécialiste du romantisme français et des sociabilités littéraires au XIXe siècle. Il est l'auteur de trois ouvrages : L'Arsenal romantique (Champion, 2002), L'Âge des cénacles (Fayard, 2013) et Sept Génies (Les Impressions Nouvelles, 2014).

  • La fonction d'éditeur est de celles qui nous paraissent aujourd'hui aussi naturelles que l'existence d'une littérature faite de livres, de prix littéraires et d'auteurs individuels. Perception trompeuse : l'édition a une histoire et, par conséquent, sa stabilité n'est pas définitivement acquise. Cette histoire est à la fois longue et très circonscrite. D'un côté, elle se confond avec l'histoire même du livre et du lent processus de division du travail dont celle-ci a été le théâtre : aux métiers cumulés de l'imprimeur, de l'éditeur et du libraire va succéder, à l'époque moderne, une répartition de plus en plus stricte de ces fonctions entre des acteurs différenciés. De l'autre, cette histoire peut être superposée à celle qui voit naître, entre 1820 et 1850, à la fois la figure de l'« auteur » et la figure de l'« éditeur », au cours d'une période correspondant très exactement à la révolution esthétique du romantisme et à la mise en place des structures du champ littéraire moderne. L'objet de l'ouvrage est de rendre compte de cette double histoire et de cerner les facteurs qui ont autorisé l'émergence d'une fonction symbolique sans précédent : celle de l'éditeur, vu comme double et comme partenaire de l'auteur dans l'acte de production du livre. En ce sens, l'ouvrage rassemble, pour les insérer dans un commentaire nourri, de nombreux textes d'écrivains, de journalistes, de critiques littéraires ou d'éditeurs de la période concernée, de manière à composer quelque chose comme le portrait collectif de l'éditeur moderne. Aux côtés de Kant, Condorcet, Nodier, Balzac, Gautier, Daudet ou du jeune Mallarmé, c'est toute une galerie de témoignages qui sont ici réunis pour la première fois, sous les signatures injustement oubliées ou négligées de Frédéric Soulié, Élias Régnault, Alfred Asseline, Edmond Werdet ou encore Jules Janin, portant tour à tour sur la double marche de la « chose littéraire » et de la « chose éditoriale » un regard souvent ironique, parfois caustique, mais toujours éloquent. Au détour de ces témoignages, ce sont aussi quelques-uns des premiers grands éditeurs dont le portrait se trouve tracé et, surtout, cerné à l'intérieur du système de la production littéraire à l'âge de la modernité commençante, tels Curmer, Ladvocat, Charpentier, Hachette ou Lemerre. L'enjeu de cette reconstruction sociologique et historique, fondée sur des documents souvent inédits, n'est pas simplement d'érudition ou de curiosité à l'égard de quelques figures injustement occultées par le culte exclusif des grands auteurs. Il est aussi d'alerter sur les logiques qui font aujourd'hui évoluer le système éditorial vers une production « sans éditeurs », articulée à de grands groupes anonymes nationaux ou internationaux, pour lesquels le livre n'est qu'un produit parmi d'autres. Mettre en évidence les facteurs ayant présidé à la constitution d'un champ littéraire et éditorial autonome revient aussi bien, en effet, à porter au jour les facteurs qui, aujourd'hui, tendent à réduire cette autonomie, produit d'une longue lutte des producteurs intellectuels contre la soumission de leur activité aux deux contraintes de l'État et de l'Économie. Original par son objet comme par sa méthode, l'ouvrage représente une contribution inédite à l'histoire des pratiques culturelles, et plus spécialement à l'histoire du livre moderne. Dans sa dimension anthologique, il réunit pour la première fois, en un ensemble cohérent et significatif, des textes injustement négligés - dont beaucoup n'ont jamais été republiés depuis leur première parution -, qui composent une sorte de portrait collectif de l'éditeur à l'âge moderne. Dans sa dimension analytique, il entrecroise de façon lisible par un large public les perspectives de l'histoire des idées, de l'histoire littéraire et de la sociologie des pratiques culturelles. Il sensibilise aussi aux menaces que les concentrations éditoriales font peser sur l'autonomie de la production intellectuelle et littéraire.

