La Découverte (réédition numérique FeniXX)

  • L'aventure commence quand, par un jour indifférent, calme, bercé par les mouettes, un jeune homme de bonne famille juive marocaine s'embarque, à l'aube du siècle, pour l'inconnu, pour cette Europe lointaine, fascination d'un exotisme, dont seules quelques cartes postales parlent encore avec mélancolie. Elle commence aussi, et efface le temps dans un petit cimetière marin quand, cent ans après, le même homme, inexplicablement le même, médite devant la tombe du dernier Juif, la mort gagnée par les embruns de l'océan et l'herbe tenace. Deux mondes jetés à la rencontre l'un de l'autre, à l'entrecroisement, sur la ligne de fracture, la flamme de la séduction, le charme discret de la conquête coloniale, la mort à soi-même, élégante et subtile. Un monde qui meurt, un monde qui naît : en 1945, pour la première fois, le soleil se lève à l'Est. Ébloui, séduit, son coeur bascule, il sera un révolutionnaire professionnel, désir naïf, secrètement confié à un journal d'adolescence maladroit, désir désormais greffé, implanté dans la dure réalité de la lutte d'un peuple pour son indépendance. Sérieux, trop sérieux, il manque se perdre dans la souffrance de l'échec, la déchirure de l'illusion. Il s'évade, trompe la surveillance de l'événement objectif, déjoue les pièges du cannibalisme autocritique, rejette la tentation sournoise du témoignage et dissout le temps, la mémoire dans l'absence de souvenirs. Évasion d'un lieu sans cesse décentré : le coeur éclaté d'une expérience, d'une écriture ponctuée qu'il voudrait détruire sans doute par nostalgie de cette innocence perdue, née sous un ciel où rien ne vient ancrer le destin libre de la parole chaque jour renaissante. Marocain, juif, arabe, ex-communiste... Edmond Amran El Maleh est né en 1917 à Safi, au sein d'une famille juive marocaine. En 1945, il adhère au parti communiste, alors en formation, et assume les fonctions de secrétaire des Jeunesses communistes. En 1948, il est élu au comité central, puis au bureau politique ; il connaît les dures conditions de la clandestinité, et participe pleinement à la lutte du peuple marocain pour son indépendance. Il démissionne du parti en 1959, et cesse toute activité politique. Installé en France depuis 1965, il enseigne et publie des études, des articles, des entretiens, dans différents journaux et revues, notamment dans Le Monde.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • "Il s'agit là d'un théâtre atroce, bien entendu. Un théâtre qui ne procure pas au spectateur une quelconque illusion. Nous n'avons pas affaire aux Horaces affrontés aux Curiaces, à Iago lapidé dans sa cage, et le massacre ne prendra fin qu'avec la victoire de la Révolution... "Le peuple malgré lui analphabète se rattrape, le bâillon ôté. Cette fois, il sort de son mutisme rageur. Ce qu'il pense, il ne le cache pas, comme l'avare le trésor au fond de sa cave. Il possède des fusils et ses fils chantent ses épreuves et ses espérances. Le soleil des armes éclaire ses hymnes, cadence ses pas..."

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  • « L'ARBRE est parcouru de mots, phrases, idées qui expriment des équivalences entre la volonté de vivre ou de mourir. L'arbre ? Comment pourrait-il être détruit ou dénoncé dans l'Exil du Pouvoir et des choses ? Je te raconterai son histoire pour que tes lèvres ne tremblent plus et que tu saches répondre aux questions qui envahiront ce Monde... »

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  • Le poème est au coeur de la philosophie d'une secrète audace. Il y soutient le silence, et son cri aiguise les contradictions, au moment même où la philosophie tenterait de s'établir. Être femme, poète et philosophe, c'est, dans un même combat, porter l'ardeur des armes et leur mémoire. Qu'on se le dise entre vivants, camarade, ne meurs pas sans savoir pourquoi alors il y aura des amis séparés qui pousseront la même porte, et riront de s'être reconnus, malgré la force des courants qui font dériver la certitude et, toi aussi peut-être, visage de tournesol dans le vent fou, tu avanceras le casque de ton poing fermé.