  • La langue ne serait-elle qu'un sujet propre à intéresser des esthètes désoeuvrés, des puristes sourcilleux ou d'aimables cruciverbistes ? Non, car c'est à travers elle que nous appréhendons le monde et que nous nous intégrons à la collectivité. C'est à travers elle que le pouvoir se donne ou se refuse : dans un monde où communiquer est capital, régner sur elle représente un enjeu de taille. Et à l'ère du numérique, la langue est aussi un riche gisement économique. À côté des politiques de la santé ou de l'environnement, nos sociétés démocratiques doivent donc inventer une politique de la langue, dont les objets sont nombreux : droits de l'usager à l'égard d'institutions publiques qui ne semblent pas faites pour lui ; droit du travailleur à travailler dans sa langue ; protection du consommateur face aux produits standardisés ; intégration des populations migrantes... Ce nouveau livre de Jean-Marie Klinkenberg place nos langues - et spécialement le français - au coeur d'une réflexion sur les communications et les relations humaines dans le monde d'aujourd'hui. Il énonce avec brio et clarté les principes d'une politique linguistique visant la justice et l'équité, en proclamant que la langue est faite pour le citoyen, et non le citoyen pour la langue.Professeur émérite de l'Université de Liège, Jean-Marie Klinkenberg y a enseigné les sciences du langage. Ses livres, et ceux du Groupe

  • Parues en 1895, les Vies Imaginaires de Marcel Schwob scellent l'acte de naissance d'un genre littéraire, la fiction biographique, dont les dérivés contemporains pullulent dans nos librairies depuis les Vies minuscules de Pierre Michon, les récits de Pascal Quignard, de Jean Echenoz ou de Patrick Modiano.Art littéraire de la mémoire, ces récits résonnent de la religion de transmission propre à notre culture comme de notre orgueil des différences et de notre besoin des secrets. Rêvées ou réinventées par les écrivains, ces vies produisent une mythographie proprement littéraire fondée sur ce que Schwob nommait le sentiment moderne du particulier et de l'inimitable : elles enrichissent, aux marges de la grande Histoire, nos existences de nouveaux possibles.C'est un voyage parmi ces vies imaginaires, fil secret de notre histoire littéraire et laboratoire précieux de nos identités modernes, et une réflexion sur ce genre désormais central de la littérature française et pourtant jamais encore étudié en tant que tel, la biofiction, que cet essai veut proposer.Alexandre Gefen est critique littéraire et chercheur au CNRS (Centre d'Étude de la Langue et des Littératures Françaises, CNRS/Université Paris Sorbonne).Derniers ouvrages parus : Empathie et esthétique, avec Bernard Vouilloux, Hermann, 2013 ; Vies imaginaires, de Plutarque à Michon, Gallimard, « Folio classique », 2014. Il est également le fondateur de Fabula.org, site de référence pour la recherche universitaire en littérature.

  • Un volume dirigé par David Martens, Bart Van Den Bossche & MDRN.

    En 1947, la vie littéraire reprend, après une longue guerre, des périodes de dictature et de turbulences politiques qui ont eu un impact considérable sur la production, la diffusion, la réception de la littérature. Mais cette nouvelle vie n'est pas une simple reprise ou continuation, même si les transformations en cours ne sont pas toujours immédiatement visibles.
    De l'essentiel qui s'impose tout de suite à l'attention (Gide, Malraux, Malaparte, Mann, Sartre...), de futurs chefs-d'oeuvre qui passent inaperçus (Robert Antelme, Primo Levi), des oeuvres tombées dans l'oubli, des revues et des prix littéraires prestigieux à des curiosa ici redécouvertes, des événements individuels (emprisonnements, retours d'exil, polémiques...) aux grands enjeux sociaux de l'époque (mémoire de la Shoah, péril atomique, début de la guerre froide...), l'objectif de ce livre est de faire revivre dans toute sa diversité une année littéraire dont le présent était très différent de ce qu'en a retenu la postérité.
    L'ouvrage se présente comme un panorama de l'actualité littéraire et culturelle d'une année déterminante dans l'histoire de la littérature européenne. Cet almanach abondamment illustré plonge le lecteur, à travers 47 articles, au sein d'une année littéraire européenne, comme si, lecteur à cette époque, il découvrait, au jour le jour, la littérature en train de se faire.

  • Qu'est-ce qu'être écrivain ? Qu'est-ce qu'écrire ou vouloir écrire ? Qu'est-ce que le langage littéraire ? Quels liens unissent le roman à la théorie, la pensée critique à l'entreprise créatrice ? Quels buts la littérature se fixe-t-elle? Qu'est-ce qui définit la modernité ? Et peut-être aussi : qu'est-ce que l'amitié ? Ces questions fondamentales, Roland Barthes et Alain Robbe-Grillet n'ont cessé, pendant près de trente ans, de se les poser, à eux-mêmes, et l'un à l'autre. C'est la passionnante trajectoire de leurs réponses qu'entend retracer cet ouvrage, suivant patiemment les sinuosités d'une exceptionnelle amitié littéraire dont l'écho nous parvient encore aujourd'hui. Ce livre nous plonge au coeur de l'effervescence intellectuelle de la seconde moitié du siècle passé, dont nous sentons encore l'irrésistible vent de liberté et qui toujours nous rappelle que la littérature, selon les mots de Roland Barthes, « donne du souffle au monde ». Diplômée en Langues et Littératures Romanes, Fanny Lorent est actuellement aspirante FNRS à l'Université de Liège, où elle mène des recherches portant sur la théorie littéraire des XXe et XXIe siècles. Barthes et Robbe-Grillet, un dialogue critique est son premier livre.

  • L'histoire de cette amitié ne dure que sept ans (1888-1895). Mais ces années déterminantes auront des effets durables pour les deux protagonistes. Après leur rupture, ils ne cesseront de se souvenir des turbulences de leurs rapports durant la période de leur formation littéraire. Gide surtout est conscient que, sans sa rencontre avec Pierre Louÿs, sa carrière, sa vie même, auraient été très différentes.Beaucoup de choses pourtant les séparaient. Pierre est enthousiaste, organisé, batailleur, érudit, précoce, brillant, extraverti, dépensier, collectionneur de rencontres féminines et il a un culte décidé pour l'Antiquité. André est lent, prudent, sensible, réservé, nuancé, un peu avare, chaste jusqu'au moment où il découvre son homosexualité, et soucieux, dès ses premiers livres, d'imposer sa figure. Il est calviniste jusqu'au bout des ongles.Ce livre est le récit de l'évolution des rapports entre les deux jeunes écrivains, depuis la fin de leur adolescence. Leurs voyages, leurs projets, les revues auxquelles ils collaborent, les personnages qu'ils fréquentent, tels Mallarmé, Oscar Wilde et Paul Valéry, rythment ces années décisives. Leur rupture a lieu en mars 1895. Ils passent de l'amitié fusionnelle à l'incompréhension la plus totale. La suite de leurs relations, une forme certaine de mépris et de détestation, révèlent la profondeur de leur brouille, et surtout, son « mystère », qu'on s'efforce ici d'expliquer.

  • Longtemps, le nom de Paul Otlet (1868-1944) a sombré dans l'oubli, ainsi que les mots de Palais Mondial, de Mundaneum ou de Cité Mondiale. C'est comme si cette fascinante utopie avait disparu sans laisser de traces. L'aventure dura pourtant plus d'un demi-siècle, mobilisant des énergies considérables et suscitant le concours de personnalités prestigieuses.Prolongement des rêves encyclopédiques des XVIIIe et XIXe siècles, aux accents parfois grandioses et parfois dérisoires, l'aventure du Belge Paul Otlet touche à l'histoire du livre et des bibliothèques comme à celles des institutions internationales et du mouvement pacifiste. À travers le rôle joué par Hendrik Andersen et Le Corbusier, elle constitue aussi une page importante de l'urbanisme moderne. Dans cette passionnante biographie, Françoise Levie retrace l'histoire d'une utopie qui aurait pu réussir, d'une grande intuition qui finit par se changer en obsession, d'un rêve de Paix universelle qui bascula dans le délire. L'histoire d'un apparent échec, et d'une victoire posthume pour le moins inattendue Car l'intérêt pour Paul Otlet n'a cessé de grandir ces dernières années, particulièrement aux États-Unis, où il est considéré comme un précurseur d'Internet et de Wikipedia et où son oeuvre est comparée au « Web oublié du temps » (New York Times).