  • Dans un pays imaginaire, dont cependant la carte est tracée, tous les lieux possibles de la collision politique sont distribués : îles des vieilles sociétés marchandes et bancaires, Sud-Ouest tropical, Nord-Est des mines et de l'acier, midi des ports, centre montagneux et agraire. Il y a aussi la ville, où siègent les pouvoirs. L'horizon du monde est celui d'aujourd'hui : grandes puissances nucléaires, Chine, guerres, marxisme controversé. Là, se joue une partie dont les acteurs sont à la fois collectifs (ouvriers, paysans, jeunesses, pêcheurs, politiques professionnels, industriels, ministres, soldats et officiers, femmes du peuple, postiers, musiciens, immigrés, intellectuels...) et plus spécifiés, grandes âmes : les personnages, qu'ils soient d'un bord ou de l'autre, mesurant leurs partages, leurs amours, leurs fidélités, au mouvement général qui va faire basculer le pays de l'autre côté de la guerre civile, vers les problèmes irrésolus de son édification révolutionnaire. Au centre de ce qui advient, pour la première fois, sujet véritable d'une oeuvre lyrique, le parti politique, questionné de bas en haut, divisible, au ras du monde. Et, avec lui, le marxisme, omniprésent dans une diffusion littéraire étrange, mis à la question des grandes formes poétiques, ici serrées sous des noms d'opéra : airs, ariosos, récitatifs. De cette fusion de tous les moyens littéraires hérités et d'une conviction inentamable, naît ce romanopéra, où le propos d'un art marxiste et fastueux se soutient, peut-être, pour la première fois.

  • Tristan Cabral est le poète qui avance avec des réserves de colère et de lucidité - ce qui l'empêche de tomber -, laissant derrière lui son visage, ses illusions. Il a peuplé son regard - sa mémoire - de l'agonie du monde. Il dit, dans sa traversée du temps, qu'il vit à des siècles de lui-même, à des océans de sa naissance. Tristan Cabral est de ces poètes qui arpentent, dans la solitude, les territoires de la douleur et du silence. Il marche à l'infini, désignant sa demeure loin des hommes défaits, dans les forêts visionnaires qu'il hante. C'est un voyageur. Chaque pays est une mémoire, chaque visage rencontré est une blessure ; il n'a plus de repères : Tous mes pays s'égarent dit-il. Il se demande où trouver une demeure humaine où nous pourrions laisser parler les peuples de notre âme. Mais, chaque voyage est une halte, une pierre nue sur laquelle il dépose les jours qui crépitent, comme des astres sur la cendre. Il va, étranger parmi les hommes, recueillant les oiseaux aveugles de son enfance, buvant l'eau des noyés, ses frères, ses doubles jusqu'à l'obscur, jusqu'à l'extrême exil. Extrait de la préface de Tahar Ben Jelloun

  • De cette vie quotidienne la plus minutieuse je laisse dire la charge explosive amoureuse dans ce qui ne peut souvent se donner que dans un clin d'oeil, l'entêtement d'une histoire personnelle liée à la multiplicité de ces luttes mortelles d'être décisives. C'est pourquoi le poème se donne comme la pointe éclatée des révolutions en souffrance. Ce que dit cet être-là lié à son cri par quoi ce qui défaille ébranle notre histoire.

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  • " - Je suis étudiant. Mais je n'ai pas envie de continuer. Je voudrais écrire.  - Ah, ça tombe bien, moi je suis imprimeur. Apporte moi tes poèmes." Cet homme extraordinaire, mon premier éditeur, s'appelait Carlavan. Il était en faillite, après avoir dirigé l'imprimerie du Réveilbônois, journal du soir à Annaba. Commeil lui restait un stock de papier, il a décidé de finir en beauté, en publiant un jeune poète inconnu. C'est ainsi qu'il a imprimé "Soliloques" en mille exemplaires qu'il m'a remis, sans rien me demander en échange. Ces poèmes de jeunesse datent de presque un demi-siècle. On y retrouve deux thèmes majeurs : l'amour et la révolution, dans une première ébauche de l'oeuvre qui allait suivre. En un mot, "Soliloques", ce n'est pas encore Nedjma, mais c'est son acte de naissance." Extrait de l'introduction de Kateb Yacine, écrite quelque temps avant sa mort.

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