    Née en 1940, Françoise Levie est une réalisatrice et autrice belge. Elle a notamment publié Étienne-Gaspard Robertson, la vie d'un Fantasmagore et Jean Ray, l'archange du fantastique. Une de ses expériences filmographiques les plus marquantes fut la réalisation, en 2002, d'un documentaire sur Paul Otlet, fondateur du Mundaneum et précurseur d'Internet : L'homme qui voulait classer le monde. Le film a reçu le Prix de la Science en 2002 au IVe Festival Internacional de Divulgaçao Cientifica (Portugal) et le Prix du jury en 2006 à l'International Science Film Festival (Athènes, Grèce). Le livre L'homme qui voulait classer le monde prolonge et approfondit les recherches réalisées pour le film.

  • Ce livre est un livre de combat : en plein renouvellement aujourd'hui, la poésie française doit d'abord se débarrasser d'une forme d'écriture qui domine le paysage français depuis près d'un demi-siècle et dont la puissance institutionnelle empêche l'épanouissement du nouveau : la poésie dite minimaliste, qui combine effacement de la forme (aux mots sur la page on préfère les blancs) et profondeur du sens (un poème n'est valable que dans la mesure où il se rapproche de la philosophie). Refusant les partis pris et la grande pauvreté d'une telle conception de la poésie, ce livre analyse le travail des auteurs contemporains qui proposent une alternative proprement littéraire : Pierre Alferi, Vincent Tholomé, Virginie Lalucq, Stéphane Bouquet, Philippe Beck, Sophie Loizeau et Jean-Christophe Cambier.Critique et poète flamand d'expression française, Jan Baetens est l'auteur d'une quinzaine de recueils remarqués et de nombreuses études sur la poésie contemporaine (souvent publiées en anglais), qu'il analyse en ses rapports avec d'autres arts. En septembre 2013, il a participé au projet de résidence « SIC » de la Fédération Wallonie-Bruxelles dans le cadre du OFF de la Biennale Venise. En juin 2014, la collection patrimoniale Espace Nord publie une importante anthologie de son travail, Vivre sa vie et autres poèmes.

  • Dante et sa Divine Comédie font peur. À tort, car l'homme est touchant, en dépit de son intransigeance (il préfère s'exiler de Florence plutôt que de s'incliner devant ses ennemis). Quant à l'oeuvre, elle est palpitante, malgré le discours théologique qui la sangle. On y descend, en compagnie de Virgile, guide de Dante (à la fois auteur, narrateur et personnage de La Divine Comédie), les neufs cercles de l'Enfer. On y remonte les sept corniches du Purgatoire, avant de s'envoler, aux côtés de Béatrice, de sphère en sphère jusqu'au Paradis. Dante ambitionnait avec ce poème de « retirer de l'état de misère les vivants dans cette vie pour les conduire à l'état de félicité ». Pari réussi, grâce à son génie poétique !

  • Versado en desdichas (« expert en déveine »), tel se définit avec lucidité et humour Cervantès dont l'existence fut en effet une succession d'ennuis. Ces malheurs en cascade (l'homme a été calomnié, mutilé, excommunié, ruiné, emprisonné, plagié) ne l'empêchent pas de conserver sa bonne humeur, et d'écrire le roman le plus divinement gai de l'histoire de la littérature européenne. Don Quichotte prenant invariablement ses désirs pour des réalités (il se croit né pour défendre la veuve et l'orphelin), et cela malgré les avertissements de son valet Sancho, les scènes comiques abondent - celles des moulins à vent pris pour des géants étant de loin la plus célèbre. Toutefois, au-delà des coups de bâtons et des calembours, Cervantès soulève, l'air de ne pas y toucher, une question fondamentale : celle des pouvoirs de la fiction et de la part de l'imaginaire dans nos vies : vaut-il mieux rêver sa vie que vivre sans rêve ?

  • L'oeuvre de Hugo a ceci de comparable avec celle de Goethe qu'elle est « incommensurable ». Leurs vies - du moins leur trajectoire - sont en revanche diamétralement opposées. Hugo passe 19 ans en exil sur les îles anglo-normandes, par haine du régime impérial et désir de défier Napoléon III. Il n'y retrouve pas seulement l'inspiration, il y écrit ses plus belles oeuvres : Les Contemplations (1856), La Légende des siècles (1859), Les Misérables (1862) et William Shakespeare (1864). Son retour triomphal à Paris en fait un symbole de la République. Cependant Hugo est bien plus que ce vieillard débonnaire aux cheveux en brosse et à la barbe blanche, grand patriarche de la Nation entouré de ses petits enfants, qu'on veut faire de lui. Sa littérature est peuplée de monstres et saturée d'outrances. En quoi Hugo est moins proche de Racine, Voltaire et Lamartine, ses compatriotes français, que de Homère, Dante et Shakespeare, ses frères européens.

  • Joyce, à l'instar de Dante et de Hugo, a passé une bonne partie de sa vie en exil. Un exil, à vrai dire, moins subi que voulu : l'Irlande s'obstinait à nier son « génie » ? Qu'à cela ne tienne, l'Europe le reconnaîtrait, elle ! Homme d'une érudition et d'une énergie gigantesque, Joyce a l'ambition de faire tenir l'univers entier dans une coquille de noix (« All space in a nutshell »). Qu'est-ce qu'Ulysse ? « C'est l'épopée de deux peuples (Israël-Irlande), et en même temps le cycle du corps humain ainsi que la petite histoire d'une journée (la vie). C'est aussi une sorte d'encyclopédie. » Avec ce roman, Joyce n'entend pas seulement contenir tout le monde physique, il prétend également contenir tout le monde livresque depuis l'antiquité jusqu'à la modernité. Ulysse raconte heure par heure, presque minute par minute, l'errance de Léopold Bloom le 16 juin 1904 dans la ville de Dublin en utilisant comme « patron » (pattern) l'Odyssée. Bloom rejoue en mode naturaliste la fantastique épopée d'Ulysse. L'héroïsme s'est-il à ce point rétréci depuis Homère ? Bloom a-t-il vraiment moins de mérite qu'Ulysse ? Rien de moins sûr...

  • Rien ne nous garantit que Homère, cet aède qui chantait ses vers en public, ait vraiment existé (dans ce chapitre le point est fait sur cette question historique, linguistique et archéologique). Ce qui est certain en revanche, c'est que deux chefs-d'oeuvre ont vu le jour au VIIIe siècle avant J-C, l'Iliade et l'Odyssée, qui racontent respectivement les « exploits » d'Achille à Troie (en l'occurrence les conséquences funestes de sa fameuse « colère »), et les aventures d'Ulysse, de retour de la guerre contre les Troyens, sillonnant dix ans durant la Méditerranée, traversant mille périls (Circé, le Cyclope, les Sirènes), avant de rejoindre sa chère Pénélope à Ithaque. Ce chapitre permet de dissiper quelques préjugés sur les deux épopées fondatrices de notre culture, et de reconsidérer d'un autre oeil l'héroïsme d'Achille et d'Ulysse.

  • La vie de Shakespeare, dont on ne sait au fond presque rien, sinon que le natif de Stratford s'est imposé de manière fulgurante sur les scènes de Londres à la fin du XVIe siècle en écrivant, montant et jouant trente-sept pièces de théâtre, a sans doute moins d'intérêt que celle de ses personnages qui peuplent, encore aujourd'hui, notre imaginaire : Pourquoi Hamlet hésite-t-il à tuer le meurtrier de son père ? Pourquoi Othello se laisse-t-il persuader par le perfide Iago d'étouffer sa femme ? Pourquoi le féroce Richard III, qui se vante de « tuer en souriant », nous émeut-il ? Pourquoi le redoutable Shylock, qui réclame une « livre de chair » à son débiteur, nous convainc-t-il de son bon droit ? Pourquoi Falstaff nous fait-il rire aux larmes ? Avec son théâtre, Shakespeare a pour ainsi dire épuisé toutes les possibilités psychiques recensables. En quoi il est, plus que les autres, un génie universel.

  • Goethe est né avec un cerveau exceptionnel, qui lui a permis d'emmagasiner tout le savoir de son temps. Romancier original (Les Souffrances du jeune Werther est le premier best-seller de l'histoire de la littérature), le « sage de Weimar » est aussi un dramaturge génial (sa tragédie de Faust est la pièce de théâtre la plus longue et la plus ambitieuse jamais écrite), un grand poète, un excellent critique, un épistolier fascinant, un remarquable dessinateur et un savant passionné de minéralogie, de botanique et d'anatomie. Son oeuvre comprend 143 volumes dans l'édition de Weimar. Par la domination cérébrale qu'il n'aura jamais cessé d'exercer sur les forces pulsionnelles de son être, Goethe incarne le génie des Lumières qui ouvre la voie au romantisme, et même à la modernité avec l'introduction (dans Faust II) des thèmes Ô combien actuels des fécondations artificielles hasardeuses et des dérives scientifico-industrielles.

  • Les écrivains ne font pas qu'écrire leurs livres : ils en parlent aussi, et cela de plus en plus. au cours du XXe siècle, l'entretien littéraire s'est imposé comme un véritable genre et sa place dans le système littéraire est absolument cruciale : la critique littéraire prend de plus en plus la forme de l'entretien, les auteurs s'en servent pour dialoguer avec les lecteurs, le public y cherche ce qui se dérobe dans les livres.Le présent volume est une enquête sur cette pratique singulière,dont il prend aussi la forme : un livre d'interviews, donc, où toutes les questions portent sur les rapports des écrivains avec le genre de l'interview. Que représente l'entretien pour les écrivains ? Pour leurs intervieweurs ? de quelle façon les uns et les autres l'abordent-ils ? Comment s'y préparent-ils ? Quelle place les auteurs lui donnent-ils par rapport à leur oeuvre ? C'est à ces questions, et à bien d'autres, que ces quinze entretiens s'efforcent de répondre.Composé par David Martens et Christophe Meurée, le volume rassemble des entretiens avec Henry Bauchau, François Bon, Michel Butor, Emmanuel Carrère, Jacques Chancel, Jacques De Decker, Michel Deguy, François Emmanuel, Catherine Flohic, Edmond Morrel, Amélie Nothomb, Benoît Emmanuel, Catherine Flohic, Edmond Morrel, Amélie Nothomb, Benoît Peeters, Bernard Pivot, Jean-Benoît Puech, Jean-Philippe Toussaint et Julie Wolkenstein.

  • Les Français savent écrire, les Anglais ne savent pas écrire. Du moins le pensa-t-on en Angleterre entre 1880 et 1930, si bien que Londres voulut rattraper son retard sur Paris. Pendant cinquante ans, le style anglais connut son moment français ; certains voulurent écrire en anglais comme on écrivait en français ; d'autres se revendiquèrent des théories de Flaubert ou de Gourmont. On importa des idées et des citations, des tours et des pratiques, et peut-être plus encore : le souci du style. Ou du moins le crut-on.Que les Français écrivent mieux que les Anglais, ce n'est sans doute qu'une illusion, disait Virginia Woolf, mais une illusion qui ne cesse de gagner des soutiens.C'est donc l'histoire d'une illusion que ce livre raconte. Gilles Philippe est professeur à l'Université de Lausanne. Il est notamment l'auteur de Le Français, dernière des langues (PUF, 2010) et de Le Rêve du style parfait (PUF, 2013). Il a dirigé avec Julien Piat La Langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon (Fayard, 2009).

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